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Zhou Enlai

Zhou Enlai (chinois simplifi√© : ŚĎ®śĀ©śĚ• ; chinois traditionnel : ŚĎ®śĀ©šĺÜ ; pinyin : ZhŇću ńínl√°i ; Wade : Chou En-lai ; EFEO : Tcheou Ngen-lai), n√© le √† Huaiyin (aujourd'hui Huai'an, Jiangsu) et mort le √† P√©kin, est le premier Premier ministre de la r√©publique populaire de Chine en poste √† partir d' jusqu'√† sa mort, sous les ordres de Mao Zedong. Il a jou√© un r√īle dans la consolidation du contr√īle du pouvoir du Parti communiste chinois, a mis en place une politique √©trang√®re et a d√©velopp√© l'√©conomie de la r√©publique populaire de Chine.

Zhou Enlai
ŚĎ®śĀ©šĺÜ
Illustration.
Zhou Enlai en 1966.
Fonctions
Premier ministre du Conseil des affaires de l'√Čtat de la r√©publique populaire de Chine
‚Äď
(26 ans, 3 mois et 7 jours)
Président Mao Zedong
Liu Shaoqi
Dong Biwu et Song Qingling
Zhu De
Prédécesseur Poste créé
Successeur Hua Guofeng
Vice-président du Parti communiste chinois
‚Äď
(2 ans, 4 mois et 9 jours)
‚Äď
(9 ans, 10 mois et 4 jours)
Président de la Conférence consultative politique du peuple chinois
‚Äď
(21 ans, 1 mois et 1 jour)
Prédécesseur Mao Zedong
Successeur Deng Xiaoping (indirectement)
Membre de l'Assemblée nationale populaire
‚Äď
(21 ans, 3 mois et 24 jours)
Ministre des Affaires étrangères de la république populaire de Chine
‚Äď
(8 ans, 4 mois et 10 jours)
Successeur Chen Yi
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Huaiyin (aujourd'hui Huai'an), Jiangsu (Chine)
Date de décès
Lieu de décès Pékin (Chine)
Nationalité chinoise
Parti politique Parti communiste chinois
Conjoint Deng Yingchao
Enfants Li Peng
Sun Weishi (enfants adoptifs)
Religion Athée
Résidence Zhongnanhai

Signature de Zhou EnlaiŚĎ®śĀ©šĺÜ

Zhou Enlai
Premiers ministres de Chine
Zhou Enlai
Nom chinois
Chinois simplifi√© ŚĎ®śĀ©śĚ•
Chinois traditionnel ŚĎ®śĀ©šĺÜ

Diplomate habile et qualifi√©, Zhou Enlai est ministre des Affaires √©trang√®res entre 1949 et 1958. Pr√©conisant une coexistence pacifique avec l'Occident apr√®s l'impasse de la guerre de Cor√©e, il participe aux accords de Gen√®ve en 1954 et aide √† orchestrer la visite de Richard Nixon en Chine en 1972. Il est √† l'origine des politiques men√©es face aux crises diplomatiques avec les √Čtats-Unis, Ta√Įwan, l'Union sovi√©tique (apr√®s 1960), l'Inde et le Vi√™t Nam. Zhou Enlai est √©galement connu pour √™tre un soutien de longue date de Mao Zedong, en particulier en ce qui concerne la politique √©trang√®re chinoise. Leurs personnalit√©s oppos√©es en ont fait une √©quipe efficace selon Henry Kissinger, le diplomate am√©ricain qui a beaucoup travaill√© avec les deux hommes :

¬ę Mao dominait tous les rassemblements ; Zhou s'en impr√©gnait. La passion de Mao s'effor√ßait d'√©craser l'opposition ; l'intelligence de Zhou cherchait √† la persuader ou la manipuler. Mao √©tait sardonique ; Zhou perspicace. Mao se consid√©rait comme un philosophe ; Zhou comme un administrateur ou un n√©gociateur. Mao √©tait avide d'acc√©l√©rer l'histoire ; Zhou se contentait de l'exploiter[1]. ¬Ľ

En grande partie gr√Ęce √† son expertise, Zhou Enlai parvient √† survivre aux purges des grands dirigeants durant la r√©volution culturelle des ann√©es 1960. Ses tentatives de r√©duire les dommages des Gardes rouges et ses efforts pour prot√©ger les autres de la col√®re de ces derniers l'ont rendu tr√®s populaire apr√®s les √©v√©nements. Alors que la sant√© de Mao commence √† d√©cliner en 1971 et 1972, Zhou et la bande des Quatre m√®nent une lutte interne pour prendre la direction de la Chine. Mais la sant√© de Zhou Enlai est √©galement d√©faillante et il meurt huit mois avant Mao Zedong, le . L'effusion de chagrin du peuple √† P√©kin tourne √† la col√®re envers la bande des Quatre, menant au mouvement du 5 Avril. Bien que Hua Guofeng lui succ√®de, c'est Deng Xiaoping, l'alli√© de Zhou Enlai, qui parvient √† vaincre politiquement la bande des Quatre et √† prendre finalement la place de Mao Zedong en tant que chef supr√™me de la Chine en 1977.

Jeunesse

Enfance

Zhou Enlai est n√© √† Huai'an dans la province du Jiangsu, le . Il est le fils a√ģn√© de sa famille. Les Zhou sont originaires de Shaoxing dans la province du Zhejiang. √Ä la fin de la dynastie Qing, Shaoxing est r√©put√©e pour les familles telles que les Zhou, dont les membres sont greffiers du gouvernement (shiye) de g√©n√©ration en g√©n√©ration[2]. Pour grimper les √©chelons de la fonction publique, les hommes de ces familles sont souvent mut√©s et dans les derni√®res ann√©es de la dynastie Qing, la famille Zhou d√©m√©nage √† Huai'an. Apr√®s cela, toutefois, elle continue √† consid√©rer Shaoxing comme sa r√©sidence ancestrale[3].

Le grand-père d'Enlai, Zhou Panlong, et son grand-oncle, Zhou Jun'ang, sont les premiers membres de la famille à déménager à Huai'an. Panlong réussit les examens provinciaux et Zhou Enlai prétend par la suite qu'il a servi en tant que magistrat dans le comté de Huai'an, même si une étude récente le contredit[4]. Le père d'Enlai, Zhou Yineng, est le second des quatre fils de Panlong. Sa mère, dont le nom de jeune fille est Wan, est la fille d'un important fonctionnaire du Jiangsu. Durant la révolution culturelle, les origines d'une famille rouge (pauvre) sont devenues essentielles pour entrer au service du gouvernement. Zhou Enlai doit donc remonter à la mère de sa mère qui était la fille d'un fermier afin de trouver un membre de la famille qualifié de rouge[5].

Comme beaucoup d'autres, la fortune économique des fonctionnaires de la famille Zhou est décimée par la grande récession économique dont souffre la Chine au début du XIXe siècle. Zhou Yineng est réputé honnête, bon, intelligent et préoccupé des autres, mais il est également connu pour sa faiblesse, son manque de discipline et de détermination. Sa vie personnelle n'est pas un grand succès et il parcourt la Chine pour exercer divers métiers, travaillant à Pékin, dans le Shandong, dans l'Anhui, à Shenyang, en Mongolie-Intérieure et au Sichuan. Enlai se souvient qu'il était toujours en dehors de la maison et incapable de soutenir sa famille[6].

Peu apr√®s sa naissance, Enlai est adopt√© par le plus jeune fr√®re de son p√®re, Zhou Yigan, qui souffre de tuberculose. Apparemment, cette adoption aurait √©t√© arrang√©e de crainte que celui-ci ne meure avant d'avoir un h√©ritier[7] - [8]. Il d√©c√®de en effet peu apr√®s l'adoption et Enlai est par la suite √©lev√© par sa veuve, madame Chen. Cette derni√®re est √©galement issue d'une famille de fonctionnaires et a re√ßu une √©ducation traditionnelle. Selon les dires d'Enlai, il est tr√®s proche de sa m√®re adoptive et lui doit son int√©r√™t futur pour la litt√©rature et l'op√©ra chinois. Elle lui apprend √† lire et √† √©crire d√®s son plus jeune √Ęge, ce qui lui permet de pr√©tendre avoir lu le roman traditionnel en langue vernaculaire Le Voyage en Occident √† seulement six ans[9]. √Ä huit ans, il lit d'autres romans classiques chinois dont Au bord de l'eau, Les Trois Royaumes et Le R√™ve dans le pavillon rouge[5].

La m√®re biologique de Zhou Enlai meurt en 1907 alors qu'il n'a que 9 ans et sa m√®re adoptive en 1908. Son p√®re travaille dans le Hubei, loin du Jiangsu, donc Enlai et ses deux jeunes fr√®res retournent √† Huai'an pour vivre avec le plus jeune fr√®re de leur p√®re, Yikui, pour les deux ann√©es suivantes[10]. En 1910, l'oncle Yigeng, le fr√®re a√ģn√© de Yineng, se propose de recueillir Enlai. La famille √† Huai'an est d'accord et il est donc envoy√© aupr√®s de son oncle en Mandchourie √† Shenyang, o√Ļ ce dernier travaille en tant que fonctionnaire d'√Čtat. Le p√®re d'Enlai aurait √©galement v√©cu en Mandchourie √† cette √©poque et le gar√ßon aurait v√©cu un moment avec lui. Apr√®s cela, les contacts avec son p√®re s'espacent jusqu'√† sa mort en 1941[11].

√Čducation

√Ä Shenyang, Enlai int√®gre la Dongguan Model Academy, une √©cole de style occidental. Avant celle-ci, il a uniquement suivi un enseignement √† domicile. En plus de nouvelles mati√®res comme l'anglais et les sciences, Enlai prend √©galement connaissance des √©crits de r√©formateurs et de radicaux tels que Liang Qichao, Kang Youwei, Chen Tianhua, Zou Rong et Zhang Binglin[12] - [13]. √Ä quatorze ans, il d√©clare que sa motivation pour continuer ses √©tudes est de ¬ę devenir un grand homme qui prendra de grandes responsabilit√©s du pays dans le futur[14]. ¬Ľ En 1913, son oncle est mut√© √† Tianjin, o√Ļ le jeune homme int√®gre le renomm√© Lyc√©e de Nankai.

L'√©tablissement a √©t√© fond√© par Yan Xiu, un important fonctionnaire et philanthrope, et est dirig√© par Zhang Boling, un des plus c√©l√®bres √©ducateurs chinois du XXe si√®cle[15]. Les m√©thodes d'enseignement de Nankai sont insolites pour les standards chinois de l'√©poque. Lorsqu'Enlai int√®gre le lyc√©e, celui-ci a adopt√© le mod√®le d'√©ducation de la Phillips Academy aux √Čtats-Unis[16]. La r√©putation de l'√©cole, avec sa routine quotidienne tr√®s disciplinaire et un code moral strict[17] attire de nombreux √©tudiants qui deviennent par la suite d'importants personnages de la vie publique. Parmi les amis et camarades de classe de Zhou Enlai, on retrouve Ma Jun (un des premiers dirigeants communistes ex√©cut√© en 1927) ou Wu Guozhen (futur maire de Shanghai et gouverneur de Ta√Įwan sous le Parti nationaliste)[18]. Les talents de Zhou attirent l'attention de Yan Xiu et Zhang Boling, si bien que Yan l'aidera par la suite √† payer ses √©tudes au Japon et en France[19].

Yan est tellement impressionn√© par Zhou Enlai qu'il lui propose d'√©pouser sa fille, mais ce dernier refuse. Il expliqua par la suite son refus en affirmant qu'il avait peur de ne pas atteindre les perspectives financi√®res imagin√©es par Yan et que ce dernier en tant que beau-p√®re aurait alors pris le contr√īle de sa vie[20].

Zhou Enlai m√®ne √† bien ses √©tudes √† Nankai. Il excelle en chinois, gagne plusieurs r√©compenses au club de d√©bats de l'√©cole et devient √©diteur du journal du lyc√©e lors de sa derni√®re ann√©e dans l'√©tablissement. Il est √©galement tr√®s actif dans le jeu et la production de pi√®ces de th√©√Ętre, ce qui lui apporte une certaine popularit√© parmi les autres √©tudiants[21]. Nankai conserve un certain nombre d'essais et articles √©crits par Enlai √† cette √©poque. Ces derniers refl√®tent la discipline, l'entra√ģnement et l'amour du pays que les fondateurs de l'√©tablissement tentent d'inculquer aux √©tudiants. √Ä la fin de sa quatri√®me ann√©e √† Nankai en , Zhou Enlai fait partie des cinq √©tudiants honor√©s √† la c√©r√©monie de remise des dipl√īmes et est un des deux valedictorians[22].

Au moment de devenir dipl√īm√© de Nankai, les enseignements de Zhang Boling sur le gong (esprit public) et le neng (capacit√©) ont une grande influence sur Enlai. Sa participation √† des d√©bats et des repr√©sentations th√©√Ętrales contribuent √† d√©velopper son √©loquence et ses qualit√©s de persuasion. Il quitte Nankai avec un grand d√©sir d'int√©grer la fonction publique et d'acqu√©rir les comp√©tences n√©cessaires √† cela[23].

Suivant plusieurs de ses camarades de classe, il part au Japon en pour poursuivre ses √©tudes. Pendant deux ans dans ce pays, il passe la plupart de son temps √† l'East Asian Higher Preparatory School, une √©cole de langues pour les √©tudiants chinois. Ses √©tudes sont financ√©es par ses oncles et le fondateur de Nankai, Yan Xiu. Mais leurs fonds sont limit√©s et durant cette p√©riode le Japon subit une s√©v√®re inflation[24]. √Ä l'origine, Enlai souhaite remporter une des bourses offertes par le gouvernement chinois, conditionn√©es √† la r√©ussite aux examens d'admission des universit√©s japonaises. Il participe √† au moins deux concours, mais ne parvient pas √† √™tre admis[25]. Ses anxi√©t√©s sont aggrav√©es par la mort de son oncle, Zhou Yikui, une incapacit√© √† ma√ģtriser le Japonais et un chauvinisme culturel japonais aigu qui discrimine les Chinois. Zhou Enlai rentre donc en Chine durant l'√©t√© 1919. Il est fortement d√©√ßu de la culture japonaise et rejette l'id√©e que le mod√®le politique japonais est pertinent pour la Chine[26].

Les journaux intimes et lettres de Zhou Enlai lors de sa p√©riode √† Tokyo montrent un int√©r√™t certain pour la politique et les √©v√©nements en cours, en particulier la r√©volution russe de 1917 et la nouvelle politique des Bolcheviques. il commence √† lire le magazine progressiste et d'extr√™me gauche de Chen Duxiu, Nouvelle jeunesse[27]. Il lit probablement certains des premiers ouvrages de Marx en japonais et aurait assist√© aux conf√©rences de Hajime Kawakami √† l'universit√© de Kyoto. Ce dernier est une importante figure du d√©but de l'histoire du marxisme japonais et ses traductions et articles ont influenc√© une g√©n√©ration de communistes chinois[28]. Toutefois, selon certains chercheurs, il semble peu probable que Zhou Enlai l'ait effectivement rencontr√© ou ait particip√© √† ses conf√©rences[29]. Les journaux intimes de Zhou Enlai montrent √©galement son int√©r√™t pour les gr√®ves des √©tudiants chinois au Japon en , lorsque le gouvernement chinois n'est plus capable d'envoyer les bourses √† ses √©tudiants. Mais il ne semble pas avoir √©t√© tr√®s impliqu√© dans ces manifestations. Son r√īle actif dans des mouvements politiques commence apr√®s son retour en Chine.

Premières activités politiques

Zhou Enlai en 1919

Zhou revient √† Tianjin durant l'automne 1919. Les historiens sont partag√©s sur sa participation au Mouvement du 4-Mai (de mai √† ). Sa biographie chinoise officielle affirme qu'il √©tait le leader des manifestations √©tudiantes de Tianjin durant le mouvement[30], mais plusieurs universitaires pensent qu'il est tr√®s peu probable qu'il y ait m√™me particip√©, en se basant sur l'absence de preuves directes dans les archives de cette √©poque[30] - [31]. En , toutefois, il devient √©diteur du Journal de l'Union des √©tudiants de Tianjin, apparemment √† la demande de son camarade de classe Ma Jun, fondateur de l'Union[32]. Durant sa br√®ve existence, de aux d√©buts de l'ann√©e 1920, le journal est largement lu par des groupes d'√©tudiants √† travers le pays mais est supprim√© par le gouvernement national pour ¬ę menace de la s√©curit√© publique et de l'ordre social ¬Ľ[33].

Lorsque Nankai devient une universit√© en , Zhou fait partie de la premi√®re promotion, mais il milite d√©sormais √† plein temps et d√©laisse ses √©tudes. Ses activit√©s politiques continuent de se d√©velopper et, en septembre, Zhou et plusieurs autres √©tudiants fondent la Soci√©t√© naissante, un petit groupe qui ne d√©passera pas 25 membres[34]. En expliquant les buts et objectifs de la Soci√©t√© naissante, il d√©clare que ¬ę tout ce qui est incompatible avec le progr√®s des temps actuels, comme le militarisme, la bourgeoisie, les seigneurs de partis, les bureaucrates, les in√©galit√©s entre hommes et femmes, les id√©es obstin√©es, les morales obsol√®tes, les anciennes √©thiques... devraient √™tre abolies ou reform√©es. ¬Ľ Il affirme que l'objectif de la soci√©t√© est de r√©pandre cette conscience √† travers le peuple chinois. C'est au sein de celle-ci que Zhou rencontre sa future femme, Deng Yingchao[35]. Par certains aspects, la Soci√©t√© naissante ressemble au groupe clandestin d'√©tude marxiste de l'Universit√© de P√©kin men√© par Li Dazhao. Les membres des deux groupes utilisent des num√©ros au lieu de leurs noms pour garder le secret. Zhou est le ¬ę Num√©ro Cinq ¬Ľ, un pseudonyme qu'il continuera √† utiliser dans les ann√©es suivantes[36]. Peu apr√®s sa cr√©ation, le groupe Soci√©t√© naissante invite Li Dazhao √† donner une conf√©rence sur le marxisme.

Zhou endosse un r√īle plus actif et important dans les activit√©s politiques dans les mois suivants[37]. Il a ainsi pour objectif principal de rallier le soutien de la nation pour boycotter les biens japonais. Alors que le boycott devient de plus en plus suivi, le gouvernement national chinois, sous la pression du Japon, tente d'y mettre fin. Le , une action contre les activit√©s de boycott √† Tianjin aboutit √† l'arrestation de plusieurs personnes dont plusieurs membres de Soci√©t√© naissante. Le , Zhou lance une marche vers le bureau du gouverneur √† Tianjin pour pr√©senter une p√©tition appelant √† la lib√©ration des prisonniers. Il est lui-m√™me arr√™t√© avec trois autres membres du groupe. Les prisonniers sont encore gard√©s en captivit√© pendant plus de six mois. Durant sa d√©tention, Zhou aurait organis√© des discussions sur le marxisme[38]. Au cours de leur proc√®s en juillet, Zhou et six autres personnes sont condamn√©es √† deux mois de prison, les autres sont jug√©s non coupables. Tous sont imm√©diatement lib√©r√©s puisqu'ils ont d√©j√† √©t√© enferm√©s pendant six mois.

Apr√®s sa lib√©ration, Zhou et la Soci√©t√© naissante rencontrent plusieurs organisations √† P√©kin pour s'accorder sur la formation de la F√©d√©ration de la r√©forme. Durant ces activit√©s, il tisse des liens avec Li Dazhao et rencontre Zhang Shenfu, qui est le contact entre Li √† P√©kin et Chen Duxiu √† Shanghai. Les deux hommes organisent des cellules communistes clandestines en collaboration avec Grigori Vo√Įtinski, un agent du Komintern, m√™me si Zhou ne l'a jamais rencontr√© en personne.

Zhou d√©cide ensuite de partir en Europe pour √©tudier, puisqu'il est exclu de l'universit√© de Nankai durant son s√©jour en prison. Alors que l'argent pose probl√®me, il re√ßoit une bourse de Yan Xiu[39]. Afin de rassembler plus de fonds, il parvient √† approcher le journal tianjinnais Yishi Bao, pour travailler en tant qu'envoy√© sp√©cial en Europe. Il quitte Shanghai pour le Vieux Continent le avec un groupe de 196 √©tudiants du Mouvement Travail-√Čtudes, dont des amis de Nankai et Tianjin[40].

Les exp√©riences de Zhou apr√®s le Mouvement du 4-Mai semblent avoir jou√© un r√īle crucial dans sa radicalisation. Ses amis de la Soci√©t√© naissante sont √©galement affect√©s. Quinze membres du groupe deviennent communistes au moins pour un temps et le groupe restera proche longtemps. Zhou et six autres membres du groupe partent pour l'Europe dans les deux ann√©es suivantes. Enfin, Zhou √©pouse la plus jeune membre du groupe, Deng Yingchao.

Activités européennes

Le groupe de Zhou arrive √† Marseille le . Contrairement aux autres √©tudiants chinois qui voyagent en Europe avec le Mouvement Travail-√Čtudes, sa bourse et son travail pour le Yishi bao lui permettent de ne pas travailler durant son s√©jour. Gr√Ęce √† sa position financi√®re, il est capable de se d√©vouer √† plein temps aux activit√©s r√©volutionnaires[40]. Dans une lettre destin√©e √† son cousin le , il pr√©cise que son but en Europe est de d√©couvrir les conditions sociales des pays √©trangers et leurs m√©thodes pour r√©soudre les probl√®mes sociaux, dans le but d'appliquer par la suite ces le√ßons en Chine apr√®s son retour. Dans la m√™me lettre, il dit √† son cousin que, en ce qui concerne son adh√©sion √† une id√©ologie sp√©cifique, ¬ę je dois encore me d√©cider[41] ¬Ľ.

En Europe, il apprend les diff√©rentes approches pour r√©soudre les conflits de classe adopt√©es par les nations europ√©ennes. √Ä Londres en , il est t√©moin d'une importante gr√®ve de mineurs et √©crit une s√©rie d'articles pour le Yishi Bao (en g√©n√©ral compatissants pour les mineurs), examinant le conflit entre les travailleurs et employeurs, ainsi que la r√©solution du conflit. Apr√®s cinq semaines √† Londres, il d√©m√©nage √† Paris o√Ļ l'int√©r√™t pour la r√©volution russe de 1917 est vif. Dans une lettre √† son cousin, Zhou identifie deux voies possibles pour r√©former a Chine : ¬ę la r√©forme graduelle ¬Ľ (comme en Angleterre) ou ¬ę les moyens violents ¬Ľ (comme en Russie). Il √©crit alors : ¬ę je n'ai de pr√©f√©rence ni pour la mani√®re russe ni pour l'anglaise‚Ķ Je pr√©f√©rerais quelque chose entre les deux, plut√īt que l'un de ces deux extr√™mes[41] ¬Ľ.

Toujours int√©ress√© par les programmes universitaires, Zhou voyage en Grande-Bretagne en pour visiter l'Universit√© d'√Čdimbourg. Mais √† cause de probl√®mes financiers et de langue, il ne peut l'int√©grer et retourne en France √† la fin du mois. Il n'existe toutefois aucune trace de l'inscription de Zhou dans un quelconque cursus universitaire en France. Au printemps 1921, il rejoint une organisation communiste chinoise. La date de cet √©v√©nement est sujette √† controverse. La plupart des chercheurs comme Gao acceptent d√©sormais la date de [42]. Plusieurs de ces organisations ont √©t√© cr√©√©es √† la fin 1920 et d√©but 1921, soit avant l'√©tablissement du Parti communiste chinois (ou PCC) en . Le statut de communiste des membres de ces organisations divise donc les milieux universitaires. Zhou est recrut√© par Zhang Shenfu, qu'il a rencontr√© en ao√Ľt de l'ann√©e pr√©c√©dente gr√Ęce √† Li Dazhao. Il le conna√ģt √©galement par l'interm√©diaire de la femme de celui-ci, Liu Qingyang, membre de Soci√©t√© naissante. Zhou est parfois d√©crit √† cette p√©riode comme incertain dans ses croyances politiques[42] - [43], mais son rapide engagement pour le communisme sugg√®re le contraire. De plus, en s'appuyant sur le statut des membres des cellules par rapport aux membres du parti, Levine se demande si Zhou √©tait alors un fid√®le communiste dans ses croyances[44].

Photographie d'une plaque de marbre portant en haut un buste sculpt√© sur un m√©daillon m√©tallique, au centre trois sinogrammes et en bas le texte suivant : ¬ę Chou En La√Į 1898-1976 habitat cet immeuble lors de son s√©jour en France de 1922 √† 1924 ¬Ľ.
Plaque comm√©morative au no 17 de la rue Godefroy √† Paris, o√Ļ habita Zhou Enlai de 1922 √† 1924

L'organisation à laquelle appartient Zhou est basée à Paris. En plus de Zhou, Zhang et Liu, elle contient deux autres étudiants, Zhao Shiyan et Chen Gongpei. Dans les mois suivants, le groupe s'unit avec un groupe de radicaux chinois du Hunan, qui vivent à Montargis au sud de Paris. Ce groupe contient certaines futures grandes figures chinoises comme Cai Hesen, Li Lisan, Chen Yi, Nie Rongzhen, Deng Xiaoping et aussi Guo Longzhen, un autre membre de Société naissante. Contrairement à Zhou, la plupart des étudiants de ce groupe participent au Mouvement travail-études. Une série de conflits avec les administrateurs chinois du programme sur les faibles bourses et les pauvres conditions de travail en résultant conduisent une centaine d'étudiants à occuper les bureaux de l'Institut franco-chinois de Lyon en 1921. Les étudiants, dont plusieurs membres du groupe de Montargis, sont arrêtés et expulsés. Zhou ne semble pas avoir pris part à cette occupation et reste en France jusqu'en février ou , lorsqu'il déménage avec Zhang et Liu de Paris à Berlin. Ce déménagement peut s'expliquer par l'atmosphère politique relativement clémente dans la capitale allemande, ce qui en fait une bonne base pour organiser les activités sur l'Europe entière[45]. De plus, le Secrétariat de l'Europe de l'Ouest du Komintern est situé à Berlin et il est clair que Zhou possède d'importants liens avec l'organisation[46]. Après avoir déménagé ses activités en Allemagne, il voyage régulièrement entre Paris et Berlin.

Il retourne √† Paris en , o√Ļ il fait partie des vingt-deux participants pr√©sents √† la naissance du Parti communiste de la jeunesse chinoise, √©tabli comme la branche europ√©enne du Parti communiste chinois[47]. Zhou aide √† √©baucher la charte du parti et est √©lu parmi les trois membres du comit√© ex√©cutif en tant que directeur de la propagande[48]. Il participe √©galement √† l'√©criture d'articles et √† l'√©dition du magazine du parti, Shaonian (Jeunesse), plus tard renomm√© Chiguang (Lumi√®re rouge). En tant que r√©dacteur en chef de ce magazine, Zhou rencontre pour la premi√®re fois Deng Xiaoping, √Ęg√© de seulement 17 ans, qu'il embauche pour faire fonctionner une ron√©o[49]. Le parti subit plusieurs r√©organisations et changements de noms, mais Zhou reste un membre cl√© du groupe durant son s√©jour en Europe. Il participe √©galement au recrutement et au transport d'√©tudiants pour l'Universit√© communiste des travailleurs de l'est √† Moscou et √† l'√©tablissement de la branche europ√©enne du Parti nationaliste chinois (Kuomintang ou KMT).

En , le troisième congrès du Parti communiste chinois accepte les instructions du Komintern de s'allier avec le KMT dirigé à cette époque par Sun Yat-sen. Ces instructions appellent les membres du PCC à rejoindre le parti nationaliste individuellement, tout en gardant leur lien avec le PCC. Après avoir rejoint le KMT, ils travailleront clandestinement pour le diriger et l'orienter, le transformant ainsi en véhicule de la révolution. Pendant plusieurs années, cette stratégie sera une source de conflit sérieux entre les deux formations politiques[50].

Zhou ne se contente pas de rejoindre le KMT. Il aide √† organiser la branche europ√©enne du parti en . Sous son influence, la plupart des dirigeants de la branche europ√©enne sont en r√©alit√© des communistes. Les contacts et relations personnelles nou√©s durant cette p√©riode se r√©v√©leront centraux pour sa carri√®re. D'importants dirigeants du parti, comme Zhu De et Nie Rongzhen, y sont introduits gr√Ęce √† Zhou.

En 1924, l'alliance sovi√©tique-nationaliste se d√©veloppe rapidement et Zhou est somm√© de revenir en Chine pour continuer son action. Il quitte probablement l'Europe √† la fin du mois de , puisque la derni√®re apparition publique de Zhou y est un d√ģner d'adieu organis√© le [51].

Carrière politique et militaire à Huangpu

Zhou Enlai en tant que directeur du département politique de l'Académie de Huangpu.

Installation à Guangzhou

Zhou retourne en Chine √† la fin du mois d'ao√Ľt ou au d√©but du mois de pour rejoindre le d√©partement politique de l'Acad√©mie de Huangpu, probablement √† la demande de Zhang Shenfu, qui y a pr√©c√©demment travaill√©[52]. Les postes exacts occup√©s par Zhou dans cette acad√©mie et les dates associ√©es ne sont pas clairs. Peu de mois apr√®s son arriv√©e, vers , il devient directeur adjoint du d√©partement politique, avant de devenir en directeur du m√™me d√©partement[53]. Toutefois, il aurait √©galement dirig√© le d√©partement de formation politique[54]. M√™me s'il n'est pas techniquement un responsable du gouvernement central, le d√©partement politique de Zhou op√®re sous son mandat direct pour endoctriner les √©l√®ves de l'acad√©mie √† l'id√©ologie du KMT afin d'am√©liorer leur loyaut√© et leur morale. En parall√®le de ses activit√©s √† Huangpu, Zhou est √©galement secr√©taire du Parti communiste de Guandong-Guanxi et major-g√©n√©ral du PCC[55].

L'√ģle de Huangpu o√Ļ se trouve l'acad√©mie, √† environ 15 kilom√®tres de Guangzhou, est le cŇďur de l'alliance entre les sovi√©tiques et le Parti nationaliste. Con√ßue comme un camp d'entra√ģnement de l'Arm√©e du Parti nationaliste, elle fournit une base militaire aux nationalistes qui souhaitent unifier la Chine, alors divis√©e entre une douzaine de seigneurs de guerre. D√®s ses d√©buts, l'√©cole est fond√©e, arm√©e et en partie financ√©e par les sovi√©tiques[56].

Le D√©partement politique est responsable de l'endoctrinement et du contr√īle politique. De ce fait, Zhou est une importante figure dans la plupart des r√©unions de l'acad√©mie, s'adressant souvent aux √©tudiants juste apr√®s le commandant Tchang Ka√Į-chek. Il est tr√®s influent dans la mise en Ňďuvre du syst√®me de commissaires, qui associe repr√©sentants du d√©partement politique de l'acad√©mie et repr√©sentants du Parti nationaliste, adopt√© dans les forces arm√©es nationalistes en 1925[57].

En m√™me temps que ses postes √† Huangpu, Zhou devient Secr√©taire du Comit√© provincial du Parti communiste du Guangdong[55] et membre de la section militaire du comit√© provincial[58]. Il √©tend consid√©rablement l'influence communiste au sein de l'acad√©mie. Il permet rapidement √† un certain nombre d'autres communistes de rejoindre le d√©partement politique, dont Chen Yi, Nie Rongzhen, Yun Daiying et Xiong Xiong[59] - [60]. Il joue un r√īle important dans l'√©tablissement de l'Association des jeunes soldats, un groupe de jeunes domin√© par les communistes, et d'√Čtincelles, un groupe communiste √©ph√©m√®re. Il recrute √©galement un certain nombre de nouveaux jeunes membres pour le Parti communiste et finalement met en place une branche secr√®te du Parti communiste au sein de l'acad√©mie[58]. Lorsque les nationalistes s'inqui√®tent du nombre croissant de membres et organisations communistes √† Huangpu et fondent une Soci√©t√© pour le Sun Yats√©nisme, Zhou tente de l'√©touffer. Le conflit entre ces groupes d'√©tudiants sert alors de pr√©texte pour le renvoi de Zhou de l'acad√©mie[61].

Activités militaires

Zhou participe √† deux op√©rations militaires conduites par le r√©gime nationaliste en 1925, plus tard connues sous les appellations de premi√®re et seconde exp√©ditions orientales. La premi√®re a lieu en janvier 1925 lorsque Chen Jiongming, un important dirigeant militaire cantonais pr√©c√©demment chass√© de Guangzhou par Sun Yat-sen, tente de reprendre la ville. La campagne du r√©gime nationaliste est constitu√©e de forces de l'arm√©e du Guangdong de Xu Chongzhi et de deux r√©giments de l'Arm√©e du parti nationaliste, men√©s par Tchang Ka√Į-chek et compos√©s d'officiers et de cadets de l'acad√©mie, sous les conseils d'experts russes[62]. Le combat dure jusqu'en avec la d√©faite, mais sans la destruction totale, des forces de Chen[63]. Zhou dirige alors les cadets de Huangpu en tant qu'officier politique.

Lorsque Chen regroupe une nouvelle arm√©e et attaque √† nouveau Guangzhou en , les nationalistes lancent une seconde exp√©dition. Leurs forces cette fois sont organis√©es en cinq arm√©es et adoptent le syst√®me de commissaires avec des repr√©sentants des d√©partements politiques et du parti nationaliste dans la plupart des divisions. Le premier corps, constitu√© de l'arm√©e du parti nationaliste, est dirig√© par des dipl√īm√©s de Huangpu et command√© par Tchang Ka√Į-chek, qui nomme personnellement Zhou comme directeur du d√©partement politique du premier corps[64]. Peu apr√®s, le Comit√© ex√©cutif central du Parti nationaliste nomme Zhou comme repr√©sentant du parti nationaliste, faisant ainsi de Zhou le commissaire en chef du premier corps[65]. La premi√®re importante bataille se solde par la capture de la base de Chen √† Huizhou le . Shantou est ensuite prise le , avant que les nationalistes ne prennent le contr√īle complet de la province du Gangdong √† la fin de l'ann√©e 1925.

La nomination de Zhou en tant que commissaire en chef du premier corps lui permet de nommer des communistes dans des postes de commissaires dans quatre corps sur cinq[66]. Gr√Ęce au succ√®s de l'exp√©dition, Zhou est nomm√© commissaire sp√©cial du district de la rivi√®re de l'est, qui lui donne un contr√īle administratif temporaire sur plusieurs districts. Il utilise cette occasion pour √©tablir une branche du parti communiste √† Shantou et renforcer le contr√īle local du PCC[67]. Ceci marque l'apog√©e de la carri√®re de Zhou √† Huangpu.

Activités politiques

D'un point de vue personnel, 1925 est également une année importante pour Zhou. Il a en effet gardé des contacts avec Deng Yingchao, qu'il a rencontrée dans Société naissante à Tianjin. En , il demande et reçoit l'autorisation du PCC pour l'épouser. Le mariage a lieu à Guangzhou le [68].

Les travaux de Zhou √† Huangpu prennent fin avec l'incident du navire de guerre Zhongshan le , au cours duquel une canonni√®re compos√©e principalement d'√©quipage communiste quitte Huangpu pour Guangzhou, sans en informer Tchang. Cet √©v√©nement conduit Tchang √† exclure les communistes de l'acad√©mie en et √† renvoyer certains communistes des hauts postes occup√©s dans le Parti nationaliste. Dans ses m√©moires, Nie Rongzhen sugg√®re que la canonni√®re a ainsi manŇďuvr√© en protestation de la courte arrestation de Zhou Enlai[58].

Le temps passé par Zhou à Huangpu est une période importante dans sa carrière. Son travail pionnier en tant qu'officier politique dans l'armée en fait un des experts les plus importants du Parti communiste dans ce domaine. La grande partie de sa future carrière est par conséquent centrée sur les activités militaires. Son travail pour la section militaire du comité provincial du Guangdong du PCC est typique des activités secrètes qu'il a entrepris à cette époque. La section est un groupe secret constitué de trois membres du comité central provincial et le premier responsable de l'intégration du noyau du PCC dans l'armée. Ceci a été mené de façon illégale, c'est-à-dire sans en informer le Parti nationaliste. La section est responsable par la suite de l'organisation de tels noyaux dans d'autres groupes armés, dans des sociétés secrètes et des services clé, comme les chemins de fer et les voies navigables. Zhou se démène dans ces domaines jusqu'à la séparation des partis communiste et nationaliste à la fin de l'alliance soviétique-nationaliste en 1927[69].

Division entre nationalistes et communistes

Mesure de coopération

Les activit√©s de Zhou sont compromises imm√©diatement apr√®s son d√©part de Huangpu. Un de ses premiers biographes affirme que Tchang Ka√Į-chek a donn√© √† Zhou la charge ¬ę d'un centre d'entra√ģnement avanc√© pour les membres et commissaires du PCC qui se retirent de l'arm√©e ¬Ľ[70]. Des sources communistes plus r√©centes affirment que Zhou a un r√īle important dans la s√©curisation du contr√īle par le PCC du r√©giment ind√©pendant de Ye Ting. Plus tard, celui-ci joue avec son r√©giment un r√īle essentiel dans la premi√®re action militaire importante des communistes, le soul√®vement de Nanchang[58].

En , les nationalistes entament l'exp√©dition du Nord, une importante tentative militaire d'unification de la Chine. Elle est men√©e par Tchang Ka√Į-chek et l'Arm√©e nationale r√©volutionnaire (ANR), un amalgame des pr√©c√©dentes forces militaires avec une orientation significative des conseillers militaires russes et de nombreux communistes, √† la fois commandants et officiers politiques. Avec les premiers succ√®s de l'exp√©dition, commence une comp√©tition entre Tchang Ka√Į-chek repr√©sentant l'aile droite des nationalistes et les Communistes constituant son aile gauche pour le contr√īle des principales villes m√©ridionales telles que Nankin et Shanghai. √Ä ce moment, une partie de Shanghai est contr√īl√©e par Sun Chuanfang, un des seigneurs de guerre cibl√©s par l'exp√©dition. Affaibli par sa lutte contre l'ANR et les d√©fections dans son arm√©e, Sun r√©duit ses forces √† Shanghai et les Communistes, dont le si√®ge est situ√© √† Shanghai, font trois tentatives de prise de contr√īle de la ville en , et .

Activités à Shanghai

Zhou est transf√©r√© √† Shanghai en support de ces trois actions militaires. Il ne semble pas pr√©sent lors de la premi√®re les 23 et [71], mais est avec certitude dans la ville en . Les premiers compte-rendu cr√©ditent Zhou d'activit√©s d'organisation √† Shanghai, m√™me si son r√īle a certainement √©t√© de renforcer l'endoctrinement des travailleurs dans les syndicats et √† faire entrer clandestinement des bras pour les attaquants[72]. Les rapports selon lesquels il aurait organis√© et command√© les deuxi√®me et troisi√®me soul√®vements sont probablement exag√©r√©s. Les d√©cisions principales √† cette √©poque sont prises par le dirigeant communiste de Shanghai, Chen Duxiu, secr√©taire g√©n√©ral du Parti, avec un comit√© sp√©cial de huit officiels coordonnant les actions communistes. Pour toute d√©cision, le comit√© consulte √©galement les repr√©sentants du Komintern √† Shanghai, dirig√©s par Grigori Vo√Įtinski[73]. La documentation partielle de cette √©poque montre que Zhou est √† la t√™te de la commission militaire du comit√© central du parti communiste de Shanghai[74]. Il participe √† la fois aux op√©rations de f√©vrier et mars, mais n'est jamais le guide de ces deux mouvements, travaillant plut√īt avec le conseiller militaire sovi√©tique du comit√© central, entra√ģnant les piquets de gr√®ve de l'Union g√©n√©rale du travail, l'organisation communiste du travail √† Shanghai. Il travaille √©galement √† l'unification des bras arm√©s les plus efficaces lorsque les communistes d√©clarent vouloir mener une Terreur rouge apr√®s l'√©chec de l'op√©ration de f√©vrier. Cette action se traduit par l'assassinat de vingt personnes anti-union et l'enl√®vement, le lynchage et l'intimidation d'autres personnes en association avec des activit√©s anti-union[75].

Le troisi√®me soul√®vement communiste √† Shanghai a lieu les 20 et . 600 000 travailleurs en gr√®ve coupent l'√©lectricit√© et les lignes t√©l√©phoniques et prennent possession des bureaux de poste, commissariats de police et gares ferroviaires, souvent apr√®s d'√Ępres combats. Durant ce soul√®vement, les insurg√©s ont pour recommandation de ne pas blesser les √©trangers, consignes qui sont respect√©es. Les forces de Sun Chuanfang se retirent : le soul√®vement est couronn√© de succ√®s malgr√© le petit nombre de forces arm√©es disponibles. Le premier groupe nationaliste entre dans la ville le jour suivant[76].

Comme les communistes tentent d'instaurer un gouvernement municipal sovi√©tique, un conflit s'engage entre nationalistes et communistes. Le 1er avril, les forces nationalistes, dont √† la fois des membres de la Bande Verte et des soldats sous le commandement du g√©n√©ral nationaliste Bai Chongxi, attaquent les communistes et les submergent rapidement. √Ä la veille de l'attaque nationaliste, Wang Shouhua, qui est √† la fois √† la t√™te du Comit√© de travail du PCC et pr√©sident du Comit√© g√©n√©ral du travail, accepte de d√ģner avec Du les Grandes Oreilles, un gangster de Shanghai, et est √©trangl√© peu de temps apr√®s son arriv√©e. Zhou lui-m√™me √©chappe de peu √† ce genre de pi√®ge, lorsqu'il est arr√™t√© peu de temps apr√®s √™tre arriv√© √† un d√ģner dress√© dans les bureaux de Si Lie, un commandant nationaliste de la vingt-sixi√®me arm√©e de Tchang. Malgr√© les rumeurs selon lesquelles ce-dernier aurait mis sa t√™te √† prix, Zhou est bient√īt lib√©r√© par les forces de Bai Chongxi. Cette lib√©ration rapide pourrait s'expliquer par son important statut dans l'organisation communiste alors que le projet de Tchang visant √† √©liminer ceux-ci de Shanghai est √† ce moment encore tenu secret. L'ex√©cution de Zhou risque de plus d'√™tre interpr√©t√©e comme une violation de l'accord de coop√©ration entre le PCC et le KMT (qui est techniquement toujours en effet). Zhou est finalement rel√Ęch√© apr√®s l'intervention d'un repr√©sentant de la vingt-sixi√®me arm√©e, Zhao Shu, qui parvient √† convaincre ses commandants que l'arrestation de Zhou a √©t√© une erreur[77].

Fuite de Shanghai

Fuyant Shanghai, Zhou fait une halte √† Hankou et participe au 5e Congr√®s national du PCC entre le et le . √Ä la fin du Congr√®s, il est une fois de plus √©lu √† la t√™te du d√©partement militaire du comit√© central du Parti[78]. Apr√®s la suppression par Tchang des communistes, le Parti nationaliste se divise en deux, avec l'aile gauche du parti men√©e par Wang Jingwei qui contr√īle le gouvernement √† Hankou, et le parti de l'aile droite de Tchang √©tablissant un gouvernement rival √† Nankin. Toujours suivant les instructions du Komintern, les communistes restent en bloc √† l'int√©rieur du parti nationaliste, esp√©rant ainsi accro√ģtre leur influence parmi les nationalistes[79]. Apr√®s avoir √©t√© attaqu√© par un seigneur de guerre proche de Tchang, le gouvernement gauchiste de Wang est d√©sint√©gr√© √† la fin du mois de et les troupes de Tchang commencent √† purger les communistes sur les territoires pr√©c√©demment contr√īl√©s par Wang[80]. Mi-juillet, Zhou est forc√© de rentrer dans la clandestinit√©[79]. Cette purge est connue sous le nom de massacre de Shanghai. Andr√© Malraux se serait librement inspir√© de Zhou Enlai pour concevoir le personnage de Kyo dans son roman La Condition humaine, qui se d√©roule durant ces √©v√©nements[81].

Sous la pression des conseillers du Komintern et convaincus eux-m√™mes que ¬ę la mar√©e haute r√©volutionnaire ¬Ľ est arriv√©e, les communistes d√©cident de lancer une s√©rie de r√©voltes militaires[82]. La premi√®re de celles-ci est le soul√®vement de Nanchang. Zhou est envoy√© pour superviser l'√©v√©nement, m√™me si les principaux acteurs semblent avoir √©t√© Tang Pingshan et Li Lisan, alors que les principaux militaires semblent avoir √©t√© Ye Ting et He Long. En termes militaires, le soul√®vement est un d√©sastre, avec des forces communistes d√©cim√©es et √©parpill√©es[83].

Zhou y contracte la malaria et est secrètement envoyé à Hong Kong pour y suivre un traitement médical. Dans la colonie britannique, il prend l'identité d'un homme d'affaires nommé Li et est confié aux soins des communistes locaux. Dans une réunion suivante du comité central du PCC, il est reproché à Zhou l'échec de la campagne de Nanchang et ce dernier est temporairement démis de son statut de membre suppléant du Politburo[84].

Activités durant la guerre civile chinoise

Sixième Congrès du Parti communiste chinois

Apr√®s l'√©chec du soul√®vement de Nanchang, Zhou quitte la Chine pour l'Union sovi√©tique pour assister au sixi√®me congr√®s national du Parti communiste chinois √† Moscou, en juin-[85]. Ce congr√®s a lieu √† Moscou car les conditions en Chine sont jug√©es trop dangereuses. Le contr√īle du KMT est si intense que beaucoup de d√©put√©s chinois sont forc√©s de voyager d√©guis√©s. Zhou lui-m√™me prend l'apparence d'un antiquaire[86].

Au cours du Congr√®s, Zhou proclame un long discours qui insiste sur le fait que les conditions en Chine ne sont pas favorables pour une r√©volution imm√©diate et que le but du Parti communiste chinois est de construire un √©lan r√©volutionnaire en gagnant le soutien des masses dans les campagnes et en √©tablissant un r√©gime sovi√©tique dans le sud de la Chine, similaire √† celui d√©j√† cr√©√© par Mao Zedong et Zhu De dans la province du Jiangxi. Le congr√®s juge l'analyse de Zhou exacte. Xiang Zhongfa est d√©sign√© secr√©taire g√©n√©ral du Parti mais il se r√©v√®le rapidement incapable de remplir ce r√īle, ce qui conduit Zhou √† endosser de facto le costume de dirigeant du PCC. Il n'est alors √Ęg√© que de trente ans[86].

Toujours lors de ce rassemblement, Zhou est √©lu Directeur du d√©partement organisation du comit√© central. Son alli√©, Li Lisan, est charg√© de la propagande. Zhou retourne finalement en Chine apr√®s plus d'une ann√©e √† l'√©tranger, en 1929. Le Congr√®s est √©galement l'occasion de r√©v√©ler les chiffres selon lesquels en 1928 moins de 32 000 membres sont loyaux aux Communistes et que seulement dix pour cent des membres du parti sont des prol√©taires. En 1929, seulement trois pour cent du Parti est prol√©taire[87].

Au d√©but des ann√©es 1930, Zhou commence √† √™tre en d√©saccord avec le timing de la strat√©gie de Li Lisan visant √† favoriser les riches paysans et √† concentrer les forces arm√©es pour des attaques sur les centres urbains. Zhou ne rompt toutefois pas ouvertement avec ces notions plus orthodoxes et tentera m√™me de les mettre en application en 1931 dans le Jianqxi[88]. Le sovi√©tique Pavel Mif arrive √† Shanghai pour diriger le Komintern en Chine en . Ce dernier critique la strat√©gie de Li, la qualifiant d'aventurisme de gauche. Il reproche √©galement √† Zhou de soutenir Li dans cette voie. Zhou reconna√ģt ses erreurs en se compromettant avec Li en . Il offre sa d√©mission du Politburo, mais il est conserv√© √† son poste alors que d'autres dirigeants du PCC, dont Li Lisan et Qu'Qiubai, sont remerci√©s. Comme Mao l'a plus tard reconnu, Mif a compris que les services de Zhou sont indispensables √† la t√™te du Parti et que Zhou va volontiers coop√©rer avec quiconque tient le pouvoir[89].

Travail clandestin

Gu Shunzhang, numéro deux du réseau d'espionnage communiste chinois, dont la désertion porte un coup sérieux au mouvement communiste.

Apr√®s son retour √† Shanghai en 1929, Zhou commence √† travailler dans la clandestinit√© en √©tablissant et supervisant un r√©seau d'associations communistes ind√©pendantes. Le plus grand danger pour Zhou dans cela est la menace d'√™tre d√©couvert par la police secr√®te du KMT, fond√©e en 1928 avec la mission particuli√®re d'identifier et d'√©liminer les communistes. Pour √©chapper √† cette milice, Zhou et sa femme changent de r√©sidence une fois par mois et utilisent de nombreux pseudonymes. Il se d√©guise parfois en homme d'affaires, porte parfois la barbe. Il veille √† ce que seules deux ou trois personnes connaissent sa localisation. Zhou camoufle √©galement les bureaux du Parti en ne partageant jamais le m√™me b√Ętiment dans la m√™me ville et en requ√©rant que tous les membres du Parti utilisent des mots de passe pour s'identifier. Il organise toutes les r√©unions avant 7 heures du matin ou apr√®s 7 heures du soir. Il n'utilise jamais les transports publics et √©vite d'√™tre vu sur les lieux publics[90].

En , le PCC met en place sa propre agence de renseignements (la Section de service sp√©cial du Comit√© central, ou Zhongyang Teke, šł≠Ś§ģÁČĻÁßĎ, parfois abr√©g√© en Teke), que Zhou contr√īle par la suite. Les lieutenants en chef de Zhou sont Gu Shunzhang, qui a des liens √©troits avec les soci√©t√©s secr√®tes chinoises et devient un membre du Politburo, et Xiang Zhongfa. Le Teke poss√®de quatre sections op√©rationnelles : une pour la protection et la s√Ľret√© des membres, une pour la r√©colte des renseignements, une pour faciliter les communications internes et une pour mener les assassinats, une √©quipe connue sous le nom d'√©quipe rouge (ÁļĘťėü)[91].

La principale pr√©occupation de Zhou dans le Teke est d'√©tablir un r√©seau de contre-information efficace contre la police secr√®te du KMT. Peu de temps √† la t√™te de la section de renseignement du Teke, Chen Geng, parvient √† implanter des taupes dans la section investigation du d√©partement des op√©rations centrales √† Nankin, qui est le centre de renseignements du KMT. Les trois agents les plus efficaces infiltr√©s dans la police secr√®te du KMT sont Qian Zhuangfei, Li Kenong et Hu Di, que Zhou qualifie de ¬ę Trois travailleurs de renseignement les plus distingu√©s du Parti ¬Ľ dans les ann√©es 1930. Des agents infiltr√©s dans divers bureaux du KMT sont par la suite cruciaux pour le PCC, en aidant le Parti √† fuir les op√©rations d'encerclement de Tchang[92].

Réponse du KMT aux travaux de renseignement de Zhou

√Ä la fin du mois d', l'aide de camp de Zhou dans les affaires de s√©curit√©, Gu Shunzhang, est arr√™t√© par le KMT √† Wuhan. Il est un ancien organisateur de travail qui poss√®de d'importantes connexions avec la mafia et un faible engagement envers le PCC. Sous la menace de la torture, Gu d√©livre √† la police secr√®te du KMT un compte rendu d√©taill√© des organisations clandestines du PCC √† Wuhan, ce qui m√®ne √† l'arrestation et l'ex√©cution de plus de dix dirigeants importants du PCC dans la ville. Gu offre au KMT de fournir des d√©tails sur les activit√©s √† Shanghai, mais √† la condition de donner les informations directement √† Tchang Ka√Į-chek[93].

Un des agents de Zhou travaillant √† Nankin, Qian Zhuangfei, intercepte un t√©l√©gramme du KMT demandant des instructions suppl√©mentaires sur la fa√ßon de proc√©der √† Nankin. Il abandonne alors sa couverture pour alerter personnellement Zhou de la r√©pression imminente. Les deux jours avant l'arriv√©e √† Nankin pour rencontrer Tchang Ka√Į-chek permettent √† Zhou d'√©vacuer les membres du Parti et de changer les codes de communication utilis√©s par le Teke, tout cela √©tant connu de Gu. Apr√®s avoir bri√®vement rencontr√© Tchang √† Nankin, Gu arrive √† Shanghai et aide la police secr√®te du KMT √† investir les r√©sidences et les bureaux du PCC et √† capturer les membres qui n'ont pas fui √† temps. Les ex√©cutions sommaires des personnes accus√©es de sympathie communiste sont √† l'origine du plus grand nombre d'assassinats depuis le massacre de Shanghai en 1927[94].

La r√©action de Zhou face √† la trahison de Gu est extr√™me. Plus de quinze membres de la famille du tra√ģtre, dont certains travaillent pour le Teke, sont assassin√©s par l'√©quipe rouge et enterr√©s dans des endroits isol√©s de Shanghai. Wang Bing est ensuite assassin√©. Il s'agit d'un membre de la police secr√®te du KMT connu pour circuler dans Shanghai en pousse-pousse sans protection de gardes du corps. La plupart des membres survivants du PCC se rendent dans la base communiste du Jiangxi. Puisque la plupart des cadres dirigeants ont √©t√© d√©masqu√©s par Gu, la plupart des meilleurs agents sont √©galement rapatri√©s. Le plus ancien aide de camp de Zhou, Pan Hannian, devient alors directeur du Teke[95].

La veille de son d√©part pr√©vu de Shanghai en , Xiang Zhongfa, qui est un des plus anciens agents de Zhou, d√©cide de passer la nuit dans un h√ītel avec sa ma√ģtresse, ignorant les avertissements de Zhou sur le danger. Au petit matin, un informateur du KMT qui suit Xiang le rep√®re quittant l'h√ītel. Il est imm√©diatement arr√™t√© et emprisonn√© dans la concession fran√ßaise de la ville. Zhou tente d'emp√™cher l'extradition de Xiang vers la Chine contr√īl√©e par le KMT en tentant de soudoyer le chef de la police de la concession fran√ßaise, mais les autorit√©s du KMT appellent directement celles de la concession, emp√™chant le chef de la police locale de pouvoir intervenir. L'espoir de Zhou que Xiang soit transf√©r√© √† Nankin, ce qui lui permettrait de l'enlever, sont √©galement r√©duits √† n√©ant. Les Fran√ßais sont d'accord pour transf√©rer Xiang vers la garnison de Shanghai, sous le commandement du g√©n√©ral Xiong Shihui, qui sugg√®re une torture et un interrogatoire impitoyables envers Xiang. Une fois convaincu que Xiang a donn√© toutes les informations que ses tortionnaires demandent, Tchang Ka√Į-chek ordonne son ex√©cution[96].

Zhou parvient par la suite à acheter en secret une copie des archives de l'interrogatoire de Xiang. Celle-ci montre que Xiang a tout révélé aux autorités du KMT avant son exécution, dont le lieu de résidence de Zhou. Une autre série d'arrestations et d'exécutions suit la capture de Xiang, mais Zhou et sa femme y échappent puisqu'ils ont quitté leur appartement le matin de l'arrestation de Xiang. Après avoir établi un nouveau Comité permanent du Politburo, Zhou et sa femme relocalisent la base communiste dans la province du Jiangxi à la fin de l'année 1931[96]. Au moment de quitter Shanghai, Zhou est l'homme le plus recherché de Chine[97].

République soviétique chinoise et Soviet du Jiangxi

Après les échecs des soulèvements de 1927, les Communistes commencent à établir une série de bases rurales d'opérations en Chine méridionale. Avant même de déménager dans le Jiangxi, Zhou est impliqué dans les politiques de ces bases. Mao, invoquant la nécessité d'élimination les antirévolutionnaires et anti-bolchéviques opérant au sein du PCC, commence une purge idéologique à l'intérieur de la république soviétique chinoise du Jiangxi. Zhou, peut-être en raison de ses propres succès quant à l'infiltration de nombreuses taupes au sein du KMT, considère aussi qu'une campagne organisée destinée à dévoiler les subversions se justifie et soutient la purge en tant que chef de facto du PCC[98].

Les efforts de Mao se traduisent rapidement dans une campagne impitoyable conduite par la parano√Įa et visant non seulement les espions du KMT, mais quiconque a des perspectives id√©ologiques diff√©rentes de Mao. Les suspects sont tortur√©s jusqu'√† ce qu'ils confessent leurs crimes et accusent d'autres personnes d'autres crimes. Les femmes et amis qui posent des questions sur les personnes tortur√©es sont √† leur tour arr√™t√©s et tortur√©s, parfois plus s√©v√®rement. Les tentatives de Mao de purger l'Arm√©e rouge de ceux qui pourraient potentiellement s'opposer √† lui conduisent Mao √† accuser Chen Yi, le commandant et commissaire politique de la R√©gion militaire du Jiangxi, d'√™tre un contrer√©volutionnaire, ce qui provoque une violente r√©action contre les pers√©cutions de Mao, connue sous le nom d'incident de Futian en . Mao parvient finalement √† contenir l'Arm√©e rouge en r√©duisant son effectif de quarante mille √† moins de dix mille hommes. La campagne de purge continue en 1930 et 1931. Les historiens estiment que le nombre total de morts issus de cette pers√©cution est d'environ 100 000[99].

Toute la purge se d√©roule alors que Zhou est √† Shanghai. M√™me s'il a soutenu l'√©limination des contrer√©volutionnaires, il s'efforce d'y mettre fin lorsqu'il arrive dans le Jiangxi en , critiquant ¬ę l'exc√®s, la panique et la simplification excessive ¬Ľ pratiqu√©s par les dirigeants locaux. Apr√®s avoir interrog√© les accus√©s d'anti-bolch√©visme et leurs pers√©cuteurs, Zhou remet un rapport critique sur la campagne qui se focalise sur la pers√©cution √©troite des anti-mao√Įstes et des anti-bolch√©viques, exag√©rant la menace qui r√®gne sur le Parti. Il condamne √©galement l'usage de la torture et les m√©thodes d'enqu√™te. La r√©solution de Zhou est adopt√©e le et la campagne est petit √† petit contenue[100].

En arrivant dans le Jianxi, Zhou bouleverse l'approche orient√©e vers la propagande de la r√©volution en demandant aux forces arm√©es sous le contr√īle communiste d'√™tre effectivement utilis√©es pour agrandir la zone d'influence de la base communiste, plut√īt que de se contenter de la contr√īler et la d√©fendre. En , il remplace Mao Zedong en tant que Secr√©taire de la Premi√®re arm√©e de front avec Xiang Ying et remplace Mao en tant que commissaire politique de l'Arm√©e rouge. Liu Bocheng, Lin Biao et Peng Dehuai critiquent tous la politique de Mao en durant la Conf√©rence de Ningdu[101] - [102].

En rejoignant le Jiangxi, Zhou retrouve Mao pour la première fois depuis 1927 et commence sa longue relation avec ce dernier. À la conférence de Ningdu, Mao est rétrogradé dans le gouvernement soviétique. Zhou, qui a apprécié les stratégies de Mao après une série d'échecs militaires menés par les dirigeants du Parti depuis 1927, le défend, mais sans succès[103].

Campagnes d'encerclement de Tchang

Au d√©but de l'ann√©e 1933, Bo Gu arrive avec le conseiller du Komintern allemand Otto Braun (surnomm√© en chinois Li De) et prend les r√™nes du Parti. √Ä ce moment, Zhou, qui apparemment jouit d'un soutien important du Parti et des militaires, r√©organise et unifie l'Arm√©e rouge. Sous les ordres de Zhou, Bo et Braun, elle d√©fait les quatre attaques men√©es par les troupes nationalistes de Tchang Ka√Į-chek[104]. La structure militaire qui a conduit les Communistes √† la victoire est la suivante :

Dirigeants Unité
Lin Biao, Nie Rongzhen 1er Corps
Peng Dehuai, Yang Shangkun 3e Corps
Xiao Jinguang 7e Corps
Xiao Ke 8e Corps
Luo Binghui 9e Corps
Fang Zhimin 10e Corps

La cinqui√®me campagne de Tchang lanc√©e en est plus difficile √† contenir. Le strat√®ge nationaliste utilise une nouvelle tactique de blocus. Un plus grand nombre de ses troupes parvient donc √† avancer dans le territoire communiste et ils parviennent √† capturer certaines places fortes communistes. Bo Gu et Otto Braun adoptent des tactiques orthodoxes pour r√©pondre √† Tchang. Zhou, bien qu'oppos√© √† ces ordres, les dirige. Apr√®s une importante d√©faite, Zhou et d'autres commandants militaires sont bl√Ęm√©s[105].

Bien que l'approche militaire prudente de Zhou n'inspire pas confiance aux partisans d'une ligne dure au sein du PCC, il est une nouvelle fois nommé vice-président de la commission militaire. Il doit cette nomination à son talent d'organisation et à sa dévotion au travail, puisqu'il n'a jamais révélé d'ambition ouverte afin de s'approcher au plus du pouvoir suprême du Parti. Au fil des mois, la tactique de Bo et Braun ne se solde que par des défaites de l'Armée rouge, ce qui force les dirigeants du PCC à sérieusement considérer l'abandon de leur base dans le Jiangxi[106].

La Longue Marche

Apr√®s l'annonce de l'abandon du Jiangxi, Zhou devient responsable de l'organisation et de la supervision de la logistique de la fuite communiste. Menant ses plans en secret et n'informant les cadres dirigeants du Parti qu'√† la derni√®re minute, l'objectif de Zhou est de briser l'encerclement de l'ennemi avec le moins de pertes possibles et avant que les forces de Tchang n'aient compl√®tement la capacit√© d'occuper toutes les positions communistes. Des crit√®res sont alors √©tablis pour d√©terminer qui pourra partir et qui restera. Ainsi, 16 000 soldats et commandants communistes sont mobilis√©s pour former une arri√®re-garde afin de distraire les principales forces des nationalistes pendant la fuite des g√©n√©raux communistes[107].

La fuite de 84 000 soldats et civils d√©bute au d√©but du mois d'. Les agents de renseignement de Zhou identifient une large section dans les lignes de Tchang qui est compos√©e de troupes sous les ordres du g√©n√©ral Chen Jitang, un seigneur de guerre du Guangdong qui pr√©f√®re conserver sa force militaire plut√īt que de combattre. Zhou envoie Pan Hannian pour n√©gocier un passage s√Ľr avec le g√©n√©ral Chen, qui autorise par la suite l'Arm√©e rouge √† traverser son territoire sans combattre[108].

Apr√®s avoir pass√© trois des quatre lignes de fortifications n√©cessaires pour fuir l'encerclement de Tchang, l'Arm√©e rouge est finalement rattrap√©e par les troupes r√©guli√®res nationalistes et subit de lourdes pertes. Sur les 86 000 communistes qui tentent de quitter le Jiangxi, seulement 36 000 parviennent √† s'enfuir. Ces pertes d√©moralisent les dirigeants communistes, en particulier Bo Gu et Otto Braun, mais Zhou reste calme et conserve son commandement[108].

Durant la Longue Marche des communistes qui s'ensuit, un certain nombre de divergences apparaissent entre eux sur la route √† suivre et les causes des d√©faites de l'Arm√©e rouge. Durant cette lutte de pouvoir, Zhou soutient largement Mao contre les int√©r√™ts de Bo Gu et Otto Braun. On reproche par la suite √† ces derniers les d√©faites de l'Arm√©e rouge et ils sont d√©mis de leurs fonctions de dirigeants[109]. Les communistes parviennent finalement √† √©tablir une nouvelle base dans le nord de la province du Shaanxi le , arrivant avec seulement 8 000 √† 9 000 membres[110].

La position de Zhou au sein du PCC change à de nombreuses reprises durant la Longue Marche. Au début des années 1930, il est le dirigeant de facto du PCC et exerce une influence supérieure sur les autres membres du Parti même s'il partage le pouvoir avec Bo et Braun[111]. Dans les mois suivant la conférence de Zunyi en , durant laquelle Bo et Braun sont démis de leurs fonctions, Zhou parvient à conserver sa position car il montre sa volonté d'afficher la responsabilité sur sa tactique victorieuse de défaite de l'encerclement de Tchang et son soutien à Mao Zedong qui gagne en influence au sein du Parti. Après la conférence de Zunyi, Mao devient l'assistant de Zhou[112]. Après que les communistes ont atteint le Shaanxi et terminé la Longue Marche, Mao prend officiellement la place de Zhou à la direction du PCC, alors que Zhou prend le poste de vice-président. Les deux hommes conserveront ces positions dans l'appareil du PCC jusqu'à leur mort en 1976[113].

Incident de Xi'an

Zhou Enlai (au centre) avec sa femme Deng Yingchao et le journaliste américain Edgar Snow, vers 1938.

Au cours du 7e Congr√®s du Komintern, tenu en , Wang Ming √©dite un manifeste anti-fasciste, indiquant que la pr√©c√©dente politique du PCC de ¬ę s'opposer √† Tchang Ka√Į-chek et r√©sister au Japon ¬Ľ doit √™tre remplac√©e par une politique ¬ę d'unit√© avec Tchang Ka√Į-chek pour r√©sister au Japon. ¬Ľ Zhou joue un r√īle important dans la r√©alisation de cette politique. Il noue des contacts avec un des commandants les plus exp√©riment√©s du KMT dans le nord-est, Zhang Xueliang. En 1935, Zhang exprime ses sentiments anti-japonais et ses doutes quant √† la volont√© de Tchang Ka√Į-chek de s'opposer aux Japonais. Ce point de vue permet √† Zhou de facilement le convaincre en indiquant que le PCC souhaite coop√©rer pour combattre contre les Japonais[114].

Zhou √©tablit un ¬ę Comit√© de travail du nord-est ¬Ľ dans le but de promouvoir la coop√©ration avec Zhang. Le Comit√© travaille √† persuader l'arm√©e de Zhang de s'unir avec l'Arm√©e rouge pour combattre le Japon et reprendre la Mandchourie. Il cr√©e √©galement de nouveaux slogans patriotiques, dont ¬ę Les Chinois ne doivent pas combattre les Chinois ¬Ľ, afin de promouvoir la nouvelle politique de Zhou. Utilisant son r√©seau de contacts secrets, ce dernier organise une rencontre avec Zhang √† Yan'an, alors contr√īl√©e par l'arm√©e du nord-est de Zhang[115].

Cette premi√®re r√©union entre les deux hommes se tient dans une √©glise le . Zhang montre un grand int√©r√™t √† mettre fin √† la guerre civile, unifier le pays et combattre les Japonais. Mais il met en garde sur le fait que Tchang contr√īle fermement le gouvernement national et que ces buts seront difficiles √† atteindre sans sa coop√©ration. Les deux parties mettent fin √† la r√©union en scellant un accord pour trouver un moyen secret de travailler ensemble. Alors que Zhou tente de se rapprocher de Zhang, Tchang devient suspicieux envers Zhang et de plus en plus insatisfait de son inaction envers les communistes. Pour duper Tchang, Zhou et Zhang d√©ploient de fausses unit√©s militaires pour donner l'impression que l'Arm√©e rouge et l'Arm√©e du nord-est sont engag√©s dans une bataille[115].

En , Tchang Ka√Į-chek se rend dans le quartier g√©n√©ral nationaliste √† Xi'an pour tester la loyaut√© des forces locales militaires du KMT sous les ordres du mar√©chal Zhang Xueling et pour mener personnellement ses forces lors d'un assaut final contre les bases communistes dans le Shaanxi, que Zhang doit d√©truire. D√©termin√© √† forcer Tchang √† diriger les forces de la Chine contre les Japonais, qui ont captur√© les territoires de Zhang en Mandchourie et pr√©parent une invasion du reste du territoire, Zhang et ses troupes se ruent sur le quartier g√©n√©ral de Tchang le , tuent la plupart de ses gardes du corps et capturent le g√©n√©ralissime dans ce qui est appel√© l'incident de Xi'an[116].

Les réactions à l'enlèvement de Tchang à Yan'an sont mitigées. Certains, dont Mao Zedong et Zhu De, le voient comme une occasion de tuer Tchang. D'autres, dont Zhou Enlai et Zhang Wentian, le voient comme une occasion d'achever la politique de front uni contre les Japonais, qui renforcerait la position globale du PCC[117]. Le débat à Yan'an prend fin à l'arrivée d'un long télégramme de Joseph Staline, pressant le PCC à travailler à la libération de Tchang, expliquant qu'un front uni est la meilleure solution pour résister aux Japonais et que seul Tchang possède le prestige et l'autorité nécessaires pour mener à bien ce plan[118].

Après de premiers échanges avec Zhang sur le sort de Tchang, Zhou se rend à Xi'an le en tant que négociateur communiste, dans un avion spécialement affrété par Zhang. Jusqu'au , Zhou tente de négocier avec Tchang et Zhang en proposant un gouvernement national de front uni avec Tchang comme leader, une démarcation entre les territoires du KMT et du PCC, la tenue d'une conférence incluant une délégation communiste et une série de futures négociations à Nankin[119]. Au fil de ces jours d'intenses négociations, menées avec extrême précaution et courtoisie, Zhou parvient avec succès à réconcilier leurs positions[117].

Le , Song Ziwen arrive √† Xi'an, suivie deux jours plus tard par Song Meiling, afin de n√©gocier la lib√©ration de Tchang. Dans un premier temps, Tchang est oppos√© √† toute n√©gociation avec un d√©l√©gu√© communiste. Il change finalement d'avis, en se rendant compte que sa vie et sa libert√© son largement d√©pendantes du bon vouloir des communistes. Le , il rencontre Zhou, pour la premi√®re entrevue entre les deux hommes depuis que Zhou a quitt√© Huangpu dix ans plus t√īt. Zhou commence la conversation par cette phrase : ¬ę En dix ans que nous ne nous sommes pas rencontr√©s, tu as tr√®s peu vieilli. ¬Ľ Tchang hoche la t√™te et dit : ¬ę Enlai, tu √©tais mon subordonn√©. Tu devrais faire ce que je dis. ¬Ľ Le communiste r√©plique alors que si Tchang souhaite arr√™ter la guerre civile et r√©sister aux Japonais √† la place, l'Arm√©e rouge acceptera volontiers son commandement. √Ä la fin de l'entretien, Tchang promet de mettre fin √† la guerre civile et de r√©sister ensemble contre les Japonais, et il invite Zhou √† Nankin pour poursuivre les pourparlers[117].

Le , Zhang rel√Ęche Tchang et l'accompagne √† Nankin. Par la suite, Zhang est poursuivi en cour martiale et assign√© √† r√©sidence, tandis que la plupart de ses officiers qui ont pris part √† l'incident de Xi'an sont ex√©cut√©s. Bien que le KMT rejette officiellement toute collaboration avec le PCC, Tchang met fin aux activit√©s militaires contre les bases communistes √† Yan'an. Apr√®s la fin des attaques du KMT, le PCC est capable de consolider ses territoires et de pr√©parer la r√©sistance face aux Japonais[119].

Après l'annonce de la trahison contre Zhang et de son arrestation par Tchang, les anciens officiers de Zhang sont inquiets. Certains d'entre eux assassinent un général nationaliste, Wang Yizhe. Alors que Zhou est toujours à Xi'an, il est encerclé dans ses bureaux par des officiers de Zhang, qui accusent les communistes d'avoir fomenté l'incident de Xi'an et trahi Zhang en le convainquant de se rendre à Nankin. Ils menacent alors de tuer Zhou. Ce dernier garde son calme et défend avec éloquence sa position. Il parvient à apaiser les officiers, qui finissent par partir. Dans une série de négociations menées avec le KMT, qui dure jusqu'en (lorsque l'incident du pont Marco Polo se produit), Zhou tente d'obtenir la libération de Zhang, sans succès[120].

Activités durant la Seconde Guerre mondiale

Propagande et renseignements à Wuhan

Lorsque la capitale Nankin tombe aux mains de Japonais le , Zhou suit le gouvernement nationaliste dans la capitale provisoire de Wuhan. En tant que repr√©sentant en chef du PCC dans l'accord de coop√©ration entre le KMT et le PCC, il √©tablit et dirige le bureau officiel de liaison KMT-PCC. Dans le m√™me temps, il met en place le Bureau du Yangzi du Comit√© central. Sous couvert de son association avec l'arm√©e de la 8e route, il utilise le Bureau du Yangzi pour conduire des op√©rations clandestines dans le sud de la Chine, recrutant secr√®tement des espions communistes et √©tablissant des structures communistes √† travers les r√©gions contr√īl√©es par le KMT[121].

En , le PCC envoie des ordres secrets à Zhou pour concentrer son travail d'unification vers l'infiltration de communistes et l'organisation à tous les niveaux du gouvernement et de la société. Zhou adhère à ces ordres et applique ses talents d'organisation pour les accomplir. Peu après son arrivée à Wuhan, il convainc le gouvernement nationaliste d'approuver et financer un journal communiste, le Xinhua ribao (Le Quotidien de la Nouvelle Chine), en le présentant comme un outil de propagande anti-japonaise. Ce journal devient un outil majeur dans la diffusion de la propagande communiste, à tel point que les nationalistes considèreront leur choix de soutien envers lui comme leur plus grande erreur[122].

Zhou parvient √† rassembler un nombre important d'intellectuels et artistes chinois pour promouvoir la r√©sistance contre les Japonais. En 1938, il organise un important rassemblement de propagande, √† la suite de la victoire de Tai'erzhuang. Entre 400 000 et 500 000 personnes prennent part √† cette c√©l√©bration et un chŇďur de 10 000 personnes entonne des chansons de r√©sistance. Les lev√©es de fonds durant la semaine de f√™te permettent de r√©colter plus d'un million de yuan. Zhou lui-m√™me donne 240 yuan, son salaire mensuel de directeur adjoint du D√©partement politique[122].

Alors qu'il travaille √† Wuhan, Zhou est le principal contact du PCC pour le monde ext√©rieur. Il travaille avec vigueur pour renverser la perception des communistes comme ¬ę organisation de bandits. ¬Ľ Il noue et maintient des contacts avec plus de quarante journalistes et √©crivains √©trangers, dont Edgar Snow, Agnes Smedley, Anna Louise Strong et Rewi Alley, dont la plupart adh√®rent √† la cause communiste et √©crivent leur soutien dans des publications √©trang√®res. Dans ses efforts pour promouvoir le PCC dans le reste du monde, Zhou organise un voyage √† Yan'an d'une √©quipe m√©dicale canadienne men√©e par Norman Bethune et assiste le r√©alisateur n√©erlandais Rodney Evans dans la production du documentaire 400 Millions de personnes[123].

Zhou ne parvient toutefois pas √† √©viter la d√©fection publique de Zhang Guotao, un des fondateurs du PCC, vers le KMT. Zhang envisage sa d√©fection √† la suite d'un d√©saccord avec Mao Zedong sur la mise en Ňďuvre de la politique de front uni et parce qu'il a un ressentiment contre le style autoritaire de Mao. Zhou, avec l'aide de Wang Ming, Bo Gu et Li Kenong, intercepte Zhang apr√®s son arriv√©e √† Wuhan et engage d'intenses n√©gociations au cours du mois d' afin de le convaincre de rester. Mais ces discussions √©chouent. Finalement, Zhang refuse tout compromis et il se place sous la protection de la police secr√®te du KMT. Le , le Comit√© central du PCC exclut Zhang du Parti et Zhang r√©dige lui-m√™me un rapport accusant le PCC de saboter les efforts de r√©sistance contre les Japonais. Cet √©pisode constitue un s√©rieux √©chec dans les tentatives de Zhou pour am√©liorer le prestige du Parti[124].

Stratégie militaire à Wuhan

En , le gouvernement nationaliste nomme Zhou directeur adjoint du Département politique du Comité militaire, travaillant directement sous les ordres du général Cheng Cheng. En tant que communiste confirmé au rang de lieutenant-général, Zhou est le seul communiste à avoir une position de haute responsabilité dans le gouvernement nationaliste. Il utilise son influence dans le Comité militaire pour promouvoir les généraux nationalistes qu'il juge capables et pour promouvoir la coopération avec l'Armée rouge[121].

Durant la campagne de Tai'erzhuang, Zhou utilise son influence pour s'assurer que le g√©n√©ral nationaliste le plus efficace disponible, Li Zongren, soit nomm√© commandant g√©n√©ral, malgr√© les r√©serves de Tchang vis-√†-vis de la loyaut√© de Li. Alors que Tchang h√©site √† engager des troupes pour la d√©fense de Tai'erzhuang, Zhou le convainc de le faire en promettant une attaque simultan√©e de l'arm√©e de la 8e route communiste sur les positions septentrionales des Japonais et un sabotage par la Nouvelle Quatri√®me arm√©e de la ligne ferroviaire Tianjin-Pukou, coupant ainsi le ravitaillement japonais. Finalement, la d√©fense de Tai'erzhuang est une victoire importante pour les nationalistes, qui se solde par la perte de 20 000 soldats japonais et la capture d'un nombre important de fournitures et d'√©quipements[121].

Adoption d'orphelins

En tant qu'ambassadeur du PCC auprès du KMT, Zhou, qui n'a pas d'enfants, rencontre et sympathise avec de nombreux orphelins. À Wuhan, il adopte une jeune fille, Sun Weishi, en 1937. La mère de la jeune fille l'a emmenée à Wuhan après l'exécution par le KMT de son père en 1927, au cours de la Terreur blanche. Zhou la rencontre alors que la jeune fille de seize ans pleure devant le bureau de liaison de l'armée de la 8e route, après s'être vu refuser une permission pour se rendre à Yan'an, à cause de sa jeunesse et de son manque de contacts politiques. Après que Zhou sympathise et l'adopte, Sun peut enfin se rendre à Yan'an. Elle poursuit une carrière d'actrice et réalisatrice, devenant par la suite la première réalisatrice de drames parlés (huaju) en république populaire de Chine[125].

Zhou adopte également le frère de Sun, Sun Yang[126]. Après avoir rejoint Zhou à Yan'an, Sun Yang devient l'assistant personnel de Zhu De[127]. Après la fondation de la république populaire de Chine, il devient Président de l'université Renmin de Chine[125].

En 1938, Zhou rencontre et sympathise avec un autre orphelin, Li Peng. Li a seulement trois ans lorsqu'en 1931 son père est tué par le KMT. Par la suite, Zhou s'occupe de lui à Yan'an. Après la guerre, Zhou forme Li et l'envoie pour apprendre l'ingénierie en énergie à Moscou. Zhou l'introduit ensuite dans la puissante bureaucratie des énergies, ce qui le protège des Gardes rouges durant la révolution culturelle. Sous l'influence de son mentor, l'accession de Li au poste de Premier ministre dans les années 1980-1990 ne surprend alors personne[128].

Fuite vers Chongqing

√Ä l'automne 1938, les Japonais engagent la bataille de Wuhan afin de s'emparer de la ville. Les combats sont rudes pendant quatre mois autour de la cit√©. Une fois compl√®tement encercl√©s, les nationalistes abandonnent la cit√© sans y combattre directement et fuient encore plus dans les terres jusqu'√† Chongqing. Sur la route vers la ville du Sichuan, Zhou est presque tu√© au cours de l'incendie de Changsha, qui dure trois jours, d√©truit les deux tiers de la ville, tue plus de 20 000 civils et fait des centaines de milliers de sans-abris. Ce feu est d√©lib√©r√©ment caus√© par l'arm√©e nationaliste en retraite pour √©viter que la ville ne tombe aux mains des Japonais. Pr√©tendument √† cause d'une erreur d'organisation, le feu d√©bute sans que la population de la ville ait √©t√© avertie[129].

Apr√®s s'√™tre √©chapp√© de Changsha, Zhou trouve refuge dans un temple bouddhiste dans un village voisin et organise l'√©vacuation de la ville. Il mandate une enqu√™te aupr√®s des autorit√©s pour d√©terminer les causes de l'incendie, afin que les responsables soient punis. Il organise les r√©parations donn√©es aux victimes, le grand nettoyage de la cit√© et l'aide apport√©e aux sans-abris. Finalement, les nationalistes bl√Ęment trois responsables locaux pour le feu et les ex√©cutent. Les journaux √† travers la Chine accusent des incendiaires non nationalistes, mais l'incendie conduit √† une perte de soutien pour le KMT de la part de la population[130].

Premières activités à Chongqing

Zhou Enlai atteint Chongqing en et recommence les opérations officielles et officieuses qu'il conduisait à Wuhan en . En plus de faire formellement partie du gouvernement nationaliste, il dirige deux journaux communistes, forme des réseaux efficaces de renseignements et améliore la popularité et l'organisation du PCC dans la Chine du sud. À son apogée, le personnel sous ses ordres compte plusieurs centaines de personnes qui ont des missions officielles ou clandestines[131]. En apprenant que son père Zhou Shaogang, ne peut plus subvenir à ses besoins, Zhou Enlai le rapatrie près de lui pour s'en occuper jusqu'à sa mort en 1942[132].

Peu après son arrivée à Chongqing, Zhou parvient à faire pression sur le gouvernement nationaliste afin de libérer des prisonniers politiques communistes. Après leur libération, il assigne les anciens détenus à des postes d'agents pour organiser et diriger des organisations du Parti à travers le sud de la Chine. Les activités clandestines de Zhou rencontrent un franc succès, décuplant les adhésions au PCC dans le sud du pays. Tchang est d'une certaine façon au courant de ces activités et tente de les supprimer, mais en général sans succès[133].

Zhou Enlai et Sun Weishi à Moscou, en 1939.

En , alors qu'il participe √† une s√©rie de r√©unions du Politburo √† Yan'an, Zhou a un accident de cheval et se brise le coude droit. √Ä cause des faibles soins m√©dicaux disponibles dans la ville, Zhou se rend √† Moscou, mais trop tard pour r√©parer la fracture, son bras droit restant courb√© pour le reste de sa vie. Il profite toutefois de l'occasion pour rendre compte aupr√®s du Komintern du statut du front uni. Joseph Staline est alors contrari√© face au refus du PCC de travailler plus √©troitement avec les nationalistes et il refuse de voir Zhou durant son s√©jour[134]. La fille adoptive de Zhou l'accompagne √† Moscou, o√Ļ elle reste apr√®s son d√©part pour poursuivre des √©tudes de cin√©ma[125].

Travail de renseignement à Chongqing

Le , le Politburo accepte que Zhou focalise ses efforts sur la création de réseaux d'agents secrets du PCC pour travailler clandestinement et pour de longues périodes. Les communistes sont invités à rejoindre le KMT, augmentant ainsi la capacité des agents à infiltrer les établissements administratifs, d'éducation, économiques et militaires du KMT. Sous la couverture du Bureau de l'armée de la 8e route, installé à l'extérieur de la ville, Zhou adopte une série de mesures pour étendre le réseau de renseignements du PCC[135].

Alors que Zhou retourne √† Chongqing en , une fissure s√©rieuse se forme entre le KMT et le PCC. Au cours de l'ann√©e suivante, les relations entre les deux partis d√©g√©n√®rent en arrestations et ex√©cutions de membres du Parti, en tentatives secr√®tes d'agents des deux c√īt√©s pour s'√©liminer les uns les autres, en efforts de propagande pour s'attaquer mutuellement et en affrontements militaires. Le front uni est officiellement dissout apr√®s l'incident de l'Anhui en , lorsque 9 000 soldats communistes de la Nouvelle Quatri√®me arm√©e sont pris en embuscade et leurs commandants soit tu√©s soit emprisonn√©s par les troupes gouvernementales[136].

En réponse à la césure entre les deux partis, Zhou appelle les dirigeants du PCC à agir encore plus secrètement. Il continue les efforts de propagande à travers les journaux qu'il dirige et garde contact avec des journalistes et ambassadeurs étrangers. Il augmente et améliore la force de frappe des renseignements du PCC au sein du KMT, du gouvernement de Wang Jingmei et de l'empire du Japon, en recrutant, entrainant et organisant un important réseau d'espions communistes. Yan Baohang, un membre actif et secret du PCC dans les cercles diplomatiques de Chongqing, informe Zhou que Hitler envisage d'attaquer l'Union soviétique le . Sous la signature de Zhou, cette information est envoyée à Staline le , deux jours avant l'attaque allemande[137].

Activités économiques et diplomatiques

Malgr√© l'aggravation des relations avec Tchang Ka√Į-chek, Zhou op√®re ouvertement √† Chongqing, se liant d'amiti√© avec des visiteurs chinois et √©trangers et assistant √† des activit√©s culturelles publiques, principalement du th√©√Ętre chinois. Zhou cultive une amiti√© proche avec le g√©n√©ral Feng Yuxiang, ce qui lui permet de rencontrer librement les officiers de l'arm√©e nationaliste. Il se lie d'amiti√© avec le g√©n√©ral He Jifeng et le convainc de devenir secr√®tement membre du PCC durant sa visite officielle √† Yan'an. Les agents de renseignement de Zhou infiltrent l'arm√©e sichuanaise du g√©n√©ral Deng Xihou, ce qui permet d'obtenir un accord secret pour approvisionner en munitions la Nouvelle Quatri√®me arm√©e communiste. Zhou convainc un autre g√©n√©ral du Sichuan, Li Wenhui, d'installer clandestinement un transmetteur radio qui facilite les communications secr√®tes entre Yan'an et Chongqing. Zhou noue √©galement des amiti√©s avec Zhang Chong et Nong Yun, les commandants des forces arm√©es du Yunnan, qui deviennent des agents secrets communistes et acceptent de coop√©rer avec le PCC contre Tchang Ka√Į-chek et d'√©tablir une station radio clandestine qui diffuse la propagande communiste depuis le b√Ętiment du gouvernement provincial √† Kunming[138].

Zhou reste le principal représentant du PCC pour l'étranger durant son séjour à Chongqing. il apprécie de recevoir des visiteurs étrangers et donne une impression favorable aux diplomates américains, britanniques, canadiens et russes entre autres, malgré les efforts vains de Tchang pour l'isoler de la communauté internationale. Zhou est à plusieurs reprises décrit par ses visiteurs comme charmant, urbain, travailleur et adoptant un style de vie simple. En 1941, il reçoit la visite d'Ernest Hemingway et de sa femme, Martha. Cette dernière écrit plus tard qu'elle et Ernest ont été impressionnés par Zhou (et extrêmement peu impressionnés par Tchang) et qu'ils ont été convaincus que les communistes prendront le pouvoir en Chine après leur visite[139].

Parce que Yan'an est incapable de financer toutes les activit√©s de Zhou, ce dernier tente de se financer par lui-m√™me de diff√©rentes mani√®res. Il accepte des dons de soutiens √©trangers, de Chinois expatri√©s et du China Welfare Institute (dirig√© par la veuve de Sun Yat-sen, Song Qingling). Mais les dons ne suffisent pas, Zhou entreprend donc diverses affaires √† travers la Chine contr√īl√©e par le KMT et les Japonais. Il est ainsi propri√©taire de plusieurs entreprises de commerce dans plusieurs villes chinoises (principalement Chongqing et Hong Kong), d'un magasin de soie √† Chongqing, d'une raffinerie et de diverses usines de production de mat√©riels industriels, v√™tements, m√©dicaments occidentaux entre autres[140].

Gr√Ęce √† Zhou, les hommes d'affaires communistes font de grands profits dans le change et la sp√©culation de marchandises, en particulier sur les march√©s internationaux du dollar et de l'or. Toutefois, l'activit√© la plus lucrative pour Zhou est issue de plusieurs plantations d'opium dans diff√©rentes r√©gions. Bien que le PCC est engag√© depuis sa fondation dans la lutte contre la consommation de cette drogue, Zhou justifie la production et la distribution d'opium dans les r√©gions contr√īles par le KMT par les importants profits g√©n√©r√©s pour le PCC et par les effets d√©bilitants que l'addiction √† l'opium peut avoir sur les soldats et les officiels du gouvernement du KMT[140].

Relations avec Mao Zedong

En 1943, la relation entre Zhou et Tchang Ka√Į-chek se d√©t√©riore. Le dirigeant communiste rentre donc d√©finitivement √† Yan'an. Mao Zedong est alors Secr√©taire du Parti communiste chinois et tente de faire accepter ses th√©ories politiques comme dogme du Parti. Suivant son accession au pouvoir, Mao organise une campagne pour endoctriner les membres du PCC. Celle-ci devient la base du culte de la personnalit√© du mao√Įsme qui dominera par la suite les politiques chinoises jusqu'√† la fin de la r√©volution culturelle[141].

Apr√®s son retour √† Yan'an, Zhou Enlai est fortement et excessivement critiqu√© dans cette campagne. Il est cit√© avec les g√©n√©raux Peng Dehuai, Liu Bocheng, Ye Jianying et Nie Rongzhen, comme faisant partie des empiristes √† cause de sa coop√©ration avec le Komintern et l'ennemi de Mao, Wang Ming. Mao attaque publiquement Zhou en l'accusant d'√™tre un ¬ę collaborateur et assistant du dogmatisme [‚Ķ] qui a rabaiss√© l'√©tude du marxisme-l√©ninisme ¬Ľ. Mao et ses alli√©s affirment alors que les organisations du PCC que Zhou a cr√©√©es dans le sud de la Chine sont en fait dirig√©es par des agents secrets du KMT, accusation que Zhou nie fermement, et qui n'est finalement abandonn√©e qu'√† la fin de la campagne lorsque Mao est convaincu de la servilit√© de Zhou[141].

Zhou se d√©fend lui-m√™me en menant une longue s√©rie de r√©flexions publiques et d'auto-critiques. Il fait √©galement de nombreux discours durant lesquels il loue Mao et le mao√Įsme et donne son approbation inconditionnelle √† la direction de Mao. Il rejoint √©galement le rang des alli√©s de Mao en attaquant Peng Shuzhi, Chen Duxiu et Wang Ming. La pers√©cution de Zhou inqui√®te Moscou et Georgi Dimitrov √©crit une lettre personnelle √† Mao indiquant que ¬ę Zhou Enlai [‚Ķ] ne doit pas √™tre exclu du Parti. ¬Ľ Finalement, la reconnaissance enthousiaste par Zhou de ses propres fautes, son approbation explicite et √©logieuse des m√©thodes de Mao et son attaque des ennemis de Mao finissent par convaincre que son adh√©sion au mao√Įsme est sinc√®re, ce qui est une condition sine qua non pour sa survie politique. Lors du septi√®me Congr√®s du PCC en 1945, Mao est d√©sign√© comme dirigeant global du PCC et le dogme du mao√Įsme est fermement ancr√© dans la direction du Parti[141].

Efforts diplomatiques avec les √Čtats-Unis

Mission Dixie

Apr√®s l'entr√©e en guerre des √Čtats-Unis contre le Japon en 1941, les hommes politiques et conseillers militaires am√©ricains montrent de plus en plus leur int√©r√™t pour rencontrer les communistes afin de coordonner les attaques contre les Japonais. En , Tchang Ka√Į-chek autorise un groupe am√©ricain d'observation militaire, connu sous le nom de ¬ę Mission Dixie ¬Ľ (en r√©f√©rence aux anciens √Čtats conf√©d√©r√©s d'Am√©rique qui sont similaires aux territoires m√©ridionaux tenus par les chinois), √† voyager √† Yan'an. Mao et Zhou accueillent cette mission et participent √† de nombreuses discussions pour gagner le soutien am√©ricain. Ils promettent un appui √† toute action militaire am√©ricaine sur le sol chinois et tentent de convaincre les Am√©ricains que le PCC est engag√© dans un gouvernement d'unification KMT-PCC. En signe de bonne volont√©, les unit√©s de gu√©rilla de l'Arm√©e populaire de lib√©ration (APL) re√ßoivent pour instruction de secourir les soldats alli√©s emprisonn√©s en Chine (pour la plupart des aviateurs am√©ricains). Lorsque les Am√©ricains quittent Yan'an, les membres de la mission sont nombreux √† croire que le PCC est ¬ę un parti cherchant une croissance d√©mocratique ordonn√©e √† travers le socialisme ¬Ľ et la mission sugg√®re officiellement une plus grande coop√©ration entre le PCC et l'arm√©e am√©ricaine[142].

1944‚Äď1945

En 1944, Zhou √©crit au g√©n√©ral Joseph Stillwell, le commandant am√©ricain du th√©√Ętre des op√©rations de Chine-Birmanie-Inde, pour le convaincre du besoin de soutenir les communistes et du d√©sir de ces derniers de fonder un gouvernement uni apr√®s la guerre. Le d√©senchantement ouvert de Stillwell envers le gouvernement nationaliste en g√©n√©ral et Tchang en particulier motive le pr√©sident Franklin Delano Roosevelt de le destituer la m√™me ann√©e, avant que la diplomatie de Zhou ne porte ses fruits. Le rempla√ßant de Stillwell, Patrick Hurley, est r√©ceptif aux appels de Zhou, mais refuse finalement d'aligner les forces am√©ricaines avec le PCC √† moins que le Parti ne fasse des concessions au KMT, ce que Mao et Zhou jugent inacceptable. Peu apr√®s la reddition du Japon en 1945, Tchang invite Mao et Zhou √† Chongqing pour prendre part √† la conf√©rence pour la paix organis√©e par les Am√©ricains[143].

Négociations à Chongqing

Il existe une grande appréhension à Yan'an, de peur que l'invitation ne soit qu'un piège et que les nationalistes aient planifié d'assassiner ou emprisonner les deux dirigeants communistes. Zhou prend en charge la sécurité de Mao. Sa fouille minutieuse de leur avion et de leur logement ne donne aucun résultat. Au cours du voyage à Chongqing, Mao refuse d'entrer dans son logement avant qu'il ne soit personnellement inspecté par Zhou. Les deux hommes se rendent ensemble aux réceptions, banquets et autres rassemblements publics. Zhou présente Mao à un certain nombre de célébrités et hommes politiques locaux avec lesquels il a noué des amitiés lors de son précédent séjour dans la ville[144].

Durant les quarante-trois jours de négociations, Mao et Tchang se rencontrent à onze reprises pour discuter du futur de la Chine après la guerre, pendant que Zhou travaille sur les détails des négociations. Finalement, les discussions ne résolvent rien. L'offre de retrait de l'Armée rouge du sud de la Chine est ignorée et l'ultimatum de Hurley pour incorporer le PCC dans le KMT est pris comme une insulte par Mao. Alors que ce dernier retourne à Yan'an le , Zhou reste sur place pour finir les détails de la résolution de la conférence. Il revient à Yan'an le , lorsque d'importantes escarmouches entre communistes et nationalistes mènent toute future négociation dans une impasse. Finalement, Hurley annonce lui-même sa démission, accusant les membres de l'ambassade américaine de le miner et de favoriser les communistes[145].

Négociations avec Marshall

Lorsque Harry Truman devient pr√©sident des √Čtats-Unis, il nomme le g√©n√©ral George Marshall envoy√© sp√©cial en Chine le . Celui-ci est charg√© d'obtenir un cessez-le-feu entre PCC et KMT et d'inciter Mao et Tchang √† respecter l'accord de Chongqing, que les deux ont sign√©. Les principaux dirigeants communistes, dont Zhou, consid√®rent la nomination de Marshall comme une bonne nouvelle et esp√®rent qu'il sera un n√©gociateur plus flexible que Hurley. Zhou arrive √† Chongqing pour n√©gocier avec Marshall le [146].

La première phase de discussions commence doucement. Zhou représente les communistes, Marshall les Américains et Zhang Qun (plus tard remplacé par Zhang Zhizhong) le KMT. En , les deux parties s'accordent à cesser les hostilités et à réorganiser leurs armées dans le but de séparer l'armée des partis politiques. Zhou signe cet accord, tout en sachant qu'aucun des deux partis ne l'appliquera jamais. Au cours d'un discours, Tchang promet une liberté politique, une autonomie locale, des élections libres et la libération de prisonniers politiques. Zhou acclame les dires de Tchang et exprime son opposition à la guerre civile[147].

La direction du PCC voit ces accords de fa√ßon optimiste. Le , le secr√©tariat du PCC nomme Zhou parmi les huit dirigeants qui participeront au futur gouvernement de coalition, avec entre autres Mao, Liu Shaoqi et Zhu De. Zhou est m√™me pressenti pour devenir vice-pr√©sident de la Chine. Mao annonce alors son d√©sir de se rendre aux √Čtats-Unis et Zhou re√ßoit l'ordre de manipuler Marshall pour faire avancer le processus de paix[148].

√Ä partir de ce moment, les n√©gociations de Marshall commencent √† se d√©t√©riorer. Ni le KMT, ni le PCC ne souhaite abandonner quelque avantage qu'il a gagn√©, s√©parer son arm√©e de son parti ou sacrifier quelque niveau d'autonomie dans les r√©gions qu'il contr√īle. Les accrochages militaires en Mandchourie sont de plus en plus fr√©quents au cours du printemps et de l'√©t√© 1946, for√ßant les communistes √† la retraite apr√®s quelques batailles importantes. Les arm√©es du gouvernement augmentent leurs attaques dans d'autres parties de la Chine[149].

Le , Zhou et sa femme quittent Chongqing pour Nankin, o√Ļ la capitale nationaliste est de nouveau install√©e. Les n√©gociations se d√©gradent encore et le Zhou informe Marshall qu'il n'a plus la confiance du PCC. Le , les troupes nationalistes capturent la ville communiste de Zhangjiakou dans le nord du pays. Tchang, confiant dans sa capacit√© √† battre les communistes, r√©unit l'assembl√©e nationale pour une session sans la participation du PCC et ordonne la r√©daction d'un premier projet de constitution le . Le lendemain, Zhou tient une conf√©rence de presse au cours de laquelle il accuse le KMT de ¬ę mettre en morceaux les accords de la conf√©rence politique consultative ¬Ľ. Le , Zhou et l'ensemble de la d√©l√©gation communiste quittent Nankin pour Yan'an[150].

Reprise de la guerre civile

Stratège militaire et chef des renseignements

Apr√®s l'√©chec des n√©gociations, la guerre civile chinoise reprend de plus belle. Zhou d√©laisse la diplomatie, tournant son attention vers les affaires militaires tout en gardant un int√©r√™t pour les renseignements. Il travaille directement sous les ordres de Mao en tant que chef de camp, vice secr√©taire de la Commission militaire du Comit√© central et g√©n√©ral en chef. √Ä la t√™te du Comit√© de travail urbain du Comit√© central, une agence fond√©e pour coordonner le travail dans les zones contr√īl√©es par le KMT, Zhou continue ses activit√©s clandestines[151].

La sup√©riorit√© des troupes nationalistes permet la capture de Yan'an en , mais les agents secrets de Zhou fournissent au commandant g√©n√©ral de la ville, Peng Dehuai, des d√©tails sur la force, la r√©partition, la couverture a√©rienne et les dates de d√©ploiement de l'arm√©e du KMT. Ceci permet aux communistes d'√©viter d'importantes batailles et d'engager avec les nationalistes des batailles de gu√©rilla, qui conduisent Peng √† encha√ģner une s√©rie de victoires importantes. En , plus de la moiti√© des troupes du KMT dans le nord-est est ainsi battue et √©puis√©e. Le , Peng met la main sur 40 000 uniformes militaires et plus d'un million de pi√®ces d'artillerie. En , les forces communistes prennent possession de P√©kin et Tianjin, contr√īlant ainsi le nord de la Chine[152].

Diplomatie

Le , Tchang démissionne de son poste de président du gouvernement nationaliste et est remplacé par le général Li Zongren. Le 1er avril, Li commence une série de négociations de paix avec une délégation de six membres du PCC. Ces derniers sont dirigés par Zhou Enlai et les représentants du KMT par Zhang Zhizhong[153].

Zhou d√©bute les n√©gociations en demandant : ¬ę Pourquoi avez-vous √©t√© √† Xikou (o√Ļ Tchang r√©side) pour voir Tchang Ka√Į-chek avant de quitter Nankin ? ¬Ľ Zhang r√©pond que Tchang poss√®de toujours du pouvoir m√™me s'il est techniquement en retraite et que son approbation est n√©cessaire pour finaliser quelque accord. Le PCC n'accepte alors pas une fausse paix dict√©e par Tchang. Toutefois, les n√©gociations continuent jusqu'au , lorsque Zhou produit une ¬ę version finale ¬Ľ d'un ¬ę projet d'accord pour la paix interne ¬Ľ qui est en substance un ultimatum pour accepter les demandes du PCC. Le gouvernement du KMT ne donne aucune r√©ponse dans les cinq jours suivants, notifiant ainsi son d√©saccord sur les revendications de Zhou[154].

Le Mao et Zhou diffusent un ¬ę ordre √† l'arm√©e pour une avanc√©e √† travers tout le pays. ¬Ľ Le , les troupes de l'APL prennent Nankin, puis en octobre le Guangdong, place forte de Li Zongren, for√ßant ce-dernier √† l'exil aux √Čtats-Unis. En , les troupes communistes capturent Chengdu, la derni√®re ville de Chine continentale contr√īl√©e par le KMT, poussant Tchang √† s'enfuir vers Ta√Įwan[154].

Diplomate et homme d'√Čtat de la r√©publique populaire de Chine

Situation diplomatique de la RPC en 1949

Au d√©but des ann√©es 1950, l'influence internationale de la Chine est tr√®s faible. Apr√®s la chute de la dynastie Qing en 1911, les pr√©tentions de la Chine √† l'universalisme sont bris√©es par une succession de d√©faites militaires et d'incursions europ√©ennes et japonaises. √Ä la fin du r√®gne de Yuan Shikai et de la p√©riode des seigneurs de guerre, le prestige international de la Chine est quasiment inexistant. Durant la seconde guerre mondiale, le r√īle effectif de la Chine est parfois remis en question par les dirigeants des forces alli√©es. La guerre de Cor√©e entre 1950 et 1953 exacerbe la position internationale de la Chine en s'opposant aux √Čtats-Unis, en assurant que Ta√Įwan restera sous le contr√īle de la r√©publique populaire de Chine (RPC) et en restant hors des Nations Unis[155].

Apr√®s la fondation de la r√©publique populaire de Chine le , Zhou est nomm√© √† la fois Premier ministre du Conseil d'administration du gouvernement (plus tard remplac√© par le Conseil d'√Čtat) et Ministre des Affaires √©trang√®res. √Ä travers la coordination de ces deux fonctions et de sa position de membre permanent du Politburo, il devient l'architecte des premi√®res politiques √©trang√®res de la RPC, pr√©sentant la Chine comme un nouveau membre de la communaut√© internationale mais d√©j√† responsable. Au d√©but des ann√©es 1950, Zhou est un n√©gociateur exp√©riment√© et est respect√© en tant que v√©t√©ran de la r√©volution en Chine[155].

Les premiers efforts de Zhou pour améliorer le prestige de la RPC impliquent le recrutement de nombreux politiciens, capitalistes, intellectuels et dirigeants militaires chinois, qui sont techniquement affiliés au PCC. Zhou parvient à convaincre Zhang Zhizhong d'accepter un poste dans l'administration de la RPC en 1949, après que son réseau de renseignements a réussi à escorter Zhang et sa famille à Pékin. Tous les membres du KMT avec lesquels Zhou mène une négociation acceptent dans des conditions similaires en 1949[156].

La veuve de Sun Yat-sen, Song Qingling, qui s'oppose à sa famille et s'est opposée au KMT pendant des années, rejoint la RPC en 1949. Huang Yuanpei, un important industriel qui a refusé un poste au gouvernement pendant des années, se laisse également persuader d'accepter la fonction de vice-premier ministre du nouveau gouvernement. Fu Zuoyi, un commandant du KMT qui a abandonné la garnison de Pékin en 1948, rejoint pour sa part l'APL et accepte le poste de ministre de la conservation de l'eau[157].

Diplomatie avec l'Inde

Les premiers succ√®s diplomatiques de Zhou arrivent avec la poursuite d'une relation chaleureuse, bas√©e sur le respect mutuel, avec le premier Premier ministre de l'Inde post-ind√©pendance, Jawaharlal Nehru. Avec ses talents de diplomate, il parvient √† persuader l'Inde d'accepter l'occupation du Tibet par la Chine en 1950 et 1951. L'Inde intervient ensuite en tant que m√©diateur neutre entre la Chine et les √Čtats-Unis durant les nombreuses phases difficiles des n√©gociations suivant la Guerre de Cor√©e[155].

Guerre de Corée

Lorsque la guerre de Cor√©e √©clate le , Zhou est en plein processus de d√©mobilisation de la moiti√© des 5,6 millions de soldats de l'APL, sous la direction du Comit√© central. Mao et lui discutent de la possibilit√© d'une intervention am√©ricaine avec Kim Il-sung en mai. Ils pressent ce dernier d'√™tre prudent s'il envahit la Cor√©e du Sud mais Kim refuse de prendre en compte s√©rieusement ces avertissements. Le , apr√®s que les √Čtats-Unis parviennent √† faire voter une r√©solution de l'ONU condamnant l'agression nord-cor√©enne et envoient leur Septi√®me flotte pour contr√īler le d√©troit de Ta√Įwan, Zhou critique √† la fois les initiatives de l'ONU et des √Čtats-Unis les qualifiant ¬ę d'agression arm√©e sur le territoire chinois[158] ¬Ľ.

Alors que les premiers succ√®s de Kim le laissent penser qu'il peut remporter la guerre d√®s le mois d'ao√Ľt, les dirigeants chinois sont plus pessimistes. Zhou ne partage pas la confiance du dirigeant cor√©en sur une fin rapide de la guerre et redoute de plus en plus l'intervention am√©ricaine. Pour contrer une possible invasion am√©ricaine en Cor√©e du Nord ou en Chine, il obtient un engagement sovi√©tique √† apporter un soutien de l'URSS aux forces chinoises, avec un soutien a√©rien. Il d√©ploie √©galement 260 000 soldats chinois le long de la fronti√®re avec la Cor√©e du Nord, sous le commandement de Gao Gang. Ces forces arm√©es re√ßoivent toutefois l'ordre de ne pas p√©n√©trer en Cor√©e du Nord ni engager le combat avec des forces des Nations unies ou am√©ricaines, sauf si elles sont attaqu√©es. Zhou ordonne √† Chai Chengwen d'engager une √©tude topographique de la Cor√©e et charge Lei Yingfu, son conseiller militaire en Cor√©e du Nord, d'analyser la situation militaire. Lei conclut que Douglas MacArthur va vraisemblablement tenter de d√©barquer √† Incheon[159].

Le , MacArthur d√©barque en effet √† Incheon, rencontre peu de r√©sistance et capture S√©oul le . Des raids a√©riens d√©truisent la plupart des tanks nord-cor√©ens et la plupart de son artillerie. Les troupes nord-cor√©ennes, au lieu de fuir vers le nord, se d√©sint√®grent rapidement. Le , Zhou pr√©vient les Am√©ricains que ¬ę le peuple chinois ne tol√®rera pas d'agression √©trang√®re ni ne tol√®rera de voir ses voisins √™tre sauvagement envahis par des imp√©rialistes[160] ¬Ľ.

Le 1er octobre, pour le premier anniversaire de la RPC, les troupes sud-coréennes traversent le trente-huitième parallèle. Staline refuse d'intervenir directement dans la guerre et Kim lance un appel frénétique à Mao pour renforcer son armée. Le lendemain, les dirigeants chinois organisent une réunion d'urgence à Zhongnanhai pour discuter d'une éventuelle aide militaire. Les discussions continuent jusqu'au . Durant la réunion, Zhou est un des seuls soutiens de la position de Mao, qui pense que la Chine devrait envoyer une aide militaire compte tenu de la force des armées américaines. Avec l'approbation de Peng Dehuai, la résolution d'envoyer des forces militaires en Corée est adoptée[161].

Pour obtenir le soutien de Staline, Zhou voyage jusqu'à sa résidence d'été sur la Mer Noire le . Dans un premier temps, le dirigeant soviétique s'accorde pour envoyer des équipements militaires et des munitions, mais il met en garde Zhou que l'aviation russe a besoin de deux ou trois mois pour préparer toute opération et qu'aucune troupe au sol ne sera envoyée. Dans la réunion qui suit, il lui dit qu'il fournira des équipements à la Chine sur la base d'un crédit et que l'aviation soviétique opérera uniquement dans l'espace aérien chinois. Tout cela ne sera effectif qu'à partir de [162].

D√®s son retour √† P√©kin le , Zhou rencontre Mao Zedong, Peng Dehuai et Gao Gang. Les hommes ordonnent √† 200 000 soldats chinois le long de la fronti√®re de rentrer en Cor√©e du Nord, ce qu'ils font le . Apr√®s avoir rencontr√© Staline le , Mao nomme Zhou commandant g√©n√©ral et coordinateur de l'effort de guerre, avec Peng comme commandant de terrain. Ainsi, les ordres donn√©s par Zhou le sont au nom de la Commission militaire centrale[163].

En , le conflit est dans une impasse autour du trente-huiti√®me parall√®le et les deux c√īt√©s s'accordent pour n√©gocier un armistice. Zhou m√®ne les discussions de tr√™ve, qui commencent le . Il choisit Li Kenong et Qiao Guanhua pour diriger l'√©quipe de n√©gociation chinoise. Les pourparlers se poursuivent pendant encore deux ans avant de mener √† un cessez-le-feu en , sign√© officiellement √† Panmunjeom[164].

La guerre de Cor√©e constitue la derni√®re affectation militaire pour Zhou. En 1952, Peng Dehuai lui succ√®de √† la t√™te de la Commission militaire centrale, poste que Zhou occupe depuis 1947. En 1956, apr√®s le 8e Congr√®s du Parti, Zhou renonce officiellement √† son poste dans la Commission militaire et concentre son travail sur le Comit√© permanent de l'Assembl√©e nationale populaire, le Conseil des affaires de l'√Čtat de la r√©publique populaire de Chine et les affaires √©trang√®res[165].

Diplomatie avec les voisins communistes de la Chine

Après la mort de Staline en 1953, Zhou se rend à Moscou pour assister à ses funérailles. Mao, curieusement, décide de ne pas voyager dans la capitale russe, peut-être en réponse au fait qu'aucun dirigeant soviétique important ne soit encore venu à Pékin ou parce que Staline avait refusé de le rencontrer en 1948. À Moscou, Zhou est notablement reçu avec un respect considérable de la part des officiels soviétiques, étant autorisé à se tenir auprès des nouveaux dirigeants de l'URSS, Nikita Khrouchtchev, Gueorgui Malenkov et Lavrenti Beria, contrairement à d'autres dignitaires étrangers. Avec ces trois dirigeants, Zhou marche directement derrière l'affut de canon qui transporte le cercueil de Staline. Ses efforts diplomatiques lors de son séjour à Moscou portent leurs fruits peu de temps après, en 1954, lorsque Khrouchtchev se rend en personne à Pékin pour assister au cinquième anniversaire de la fondation de la république populaire de Chine[153] - [166].

Au cours des ann√©es 1950, Zhou travaille ardemment √† tisser des relations √©conomiques et politiques entre la Chine et les autres √Čtats communistes, coordonnant la politique √©trang√®re de la Chine avec la politique sovi√©tique de solidarit√© avec les alli√©s politiques. En 1952, il signe un accord √©conomique et culturel avec la R√©publique populaire mongole, reconnaissant de facto l'ind√©pendance de ce qui est connu sous le nom de Mongolie-Ext√©rieure sous la dynastie Qing. Il travaille √©galement sur un accord avec Kim Il-sung afin d'aider √† la reconstruction de l'√©conomie de la Cor√©e du Nord apr√®s la guerre. Poursuivant un but de diplomatie pacifique avec les voisins de la Chine, Zhou entame des discussions amicales avec le Premier ministre de Birmanie, U Nu, et promet des efforts de la part de la Chine pour approvisionner les rebelles vietnamiens d'H√ī Chi Minh[155].

Accords de Genève

Zhou Enlai (au centre) à Genève en 1954.

En , Zhou participe à la Conférence de Genève, qui a pour but de régler la guerre d'Indochine en cours. Sa patience et sa finesse sont sollicitées par les principales forces en présence (Soviétiques, Français, Américains et Vietnamiens du Nord) pour aplanir l'accord de fin du conflit. Selon la paix négociée, l'Indochine française est divisée en Laos, Cambodge, Viêt Nam du Nord et Viêt Nam du Sud. Des élections sont prévues dans les deux ans à venir pour créer un gouvernement de coalition dans un Viêt Nam réunifié et les Vietminh s'accordent à mettre fin aux activités de guérilla dans le Viêt Nam du Sud, au Laos et au Cambodge[167].

Durant une des premi√®res r√©unions √† Gen√®ve, Zhou se trouve dans la m√™me pi√®ce que le r√©solument anti-communiste secr√©taire d'√Čtat am√©ricain, John Foster Dulles. Alors que Zhou l'invite √† serrer sa main, Dulles lui tourne le dos grossi√®rement et quitte la salle en disant : ¬ę Je ne peux pas. ¬Ľ Zhou parvient √† retourner ce moment d'humiliation en petite victoire en r√©pondant √† ce comportement par un l√©ger haussement d'√©paule. Il est √©galement efficace pour lutter contre l'insistance de Dulles √† ne pas donner de si√®ge √† la Chine durant les sessions de discussion. Favorisant l'impression d'urbanit√© et de civilit√© chinoises, il d√©jeune avec Charlie Chaplin, qui vit en Suisse apr√®s avoir √©t√© mis sur liste noire aux √Čtats-Unis pour ses positions politiques radicales[167].

Conférence de Bandung

En 1955, Zhou est un des principaux participants de la Conf√©rence de Bandung en Indon√©sie. Il s'agit d'une r√©union de vingt-neuf √Čtats africains et asiatiques, organis√©e par l'Indon√©sie, la Birmanie, le Pakistan, Ceylan (l'actuel Sri Lanka) et l'Inde. Elle a pour but de promouvoir l'√©conomie et la coop√©ration culturelle afro-asiatiques, en opposition avec le colonialisme ou le n√©ocolonialisme men√©s par les √Čtats-Unis et l'Union sovi√©tique durant la guerre froide. Durant une allocution, Zhou expose une position neutre qui fait passer les √Čtats-Unis pour une menace pour la paix et la stabilit√© de la r√©gion. Il se plaint que pendant que la Chine travaillait √† ¬ę la paix mondiale et le processus d'humanit√© ¬Ľ, des ¬ę cercles agressifs ¬Ľ affili√©s aux √Čtats-Unis ont activement soutenu les nationalistes √† Ta√Įwan et planifi√© de r√©armer les Japonais. Il est particuli√®rement remarqu√© pour la d√©claration suivante : ¬ę Le peuple d'Asie n'oubliera jamais que la premi√®re bombe atomique a explos√© sur le sol asiatique. ¬Ľ Avec le soutien de ses plus prestigieux participants, la conf√©rence se conclut sur la production d'une forte d√©claration en faveur de la paix, l'abolition des armes nucl√©aires, la r√©duction g√©n√©rale des arm√©es et le principe de repr√©sentation universelle aux Nations unies[168].

Alors qu'il se rend √† la conf√©rence, Zhou √©chappe √† une tentative d'assassinat. Une bombe est en effet d√©pos√©e dans l'avion Kashmir Princess d'Air India, qui doit mener Zhou de Hong Kong √† Jakarta. Le dirigeant communiste √©chappe √† cette tentative en changeant de vol √† la derni√®re minute, mais les onze autres passagers du vol sont tu√©s. Une r√©cente √©tude attribue cette tentative d'assassinat √† ¬ę une des agences de renseignements du KMT (Kuomintang)[169] ¬Ľ. Le journaliste Joseph Trento affirme que Zhou a √©galement √©chapp√© √† une seconde tentative d'assassinat √† la conf√©rence de Bandung impliquant ¬ę un bol de riz empoisonn√© avec une toxine √† action lente[170] ¬Ľ.

Selon un rapport d'une récente étude, Zhou était au courant de la bombe cachée dans le Kashmir Princess, ayant été prévenu par ses propres agents de renseignements. Il n'aurait pas essayé de déjouer l'attentat, estimant que les personnes tuées sont jetables : des cadres de faible rang et des journalistes internationaux. Après le drame, Zhou utilise l'incident pour alerter les Britanniques sur les opérations secrètes actives du KMT à Hong Kong et presse la Grande-Bretagne à y désactiver le réseau de renseignements nationaliste. Il espère que l'incident va améliorer les relations britanniques avec la RPC et dégrader les relations avec la république de Chine[171]. L'explication officielle de l'absence de Zhou dans le vol est une modification de planning à cause d'une opération de l'appendicite[172].

Apr√®s la conf√©rence de Bandung, la position politique internationale de la Chine commence √† s'am√©liorer progressivement. Gr√Ęce √† l'aide de nombreuses puissances non align√©es qui prennent part √† la conf√©rence, la position am√©ricaine de boycott √©conomique et politique de la RPC commence √† s'√©roder, malgr√© la pression am√©ricaine continue dans cette direction. En 1971, les √Čtats-Unis finissent par abandonner cette position et la RPC acquiert le si√®ge de la Chine aux Nations unies[173].

Position sur la république de Chine

Lorsque la RPC est fondée le , Zhou informe tous les gouvernements que tout pays souhaitant avoir des relations diplomatiques avec la RPC doit mettre fin avec ses relations avec la république de Chine et soutenir la RPC dans sa revendication du siège de la Chine aux Nations unies. Ceci constitue le premier document de politique étrangère diffusé par le nouveau gouvernement. En 1950, la RPC parvient à établir des relations diplomatiques avec les autres pays communistes et treize pays non-communistes, mais les pourparlers avec la plupart des gouvernements occidentaux sont infructueux[174].

Zhou sort de la conf√©rence de Bandung avec une r√©putation de n√©gociateur flexible et ouvert d'esprit. Reconnaissant que les √Čtats-Unis soutiendraient l'ind√©pendance de facto de Ta√Įwan avec une force militaire, Zhou persuade son gouvernement de mettre fin aux bombardements de Quemoy et des √ģles Matsu. Il recommande √©galement la recherche d'une alternative diplomatique au lieu de la confrontation directe. Lors d'une annonce officielle en , il d√©clare que la RPC ¬ę s'efforcera de lib√©rer Ta√Įwan par des moyens pacifiques aussi longtemps que possible[175] ¬Ľ. Chaque fois que la question de Ta√Įwan est pos√©e par un homme d'√Čtat √©tranger, Zhou d√©clare que Ta√Įwan fait partie de la Chine et que la r√©solution du conflit avec la r√©publique de Chine est une affaire interne[176]. Il n'est n√©anmoins pas oppos√© √† l'id√©e d'un rapprochement avec le gouvernement ta√Įwanais, d√©clarant en 1971 : ¬ę Nous avons d√©j√† fait deux fois alliance avec le Kuomintang, nous en ferons bien une troisi√®me[177]. ¬Ľ

En 1958, Zhou cède son poste de ministre des Affaires étrangères à Chen Yi, un général avec peu d'expérience diplomatique. À la suite de cela, le corps diplomatique de la RPC est considérablement réduit. Certains fonctionnaires sont mutés vers différents départements culturels et pédagogiques pour y remplacer les cadres qui ont été qualifiés de droitistes et envoyés en camps de travail[178].

Communiqué de Shanghai

Zhou serre la main du président Richard Nixon à son arrivée en Chine en février 1972.

Au d√©but des ann√©es 1970, les relations sino-am√©ricaines commencent √† s'am√©liorer. Les travailleurs de Mao dans l'industrie p√©troli√®re, un des seuls secteurs √©conomiques de la Chine √† cette √©poque, conseillent au secr√©taire une importante importation de technologie et d'expertise am√©ricaine, afin de pouvoir atteindre les objectifs de croissance fix√©s par les dirigeants communistes. En , les Chinois invitent l'√©quipe am√©ricaine de tennis de table √† venir en Chine, initiant ainsi une p√©riode de ¬ę diplomatie par le ping-pong[179] ¬Ľ.

En 1971, Zhou Enlai rencontre secr√®tement le conseiller en s√©curit√© du pr√©sident Nixon, Henry Kissinger, qui est venu en Chine pour pr√©parer une rencontre entre Richard Nixon et Mao Zedong. Zhou Enlai formule quatre demandes essentielles : retrait des troupes am√©ricaines de toute l'Indochine, retrait des troupes am√©ricaines de Ta√Įwan, admission de la r√©publique populaire de Chine √† l'ONU, et cessation de tout encouragement √† la remilitarisation du Japon[177]. Au cours de ces r√©unions, les √Čtats-Unis autorisent les transferts d'argent vers la Chine, afin de permettre aux armateurs am√©ricains de pouvoir commercer avec la Chine (bien qu'encore sous d'autres pavillons) et pour permettre les exportations chinoises vers les √Čtats-Unis pour la premi√®re fois depuis la guerre de Cor√©e. √Ä ce moment, les discussions sont consid√©r√©es tellement sensibles qu'elles sont dissimul√©es au public am√©ricain, au D√©partement d'√Čtat, au secr√©taire d'√Čtat am√©ricain et √† tous les gouvernements √©trangers[179].

Le matin du , Richard Nixon arrive √† P√©kin o√Ļ il est accueilli par Zhou. Il y rencontre par la suite Mao Zedong. Le fond diplomatique de la visite de Nixon est d√©voil√© le dans le Communiqu√© de Shanghai. Il r√©sume les positions des deux parties sans tenter de les r√©soudre. Les Am√©ricains r√©affirment que leur engagement dans la guerre du Vi√™t Nam en cours ne constitue pas une ¬ę intervention ext√©rieure ¬Ľ dans les affaires vietnamiennes, rappelle son engagement pour la ¬ę libert√© individuelle ¬Ľ et appelle √† continuer le soutien √† la Cor√©e du Sud. Les Chinois affirment que ¬ę o√Ļ que soit l'oppression, il existe une r√©sistance ¬Ľ, que ¬ę toutes les troupes √©trang√®res devraient retourner dans leur propre pays ¬Ľ et que la Cor√©e devrait √™tre r√©unifi√©e selon des demandes de la Cor√©e du Nord. Les deux parties se rejoignent sur la non reconnaissance du statut de Ta√Įwan. Les derni√®res parties du communiqu√© appellent √† plus d'√©changes diplomatiques, culturels, √©conomiques et scientifiques et approuvent les intentions des deux parties √† travailler ensemble pour ¬ę le rel√Ęchement des tensions en Asie et dans le monde ¬Ľ. Les r√©solutions du Communiqu√© de Shanghai repr√©sentent un important virage dans la politique des √Čtats-Unis et de la Chine[180].

Grand Bond en avant

En 1958, Mao Zedong lance le Grand Bond en avant, afin d'augmenter les niveaux de production industrielle et agricole de la Chine jusqu'√† des objectifs irr√©alistes. En tant qu'administrateur populaire et pratique, Zhou r√©ussit √† conserver sa position durant les √©v√©nements. Il est d√©crit par au moins un historien comme √©tant la ¬ę sage-femme ¬Ľ du Grand Bond en avant[181], en donnant vie √† la th√©orie de Mao et en mettant en place un processus √† l'origine de la mort ¬ę d'un minimum de 45 millions ¬Ľ d'individus[182].

Au début des années 1960, le prestige de Mao commence à diminuer. Les politiques économiques de Mao dans les années 1950 ont échoué et il adopte un train de vie qui est de plus en plus éloigné de celui de ses collègues. Parmi les activités qui semblent incompatibles avec son image populaire, Mao nage dans sa piscine privée à Zhongnanhai, possède de nombreuses villas en Chine vers lesquelles il voyage en train privé… La combinaison de ses excentricités personnelles et des échecs de ses politiques publiques sont à l'origine de vives critiques de la part de vétérans révolutionnaires tels que Liu Shaoqi, Deng Xiaoping, Chen Yun et Zhou Enlai, qui semblent partager de moins en moins d'enthousiasme sur sa présence dans les hautes sphères du pouvoir ou sa vision de lutte révolutionnaire continuelle[183].

Révolution culturelle

Efforts initiaux de Mao et Lin

Afin d'améliorer son image et son pouvoir, Mao, avec l'aide de Lin Biao, entreprend un certain nombre de campagnes de propagande publique. Au début des années 1960, Lin publie un faux Journal intime de Lei Feng et sa compilation des Citations du Président Mao Zedong[184]. La dernière action de propagande qui s'avèrera être également la plus efficace est la révolution culturelle.

La r√©volution culturelle est lanc√©e en 1966. Quelles que soient les autres causes qu'elle d√©fend, elle est ouvertement pro-mao√Įste et donne √† Mao le pouvoir et l'influence pour purger le Parti de ses ennemis politiques dans les plus hautes sph√®res du gouvernement. En plus de la fermeture des √©coles et universit√©s en Chine, elle incite les jeunes Chinois √† d√©truire les anciens monuments, les temples et les Ňďuvres d'art. Ils attaquent √©galement leurs enseignants, directeurs d'√©cole, dirigeants du Parti et parents qu'ils consid√®rent comme r√©visionnistes[185]. Apr√®s la proclamation du d√©but de la r√©volution culturelle, certains membres exp√©riment√©s du PCC qui ont partag√© l'h√©sitation de Zhou √† suivre Mao, dont Liu Shaoqi et Deng Xiaoping, sont d√©mis de leurs postes presque imm√©diatement. Leurs familles sont victimes de critique et d'humiliation publiques[185].

Survie politique

Peu apr√®s leur √©viction, Zhou demande la r√©int√©gration de Liu Shaoqi et Deng Xiaoping, mais il se heurte √† Mao, Lin Biao, Keng Sheng et Chen Boda. Ce dernier sugg√®re m√™me que Zhou lui-m√™me devrait √™tre ¬ę consid√©r√© comme un contre-r√©volutionnaire ¬Ľ, s'il ne s'aligne pas sur la ligne mao√Įste[186]. R√©alisant les menaces qui p√®sent sur lui s'il ne soutient pas Mao, Zhou cesse ses critiques et commence √† travailler plus √©troitement avec le secr√©taire du Parti et sa clique.

Zhou donne son appui √† l'√©tablissement des organisations radicales des Gardes rouges en et rejoint Chen Boda et Jiang Qing contre les factions des Gardes rouges consid√©r√©s comme gauchistes et droitistes. Ceci ouvre la voie pour des attaques contre Liu Shaoqi, Deng Xiaoping et Tao Zhu en et [187]. En , Zhou d√©crit candidement sa strat√©gie de survie politique lors de la visite √† P√©kin de parlementaires japonais : ¬ę les opinions personnelles d'une personne devraient changer ou battre en retraite en fonction de la direction de la majorit√©[188] ¬Ľ. Lorsqu'il est accus√© d'√™tre peu enthousiaste dans le soutien √† la direction de Mao, il s'accuse lui-m√™me de ¬ę mal comprendre ¬Ľ les th√©ories de Mao, donnant ainsi une apparence de compromis avec les forces qu'il d√©teste secr√®tement et qu'il qualifie en priv√© d'infernales[189]. Suivant sa strat√©gie de survie politique, Zhou travaille √† aider Mao et restreint ses critiques lors de conversations priv√©es.

Bien que Zhou Enla√Į parvienne √† ne pas √™tre directement pers√©cut√©, il ne r√©ussit pas √† sauver certains de ses proches de la destruction de la r√©volution culturelle. Sun Weishi, sa fille adoptive, meurt en 1968 apr√®s sept mois de torture et d'emprisonnement par les Gardes rouges mao√Įstes. Apr√®s la fin de la r√©volution culturelle, les pi√®ces de Sun sont re-mises en sc√®ne ; ceci constitue une critique de la bande des Quatre, que beaucoup de gens consid√®rent comme responsables de sa mort[190].

Au cours des années suivantes, Mao développe largement les politiques du pays alors que Zhou est chargé de les mettre en application, tout en tentant de modérer certains excès de la révolution culturelle. Malgré ses efforts, son impuissance face à de nombreux événements de cette période trouble est une grande blessure pour Zhou. Dans la dernière décennie de sa vie, la capacité de Zhou à implémenter les politiques de Mao et à garder la nation à flot durant les périodes d'adversité est telle que son importance pratique suffit à le sauver (avec l'aide de Mao), quelles que soient les menaces politiques dont il est victime[191]. Dans les dernières heures de la révolution culturelle, en 1975, Zhou pousse pour mener les Quatre modernisations afin d'annuler les dommages causés par les politiques de Mao.

À la fin de la révolution culturelle, il devient la cible de campagnes politiques orchestrées par le secrétaire Mao et la bande des Quatre. La campagne Critique de Lin Piao et de Confucius en 1973 et 1974 est dirigée contre lui car il est considéré comme un des principaux opposants politiques de la Bande. En 1975, les ennemis de Zhou initient une campagne nommée Critique de Song Jiang et évaluation de Au bord de l'eau, qui encourage à utiliser Zhou comme un exemple de perdant politique[192].

Tensions avec Mao

À la fin de la vie de Zhou, de nombreux signes montrent que la relation entre Zhou et Mao est très tendue. À la surprise de nombreux observateurs, Mao ne rend pas visite à Zhou au cours de ses derniers mois et ne publie aucun message personnel après sa mort pour louer les réussites ou contributions de Zhou pour la révolution. Il n'envoie pas de message de condoléances à la veuve de Zhou, qui est elle-même une importante et ancienne figure de la révolution et du PCC. Mao ne se rend à aucun service funéraire tenu dans le Grand hall du peuple dans les semaines suivantes[193].

Mao attaque ouvertement une proposition visant à déclarer publiquement Zhou comme étant un grand marxiste, ce qui reflète l'amertume qu'il a face à l'importante influence de Zhou. Lorsque quarante maréchaux et généraux proposent à Mao qu'il apparaisse brièvement aux funérailles de Zhou, il refuse, ordonnant à son neveu, Mao Yuanxin, d'expliquer au Politburo chinois que Mao ne pourra pas y participer car ceci serait une acceptation publique de déni de la révolution culturelle, auquel Zhou était opposé en privé. Mao s'inquiète que des expressions publiques de deuil puissent ensuite être utilisées contre lui et sa politique. Il soutient donc la campagne des Cinq nons qui vise à supprimer les expressions publiques de deuil pour Zhou après la mort du Premier ministre[194].

Les explications officielles quant au refus de Mao de reconna√ģtre les r√©ussites de Zhou s'appuient sur une suppos√©e maladie de Mao, bien que ce dernier ne soit pas suffisamment malade pour √©viter de recevoir le Pr√©sident de Sao Tom√©-et-Principe seulement deux semaines apr√®s la mort de Zhou ou pour recevoir Richard Nixon quelques mois plus t√īt[193]. Peut-√™tre pour renforcer l'impression de rupture entre Mao et Zhou, certaines rumeurs disent que Mao a refus√© le traitement du cancer de Zhou et a ordonn√© le d√©clenchement de feux d'artifice √† P√©kin pour c√©l√©brer la mort de Zhou. Mais ces rumeurs n'ont pas √©t√© confirm√©es[195].

Décès et réactions

Maladie et décès

Apr√®s avoir d√©couvert qu'il souffre d'un cancer de la vessie, Zhou transf√®re la plupart de ses responsabilit√©s √† Deng Xiaoping. Il est hospitalis√© en 1974 mais continue √† travailler depuis l'h√īpital avec Deng. Sa derni√®re apparition publique importante est le d√ģner donn√© dans le Grand hall le au cours duquel il annonce la r√©daction d'un rapport officiel sur le travail du gouvernement. Il meurt √† 9 h 57 le , √† l'√Ęge de 77 ans, soit huit mois avant Mao Zedong. Il √©tait premier ministre sans interruption depuis .

De nombreux √Čtats non align√©s font part de leurs vŇďux de condol√©ances, saluant ses talents de diplomate et de n√©gociateur. Plusieurs pays d√©clarent que son d√©c√®s est une terrible perte. Le corps de Zhou est incin√©r√© et ses cendres sont dispers√©es dans les airs au-dessus de collines et de vall√©es, selon ses derni√®res volont√©s.

Hommage

Quelle que soit l'opinion de Mao envers Zhou, le reste de la nation est plong√© dans le deuil. Des correspondants √©trangers rapportent que P√©kin, peu de temps apr√®s le d√©c√®s de Zhou, ressemble √† une ville fant√īme. Zhou a souhait√© que ses cendres soient dispers√©es au-dessus des collines et des rivi√®res de sa r√©gion natale, plut√īt que conserv√©es dans un mausol√©e c√©r√©monial. Zhou parti, il appara√ģt clairement que le peuple chinois le v√©n√®re et le voit comme un symbole de stabilit√© dans les p√©riodes chaotiques de l'histoire du pays[196].

Spence raconte que le vice-premier ministre Deng Xiaoping donne un √©loge durant les fun√©railles nationales le . Bien que la plupart de ce discours r√©sonne comme des mots d'un homme d'√Čtat officiel du Comit√© central et consiste √† d√©crire m√©ticuleusement la carri√®re politique remarquable de Zhou, la fin de l'√©loge fun√®bre est un hommage personnel au personnage, dans un ton tr√®s diff√©rent de la rh√©torique habituelle utilis√©e lors des c√©r√©monies officielles d'√Čtat[197]. Parlant de Zhou, Deng utilise les mots suivants :

¬ę Il √©tait ouvert et honn√™te, portait attention √† l'int√©r√™t de la masse, observait la discipline du Parti, √©tait strict √† se "diss√©quer" lui-m√™me et bon pour unifier l'ensemble des cadres, et confirmait l'unit√© et la solidarit√© du Parti. Il maintenait le cap et des liens √©troits avec le peuple et montrait une chaleur sans limite envers tous les camarades et le peuple‚Ķ Nous devrions apprendre de son style raffin√© - √©tant modeste et prudent, sans pr√©tention et accessible, montrant l'exemple par sa conduite, et vivant dans une voie du travail ardu. Nous devrions suivre son exemple d'adh√©sion √† un style de vie prol√©taire en opposition avec celui des bourgeois[197]. ¬Ľ

Spence pense que cette déclaration est interprétée à cette époque comme une subtile critique de Mao et d'autres dirigeants de la révolution culturelle, auxquels on ne peut pas attribuer les qualités attribuées à Zhou dans ce discours. Quelles que soient les intentions de Deng, la bande des Quatre et plus tard Hua Guofeng augmentent la persécution envers lui peu de temps après qu'il a prononcé cet éloge[197].

Suppression du deuil public

Après la cérémonie officielle du , les ennemis politiques de Zhou au sein du Parti interdisent officiellement toute démonstration publique de deuil. Les cinq interdictions les plus connues pour contrer les hommages à Zhou sont les Cinq nons : non au port de brassard noir, non aux couronnes mortuaires, non aux salles de deuil, non aux activités de mémoire et non à l'affichage de photos de Zhou. Des années de ressentiments de la révolution culturelle, la persécution publique de Deng Xiaoping (qui est fortement associé à Zhou aux yeux du peuple chinois) et une interdiction de toute manifestation publique de deuil conduisent au mécontentement populaire contre Mao et ses successeurs désignés (notamment Hua Guofeng et la bande des Quatre)[198].

Les tentatives officielles d'application des cinq nons se traduisent par le d√©montage des m√©moriaux publics et la destruction des affiches comm√©morant ses succ√®s. Le , un important journal de Shanghai, Wenhui Bao, publie un article affirmant que Zhou √©tait ¬ę le capitaliste infiltr√© dans le Parti [qui] voulait aider l‚Äôimp√©nitent capitaliste [Deng] √† regagner son pouvoir. ¬Ľ Ceci, parmi d'autres tentatives de propagande contre l'image de Zhou, ne fait que renforcer l'attachement public √† la m√©moire de leur ancien Premier ministre[199].

Mouvement du 5 Avril

Dans les quelques semaines qui suivent le décès de Zhou, un événement spontané extraordinaire dans l'histoire de la RPC se produit. Le , la veille de la fête de Qing ming, au cours de laquelle les Chinois rendent traditionnellement hommage à leurs ancêtres décédés, des milliers de personnes se rassemblent autour du Monument aux Héros du Peuple sur la place Tian'anmen pour commémorer la vie et la mort de Zhou Enlai. À cette occasion, le peuple de Pékin honore Zhou en déposant des couronnes, des bannières, des poèmes, des affiches et des fleurs au pied du monument[200]. Le but le plus évident de cette commémoration est de faire l'éloge de Zhou, mais Jiang Qing, Zhang Chunqiao et Yao Wenyuan sont également critiqués pour leurs mauvaises actions menées contre le Premier ministre. Quelques slogans déployés sur la place visent même directement Mao et sa révolution culturelle[201].

Près de deux millions de personnes se trouveraient sur la place le [201]. Les premières observations des événements ce jour-là rapportent que toutes les classes de la société sont représentées, du paysan le plus pauvre aux officiers de haut rang de l'APL et aux enfants de hauts dignitaires. Les participants sont motivés par un mélange de colère contre le traitement réservé à Zhou, la révolte contre Mao et sa politique, l'appréhension du futur de la Chine et la défiance contre ceux qui essaieront de punir la commémoration publique de la mémoire de Zhou. Rien ne laisse penser que cet événement est coordonné par une quelconque direction. Il s'agit d'une manifestation spontanée reflétant un sentiment public largement répandu. Deng Xiaoping est par contre absent et il conseille à ses enfants de ne pas se rendre sur la place[202].

Au matin du , la foule venue se rassembler autour du m√©morial d√©couvre qu'il a √©t√© compl√®tement d√©truit par la police durant la nuit, attisant ainsi leur col√®re. Les tentatives de dispersion des manifestants se traduisent par une violente √©meute au cours de laquelle des voitures de police sont incendi√©es et plus de 100 000 personnes s'introduisent de force dans plusieurs b√Ętiments gouvernementaux autour de la place[200].

√Ä 18h00, la plupart de la foule est dispers√©e mais un petit groupe reste jusqu'√† 22h, lorsque les forces de s√©curit√© entrent sur la place pour les arr√™ter. Il est fait √©tat de 388 arrestations, m√™me si certaines rumeurs annoncent des chiffres bien plus √©lev√©s. La plupart des personnes interpel√©es sont jug√©es devant une cour populaire √† l'Universit√© de P√©kin ou en prison √† travailler dans des camps. Des incidents similaires apparaissent dans diff√©rentes villes du pays : Zhengzhou, Kunming, Taiyuan, Changchun, Shanghai, Wuhan et Guangzhou. Certainement en raison de son √©troite association avec Zhou, Deng Xiaoping est officiellement d√©mis de toutes ses fonctions ¬ę √† l'int√©rieur et √† l'ext√©rieur du Parti ¬Ľ le [200].

Le décès de Zhou positionne désormais Deng comme le chef de file incontestable des réformistes. Réintégré à la direction du parti en 1977, il s'empare avec ses soutiens de la direction fin 1978.

Apr√®s avoir √©vinc√© Hua Guofeng et pris le contr√īle de la Chine, Deng Xiaoping rel√Ęche les prisonniers des incidents ayant suivi la mort de Zhou. Ce geste fait partie des importants efforts men√©s pour inverser les effets de la r√©volution culturelle.

Héritage

√Ä la fin de sa vie, Zhou est largement per√ßu comme le repr√©sentant de la mod√©ration et de la justice dans la culture populaire chinoise[198]. Apr√®s sa mort, il est consid√©r√© comme un n√©gociateur capable, un ma√ģtre dans la mise en Ňďuvre de politiques, un r√©volutionnaire d√©vou√© et un homme d'√Čtat pragmatique avec une √©coute inhabituelle pour les d√©tails et les nuances. Il est √©galement reconnu pour son infatigable et d√©vou√©e √©thique de travail, ainsi que pour son charme et son calme en public. Il est consid√©r√© comme le dernier bureaucrate mandarin dans la tradition confuc√©enne. Son comportement politique est consid√©r√© comme √©tant un √©clairage de sa philosophie et de sa personnalit√©. Dans une large mesure, Zhou incarne le paradoxe inh√©rent aux politiques communistes avec une √©ducation traditionnelle : √† la fois conservateur et radical, pragmatique et id√©ologique, poss√©d√© par une croyance en l'ordre et en l'harmonie ainsi qu'une foi, qu'il a d√©velopp√© petit √† petit au fil du temps, dans le pouvoir progressiste de la r√©bellion et de la r√©volution.

En tant que croyant assidu de l'idéal communiste sur lequel repose la fondation de la RPC, Zhou est largement reconnu pour avoir modéré, dans les limites de son pouvoir, les excès des politiques radicales de Mao. Il a contribué à protéger les sites impériaux et religieux qui ont une large portée culturelle (comme le Palais du Potala à Lhassa au Tibet) des Gardes rouges. Il a également protégé certains hauts dignitaires, dont Deng Xiaoping, mais aussi des universitaires et des artistes durant les différentes purges.

Alors que certains dirigeants les plus anciens de la Chine sont aujourd'hui critiqu√©s dans le pays, l'image de Zhou reste positive. De nombreux Chinois continuent √† le v√©n√©rer comme √©tant sans doute le dirigeant le plus humain du XXe si√®cle. De nos jours, le PCC d√©peint Zhou comme un dirigeant d√©vou√© corps et √Ęme, symbole important du Parti[203]. M√™me les historiens qui √©num√®rent les fautes de Mao attribuent g√©n√©ralement les qualit√©s oppos√©es √† Zhou : Il est cultiv√© alors que Mao est brut, coh√©rent o√Ļ Mao est instable, sto√Įque o√Ļ Mao est parano√Įaque[195].

Toutefois, certains chercheurs critiquent r√©cemment Zhou sur sa relation avec Mao et ses activit√©s politiques durant la r√©volution culturelle. Ils affirment que la relation entre les deux hommes est plus complexe que celle commun√©ment d√©peinte. Zhou est d√©crit comme √©tant inconditionnellement soumis et loyal √† Mao et ses alli√©s, pointant sa fa√ßon de soutenir ou permettre la pers√©cution d'amis et de proches pour √©viter de subir lui-m√™me une condamnation politique. Apr√®s la fondation de la RPC, il est incapable ou r√©ticent √† prot√©ger les anciens espions qu'il a embauch√© durant la Guerre civile chinoise et la Seconde guerre mondiale lorsque ceux-ci sont pers√©cut√©s pour leurs contacts en temps de guerre avec les ennemis du PCC. Au d√©but de la r√©volution culturelle, il dit √† Jiang Qing : ¬ę √Ä partir de maintenant, tu prends toutes les d√©cisions et je vais m'assurer qu'elles sont mises en Ňďuvre. ¬Ľ Il d√©clare publiquement que son ancien coll√®gue Liu Shaoqi ¬ę m√©rite de mourir ¬Ľ pour s'√™tre oppos√© √† Mao. Afin de se prot√©ger contre les pers√©cutions, Zhou a passivement accept√© la pers√©cution politique de beaucoup d'autres personnes dont son propre fr√®re[195] - [204] - [205].

Selon l'explication officielle sur l'implication de Zhou durant la révolution culturelle, il n'aurait pas eu d'autre choix, si ce n'est de devenir un martyr politique. Son influence et ses compétences politiques sont telles que sans sa coopération le gouvernement entier, qu'il a passé sa vie entière à constituer, se serait effondré. Au regard des circonstances politiques des dix dernières années de sa vie, il est peu probable qu'il ait pu résister aux purges sans montrer son soutien à Mao à travers une aide active[191].

Un adage populaire en Chine compare Zhou à un budaoweng (un culbuto), ce qu'il laisse entendre qu'il était un opportuniste politique. Certains observateurs l'ont critiqué pour être trop diplomatique, évitant de prendre une posture claire dans des situations politiques complexes et restant au contraire élusif, ambigu et énigmatique[203].

Un politicien am√©ricain qui a rencontr√© Zhou en 1971 a √©crit qu'il √©tait profond√©ment touch√© par ses qualit√©s. En 1979, Henry Kissinger √©crit qu'il a √©t√© tr√®s impressionn√© par l'intelligence et le personnage de Zhou, le d√©crivant ¬ę aussi √† l'aise en philosophie, r√©miniscence, analyse historique, enqu√™tes tactiques, r√©partie humoristique [‚Ķ] [et pouvant] afficher une gr√Ęce personnelle extraordinaire ¬Ľ. Kissinger le consid√®re comme ¬ę un des deux ou trois hommes les plus impressionnants que j'ai jamais rencontr√©[206] ¬Ľ, affirmant que ¬ę sa commande des faits, en particulier sa connaissance des √©v√©nements am√©ricains et par ailleurs de mon propre parcours √©tait stup√©fiante[207] ¬Ľ, alors m√™me que le diplomate am√©ricain √©tait oppos√© √† l'id√©ologie communiste que Zhou repr√©sente. Richard Nixon, dans ses propres m√©moires, affirme qu'il a √©t√© impressionn√© par ¬ę l'intelligence et le dynamisme ¬Ľ exceptionnels de Zhou[195].

Peu après son accession au pouvoir, Deng Xiaoping surestime les succès de Zhou Enlai pour éloigner le PCC du Grand Bond en avant et de la révolution culturelle, qui ont sérieusement affaibli le prestige du Parti. Deng considère que les politiques désastreuses de Mao ne peuvent plus représenter les meilleures heures du Parti, contrairement à l'héritage et la personnalité de Zhou. En s'associant activement avec un déjà très populaire Zhou Enlai, son héritage est utilisé et parfois déformé comme outil politique pour le Parti[191].

Zhou est toujours largement v√©n√©r√© en Chine. Apr√®s la fondation de la RPC, il ordonne √† sa ville natale de Huai'an de ne pas transformer sa maison en m√©morial et de ne pas maintenir les tombes de la famille. Ces volont√©s sont respect√©es de son vivant, mais aujourd'hui sa maison natale et son √©cole ont √©t√© restaur√©es. Ces deux b√Ętisses sont visit√©es par de nombreux touristes chaque ann√©e. En 1998, Huai'an, afin de c√©l√©brer le centi√®me anniversaire de la naissance de Zhou, inaugure un vaste parc comm√©moratif avec un mus√©e consacr√© √† sa vie. Il comprend une reproduction de Xihuating, le quartier dans lequel Zhou vivait et travaillait √† P√©kin[208].

La ville de Tianjin a ouvert un musée en hommage à Zhou et sa femme. La ville de Nankin a érigé un mémorial sur les négociations de 1948 entre les communistes et le gouvernement nationaliste, qui contient une statue en bronze de Zhou[209]. Des timbres célébrant le premier anniversaire de son décès sont émis en 1977, ainsi qu'une autre série en 1998 à l'occasion de son centième anniversaire.

Notes et références

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