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√Črard de Brienne-Ramerupt

√Črard de Brienne-Ramerupt, n√© vers 1182 et mort vers 1246, est seigneur de Ramerupt et de Venizy, dans le comt√© de Champagne en France, √† la fin du XIIe et au d√©but du XIIIe si√®cle. Il est le deuxi√®me fils d'Andr√© de Brienne et de son √©pouse Ad√©la√Įde de Tra√ģnel-Venizy.

√Črard de Brienne
Image illustrative de l'article √Črard de Brienne-Ramerupt
Armoiries : burelé d'azur et d'or, au lion d'or, brochant sur le tout

Autres noms √Črard de Ramerupt
√Črard de Venizy
latin : Erardus de Brenna
Titre Seigneur de Ramerupt
et de Venizy
(1189 - 1246)
Prédécesseur André de Brienne
Successeur Henri de Brienne
√Črard de Brienne
Souverains Comté de Champagne
Suzerains Royaume de France
Biographie
Dynastie Maison de Brienne
Naissance c.‚ÄČ1182
D√©c√®s c.‚ÄČ1246
Père André de Brienne
M√®re Ad√©la√Įde de Tra√ģnel-Venizy
Conjoint Hélisende de Rethel
Philippa de Champagne
Enfants André de Brienne
Henri de Brienne
√Črard de Brienne
Marie de Brienne
Marguerite de Brienne
H√©lo√Įse de Brienne
Isabelle de Brienne
Jeanne de Brienne
Sibylle de Brienne
Alix de Brienne

Image illustrative de l‚Äôarticle √Črard de Brienne-Ramerupt
Sceau d'√Črard de Brienne-Ramerupt.

Il h√©rite des seigneuries familiales apr√®s 1189 et la mort de son p√®re et de son fr√®re a√ģn√© au cours du si√®ge de Saint-Jean-d'Acre durant la troisi√®me croisade. Encore mineur, il est plac√© sous la tutelle de sa m√®re puis du second √©poux de celle-ci, Gaucher de Joigny. Une fois majeur, il prend pleine possession de ses terres puis √©pouse sa cousine au deuxi√®me degr√© H√©lisende de Rethel afin de r√©unir les deux moiti√©s de Ramerupt, mais ils sont rapidement contraints de se s√©parer pour cause de parent√© trop proche.

Il envisage alors un p√®lerinage en Terre sainte aupr√®s de son cousin Jean de Brienne, devenu roi de J√©rusalem, afin d'√©pouser Philippa de Champagne, fille d'un pr√©c√©dent roi de J√©rusalem et comte de Champagne. Il obtient la permission du roi de France de quitter le royaume et entame son voyage au grand m√©contentement de la r√©gente du comt√© de Champagne Blanche de Navarre pour le compte du jeune Thibaut. En chemin, il est arr√™t√© par des agents de la comtesse Blanche qui met tout en Ňďuvre pour emp√™cher ce mariage, mais il r√©ussit √† se lib√©rer. Arriv√© √† Saint-Jean-d'Acre, il constate que la comtesse, avec l'aide du pape Innocent III, a fait interdire ce mariage, mais apr√®s plus d'une ann√©e d'attente, profitant de l‚Äôinattention du roi Jean de Brienne et du patriarche de J√©rusalem, Philippa r√©ussit √† s‚Äôenfuir et √† l'√©pouser. Le couple retourne alors en Champagne malgr√© des arrestations arbitraires de la comtesse, o√Ļ √Črard revendique alors le comt√© au nom de son √©pouse et d√©clenche la guerre de succession de Champagne.

Ses premi√®res actions sont probablement plus proches du brigandage que des actes de guerre, mais en repr√©sailles la comtesse fait en vain le si√®ge du ch√Ęteau de Noyers, o√Ļ il r√©side alors. Puis √Črard fait appel √† la justice royale, mais Blanche demande que l'affaire ne soit jug√©e qu'√† la majorit√© de son fils Thibaut, ce qui est accept√© par le roi qui impose ainsi une tr√™ve entre les deux parties. M√©content, √Črard reprend rapidement les armes avant d'√™tre excommuni√© avec tous ses partisans par le pape. Blanche conduit alors une contre-attaque avec l'appui du duc de Bourgogne et r√©duit un par un le nombre de ses alli√©s, for√ßant √Črard √† renoncer √† ses revendications. Celui-ci parvient √† les n√©gocier au meilleur prix possible. Son excommunication est lev√©e peu apr√®s.

Les ann√©es suivantes, √Črard semble √™tre r√©concili√© avec le comte Thibaut IV de Champagne et m√®ne une vie plut√īt paisible. Il meurt vers 1246 et est inhum√© dans la salle du chapitre de l'abbaye de Pontigny.

Biographie

Photo d'une église de style gothique teinte grise surmontée d'un clocher assez bas ressemblant à une tour.
√Čglise Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Brienne-le-Ch√Ęteau dont les parties les plus anciennes remontent au XIIe si√®cle.

Origines

√Črard de Brienne-Ramerupt serait n√© avant 1171 selon l'historien √Čdouard de Saint-Phalle[SP 1] tandis que Guy Perry estime son √Ęge √† environ 7 ans lors de la mort de son p√®re, soit une naissance aux alentours de 1182[GP 1]. Il est le deuxi√®me fils d'Andr√© de Brienne, seigneur de Ramerupt, et de son √©pouse Ad√©la√Įde de Tra√ģnel-Venizy, dame de Venizy et de Saint-Val√©rien. Il succ√®de √† ses parents apr√®s 1189 lorsque son p√®re ainsi que tr√®s certainement son fr√®re a√ģn√© Gautier de Brienne-Ramerupt meurent au cours du si√®ge de Saint-Jean-d'Acre[Note 1] durant la troisi√®me croisade[SP 2].

Par son p√®re, fils pu√ģn√© de Gautier II, comte de Brienne, il est issu d'une branche cadette de la maison de Brienne, une des plus anciennes[Note 2] et puissantes familles du comt√© de Champagne, dont elle est vassale. Par le jeu des alliances matrimoniales, elle est l'alli√©e de nombreuses familles champenoises, comme celles de Broyes, Chacenay, Choiseul, Joinville, Reynel, Tra√ģnel ou encore Vignory[3].

Du c√īt√© de sa m√®re, issue d'une branche cadette de la maison de Tra√ģnel, il poss√®de des origines cap√©tiennes. En effet, Ad√©la√Įde de Venizy est la petite-fille de Fleury de France, lui-m√™me fils du roi des Francs Philippe Ier et de sa seconde √©pouse Bertrade de Montfort[4].

Début de carrière

Photo de ruines de teinte orange d'un rempart reliant deux tours d'un ancien ch√Ęteau m√©di√©val.
Ruines de l'ancien ch√Ęteau de Ch√Ęteau-Renard, reconstruit √† partir de 1232 par Gaucher de Joigny, beau-p√®re d'√Črard de Brienne.

Il h√©rite de la seigneurie de Ramerupt apr√®s 1189 lorsque son p√®re et son fr√®re a√ģn√© meurent au cours de la troisi√®me croisade[SP 2]. Toutefois, il est alors encore mineur et est probablement plac√© sous la tutelle de sa m√®re Ad√©la√Įde de Tra√ģnel-Venizy. Celle-ci se remarie vers 1195 avec Gaucher de Joigny, seigneur de Ch√Ęteau-Renard et fr√®re du comte de Joigny Guillaume Ier, mais n'a pas de post√©rit√© avec lui. √Ä la suite de ce mariage, Gaucher exerce la r√©gence sur Ramerupt tout en apportant sa protection au jeune √Črard, et signe m√™me certains actes en tant que seigneur de Ramerupt jusqu'√† la majorit√© d'√Črard[GP 1].

Au mois de , √Črard signe sa premi√®re charte connue en tant que chevalier et fils d'Andr√© de Venizy, dans laquelle il ratifie un don de sa m√®re en faveur de l'abbaye de Pontigny, ce qui montre qu'il a atteint la majorit√© et qu'il gouverne probablement √† Ramerupt mais aussi √† Venizy, alors que sa m√®re, dame de ce lieu, est encore vivante[5]. Dans un autre acte de la m√™me ann√©e, il porte √©galement le titre de dominus, c'est-√†-dire de seigneur[GP 1].

Photo d'une église de style gothique avec un clocher imposant ressemblant à une tour.
√Čglise Saint-Nicolas de Rethel datant des XIIIe et XIVe si√®cles.

Au cours des ann√©es qui suivent, √Črard se marie en premi√®res noces avec une dame pr√©nomm√©e H√©lisende ou H√©lissent, mais dont la famille d'origine n'est pas certaine. Le p√®re Anselme de Sainte-Marie affirme que cette dame est H√©lisende de Rethel, comtesse du Perche, fille du comte de Rethel Hugues II et de son √©pouse F√©licit√© de Broyes, dame de Beaufort et de la deuxi√®me moiti√© de Ramerupt[Note 3], et qu'ils √©taient d√©j√† mari√©s en 1210, date √† laquelle elle aurait √©t√© nomm√©e dans une charte de l'abbaye de Pontigny[6] - [Note 4]. Toutefois, Henri d'Arbois de Jubainville et Alphonse Roserot r√©futent cette id√©e, arguant qu'H√©lisende de Rethel √©tait comtesse du Perche par son mariage avec Thomas du Perche et que celui-ci √©tant d√©c√©d√© en 1217, elle ne pouvait donc pas √™tre comtesse du Perche en 1210 si elle avait √©pous√© en premi√®res noces √Črard de Brienne[AJ 1] - [7]. N√©anmoins, √Čdouard de Saint-Phalle propose l‚Äôhypoth√®se qu'√Črard et H√©lisende de Rethel auraient bien √©t√© unis vers 1208 mais que pour cause de consanguinit√©[Note 5], leur mariage aurait √©t√© discr√®tement annul√© par l'√Čglise. H√©lisende aurait donc tr√®s bien pu √©pouser peu apr√®s en secondes noces Thomas du Perche et ainsi √™tre comtesse du Perche en 1210 et apparaitre dans une charte de cette m√™me ann√©e en compagnie de son cousin avec qui elle partage la seigneurie de Ramerupt. De plus, un tel mariage aurait √©t√© coh√©rent car il permettrait de r√©unir les deux moiti√©s de cette importante seigneurie. C'est donc tr√®s probablement √† tort que de nombreuses g√©n√©alogies pr√©sentent √Črard comme veuf apr√®s 1210 alors qu'il n'est que s√©par√©. Ce premier mariage a n√©anmoins √©t√© f√©cond puisqu'il a donn√© naissance √† au moins un enfant, pr√©nomm√© Andr√© et cit√© en 1211, mais mort en bas √Ęge[SP 3].

Preuve de l'importance de cette seigneurie au sein du comté, son titulaire concourt avec les plus grands seigneurs champenois à l'ordonnance de Champagne de 1212 sur le règlement de succession des fiefs entre filles et sur les duels[AJ 2].

Voyage en Terre sainte

Miniature du Moyen √āge repr√©sentant le couronnement d'un couple royal entour√© d'une assembl√©e richement v√©tue.
Miniature du couronnement de Jean de Brienne et de Marie de Montferrat le à Tyr. Histoire de la guerre sainte de Guillaume de Tyr, BNF, Fr.2824, XIIIe siècle.

Départ de Champagne

Libre de tout engagement marital et sans h√©ritier, √Črard planifie alors de faire le voyage en Terre sainte afin de se rendre aupr√®s de son cousin germain Jean de Brienne, couronn√© roi de J√©rusalem en 1210 √† la suite de son mariage avec Marie de Montferrat, afin de lui demander la main d'une des filles de l'ancien comte de Champagne et roi de J√©rusalem Henri II dont il exerce la tutelle. Mais avant de pouvoir s'ex√©cuter, il doit demander l'autorisation du roi afin de pouvoir quitter le royaume et d'√™tre dispens√© du service f√©odal pendant son absence. √Črard se rend donc en 1213 √† Paris aupr√®s de Philippe Auguste afin de lui exposer sa volont√© de partir en Terre sainte, ce √† quoi le roi consent. Il profite √©galement de cet entretien pour lui faire part de ses intentions de mariage : ¬ę Le roi de J√©rusalem est mon cousin germain, peut √™tre voudra-t-il me donner en mariage une des filles d'Henri, comte de Champagne, mais je ne voudrais l'√©pouser qu'avec votre assentiment ¬Ľ. Ce √† quoi le roi r√©pond : ¬ę Ce ne sera pas moi qui ferai votre mariage avec elle, et ce ne sera pas moi qui l'en emp√™cherai, mais soyez certain que je rendrai toujours justice √† ceux qui s'adresseront √† mon tribunal ¬Ľ. Remerciant le monarque, il repart alors dans ses terres afin de pr√©parer son d√©part prochain[AJ 3].

Lettrine O représentant un homme richement vêtu portant une couronne et un sceptre.
Le roi Philippe Auguste, miniature tirée du De origine prima Francorum, Bernard Gui, Bibliothèque de Toulouse, vers 1314-1320.

Cependant, cette conversation est rapport√©e √† Blanche de Navarre qui fait envoyer aupr√®s d'√Črard son conn√©table Guy de Dampierre afin de lui faire abandonner son projet, arguant qu'un vassal ne peut avoir une conduite contraire aux int√©r√™ts de son suzerain sans manquer √† ses obligations. √Črard lui r√©pond √©vasivement et quitte la Champagne en . Avertie, Blanche consid√®re d√®s lors qu'√Črard n'est plus son vassal et lui confisque l'ensemble des terres qu'il tient d'elle malgr√© son r√©cent statut de crois√© et la protection qui lui est ainsi accord√©e par l'√Čglise, sous pr√©texte qu'il serait d√©biteur de ses Juifs[AJ 4].

Dans le m√™me temps, elle essaie √©galement de le retenir par la force et envoie √† sa poursuite un de ses agents, Lambert de Ch√Ętillon, qui le fait arr√™ter √† Marseille comme simple voleur sur la base de lettres fournies par la comtesse. Il reste quelque temps emprisonn√© avant d'√™tre lib√©r√© faute de preuve avant de pouvoir continuer son voyage pour la Terre sainte, toujours suivi de pr√®s par Lambert de Ch√Ętillon charg√© d‚Äôemp√™cher ou tout du moins de ralentir sa progression[AJ 4].

Deuxième mariage

Peinture à dominante rouge, bleue et jaune représentant le buste d'un prélat équipé d'ornements liturgiques catholiques.
D√©tail d‚Äôune fresque repr√©sentant le pape Innocent III du clo√ģtre du sanctuaire du Sacro Speco √† Subiaco r√©alis√©e vers 1219.

N'ayant pu retenir √Črard en France, Blanche en appelle au pape Innocent III qui fait r√©aliser par son l√©gat en France, Robert, une enqu√™te pour conna√ģtre le degr√© de parent√© entre les deux futurs √©poux et savoir s'ils ne sont pas d'un degr√© prohib√©. Le r√©sultat fait appara√ģtre qu'√Črard, par sa m√®re Alix de V√©nisy, est l'arri√®re-petit-fils de Fleury de France, demi-fr√®re du roi Louis VI le Gros, tandis qu'Henri II est par sa m√®re Marie de France, arri√®re-petit-fils du m√™me Louis le Gros. Ils sont par cons√©quent cousins au neuvi√®me degr√©. Par une bulle du , le pape ordonne alors au patriarche de J√©rusalem, Albert Avogadro, et √† l'archev√™que de Tyr de s'opposer √† cette union par l'emploi des peines canoniques. La bulle pr√©c√®de l'arriv√©e en d'√Črard √† Saint-Jean-d'Acre, qui est accueilli par les deux eccl√©siastiques qui lui notifient alors la d√©cision papale[AJ 5]. √Ä la suite du d√©c√®s du patriarche de J√©rusalem, le pape √©crit en √† son successeur Raoul de M√©rencourt, pour savoir ce qu'il en est de la situation et lui rappeler son opposition √† ce mariage. Et afin que cette volont√© soit connue de tous, le pape envoie des bulles semblables √† l‚Äôarchev√™que de C√©sar√©e, au prieur du Saint-S√©pulcre ainsi qu'au chantre d'Acre afin qu'ils publient dans tout le royaume de J√©rusalem que le mariage entre √Črard et Philippa de Champagne est d√©fendu sous peine d'excommunication[AJ 6].

Photo d'une ville portuaire entourée de remparts.
Vue aérienne de la vieille ville de Saint-Jean-d'Acre de nos jours.

Vers , plus d'une ann√©e apr√®s l'arriv√©e d'√Črard, Philippa profite de l'absence de son beau-p√®re le roi de J√©rusalem, chez qui elle loge, ainsi que de celle du patriarche Raoul, pour s'√©chapper du ch√Ęteau royal et rejoindre √Črard dans son h√ītel et tous deux se marient d√®s le matin suivant. √Ä son retour, le roi Jean, en apprenant la nouvelle, t√©moigne d'un m√©contentement de fa√ßade qui ne trompe personne tant l'int√©r√™t de son cousin lui importe[AJ 6].

Mais dans le même temps, le trésorier du Temple, Geoffroy, informe le pape de cette désobéissance. Toutefois, la validité de ce mariage ne sera jamais attaquée, car en cette même année a lieu le quatrième concile du Latran qui assouplit la législation ecclésiastique sur le mariage en ne les prohibant que jusqu'au huitième degré canonique, rendant l'interdiction papale caduque[AJ 1].

Retour en Champagne

Photo d'un imposant ch√Ęteau-fort entour√© de maisons d'habitation.
Ch√Ęteau (it) de Ga√®te dont la construction date du d√©but du XIIIe si√®cle.

Sit√īt apr√®s leur mariage, le couple embarque vers pour la France avec cinq chevaliers pour escorte, mais leur p√©riple est toujours surveill√© par la comtesse Blanche de Navarre qui en fait une v√©ritable √©preuve. Il accoste √† Ga√®te en o√Ļ se trouve alors le pape et se retrouve m√™l√© √† la foule des p√®lerins. Il n'ose aller lui pr√©senter son hommage de crainte d'y √™tre mal re√ßu et continue sa route par mer jusqu'√† G√™nes. L√†, √Črard est rattrap√© par d'autres agents de la comtesse, dont son chambrier Lambert Bouchu, le fr√®re de ce dernier Pierre Goin, ainsi qu'un chevalier qui le provoque en duel au nom de la comtesse. Il n'est pas √©tabli si un combat eut lieu, mais toujours est-il qu'√Črard est une nouvelle fois emprisonn√©. Il fait en vain appel √† la justice g√©noise, qui se refuse √† statuer sur son cas sous la pression du pape, celui-ci ayant averti qu'il excommunierait tous ceux qui porteraient aide √† cet ennemi de l'√Čglise qu'est devenu √Črard. Au bout de cinq mois, il profite d'un mouvement massif de voyageurs en route pour Latran, o√Ļ un concile a lieu du au , pour s'enfuir de G√™nes[AJ 7].

Mais alors qu'il passe par Le Puy-en-Velay, √Črard est de nouveau arr√™t√© sur ordre de la comtesse Blanche qui l'accuse maintenant de tra√ģtrise. Toutefois, cette arrestation est jug√©e comme ill√©gale par les autorit√©s locales puisque √Črard poss√®de toujours le statut de crois√©, et loin de l'ombre du pontife, il est reconnu exempt de la juridiction des juges ordinaires et rapidement lib√©r√©[AJ 7].

√Črard arrive enfin en Champagne en o√Ļ il revendique d√®s lors le comt√© au nom de sa belle-sŇďur Alix et de son √©pouse Philippa contre Blanche de Navarre, veuve du comte Thibaut III de Champagne (fr√®re cadet d'Henri II) et r√©gente au nom de son fils Thibault IV, ce qui provoque alors le d√©but de la guerre de succession de Champagne[AJ 8].

Guerre de succession de Champagne

Dessin en noir et blanc d'un ch√Ęteau-fort m√©di√©val entour√© de nombreuses tours.
Essai de reconstitution du ch√Ęteau de Noyers √† la fin du XIIe si√®cle, par Charles Mignard[8].

Premières batailles et première trêve

Le conflit est probablement initi√© par √Črard et ses partisans, dont les actions sont d'abord plus proches du brigandage que de la guerre. √Črard pr√©f√®re ne pas justifier sa prise d'armes par la revendication du comt√© de Champagne du chef de son √©pouse, de crainte de se trouver en opposition avec le pape et le roi, mais plut√īt par la spoliation de ses fiefs par la comtesse alors qu'il avait le statut de crois√© et b√©n√©ficiait de la protection de l‚Äô√Čglise, ce qui le contraint √† r√©sider au ch√Ęteau de Noyers, demeure de son beau-fr√®re Miles VI de Noyers. Blanche envoie rapidement une arm√©e faire le si√®ge de Noyers, mais ne parvient pas √† prendre la ville et se contente de ravager la campagne environnante avant de lever le si√®ge[AJ 9].

√Črard se rend alors aupr√®s du roi Philippe Auguste afin de le prier de recevoir son hommage pour le comt√© de Champagne, ce qui reviendrait √† l'accepter comme successeur du comte Henri II de Champagne. Mais les agents de la comtesse sont d√©j√† pr√©sents √† la cour du roi qui lui r√©torque qu'une m√™me affaire ne peut √™tre trait√©e √† la fois sur le plan judiciaire et par la force. Une demande par voie l√©gale signifie donc une suspension des armes. √Črard accepte cette tr√™ve et le roi envoie en Guillaume des Barres et Mathieu de Montmorency aupr√®s de Blanche afin de l'inviter √† en faire de m√™me, ce qu'elle accepte. C'est la premi√®re tr√™ve de ce conflit qui en conna√ģtra beaucoup[AJ 10].

L'affaire est trait√©e en √† Melun dans une assembl√©e pr√©sid√©e par le roi[Note 6]. √Črard, Thibaut et Blanche s'y pr√©sentent, mais cette derni√®re r√©clame que le proc√®s ne soit pas jug√© sur le fond et demande l‚Äôexception dilatoire de minorit√©[Note 7]. De ce fait, le statu quo est impos√© √† √Črard et doit √™tre maintenu jusqu'√† la majorit√© de Thibaut, soit jusqu'en 1222[AJ 13].

Reprise des hostilités et excommunications

Dessin en noir et blanc représentant une foule de marchands et de clients lors d'une foire médiévale urbaine.
Gravure représentant les foires de Champagne. Album historique d'Ernest Lavisse, 1898.

La tr√™ve impos√©e par le roi ne dure toutefois pas longtemps et √Črard reprend les armes au motif qu'il n'a pas eu restitution de ses biens confisqu√©s injustement lors de son d√©part en croisade. Il ravage plusieurs villages et attaque des marchands allant ou venant aux foires de Champagne, sources importantes de revenu pour le comt√©. Blanche porte l'affaire devant l'assembl√©e[Note 8] du roi r√©unie √† Melun en qui condamne √Črard et Philippa √† indemniser Blanche, ainsi que les marchands, des d√©g√Ęts occasionn√©s. De plus, il leur est d√©sormais interdit de porter leur action au tribunal royal tant que ces torts n'auront pas √©t√© r√©par√©s et accompagn√©s d'une forte compensation des pr√©judices subis[AJ 14]. Le roi souhaite ainsi √©viter tout probl√®me en Champagne afin de se concentrer sur ses conqu√™tes en Poitou, en Berry ou dans la Marche[SP 4].

√Črard refuse de payer, car le roi a d√©j√† annonc√© qu'il n'accepterait de l'entendre qu'√† la majorit√© de Thibaut et sans aucune promesse de succ√®s, et continue de soutenir sa cause par les armes[AJ 15]. De plus, il n'est pas certain que ces actes aient √©t√© directement r√©alis√©s par √Črard, mais peut-√™tre par ses partisans qui, face √† cette succession de d√©cisions leur paraissant iniques, peuvent avoir l'impression qu'√Črard est spoli√© de ses droits par un imbroglio de droit romain[SP 4]. √Ä la suite de ces attaques arm√©es contre elle, Blanche demande express√©ment l'aide du roi, mais celui-ci n'a que peu d'appuis √† lui accorder malgr√© deux cents fromages qu'elle lui donne en cadeau pour s'attirer les faveurs royales[AJ 15].

Dans le m√™me temps, Blanche appelle l'aide du pape Honorius III, r√©cent successeur d'Innocent III qui lui avait d√©j√† accord√© son soutien, et lui envoie comme cadeau deux pi√®ces de perse et un morceau de toile pour la r√©alisation de deux surplis[AJ 16]. Honorius renouvelle les dispositions de son pr√©d√©cesseur en pla√ßant Blanche et son fils Thibaut sous sa protection, et convie √Črard et Philippa √† comparaitre devant lui afin de juger de la l√©gitimit√© de la naissance de Philippa, tout en leur interdisant sous peine d'excommunication de continuer leurs revendications par les armes[AJ 17]. Les deux √©poux refusent de se soumettre, aussi le pape ordonne aux √©v√™ques fran√ßais de prononcer leur excommunication, mais seuls deux d'entre eux ex√©cutent la sentence papale, l'archev√™que de Reims Alb√©ric de Humbert le et l'√©v√™que de Senlis Gu√©rin. Cette sentence n'est cependant pas appliqu√©e par tous les pr√©lats qui ren√Ęclent √† ob√©ir, notamment les premiers int√©ress√©s dont les dioc√®ses comprennent les terres des principaux bellig√©rants, √† savoir l'√©v√™que de Langres Guillaume de Joinville dont le fr√®re Simon de Joinville a pris parti pour √Črard, l'√©v√™que d'Auxerre Guillaume de Seignelay dont le cousin germain √Čtienne de Seignelay a fait le m√™me choix et l'√©v√™que de Troyes Herv√© alors en proc√®s avec la comtesse Blanche de Navarre[AJ 18].

Devant ces refus et malgr√© de multiples pressions, le pape ordonne √† trois nouveaux mandataires, les abb√©s de Val-Secret et de Saint-Jean-des-Vignes ainsi que le doyen de Soissons, de suspendre les √©v√™ques de Langres et de Troyes s'ils ne font pas excommunier publiquement √Črard et Philippa ainsi que l'ensemble de leurs partisans. Puis afin d‚Äôaffermir sa volont√©, il prononce lui-m√™me le la sentence d'excommunication contre le jeune couple et d√©signe nominativement vingt-cinq de ses alli√©s[AJ 19] - [Note 9] Cette vindicte papale n'est pas √©tonnante, car ce conflit monopolise l'attention de nombreux seigneurs champenois et bourguignons et les emp√™che donc de s'engager pour la cinqui√®me croisade d√©cr√©t√©e en 1216 par Innocent III lors quatri√®me concile du Latran. Le duc Eudes III de Bourgogne lui-m√™me avait √©crit au pape au d√©but de l'ann√©e 1217 pour l'informer qu'il se devait de soutenir le comte de Champagne contre les pr√©tentions d'√Črard et qu'il √©tait ainsi contraint de retarder son vŇďu de croisade[AJ 20].

Contre-attaque de la comtesse de Champagne

Photo en noir et blanc d'un sceau médiéval représentant une femme debout vêtue d'une riche robe et tenant de la main droite une branche.
Sceau et contre-sceau de Blanche de Navarre. Sur le contre-sceau figure l'inscription ¬ę Passavant le meillor ¬Ľ.

√Ä la suite de l'excommunication papale, √Črard et ses partisans montrent alors moins de volont√© √† guerroyer et √Črard propose m√™me une tr√™ve √† Blanche en qui doit durer jusqu'au , qui est prolong√©e une premi√®re fois jusqu'au , puis au et enfin au . Le , une nouvelle tr√™ve est sign√©e jusqu'au , bien qu'√Črard continue de contester administrativement les proc√©dures √† son encontre[AJ 21].

Blanche profite alors de cet instant de faiblesse chez ses adversaires pour r√©duire les partisans d'√Črard. Elle attend la fin de la tr√™ve le pour prendre la t√™te de ses arm√©es rassembl√©es √† Wassy et de faire la jonction avec celles du duc Eudes III de Bourgogne avant de marcher en direction des places-fortes des rebelles. Eudes et Blanche ravagent alors le Bassigny et vainquent les seigneurs de Joinville, Chateauvillain, Clefmont et Choiseul[EP 2] - [Note 10]. Les alli√©s sont ensuite rejoints vers Bar-sur-Aube par les troupes du comte de Bar Henri II avant d'attaquer le plus puissant soutien d'√Črard, le duc de Lorraine Thi√©baud Ier. Les trois arm√©es arrivent √† Nancy le et livrent la ville aux flammes avant de rejoindre le lendemain √† Amance l'empereur Fr√©d√©ric II, d√©j√† en guerre contre le duc de Lorraine, et o√Ļ ce dernier est oblig√© de se rendre et de signer un humiliant trait√© de paix[EP 4].

√Ä la suite du renoncement de nombre de ses alli√©s et alors qu'il est retranch√© avec ses derniers partisans √† Faucogney[10], fief de Renard II de Choiseul hors de la juridiction du comt√© de Champagne, √Črard signe une tr√™ve le qui doit durer jusqu'au . Seul √Črard II de Chacenay refuse de reconnaitre la d√©faite et continue de combattre la comtesse Blanche, mais il semble que ce soit plus pour une question de principe ou d'honneur[SP 5].

La fin du conflit

Miniature médiévale représentant un homme richement vêtu écrivant sur un long parchemin.
Le comte Thibaut IV, dit le Chansonnier (Bibliothèque Nationale de France, Français 513, Détail).

Le , √Črard et Blanche signent une tr√™ve de quatre ans sous r√©serve de plusieurs conditions, dont particuli√®rement que la comtesse Blanche et son fils Thibaut interviendront aupr√®s du pape afin d'obtenir l'absolution d'√Črard et de tous ses partisans et que les fiefs qu'elle a saisis depuis 1213 lui seront restitu√©s. En outre, Blanche doit verser √† √Črard une rente annuelle de 3 000 livres de Provins tant que durera la paix[AJ 23].

Pendant cette tr√™ve, √Črard et son √©pouse Philippa s'√©chinent √† obtenir le pardon du pape. √Ä cet effet, le Honorius III ordonne aux abb√©s de Val-Secret et de Saint-Jean-des-Vignes et au doyen de Soissons de juger deux points du litige, √† savoir si le couple avait pay√© r√©paration pour les actes de guerre qui avaient motiv√© leur excommunication et de savoir si Philippa est une enfant l√©gitime. Puis, par bulle du , le pape rappelle que le couple a √©t√© excommuni√© par deux fois : une premi√®re fois pour avoir refus√© de se rendre aux invitations √† comparaitre √† la cour de Rome afin que soit jug√©e la l√©gitimit√© de Philippa, puis une seconde fois pour avoir port√© la guerre en Champagne alors qu'il le leur avait interdit. Ainsi, la premi√®re excommunication ne peut √™tre lev√©e que si le couple fait serment de purger leur contumace, et la seconde en payant dommages et int√©r√™ts qui seraient fix√©s ult√©rieurement[AJ 24] - [SP 5].

Pr√®s d'un an plus tard, la comtesse Blanche et son fils Thibaut renoncent par trait√© du √† exiger d'√Črard et Philippa les dommages et int√©r√™ts auxquels ils ont √©t√© condamn√©s, et d√©clarent le couple lib√©r√© de ses dettes. √Črard et Philippa d√©cident alors de leur vendre au plus cher leurs pr√©tentions. Ainsi, en √©change de leur renonciation au comt√© de Champagne, que ce soit en leur nom propre ou par l'interm√©diaire de la sŇďur de Philippa, Alix, s'ils venaient √† h√©riter d'elle ‚ÄĒ mais r√©servant n√©anmoins leur droit sur le comt√© au cas o√Ļ Thibaut d√©c√©derait sans descendance ‚ÄĒ le couple obtient une somme de 4 000 livres et une rente de 1 200 livres[AJ 25] - [SP 6].

Le pape peut alors lever l'excommunication, et les √©poux, apr√®s avoir re√ßu en les 4 000 livres pr√©vues au trait√©, obtiennent leur rente par des terres, diss√©min√©es de par le comt√© de Champagne afin de ne pas servir de fondement pour une puissance politique ou militaire, dont la pr√©v√īt√© d'Herbisse et ses d√©pendances ainsi que les seigneuries de Saint-Mards-en-Othe, de Maraye-en-Othe et de Villeneuve-au-Chemin, fiefs qu'ils revendront par la suite sauf le dernier[AJ 26].

Une paix instable

Représentation en noir et blanc du contre-sceau d'un seigneur médiéval.
Contre-sceau d'√Črard de Brienne-Ramerupt sur lequel appara√ģt son blason : burel√© d'azur et d'or, au lion d'or brochant sur le tout[EP 5].

En 1224, √Črard semble r√©concili√© avec le comte Thibaut IV de Champagne, puisqu'il concourt avec les autres grands seigneurs champenois √† l'ordonnance de Champagne sur le partage des fiefs entre enfants m√Ęles[AJ 27].

Toutefois, il semble √©prouver des difficult√©s financi√®res au sortir de la guerre de succession, √©tant donn√© qu'il a longtemps √©t√© priv√© de ressources √† cause de la confiscation de ses biens entre 1213 et 1218. Ainsi, d√®s , il vend √† l'abbaye de Molesme tout ce qu'il poss√®de dans ce village[SP 6]. Puis en 1223, il vend √† l'archev√™que de Sens Gauthier le Cornu une for√™t pr√®s de Brienon[11]. De m√™me, en o√Ļ il vend le village d'Herbisse √† Thibaut IV contre la somme de 2 500 livres ou encore en lorsqu'il √©change Saint-Mards-en-Othe et Maraye-en-Othe avec sa cousine H√©lisende de Rethel, qui est probablement sa premi√®re √©pouse dont il aurait √©t√© s√©par√© peu avant 1210, contre la seconde moiti√© de Ramerupt, r√©unissant ainsi la totalit√© de cette importante seigneurie[AJ 26].

Mais enfin les difficult√©s financi√®res s'amenuisent lorsqu'√Črard et son √©pouse obtiennent en de Thibaut IV la fin de leur indemnisation avec la cession d'un grand nombre de petits fiefs diss√©min√©s dans tout le comt√© de Champagne, y compris dans les villes de Troyes et de Provins[12] - [SP 6].

La paix semble alors installée à Ramerupt, car en 1229 le couple assiste à la fondation de l'abbaye de la Piété-Dieu par le chevalier Philippe de Méringes sur un terrain que ce dernier possède à l'extérieur du bourg sur les bords de la rivière Le Puits. La cérémonie se déroule en présence de nombreux dignitaires dont l'évêque de Troyes Robert qui remet alors à treize jeunes filles leurs habits de religieuse, dont probablement leur propre fille Sibylle de Brienne-Ramerupt[13] - [14] - [Note 11].

Dernier sursaut guerrier

.
Sceau de Philippa de Champagne, √©pouse d'√Črard de Brienne-Ramerupt.

En 1229, une ligue men√©e par le duc de Bourgogne Hugues IV, le comte de Forez Guigues IV et le comte de Saint-Pol Hugues Ier, qui comptent parmi les opposants √† la r√©gence de Blanche de Castille, attaque son principal soutien, le comte Thibaut IV de Champagne. Face √† cette menace, le comte de Champagne cherche √† s'attacher la loyaut√© d'√Črard et lui donne √† cet effet la mouvance de fiefs situ√©s √† Thury, une maison √† Troyes ayant auparavant appartenu √† Gui de Chappes ainsi qu'une rente de 200 livres. En √©change de quoi √Črard et son √©pouse livrent √† Thibaut leurs ch√Ęteaux de Ramerupt et Venizy pendant la dur√©e de la guerre et s'engagent √† le soutenir contre le duc de Bourgogne et ses alli√©s[15] - [AJ 28]

La ligue p√©n√®tre en Champagne en 1230 et ravage plusieurs villes avant de vaincre l'arm√©e de Thibaut, obligeant ce dernier √† prendre la fuite en direction de Paris. L'arm√©e ennemie continue alors sa route et se dirige vers Ramerupt o√Ļ elle reste pendant quinze jours avant de se diriger vers Troyes[16] - [AJ 29]. Selon certaines sources, ce serait l'arm√©e de Thibaut IV qui reste quinze jours √† Ramerupt et qui ravage la ville, mais il s'agit tr√®s certainement d'une erreur[17]. Toujours est-il qu'√† cette p√©riode, Thibaut IV n'avait qu'un seul enfant, une jeune fille pr√©nomm√©e Blanche et √Ęg√©e de seulement trois ans, et que par cons√©quent √Črard peut √™tre consid√©r√© comme le successeur naturel de Thibaut au cas o√Ļ celui-ci venait √† √™tre tu√© ou d√©pos√©[SP 7]. Durant ces deux semaines, des combats semblent n√©anmoins avoir eu lieu √† Ramerupt car les religieuses de l'abbaye de la Pi√©t√©-Dieu ont d√Ľ fuir leur couvent pour aller se r√©fugier √† Dampierre o√Ļ elles sont accueillies par Marguerite de Flandre, femme de Guillaume II de Dampierre[AJ 29].

Une fois la paix revenue, les finances d'√Črard semblent saines, car en 1236 il fait don de l'h√īpital Saint-Jean de Ramerupt, de la maladrerie voisine, sise pr√®s de Romaines et qui consiste en une grange, ainsi que diverses propri√©t√©s √† l'abbaye de la Pi√©t√©-Dieu afin de c√©l√©brer la d√©dicace de son √©glise en pr√©sence de l'√©v√™que Nicolas de Brie, qui consacre par la m√™me occasion vingt-deux nouvelles novices[13].

Une de ses derni√®res actions d'importance consiste en 1239 √† reconstruire son ch√Ęteau de Ramerupt et √† l'entourer par de nouveaux foss√©s. Il fait √©galement creuser d'autres foss√©s afin d'envelopper l'ensemble du bourg[17].

Fin de vie

√Črard apparait pour la derni√®re fois dans une charte en tandis que son √©pouse apparait seule dans une autre charte de et que son fils √Črard II s'intitule seigneur de Ramerupt dans un document de l'abbaye de Monti√©ramey dat√© de . L'ann√©e de la mort d'√Črard peut donc √™tre situ√©e vers 1246[SP 8], peut-√™tre des suites d'une longue maladie. Il est inhum√© dans la salle du chapitre de l'abbaye de Pontigny o√Ļ repose d√©j√† sa m√®re[17].

Il est alors remplac√© par ses deux fils : Henri, l'a√ģn√©, h√©rite de la seigneurie de Venizy, tandis que le second, √Črard II, obtient celle de Ramerupt[SP 9].

Quant à son épouse Philippa de Champagne, elle meurt quelques années après lui le et la reine mère Blanche de Castille la fait inhumer dans l'abbaye royale de Maubuisson, qu'elle avait fondée en 1236[SP 9].

Famille

Mariages et enfants

De gueules √† trois t√™tes de r√Ęteaux d'or pos√©s deux et un.
Blason des comtes de Rethel d'o√Ļ serait issue H√©lisende (de gueules √† trois t√™tes de r√Ęteaux d'or).

Il se marie en premières noces avant 1208 avec une femme prénommée Hélisende et présumée issue de la famille des comtes de Rethel, dame de la moitié de Ramerupt, fille du comte Hugues II de Rethel et de son épouse Félicité de Broyes, dame de Beaufort, et avec qui il a au moins un enfant[SP 3] :

  • Andr√© de Brienne, cit√© en 1211 et mort jeune et sans post√©rit√©[7].

Toutefois, ils sont s√©par√©s peu apr√®s et H√©lisende de Rethel √©pouse en secondes noces avant 1210 le comte du Perche Thomas, mais elle est veuve en 1217 sans avoir de post√©rit√© issue ce deuxi√®me mariage. Elle √©pouse ensuite en troisi√®mes noces avant 1225 Garnier IV de Tra√ģnel, seigneur de Marigny, avec qui elle aura plusieurs autres enfants[SP 3].

D'argent, à la croix potencée d'or, cantonnée de quatre croisettes du même.
Blason du royaume de Jérusalem (d'argent, à la croix potencée d'or, cantonnée de quatre croisettes du même).

Début 1215 à Saint-Jean-d'Acre, il épouse en secondes noces Philippa de Champagne, princesse de Jérusalem car fille d'Henri II de Champagne et d'Isabelle de Jérusalem, roi et reine de Jérusalem, avec qui il a neuf enfants[3] - [18] - [SP 9] :

Ascendance

Liens familiaux

Annexes

Articles connexes

Bibliographie

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • J.A. Jacquot, Notice historique sur Brienne : Contenant un Pr√©cis G√©n√©alogique de cette illustre Maison, accompagn√© de nombreux documents historiques, Paris, Faur, , 76 p. (lire en ligne).
  • M. Bourgeois, Histoire des comtes de Brienne, Troyes, Anner-Andr√©, , 382 p..
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  • Henri d'Arbois de Jubainville, Histoire des ducs et comtes de Champagne : 1181 - 1285 (1√®re et 2√®me parties), vol. 4a et 4B, Paris, Librairie Auguste Durand, (lire en ligne). Ouvrage utilis√© pour la r√©daction de l'article.
  • Henri d'Arbois de Jubainville, Catalogue d'actes des comtes de Brienne, 950-1356, Paris, A. Gouverneur, , 48 p. (lire en ligne). Ouvrage utilis√© pour la r√©daction de l'article.
  • Ernest Petit, Histoire des ducs de Bourgogne de la race cap√©tienne, vol. 3, Dijon, Imprimerie Daranti√®re, (lire en ligne). Ouvrage utilis√© pour la r√©daction de l'article.
  • M. Pr√©vost, ¬ę Brienne (Maison de) ¬Ľ dans Dictionnaire de biographie fran√ßaise, vol. 7, Paris, [d√©tail des √©ditions] , col. 296-299.
  • Marie-Ad√©la√Įde Nielen, ¬ę Du comt√© de Champagne aux royaumes d‚ÄôOrient : sceaux et armoiries des comtes de Brienne ¬Ľ, Chemins d'outre-mer,‚Äé (lire en ligne). Ouvrage utilis√© pour la r√©daction de l'article.
  • (en) Theodore Evergates, The Aristocracy in the County of Champagne, 1100‚Äď1300, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, , 423 p. (ISBN 978-0-8122-4019-1 et 0-8122-4019-7, lire en ligne). Ouvrage utilis√© pour la r√©daction de l'article.
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  • (en) Guy Perry, The Briennes : The Rise and Fall of a Champenois Dynasty in the Age of the Crusades, c. 950‚Äď1356, Cambridge (GB), Cambridge University Press, , 213 p. (ISBN 978-1-107-19690-2, lire en ligne). Ouvrage utilis√© pour la r√©daction de l'article.
  • √Čdouard de Saint-Phalle, ¬ę Les comtes de Brienne (quatri√®me partie) : Les Brienne, seigneurs de Ramerupt et de Venizy ¬Ľ, M√©moires de la Soci√©t√© Acad√©mique de l'Aube, vol. 144,‚Äé (ISSN 0395-0786). Ouvrage utilis√© pour la r√©daction de l'article.

Notes et références

Notes

  1. Si√®ge lors duquel est √©galement d√©c√©d√© son oncle paternel le comte de Brienne √Črard II[1].
  2. Les premiers membres connus de cette famille sont les deux fr√®res Engelbert Ier et Gotbert, probablement d'origine bourguignonne, qui s'emparent du ch√Ęteau de Brienne vers 951[2].
  3. Bien qu'il porte le titre de seigneur de Ramerupt, √Črard de Brienne ne poss√®de en fait que la moiti√© de la seigneurie, l'autre moiti√© √©tant la possession de F√©licit√© de Broyes qui la transmet √† sa fille H√©lisende de Rethel[SP 3].
  4. Le recueil des Europäische Stammtafeln la donne aussi comme étant Hélisende de Rethel, mais la décrit comme étant veuve de Thomas, comte du Perche, ce qui pose un problème chronologique car ce dernier n'est mort qu'en 1217[SP 3].
  5. √Črard de Brienne et H√©lisende de Rethel sont tous deux les arri√®res-petits-enfants du comte √Črard Ier de Brienne et de son √©pouse Alix de Roucy, et sont donc cousins au deuxi√®me degr√©[SP 3].
  6. L'assembl√©e est compos√©e de neuf membres eccl√©siastiques (l'archev√™que de Reims Alb√©ric de Humbert, les √©v√™ques de Ch√Ęlons Guillaume du Perche, de Langres Guillaume de Joinville, de Beauvais Philippe de Dreux, de Noyon √Čtienne de Nemours, de Chartres Renaud de Bar, de Senlis Gu√©rin, de Lisieux Jourdain du Hommet et d'Auxerre Guillaume de Seignelay) et de neuf membres la√Įcs (les ducs de Bourgogne Eudes III et de Bretagne Pierre Mauclerc, des comtes de Ponthieu Guillaume II, de Dreux Robert II, de Saint-Pol Gaucher III de Ch√Ętillon, de Joigny Guillaume Ier, de Beaumont Jean et d'Alen√ßon Robert Ier) et du s√©n√©chal de l'Anjou Guillaume des Roches[AJ 11].
  7. La coutume de France pr√©cise qu'aucune personne √Ęg√©e de moins de vingt-et-un ans n'est tenue de r√©pondre en justice √† une demande concernant la propri√©t√© des biens dont le p√®re de cette personne √©tait en possession sans proc√®s √† l'instant de sa mort[AJ 12].
  8. L'assembl√©e est compos√©e de cinq membres eccl√©siastiques (l'archev√™que de Reims Alb√©ric de Humbert, les √©v√™ques de Ch√Ęlons Guillaume du Perche, de Noyon √Čtienne de Nemours, de Langres Guillaume de Joinville et de Beauvais Philippe de Dreux) et du duc de Bourgogne Eudes III ainsi que de plusieurs autres barons dont les noms ne sont pas connus[AJ 14].
  9. Outre √Črard de Brienne, sont nominativement d√©sign√©s par le pape Miles VI de Noyers, Renard II de Choiseul, Simon II de Sexfontaines, Eudes de Saint-Phal, √Čtienne de Seigneley, Guillaume de Tanlay, Jobert d'Ancy le Franc, Miles de Saint-Florentin, le fils de la dame de Saint-Val√©rien, √Čtienne de Lasson, Guillaume de Bierry, Philippe Boisent de Flacy, Gui de Nogent, Herbert de Puiseaux, Andr√© d‚Äô√Čpoisses, Renier III d'Aigremont, Simon IV de Clefmont, Eudes de Ch√Ętillon-en-Bazois, Eudes de Sully, Herv√© de Vierzon, Robert de Bomiers, Henri de Sully, Garin de Moncon, Henri et Gautier de Pringi et Robert de Sommepuis[EP 1]. Henri d'Arbois de Jubainville inclut √©galement dans cette liste le seigneur de Til-Ch√Ętel[9].
  10. Henri d'Arbois de Jubainville place ces événements dans le Bassigny après le siège de Nancy[AJ 22] alors que Ernest Petit les place avant. En effet, si le duc de Bourgogne est à Nancy début pour le traité d'Amance, il est établi qu'il est à Dijon le pour achever ses préparatifs pour son départ en Terre sainte. L'intervalle d'environ trois semaines entre ces deux dates est trop juste pour une campagne, alors qu'il y a plus de cinq semaines entre la fin de la trêve le et son arrivée à Nancy le , ce qui semble plus réaliste[EP 3].
  11. C'est √† tort que Pierre Pithou dans ses Annales de France fait d'√Črard et de Philippa les fondateurs de l'abbaye de la Pi√©t√©-Dieu-l√®s-Ramerupt ainsi que de leur fille Sibylle sa premi√®re abbesse[13].
  12. Henri aura comme successeur son fils a√ģn√© √Črard III[SP 10], qui aura √† son tour une fille unique, B√©atrix, qui transmettra la seigneurie de Venizy √† la fille unique qu'elle aura avec son √©poux Guillaume de Joinville, seigneur de Briquenay (Alix de Joinville, qui √©pousera quant √† elle Jean II de Sarrebruck-Commercy)[SP 11].
  13. Les Lignages d'Outremer nomment dans l'ordre ¬ę Henrico, Gerardo, Maria, Margarita, Chielvis, Isabella e Joanna ¬Ľ comme les sept enfants de ¬ę Girardo de Bregne ¬Ľ et de son √©pouse ¬ę Philippa, l'altra figlia di Henrico de Campagna ¬Ľ. Henri serait donc l'a√ģn√© et √Črard le cadet[18].
  14. √Ä la mort d'√Črard II, la seigneurie de Ramerupt est divis√©e entre ses quatre sŇďurs encore en vie et qui ne sont pas entr√©es dans les ordres[19].

Références

  • Ernest Petit, Histoire des ducs de Bourgogne de la race cap√©tienne, tome 3, 1889.
  1. Ernest Petit 1889, p. 239-240.
  2. Ernest Petit 1889, p. 241-242.
  3. Ernest Petit 1889, p. 241.
  4. Ernest Petit 1889, p. 243-244.
  5. Ernest Petit 1889, p. 248 bis.
  • Guy Perry, The Briennes : The Rise and Fall of a Champenois Dynasty in the Age of the Crusades, 2018.
  1. Guy Perry 2018, p. 56.
  • √Čdouard de Saint-Phalle, Les Brienne, seigneurs de Ramerupt et de Venizy, 2020.
  • Autres r√©f√©rences
  1. √Čdouard de Saint-Phalle, ¬ę Les comtes de Brienne, Premi√®re partie ¬Ľ, M√©moires de la Soci√©t√© acad√©mique de l'Aube, vol. 141,‚Äé , p. 161.
  2. √Čdouard de Saint-Phalle 2017, p. 151.
  3. √Čtienne Pattou (derni√®re mise √† jour : 21/06/2021), ¬ę Maison de Brienne ¬Ľ [PDF], sur racineshistoire.free.fr, (consult√© le ).
  4. √Čtienne Pattou (derni√®re mise √† jour : 17/06/2021), ¬ę Maison de Tra√ģnel ¬Ľ [PDF], sur racineshistoire.free.fr, (consult√© le ).
  5. Maximilien Quantin, Recueil de pièces pour faire suite au cartulaire général de l'Yonne : XIIIe siècle, Auxerre, Durand et Pédone-Lauriel, (lire en ligne), p. 11.
  6. Anselme de Sainte-Marie, Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, t. 6, Paris, Compagnie des libraires associés, (lire en ligne), p. 140.
  7. Alphonse Roserot, Dictionnaire historique de la Champagne méridionale, Troyes, imprimerie Champenoise, , p. 130.
  8. Charles Mignard et Abb√© Alexandre Parat, ¬ę Le ch√Ęteau monumental de Noyers ¬Ľ, Bulletin de la Soci√©t√© des sciences historiques et naturelles de l'Yonne, vol. 70,‚Äé .
  9. Henri d'Arbois de Jubainville et Léon Pigeotte, Histoire des ducs et comtes de Champagne : Catalogue des actes des comtes de Champagne et de Brie, depuis l’avènement de Thibaut III jusqu'à celui de Philippe le Bel, vol. 5, Paris, Librairie Auguste Durand, (lire en ligne), p. 115-116.
  10. Gilles Poissonnier, Histoire des Choiseul, vol. 1, Chaumont, le Pythagore, , 352 p. (ISBN 978-2-908456-16-5), p. 66.
  11. Henri d'Arbois de Jubainville, ¬ę Les premiers seigneurs de Ramerupt ¬Ľ, Biblioth√®que de l‚Äô√Čcole des Chartes, vol. 22,‚Äé , p. 447 (lire en ligne).
  12. Henri d'Arbois de Jubainville et Léon Pigeotte, Histoire des ducs et comtes de Champagne : Catalogue des actes des comtes de Champagne et de Brie, depuis l’avènement de Thibaut III jusqu'à celui de Philippe le Bel, vol. 5, Paris, Librairie Auguste Durand, (lire en ligne), p. 242.
  13. Ars√®ne Th√©venot, ¬ę Statistique g√©n√©rale du canton de Ramerupt ¬Ľ, M√©moires de la Soci√©t√© Acad√©mique de l'Aube,‚Äé , p. 185 (lire en ligne).
  14. Honoré Fisquet, La France pontificale : Gallia Christiana, Paris, H. Repos, 1864-1874 (lire en ligne), p. 158.
  15. Ernest Petit, Histoire des ducs de Bourgogne de la race capétienne, vol. 4, Dijon, Imprimerie Darantière, (lire en ligne), p. 48.
  16. Ernest Petit, Histoire des ducs de Bourgogne de la race capétienne, vol. 4, Dijon, Imprimerie Darantière, (lire en ligne), p. 53.
  17. Ars√®ne Th√©venot, ¬ę Statistique g√©n√©rale du canton de Ramerupt ¬Ľ, M√©moires de la Soci√©t√© Acad√©mique de l'Aube,‚Äé , p. 177 (lire en ligne).
  18. (en) Charles Cawley, ¬ę √Črard de Brienne-Ramerupt ¬Ľ, sur fmg.ac/MedLands (Foundation for Medieval Genealogy) (consult√© le ), Champagne Nobility.
  19. Henri d'Arbois de Jubainville, ¬ę Les premiers seigneurs de Ramerupt ¬Ľ, Biblioth√®que de l‚Äô√Čcole des Chartes, vol. 22,‚Äé , p. 450 (lire en ligne)
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