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Casa Batlló

La Casa Batll√≥ (prononc√© en catalan : [ňĆka.z…ô b…ô éňą éo] ¬ę maison Batll√≥ ¬Ľ) est un √©difice moderniste con√ßu par l'architecte Antoni Gaud√≠, chef de file de ce mouvement, de 1904 √† 1906. Elle est situ√©e dans l'Illa de la Disc√≤rdia, au 43 Passeig de Gr√†cia √† Barcelone.

Casa Batlló
Façade de l'édifice
Présentation
Type
Partie de
Ňíuvres d'Antoni Gaud√≠ (d), liste des b√Ętiments Modernistes de Barcelone (en)
Style
Architecte
Matériau
brique, pierre de Montju√Įc (d) et gla√ßure
Construction
Commanditaire
Surface
4 600 m2 ou 10 200 m2
Patrimonialité
Site web
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial
Identifiant
Coordonnées
41¬į 23‚Ä≤ 30‚Ä≥ N, 2¬į 09‚Ä≤ 54‚Ä≥ E
Carte

L'immeuble fut commandé par Josep Batlló i Casanovas, industriel du textile. La partie la plus connue de l'édifice est la façade, considérée comme l'une des plus originales de l'architecte, qui utilisa la pierre, le fer forgé, le trencadis de verre et la céramique polychrome ; Gaudí se fit seconder par les architectes Josep Maria Jujol et Joan Rubió i Bellver.

L'édifice, qui figure sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, est ouvert au public et reçoit annuellement des centaines de milliers de visiteurs.

Contexte

√Čconomie et bourgeoisie

Au d√©but du XXe si√®cle, la situation √©conomique de l'Espagne est marqu√©e par la perte des colonies espagnoles, et particuli√®rement celle de Cuba en 1898, qui impliqua dans un premier temps une contraction de l'√©conomie espagnole et surtout catalane. Dans un deuxi√®me temps, le rapatriement vers Barcelone des fonds investis dans l'√ģle g√©n√©ra un retour √† la croissance. En raison de la d√©pendance de la puissante industrie textile catalane vis-√†-vis du coton ‚ÄĒ alors pass√© sous contr√īle am√©ricain ‚ÄĒ et des mesures protectionnistes fran√ßaises en faveur des indiennes lyonnaises, ces fonds furent investis dans des secteurs diff√©rents, g√©n√©rant une seconde vague industrielle en Catalogne : s'y d√©velopp√®rent notamment les industries chimiques, m√©tallurgiques, √©lectriques et automobiles[1] - [note 1].

Cette nouvelle r√©volution industrielle fut soutenue par la monarchie, mais la nouvelle haute bourgeoisie qui en naquit s'enrichit consid√©rablement ¬ę bien plus que nombre d'aristocrates[1] ¬Ľ. Pour maintenir un ascendant politique, le roi anoblit certains industriels[1]. Barcelone, centre industriel majeur et si√®ge d'un mouvement catalaniste ind√©pendantiste, fut la premi√®re ville √† en voir les effets, avec le comte de God√≥, le baron de Quadras et le baron de Sert[1].

L’Îlot de la Discorde

Photographie ancienne de face de deux b√Ętiments : un moderniste et un classique.
Vue partielle de l'√©difice vers 1904 avant sa transformation (c√īt√© droit).
Photographie ancienne de l'intersection d'une avenue avec un boulevard. Un b√Ętiment moderniste fait l'angle.
Intersection de la rue d'Aragon et du Passeig de Gràcia en 1902.
Photographie ancienne d'un boulevard pris en vue plongeante.
Illa de la Disc√≤rdia (¬ę √élot de la Discorde ¬Ľ) avant la construction de la Casa Batll√≥.

En plein centre de Barcelone, le Passeig de Gr√†cia √©tait devenu dans les ann√©es 1860-1890 une avenue de faible densit√© urbaine, bord√©e de maisons particuli√®res avec jardins et de quelques h√ītels particuliers (Palais Robert, Mariano‚Ķ). Le secteur attira dans les ann√©es 1890 des commerces, √©volution qui culmina avec l'installation d'une gare en 1902 √† l'intersection de la rue d'Aragon au cŇďur de la ville. Entre 1905 et 1906, les transformations de l'avenue se poursuivirent avec la venue du tramway et l'installation des bancs-fanals. La bourgeoisie rempla√ßa peu √† peu les maisons de plain-pied par des immeubles √† √©tages. L'avenue devint entre 1900 et 1914 le principal centre r√©sidentiel de la haute bourgeoisie et de la mode barcelonaise[2].

L'√ģlot de maisons allant du 35 au 45 Passeig de Gr√†cia ¬ę situ√© entre la rue conseil des Cent et la rue d'Aragon ¬Ľ fut d'abord b√Ęti de constructions conventionnelles entre 1864 et 1875[note 2]. Les √©difices des num√©ros 43 (Casa Batll√≥) et 45 furent construits ensemble en 1875[note 3] et, √† l'image du reste de l'√ģlot, il s'agissait de b√Ętiments conventionnels de cette seconde moiti√© de XIXe si√®cle[3] - [4] - [note 4].

Cependant, sur ce m√™me √ģlot, l'architecte Josep Puig i Cadafalch con√ßut la Casa Amatller (num√©ro 41) en 1900 et l'architecte Llu√≠s Dom√®nech i Montaner transforma en 1902 la Casa Lle√≥ Morera √† l‚Äôintersection de la rue conseil des Cent, travail pour lequel il fut prim√© en 1906. L'√ģlot se composait alors de ces deux b√Ętiments modernistes, tr√®s diff√©rents, s√©par√©s par des b√Ętiments conventionnels[note 5], h√©t√©rog√©n√©it√© qui lui valut le surnom d'¬ę √élot de la Discorde ¬Ľ[note 6].

Projet

Genèse

Daguerréotype d'une famille. Deux parents, quatre enfants. Fond neutre.
La famille Batll√≥ prise par les ¬ę photographes Napol√©on ¬Ľ.

Josep Batlló i Casanovas était un riche industriel du textile, marié à Amàlia Godó Belaunzarán, fille du comte de Godó, un riche industriel également, récemment anobli, député du parti libéral espagnol et fondateur du journal La Vanguardia[5].

Photographie ancienne du b√Ętiment en chantier depuis le bord oppos√© du boulevard.
√Čdifice en phase de construction, sur une photo de Dom√®nec Sugra√Īes.

En 1900, le b√Ętiment interm√©diaire de l'√ģlot de la discorde, au 43 Passeig de Gr√†cia, fut acquis par Josep Batll√≥[6]. Lui et son √©pouse demand√®rent un permis de construire le 7 novembre 1904 pour r√©am√©nager le b√Ętiment[7].

La famille Batlló avait alors chargé l'architecte Josep Vilaseca i Casanovas de la construction de plusieurs édifices : la Casa Pia Batlló (à l'intersection de Gran Via et de la Rambla de Catalunya) ; la Casa Àngel Batlló (253 -257 rue Majorque) et la Casa Enric Batlló (259-263 rue Majorque à l'intersection avec le Passeig de Gràcia). Toutes étaient réalisées dans le style moderniste éclectique alors à la mode. Josep Batlló voulut se démarquer du reste de la famille en faisant appel à l'architecte Antoni Gaudí, qui venait de gagner le concours annuel des constructions artistiques avec la Casa Calvet, commencée en 1900[7].

Batll√≥ demanda dans un premier temps √† Gaud√≠ de d√©truire et de reconstruire enti√®rement l'√©difice. L'architecte le convainquit de ne r√©aliser qu'une transformation de la fa√ßade du b√Ętiment existant. Cependant, l'intervention de l'architecte remodela en profondeur l'√©difice. Il r√©organisa les espaces, en d√©veloppant l'√©clairage et la ventilation naturelle, ajouta deux √©tages, remodela les combles et la terrasse[7]. Ces transformations chang√®rent de mani√®re importante les dimensions de l'√©difice. Il passa d'une hauteur de 21 m √† 32 m et d'une surface de 3 100 m2 √† 4 300 m2 avec 450 m2 par √©tage[8].

Pour la transformation de la fa√ßade, qui √©tait son objectif initial, Gaud√≠ substitua √† celles du rez-de-chauss√©e et du premier √©tage une structure de gr√®s de Montju√Įc formant des ondulations horizontales. Le reste de l'√©difice r√©utilisait ces formes ondul√©es dans le sens vertical[3].

Vue de face du b√Ętiment et de ses voisins imm√©diats. Les bords des toits sont √† niveau de chaque c√īt√©.
Gaudí ajusta les courbes de la partie supérieure de l'édifice de façon à réaliser une continuité avec les façades voisines. Photo prise en 1910.

Gaud√≠ r√©alisa quelques plans, mais sa conception se basa avant tout sur une maquette de pl√Ętre qu'il modela jusqu'√† ce qu'il ait obtenu les formes sinueuses de la fa√ßade qu'il d√©sirait. La maquette lui servit √©galement √† expliquer son projet de mani√®re plus efficace que des plans[9].

Le c√īt√© gauche du dernier √©tage est en retrait, cr√©ant une asym√©trie par rapport au c√īt√© droit, bien plus avanc√©. Gaud√≠ d√©cida de remplacer une chambre du dernier √©tage par une terrasse pour cr√©er un espace ouvert et √©chelonn√© avec la Casa Amatller. Le constructeur Josep Bay√≥ rapporta les paroles de Gaud√≠ : ¬ę Nous ne ferons pas ce que nous voulions, mais nous ne d√©molirons pas ce qu'il y a √† c√īt√©, nous en profiterons. Ici une tour, l√† une tribune... ¬Ľ[10]. Sur le c√īt√© droit, il s'arrangea pour que la courbe du toit soit dans la continuit√© de l'√©difice voisin, notablement plus haut que l'√©difice de gauche[9].

Les autorit√©s municipales de l'√©poque dout√®rent fortement du projet. En avril 1906, deux ans apr√®s la demande de permis de construire, elles demand√®rent un arr√™t du chantier arguant l'absence du permis de construire qu'elles n'avaient pas d√©livr√©. Loin d'interrompre les travaux, presque finis, les propri√©taires demand√®rent alors √† la mairie un permis pour louer les appartements. La mairie ne d√©livra le permis de construire que le 18 f√©vrier 1913. L‚Äôaffrontement avec les autorit√©s ne s'arr√™ta pas l√†. En effet, Josep Batll√≥ refusa de payer la taxe fonci√®re jusqu‚Äôen 1920 √† cause d'un diff√©rend sur l'√©valuation immobili√®re. Il chargea l'architecte Bonaventura Bassegoda de r√©aliser une √©valuation du co√Ľt de construction dont d√©pendait l'imp√īt. L'architecte fit une description de l'√©difice justifiant un co√Ľt inf√©rieur de construction par l'emploi de mat√©riaux bon march√© et ce, bien que la fa√ßade f√Ľt ostentatoire[11].

Alors que l'√©difice √©tait presque termin√©, Batll√≥ re√ßut la visite de Pere Mil√† avec qui il √©tait associ√© dans une fabrique de fils de chanvre. Celui-ci projetait la construction d'un h√ītel particulier, et √† la suite de cette visite, il confia √† Gaud√≠ la construction de la Casa Mil√†[12].

Collaborateurs

Gaud√≠ fut √©paul√© par ses architectes auxiliaires qui travaillaient d√©j√† avec lui sur la Sagrada Fam√≠lia : son aide imm√©diat, Francesc Berenguer i Mestres (1866-1914), ainsi que Dom√®nec Sugra√Īes i Gras (1879-1938) et Josep Canaleta i Cuadras (1875-1950), qui furent les r√©dacteurs du projet[13].

Il fit également appel aux services des sculpteurs Josep Llimona i Bruguera (auteur des personnages de l'oratoire), Carles Mani i Roig (pour le Christ en croix de l'oratoire également), Joan Matamala i Flotats (pour les sculptures de pierre de la façade) et Joan Beltran (pour la modélisation en trois dimensions)[13].

La participation de Josep Maria Jujol comme aide de Gaud√≠ transpara√ģt dans les dessins des portes en bois, les √©l√©ments d√©coratifs du premier √©tage et les peintures de la chapelle. Pour cette derni√®re, il r√©alisa des lustres en terre. Son intervention la plus notable reste les surfaces polychromes de la partie centrale de la fa√ßade[14] - [15].

Le ma√ģtre d‚ÄôŇďuvre fut Josep Bay√≥ i Font qui avait d√©j√† r√©alis√© le premier Myst√®re de la Gloire de Montserrat et qui b√Ętit par la suite la Casa Mil√†[16]. Son fr√®re Jaume, collaborateur de Llu√≠s Dom√®nech i Montaner[note 7], travailla √©galement sur le projet[17].

Les boiseries furent √† la charge des ateliers d'√©b√©nisterie Casas i Bard√©s qui r√©alis√®rent les portes, les fen√™tres du premier √©tage et le tr√®s complexe escalier principal qu'ils durent presque construire in situ pour qu'il soit ajust√© selon les indications de Gaud√≠. Ils r√©alis√®rent √©galement le mobilier selon les indications de l'architecte[18]. Malgr√© son √©vidente qualit√©, le co√Ľt de ces Ňďuvres devait √™tre consid√©rable, puisque pour la Casa Mil√†, la propri√©taire Roser Sigmon rompit son contrat avec la m√™me √©b√©nisterie apr√®s avoir re√ßu la facture de deux portes[19].

Le travail de forge des balcons et des grilles fut confi√© aux fr√®res Llu√≠s et Josep Badia i Miarnau[18] qui r√©alis√®rent plusieurs autres travaux tr√®s importants pour le compte de Gaud√≠, comme les portes du palais G√ľell et les balcons de la Casa Mil√†[20].

Sebastià Ribó se chargea des céramiques des tuiles du toit et des carrelages de la façade, en utilisant la technique d'engobe en plus d'un mélange de terre et de vernis. Les ébauches furent réalisées dans son atelier de la rue du Deux mai[10] et la production de série à la fabrique Pujol i Bausis. La flèche de la tour et la croix qui la surmonte furent réalisées à la fabrique La Roqueta de Santa Catalina de Palma de Majorque[18].

Les verres et c√©ramiques bris√©s qui servirent √† r√©aliser le trencadis de la fa√ßade furent offerts par les ateliers Pelegr√≠ (situ√©s pr√®s de la Place d'Espagne). Ceux-ci furent charg√©s de la r√©alisation des vitraux au plomb √† l'int√©rieur du b√Ętiment, tant pour ceux situ√©s au-dessus des portes que pour la grande verri√®re de l'√©tage principal faite de pi√®ces polygonales et de disques aux couleurs intenses[18].

Propriétaires

L'√©difice est un exemple typique d'immeuble de rapport, con√ßu pour faire vivre les propri√©taires au premier √©tage et les locataires dans les autres √©tages, une formule qui s'appliquait √† une grande partie de la ¬ę ville nouvelle ¬Ľ du XIXe si√®cle. Le permis pour pouvoir louer des appartements fut pr√©sent√© √† la mairie de Barcelone le 13 octobre 1906, date √† laquelle les travaux furent consid√©r√©s comme achev√©s[7]. √Ä la mort d'Am√†lia God√≥ (veuve de Josep Batll√≥), en 1940, ses filles Mercedes et Carmen h√©rit√®rent de l'√©difice. Elles vendirent l'immeuble en 1954 √† la Sociedad Iberia de Seguros. Cette compagnie d'assurance s'en servit comme si√®ge social et y r√©alisa des restaurations mineures.

En 1989, la banque japonaise Sumitomo fit une offre d'achat du b√Ętiment pour 10 milliards de pesetas[note 8], qui n'aboutit pas[21]. En 1991, le pr√©sident de la compagnie d'assurance, Enric Bernat[note 9], confia √† Sotheby's l'op√©ration de vente √† un prix de 10 milliards de pesetas[22] bien que l'estimation faite par cette m√™me entit√© e√Ľt √©t√© de 13,7 milliards de pesetas[note 10] - [23]. Un an plus tard, √† cause du prix √©lev√© et de la crise du secteur immobilier, l'immeuble √©tait toujours en vente[24]. Bernat acheta 22,5 % de la compagnie d'assurance Iberia dont il √©tait le pr√©sident, afin d'endiguer ses difficult√©s financi√®res, et en prit le contr√īle √† l'√©t√© 1992[25]. Finalement, faute d'acheteur et en raison des difficult√©s √©conomiques de l'assureur, la famille Bernat acquit pour 3,6 milliards de pesetas[note 11] l'√©difice, dont elle est toujours propri√©taire[23] - [26].

Locaux commerciaux

√Ä l'instar d'autres entreprises Ňďuvrant dans les technologies alors naissantes [27] de la photographie et du t√©l√©phone, la soci√©t√© cin√©matographique Path√© fr√®res s'installa en 1905 sur le Passeig de Gr√†cia et choisit le rez-de-chauss√©e de la Casa Batll√≥[28].

√Ä partir de 1922 le rez-de-chauss√©e fut occup√© par une √©picerie, propri√©t√© d‚Äôun couple franco-catalan : √Čmile et Margarita Martignole[29]. Ils fournissaient liqueurs, fromages et m√©dicaments[30] au quartier[31] et, profitant du snobisme de leurs clients, adopt√®rent un nom fran√ßais apr√®s l'√©pid√©mie de grippe de 1918 : ¬ę Maison d'alimentation Martignole ¬Ľ[32]. Le commerce disparut peu avant la Guerre civile espagnole √† la suite d'un probl√®me de licence de production pour une g√©latine[33] entre le dirigeant du commerce et son beau-fr√®re par alliance[29].

Apr√®s la guerre civile, durant laquelle la maison fut abandonn√©e, la famille d√©m√©nagea en Italie et le rez-de-chauss√©e fut occup√© par la galerie d'art Syra qui ne ferma qu'apr√®s la mort de sa propri√©taire, Montserrat Isern[34], le 9 juillet 1986[35]. Les laboratoires Roca de Vi√Īals, sp√©cialis√©s dans les analyses cliniques, s'install√®rent au quatri√®me √©tage de 1930 jusqu'√† la fin des ann√©es 1980[36] - [37].

Le 22 février 1942, la société d'audiovisuel Producciones y distribuciones Chamartin s'installa à l'étage principal[38] et produisit dans ces locaux des dessins animés[39] jusqu'à son déménagement en 1958[40].

Restaurations

La fin de la vogue du modernisme, l'apparition du noucentisme et des avant-gardistes, qui pr√©conisaient le fonctionnalisme, diminu√®rent l'int√©r√™t pour l'Ňďuvre de Gaud√≠, jusqu'aux ann√©es 1980, o√Ļ son style connut un regain d'int√©r√™t. Entre-temps, les entreprises qui s'install√®rent dans l'immeuble adapt√®rent les espaces √† leurs besoins, en modifiant les murs et en abaissant les plafonds[41].

Peu apr√®s le changement de propri√©taires en 1954, la Soci√©t√© ib√©rique d'assurance r√©alisa une restauration durant la d√©cennie 1960 qui permit de nettoyer la fa√ßade principale et les √©l√©ments faits en pierre de Montju√Įc[41].

En 1981, √† l'occasion de la c√©l√©bration du 75e anniversaire de l'inauguration, les combles furent restaur√©s apr√®s qu'ils eurent √©t√© longtemps abandonn√©s. Les formes originales des arcs furent retrouv√©es ainsi que leur couleur blanche. Un √©clairage mettant en valeur ces formes fut install√©, ce qui permit de valoriser esth√©tiquement un espace essentiellement fonctionnel. Les travaux, termin√©s en mars 1981, inclurent un changement de carrelage, avec r√©utilisation des morceaux de mosa√Įques r√©cup√©r√©s des √©tages r√©form√©s par Gaud√≠ en 1904[7].

Plafond et claires-voies.
Arcs du plafond du rez-de-chaussée.

En 1983, les grilles des balcons furent restaur√©es et retrouv√®rent leur couleur ivoire d'origine qui avait √©t√© couverte de peinture noire. En revanche, malgr√© un grand respect du mod√®le original, cette restauration suscita de l'incompr√©hension, tant le contraste √©tait grand apr√®s tant d'ann√©es. √Ä partir de 1989, les √©l√©ments structuraux furent renforc√©s, notamment les bases de l'√©difice d'origine. Les claires-voies, qui permettent l'entr√©e de lumi√®re dans le rez-de-chauss√©e et qui avaient √©t√© obstru√©es par du pl√Ętre, ainsi que les sous-sols, furent r√©cup√©r√©s. Le plafond fut d√©cor√© avec une ondulation inspir√©e de jujolianes apr√®s que les arcs eurent √©t√© refaits pour les aligner avec les ouvertures et ainsi mieux profiter de la lumi√®re naturelle[42]. Un escalier fut construit pour relier le rez-de-chauss√©e aux sous-sols. Enfin, la fa√ßade donnant sur le jardin int√©rieur, faite de trencadis fut nettoy√©e et la terrasse de l'√©tage principal restaur√©e, en particulier les mosa√Įques hydrauliques, les grilles et les murs du fond avec leurs jardini√®res en c√©ramique[41].

En 1992, les portes extérieures du rez-de-chaussée ainsi que les carrelages de terre cuite des toits et des cheminées furent remises en état[41].

Les restaurations à partir de 1987 furent menées par l'équipe d'architectes de Josep Maria Botey, qui se désolidarisa des travaux en 1994 lorsque l'édifice passa aux mains de la famille Bernat, avec qui elle était en désaccord. Selon l'architecte, sa proposition de réaliser une restauration selon une approche muséale, en distinguant clairement les zones d'origine des zones restaurées, ne fut pas acceptée. Nina Bernat chargea Joan Bassegoda i Nonell de continuer les travaux[43] - [44].

Portes vitrées modernistes.
Portes vitrées modernistes au premier étage.

En 1988, le premier étage fut complètement restauré. Les poutres en bois détériorées de l'étage supérieur, qui provenaient de la maison d'origine de 1875 et qui avaient été recyclées par Gaudí, furent changées[45], opération qui, logiquement, nécessita d'intervenir sur le plafond de cet étage. L'ascenseur fut remis en état et la façade subit une intervention préventive de consolidation[41].

√Ä partir de 2000, en pr√©paration des c√©l√©brations de l'¬ę ann√©e internationale Gaud√≠ 2002 ¬Ľ, la fa√ßade fut remise √† neuf. Les verres et trencadis ainsi que des pans entiers de b√©ton furent remplac√©s. La maison subit un traitement fongicide. Les balcons, les menuiseries et les disques de c√©ramique bris√©s furent r√©par√©s. Un traitement hydrofuge fut appliqu√© aux pierres de Montju√Įc, les bases des balcons retrouv√®rent leurs couleurs d'origine, or et vanille. Les patios furent nettoy√©s et certaines pi√®ces cass√©es furent chang√©es. Les menuiseries des espaces qui donnent aux patios furent restaur√©es ainsi que les portes et lucarnes des portes d'entr√©es aux appartements[41].

Apr√®s 2002, l'effort de restauration se poursuivit avec la r√©cup√©ration des combles, des toits et des chemin√©es qui avaient d√©j√† √©t√© nettoy√©es et renforc√©es en 1981. Cette derni√®re intervention restitua les mosa√Įques hydrauliques et l'ensemble des menuiseries et les √©tages firent l'objet d'une inspection de contr√īle[41].

Utilisation actuelle

Image du spectacle
R√©veil de la Casa Batll√≥ : ¬ę 10 ans d'ouverture au monde ¬Ľ.
Dragon.
Arlequin.
Signature de Gaudí.
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En 1995 une r√©habilitation transforma 1 839 m2 de l'√©difice (sous-sol, rez-de-chauss√©e, premier √©tage) en un espace ouvert au public[26]. En plus de l'organisation d‚Äô√©v√©nements pour les entreprises ou les particuliers, la maison fut ouverte au public √† partir du 19 mars 2002 lors de l'ann√©e Gaud√≠. Les visites sont ouvertes toute l'ann√©e et donnent d'amples d√©tails sur le processus de construction et l'interpr√©tation artistique de l'Ňďuvre de Gaud√≠. Au fur et √† mesure que de nouveaux espaces furent restaur√©s ‚ÄĒ combles, toits, etc. ‚ÄĒ, ils furent incorpor√©s √† la visite qui permet √† pr√©sent de parcourir la quasi-totalit√© de l'√©difice (premier √©tage, terrasse post√©rieure, second √©tage, combles, toits, etc.) √† l'exception des √©tages sup√©rieurs qui sont habit√©s ou occup√©s par les bureaux de la soci√©t√© gestionnaire. Le rez-de-chauss√©e et les sous-sols ne sont pas ouverts √† la visite et sont destin√©s √† l'organisation d'√©v√©nements.

Au premier étage, avec la cafétéria et la boutique, un espace est consacré à l'exposition du mobilier de Gaudí, notamment des reproductions fidèles de pièces de la Casa Batlló et de la Casa Calvet, apportant un complément pour mieux comprendre la vie quotidienne de la maison lorsqu'elle était habitée[46].

Depuis juin 2000, la Casa Batll√≥ est incluse dans ¬ę la route du modernisme ¬Ľ, initiative de la mairie pour mettre en valeur le patrimoine architectural de Barcelone[47].

Pour le dixi√®me anniversaire de l'ouverture au public de la Casa Batll√≥, en octobre 2012, un spectacle de projection vid√©o sur la fa√ßade fut organis√© sous le titre de ¬ę R√©veil de la Casa Batll√≥ ¬Ľ, au cours duquel √©taient √©voqu√©s les diff√©rentes interpr√©tations et symbolismes du b√Ętiment : bassin de n√©nuphars, fen√™tres-gueules, dragon crachant du feu et luttant contre Saint Georges, os servant de piliers aux fen√™tres et aux balcons, chauve-souris, masques, confettis et feu d'artifice, etc[48] - [49].

Description de l'édifice

Vue d'ensemble

Au-delà des différentes interprétations de chaque partie ou détail spécifique, la Casa Batlló s'inscrit dans la vision naturaliste de Gaudí qui s'inspira du milieu marin. La variété des couleurs, la prédominance du bleu marine et de l'ocre des roches, confortent cette thèse. Le bleu marine est présent dans la décoration à base de céramiques, pour la façade, le vestibule et les patios[50].

D'apr√®s l'historien Juan Jos√© Lahuerta, ¬ę l‚Äôint√©rieur du b√Ętiment devient un espace de tranquillit√© pour l'homme qui affronte les multitudes de la ville et lutte dans le monde, une sorte de grotte sous-marine o√Ļ se recueillir, o√Ļ trouver un espace intime, √† la fa√ßon de Jules Verne [NdT : tr√®s populaire √† l'√©poque et mort en 1905 lors de la construction du b√Ętiment], o√Ļ, h√©ros, le conqu√©rant, l'homme moderne a deux r√©alit√©s : l'une ext√©rieure, cosmique, sans limite et une intime, o√Ļ il est blotti dans sa grotte, dans le ventre maternel de la terre ; la nature, la raison et l'histoire convergent dans cette Ňďuvre[51]. ¬Ľ

Joan Bassegoda i Nonell, architecte qui restaura l'√©difice, ajouta : ¬ę Selon L√©onard de Vinci, la nature est pleine de causes latentes qui n'ont jamais √©t√© lib√©r√©es. La beaut√© de la Casa Batll√≥ est la lib√©ration d'un de ces √©sot√©rismes naturels dans l'Ňďuvre, gr√Ęce √† l'imagination et au pouvoir cr√©atif de Gaud√≠[52] ¬Ľ.

Façade principale

La façade principale donne sur le Passeig de Gràcia et est divisée en trois parties différentes harmonieusement intégrées[53].

La partie sup√©rieure, un peu en retrait par rapport √† la rue, est une sorte de cr√™te faite de c√©ramiques color√©es qui suscita de multiples interpr√©tations[53]. La partie centrale, du second au dernier √©tage, est faite d'un tapis multicolore d'o√Ļ sortent les balcons. La partie inf√©rieure (le rez-de-chauss√©e, le premier √©tage et deux galeries du second √©tage) est en gr√®s de Montju√Įc et pr√©sente des formes ondul√©es[53].

Vue de face du haut de la façade principale.
Croix gaudienne et détail de la toiture.
Détail de la façade principale : deux balcons couleur ivoire en enfilade.
Les deux types de balcons.
Détail du bas de la façade principale - Portes du rez-de-chaussée et fenêtres du premier étage.
La partie basse de la façade en grès.

La partie sup√©rieure de l'√©difice est domin√©e par un renflement qui commence au niveau des toits lat√©raux et qui permet de dissimuler la salle o√Ļ √©tait entrepos√©e l'eau. C'est aujourd'hui une salle vide. Son profil rappelle les formes arqu√©es d'un dragon, dont les tuiles en c√©ramique seraient les √©cailles. Le monstre mythique a la t√™te √† droite ; une petite fen√™tre triangulaire y fait office d'Ňďil. La l√©gende raconte que l'orientation de cette fen√™tre permettait √† Gaud√≠ d'observer la Sagrada Fam√≠lia qu'il construisait simultan√©ment, chose impossible aujourd'hui √† cause des constructions r√©centes de la ville[54]. Les √©l√©ments aux reflets m√©talliques qui simulent les √©cailles du monstre pr√©sentent un d√©grad√© de couleur : elles sont vertes √† droite, sur la t√™te, et passent au bleu intense et au violet sur la partie centrale. Enfin, elles tirent sur les vermillons et roses intenses sur le c√īt√© gauche, la queue. Les √©l√©ments de c√©ramique sont dispos√©s comme des tuiles d'apr√®s une technique alors nouvelle que Gaud√≠ et Dom√®nech i Montaner utilis√®rent apr√®s avoir √©tudi√© les ouvrages du Pays Valencien[53].

Tout en haut de l'√©difice, sugg√©rant l'√©chine du dragon, se trouvent deux types de c√©ramiques singuli√®res. Les unes sont des tuiles aux formes sinuso√Įdales, qui terminent la structure. Elles sont de la m√™me couleur que les tuiles du toit. Les secondes sont des tuiles de couverture en forme d'armure ou de carapace de tortue qui forment les jointures avec les pr√©c√©dentes. Celles-ci prennent des tons vari√©s, orang√© √† droite, vert au centre et bleu √† gauche[53].

L'un des √©l√©ments les plus remarquables de la fa√ßade est la tour couronn√©e d'une fl√®che √† la fa√ßon des √©glises. Celle-ci est en c√©ramique et est surmont√©e d'une ¬ę croix gaudienne ¬Ľ dont chacune des quatre branches est orient√©e vers un point cardinal, de la m√™me fa√ßon qu'au parc G√ľell[note 12]. La fl√®che est form√©e de la superposition de deux bulbes v√©g√©taux, le premier est √©norme et donne naissance √† un bulbe plus petit. La fleur qui sort de ce dernier est la croix gaudienne √† quatre branches. Poursuivant la m√©taphore fleur-croix, les branches de la croix se terminent par des bourgeons annon√ßant une floraison prochaine[53].

La tour d'o√Ļ sort cette plante est d√©cor√©e des monogrammes de J√©sus (JHS), Marie (un M avec une couronne ducale) et Joseph (JHP), faits √† partir de morceaux de c√©ramique dor√©e qui ressortent du fond vert recouvrant la fa√ßade. Ces symboles montrent la profonde pi√©t√© de Gaud√≠, qui choisit pour la Casa Batll√≥ les symboles de la Sainte Famille, alors qu'il construisait en parall√®le la Sagrada Fam√≠lia[7].

La fl√®che et la croix furent r√©alis√©es √† Majorque et certains √©l√©ments furent ab√ģm√©s pendant le transport. Malgr√© l'engagement du fabricant de remplacer les √©l√©ments endommag√©s, Gaud√≠ trouva ces brisures esth√©tiques, rappelant le trencadis de la fa√ßade, et demanda √† ce qu'elles soient r√©par√©es avec de la chaux et soutenues par un anneau de bronze[18].

La partie centrale de la fa√ßade est orn√©e de fa√ßon po√©tique sur des th√®mes aquatiques qui √©voquent la surface d'un lac, √† la fa√ßon des Nymph√©as de Monet[note 13], avec de l√©g√®res ondulations et des reflets produits par les verres et les c√©ramiques en trencadis[55]. Ce grand espace ondul√© est couvert de pl√Ętre m√©lang√© avec des fragments de verres color√©s, combin√©s avec 350 disques bomb√©s en c√©ramique polychrome qui avaient √©t√© dessin√©s par Gaud√≠ et Jujol √† la suite d'essais √† Majorque pour la r√©novation de la cath√©drale de Palma[56]. Certains furent r√©utilis√©s pour les bancs du parc G√ľell et pour la source du jardin de la ¬ę maison du cur√© ¬Ľ de la Colonie G√ľell[57] - [58].

Les rambardes des balcons sont en fonte. Pour les concevoir, Gaud√≠ fabriqua un mod√®le grandeur nature dans les ateliers de la Sagrada Familia avant de les faire fondre. Ce sont huit pi√®ces ‚ÄĒ sept identiques et une plus grande ‚ÄĒ qui se trouvent sur la petite terrasse du dernier √©tage. Elles sont peintes couleur ivoire et les espaces entre les balustres sont ferm√©s par des bandes d'acier torsad√©. Les balcons du second √©tage et deux du troisi√®me √©tage, donnant √† l'int√©rieur sur les tribunes, ont des balustres h√©lico√Įdales et des rambardes de marbre de Carrare encastr√©es sous une structure courbe en pierres de Montju√Įc et orn√©es d'une d√©coration florale sobre[59].

Enfin, au-dessus de la partie centrale de la fa√ßade se trouve un balcon plus petit, √©galement en fonte, qui correspond √† la sortie ext√©rieure des combles et est esth√©tiquement diff√©rent du reste, plus proche d'une fleur de n√©nuphar des lacs de Monet[7] ; sur chacun de ses c√īt√©s, deux potences en fer permettent l'installation de poulies pour hisser et descendre les meubles[52].

Cette partie de la fa√ßade est sans doute l'apport le plus int√©ressant et le plus discut√©. D'apr√®s Ignasi de Sol√†-Morales, le dessin de la fa√ßade est de Gaud√≠ ¬ę formes courbes, cr√Ęnes des balcons, cr√™te de dragon, etc. ¬Ľ mais le choix des couleurs serait de Jujol, √† qui Gaud√≠ avait confi√© les coloris[60].

La façade du premier étage, l'étage principal, est faite en grès et montre des formes sinueuses soutenues par deux colonnes et un tronc qui se divise en triangle en son sommet (sans former de chapiteau) à la façon des grands buis. Le dessin est complété par l'élégante menuiserie des fenêtres comblées par des vitraux en plomb multicolores[61].

Devant les grandes fen√™tres, six fines colonnes en forme d'os sont dispos√©es et semblent soutenir l'√©difice. Elles ont la forme d'un f√©mur, ou d'un hum√©rus, avec une d√©coration florale au centre qui semble √™tre une articulation de l'os. Les formes des espaces vides sont courbes et la pierre semble prendre la forme de l√®vres, donnant √† l'ensemble l'aspect d'une √©norme bouche ouverte, qui lui valut le surnom de Casa dels badalls, ¬ę maison des b√Ęillements ¬Ľ[note 14]. Au second √©tage, les fen√™tres des extr√©mit√©s poss√®dent le m√™me dessin, formant des galeries ; mais au centre, au-dessus de la fen√™tre centrale, se trouvent les deux balcons pr√©c√©demment d√©crits[62].

Pour Bassegoda, les diff√©rents √©l√©ments de la fa√ßade sugg√®rent une continuit√© ; en parcourant du regard l'√©difice dans le sens horizontal, l'observateur ne parvient pas √† d√©cerner de formes d√©finies, contrairement aux √©difices traditionnels o√Ļ il note des espaces ferm√©s par des poly√®dres r√©guliers[63].

Vestibule et escaliers

Escalier en bois clair sur fond blanc.
Escalier principal, qui rappelle la colonne vertébrale d'un monstre.
Détail de l'escalier

L'entrée principale est sobre, fermée par des portes de fer forgé peintes de couleur ivoire et dorées comme les balcons. C'est une peinture à base de cérusite que Gaudí avait déjà utilisée en d'autres occasions pour protéger de l'oxydation. Les autres ouvertures du rez-de-chaussée comprennent l'accès aux sous-sols, deux fenêtres, des soupiraux qui auraient pu servir à livrer le charbon et la porte du commerce du rez-de-chaussée. À l'origine, seule la porte extérieure principale, menant à l'escalier, était en fer ; les portes du sous-sol et du commerce étaient en bois et réalisées par le menuisier Eudald Puntí. Actuellement toutes les portes sont en fer comme pour l'entrée principale[10].

Le vestibule est décoré avec une rampe en céramique aux couleurs bleue et blanche. Au fond, se trouve une petite ouverture, donnant sur l'un des patios, qui éclaire naturellement la pièce. En continuant vers l'intérieur, après un discret encadrement de porte, se trouve l'ascenseur moderniste qui dessert tous les étages et un majestueux escalier qui conduit au premier étage[57].

Porte en bois clair, encadrement bleu.
Porte des étages supérieurs.

L'escalier, qui dessert les étages locatifs, encercle la cage d'ascenseur et est situé entre deux jardins intérieurs. Cela lui donne une lumière inusuelle, en comparaison des escaliers habituellement placés dans une cage centrale obscure, car il n'est pas ici fermé par une échiffre aveugle, mais par une simple rambarde et une structure de verre translucide. À chaque palier se trouvent deux portes en chêne sculptées à la gouge, sur le montant desquelles ont été peintes des lettres dorées indiquant l'étage : à la place de la numérotation traditionnelle, Gaudí utilisa ici des lettres de A à I ; la lettre G, initiale de l'architecte, a une graphie spéciale[10].

L'escalier principal qui permet d'acc√©der au premier √©tage ‚ÄĒ domicile de la famille Batll√≥ ‚ÄĒ commence dans un vestibule priv√© de 20 m2 au fond de l'entr√©e. Ses murs sont ondul√©s et ne forment aucun angle ou coin, ni entre eux ni avec le plafond qui est dans la continuit√© des murs, ce qui lui donne l'aspect d'une grotte naturelle. Deux grandes claires-voies d√©cor√©es de verres hexagonaux permettent l'arriv√©e de lumi√®re √† la fa√ßon d'une ruche[10].

Le majestueux escalier est fait de bois de ch√™ne et incorpore dans son limon des √©l√©ments sculpt√©s qui √©voquent les vert√®bres d'un animal pr√©historique. L'ensemble de ces √©l√©ments forme une spirale sinueuse qui couvre un angle de presque 180¬į, prenant la forme de l'√©chine d'un monstre g√©ant dans sa grotte. La rampe qui longe l'escalier est munie √† ses extr√©mit√©s d'√©l√©ments d√©coratifs : une tige de m√©tal avec une sph√®re rouge entour√©e de deux rubans de fer soutenant une couronne [64].

√Čtage principal

Vue du salon principal en direction des portes vitrées modernistes.
Salon principal.
Photographie ancienne d'une salle à manger, puissant contre jour.
Salle à manger des Batlló avec le mobilier d'origine (1927).
Plafond en spirale avec un lustre richement coloré au centre.
Détail du plafond du salon principal.

Le premier √©tage est diff√©rent des suivants et a fait l'objet de transformations importantes par Gaud√≠. Il s'agissait du domicile de la famille Batll√≥ et Gaud√≠ pr√™ta une attention particuli√®re √† sa conception. Il r√©alisa une disposition des plafonds et une d√©coration tr√®s √©labor√©es, permettant de jouer avec les ombres et les lumi√®res des diff√©rentes pi√®ces dans un espace o√Ļ toutes les cloisons sont courbes. √Ä cet endroit, la fa√ßade est en pierre et forme une galerie. Les fen√™tres ont des formes ondul√©es tr√®s diff√©rentes les unes des autres, les piliers ont des formes d'os avec leurs articulations[18].

L'acc√®s √† cet √©tage se fait directement depuis l'escalier principal au fond du vestibule. √Ä son extr√©mit√© se trouve une pi√®ce de desserte qui permet d'acc√©der aux autres. Une premi√®re porte m√®ne √† une salle contenant l'√Ętre r√©alis√© par les ateliers Ramon Reguan. C'est une salle dont l'esth√©tique est consacr√©e √† la chemin√©e. Le foyer est encastr√© dans le mur. Deux bancs lui font face, de chaque c√īt√© de l'√Ętre. L'ensemble est rassembl√© sous un arc au profil de champignon construit en gr√®s r√©fractaire. Ce dessin, avec ses si√®ges en face du feu, symbolise l'union de la famille[65] et s'inspire des zones de cuisines des mas catalans traditionnels o√Ļ, sous un grand manteau de chemin√©e, se trouvaient le feu, un chaudron suspendu et des bancs ou arche-bancs. Une version urbaine existait √©galement, qui permettait de cr√©er un espace intime pour les couples[note 15]. La Casa Nav√†s √† Reus et la Casa Bur√©s √† Barcelone poss√©daient d√©j√† une telle pi√®ce d√©cor√©e dans un go√Ľt tr√®s moderniste, contrairement √† l‚Äôesth√©tique rustique que Gaud√≠ appliqua ici[65].

Les autres cloisons sont en stuc dor√© √† la feuille, simulant un craquel√© qui rappelle la mosa√Įque. Ces avant-salles (pi√®ce de desserte et chemin√©e) donnent sur les salons situ√©s en fa√ßade principale, via d'amples portes aux formes exag√©r√©ment ondul√©es, en bois de ch√™ne et aux vitres serties de plomb[65].

Le salon central est un grand espace diaphane situé derrière la façade principale en son centre. Sa verrière au profil sinueux fut pensée pour voir sans être vu à l'aide d'oculus placés dans la partie basse ; la décoration de la verrière est à base de vitraux circulaires comportant différentes tonalités de bleus dans la partie supérieure ; au centre se trouvent des fenêtres à guillotine coulissantes qui s'ouvrent par le biais d'un jeu de contrepoids cachés aux extrémités. Entre ces fenêtres, il n'y a aucun montant, et lorsqu'elles sont toutes ouvertes, elles laissent voir la rue sans aucun obstacle visuel[66]. Cette solution fut réutilisée par Le Corbusier à la villa Savoye[67] et est connue sous le nom de fenêtre-bandeau. À un mètre en retrait de la verrière, exactement en vis-à-vis, se trouvent quatre colonnes intérieures qui passent presque inaperçues. Celles-ci portent des arcs qui soutiennent le mur porteur, formant avec la verrière une galerie.

De chaque c√īt√© du salon se trouvent deux pi√®ces plus petites qui m√®nent aux fen√™tres lat√©rales donnant sur la rue[68]. La pi√®ce de droite est un salon intime o√Ļ l'on peut √©galement acc√©der depuis la salle de l'√Ętre et qui communique avec le salon central par des portes ondul√©es en ch√™ne orn√©es d‚ÄôŇďils-de-bŇďuf, portes qui peuvent s'ouvrir totalement de fa√ßon √† ne former qu'un seul espace.

Au-dessus, se trouve un faux plafond en relief en forme de spirale g√©ante en pl√Ętre, orn√© en son centre d'un lustre si spectaculaire qu'il fut remplac√© par une copie[68] - [note 16]. Cette d√©coration peut √©voquer un tourbillon d'eau et l'ambiance marine de la maison, la spirale d'une galaxie ou une repr√©sentation h√©liocentrique dont le lustre figurerait le Soleil[69].

De l'autre c√īt√© de l'√©tage, en regardant sur la fa√ßade post√©rieure vers la terrasse, se trouvait la salle √† manger priv√©e des Batll√≥. Sa d√©coration de bois et de verre fut d√©mont√©e pour des raisons fonctionnelles lorsque l'√©difice fut occup√© par des bureaux. En 1991, elle fut remplac√©e par une reproduction qui permet de voir la salle √† manger telle quelle '√©tait √† l'origine[70].

Le faux plafond de cette salle reproduit les √©claboussures se formant √† la surface de l'eau lorsqu'elle est troubl√©e par la chute d'une goutte. Pr√®s de la sortie vers le jardin se trouve une paire de colonnes jumelles inspir√©es des patios des lions de l'Alhambra √† Grenade. La base de leur chapiteau est rogn√©e, comme √©rod√©e par le temps[71]. Elles sont en stuc pass√© au feu, avec un ¬ę craquel√© ¬Ľ similaire √† ceux des autres espaces, mais pr√©sentant ici une combinaison polychrome, avec des couleurs chaudes et des tons pastels[72].

Oratoire

Scène religieuse de la Sainte Famille, sur fond d'or.
Oratoire de Llimona, actuellement dans la crypte de la Sagrada Família.

Dans le grand salon de l'√©tage principal qui donne sur la fa√ßade du Passeig de Gr√†cia, se trouvait un oratoire plac√© dans la concavit√© du mur du fond ; il √©tait ferm√© par de grands panneaux de bois qui permettaient de transformer rapidement le salon en chapelle, une solution que Gaud√≠ avait d√©j√† exp√©riment√©e pour le Palais G√ľell. Il contenait un petit autel et un retable en ch√™ne sculpt√©s d'une Sainte Famille r√©alis√©e par Josep Llimona i Bruguera, o√Ļ J√©sus adolescent baise la main de saint Joseph devant une table de bois, pendant que Marie observe la sc√®ne[73]. Sur la face dor√©e du retable dessin√© par Gaud√≠ appara√ģt le mot ¬ę amen ¬Ľ √©crit dans la partie sup√©rieure et verticalement de chaque c√īt√©, avec le monogramme ¬ę JMJ ¬Ľ, r√©f√©rence √† J√©sus, Marie et Joseph. Divers √©l√©ments compl√©taient l'oratoire : un crucifix en m√©tal sculpt√© par Carles Mani i Roig, des chandeliers de Josep Maria Jujol et des couronnements de Joan Matamala[73].

Le crucifix √©tait un ¬ę Christ de l'Expiation ¬Ľ r√©alis√© par Mani d'apr√®s les √©tudes de Gaud√≠ sur la position exacte du corps lors des supplices de crucifixion, un th√®me pour lequel l'architecte avait r√©alis√© diverses maquettes en pl√Ętre. L'une d'elles est conserv√©e au mus√©e Gaud√≠ du parc G√ľell[73]. Le retable fut d√©mont√© et la famille Batll√≥ le garda en sa possession √† Madrid durant de longues ann√©es jusqu'√† ce qu'il soit remis √† la Sagrada Familia en 2001[74].

Patios

Vue en plongée d'un puits de jour mettant en évidence le dégradé du bleu au blanc.
Dégradé de couleurs dans le puits de lumière.

Les patios comptent parmi les éléments les plus novateurs de la transformation de l'édifice. L'architecte comprit que pour construire un espace uni en accord avec la sensibilité humaine, il fallait supprimer les décorations qui pouvaient rompre l'effet d'ensemble. Il décida de compenser les différences naturelles d'illumination entre la partie haute et la partie basse par un ingénieux dégradé de couleurs à base de céramiques qui recouvrent les murs. Les tons partent du bleu de cobalt en haut jusqu'au blanc en bas. Par ce conditionnement chromatique, la paroi semble avoir une couleur uniforme lorsqu'elle est vue depuis le bas[53]. Appliquant la même logique, Gaudí proportionna la hauteur des fenêtres à leur situation. Les plus basses sont les plus grandes. De plus, les trente-deux fenêtres qui donnent sur les patios sont équipées de persiennes à soufflet qui permettent de réguler l'entrée d'air frais depuis l'extérieur sans ouvrir les fenêtres[75].

La partie sup√©rieure des patios est munie d'une couverture de verre rehauss√©e de 30 cm pour faciliter la ventilation en cas de pluie. Ces vitrages recueillent les eaux qui sont √©vacu√©es au centre sur une structure qui traverse le jardin et permet d'y acc√©der pour nettoyer les vitres[75].

Les menuiseries de plein air sont une combinaison de pin sylvestre √† l'int√©rieur et de ch√Ętaignier √† l'ext√©rieur[41].

Intérieur de la façade

Vue de la façade postérieure dans son ensemble, prise de face
Intérieur de la façade.

L'intérieur de la façade est décoré de trencadis multicolores dessinant des guirlandes et de bouquets de fleurs évoquant des lianes qui pendraient de la terrasse. La partie haute présente une forme ondulée très dynamique qui renvoie à l'inspiration marine de Gaudí[76].

Le trencadis de la partie supérieure de la façade possède une singulière capacité expressive donnée par ses couleurs très vives et ses motifs floraux. Les rambardes des balcons sont faites en fer forgé et installées au dernier étage. Les rambardes du haut de l'édifice sont également décorées de trencadis de façon que l'observation depuis la terrasse inférieure du haut de l'édifice embrasse visuellement les décorations de la rambarde et du sommet dans un unique tapis multicolore[76].

Au pied de cette fa√ßade se trouve la terrasse de l'√©tage principal √† laquelle on acc√®de par la salle √† manger en traversant un passage entre deux grandes claires-voies qui illuminent les sous-sols et conf√®rent √† l'ensemble l'aspect d'un pont-levis qui unirait l'int√©rieur et l'ext√©rieur. De chaque c√īt√© de ce passage, et sym√©triquement, se trouvent des grilles bomb√©es aux formes complexes qui prot√®gent les fen√™tres et renforcent l'id√©e de murailles avec leur hauteur de m[76].

Mosa√Įques sur le sol et le fond d'une jardini√®re. Profil de mur en volutes.
Jardinières sur le mur du fond de la terrasse intérieure.

L'espace de la terrasse est s√©par√© des √©difices lat√©raux par des grilles de m√™me facture que celles de la fa√ßade. Au fond, un mur au profil ondul√© couronne l'int√©rieur de la fa√ßade et isole la propri√©t√© de la vue √† partir de l'ext√©rieur de l'√ģlot. Il est d√©cor√© de trencadis au sommet et au centre ; juste en face de la porte de sortie vers la terrasse, un grand mur de trencadis de forme parabolique rappelle les formes des arcs des combles. Depuis ces mosa√Įques, des jardini√®res singuli√®res sortent comme si c'√©taient des protub√©rances faites avec des disques en c√©ramiques de la fa√ßade principale. Elles donnent l'impression d'un jardin suspendu. D'autres jardini√®res, mobiles, compos√©es de pots en fer forg√© recouverts de c√©ramiques bleues et blanches, sont r√©parties sur la terrasse[77]. Il ressort de l'ensemble un jeu de couleurs tenant du kal√©idoscope[76].

Les sols sont en grès de Reus ; c'étaient des éléments du pavage intérieur de l'édifice qui préexistaient et que Gaudí réutilisa sans respecter leur disposition originale, en laissant à ses ouvriers un libre choix pour les placer. Une lésène est formée à la limite entre la porte de sortie et le mur parabolique couvert de trencadis qui ressemble à un grand tapis[77].

Combles

Enfilade d'arcs caténaires de couleurs blanches dans un couloir étroit. Mise en avant de la lumière.
Couloir d'arcs caténaires.

Au-dessus du dernier √©tage se trouvent de grands combles o√Ļ Gaud√≠ utilisa une de ses techniques clefs, l'arc cat√©naire, pour soutenir le toit. Selon l'usage catalan, il utilisa comme mat√©riau de la briquette plate import√©e d'Italie au XIVe si√®cle[78].

Arcs caténaires blancs dans une pièce.
Le ventre du dragon, la grande salle des combles.

Dans les combles se trouvaient les d√©pendances, les pi√®ces de services et des √©viers et bassins sous une couverture en vo√Ľte catalane soutenue par soixante arcs cat√©naires qui ressemblent aux c√ītes d'un √©norme animal. Elles sont distribu√©es en deux longs couloirs qui entourent les patios, r√©partissant les salles √† la p√©riph√©rie du b√Ętiment. Au niveau de la fa√ßade, une grande salle actuellement connue sous le nom de ¬ę ventre du dragon ¬Ľ, √©tait consacr√©e √† l'√©tendage de la lessive. Les arcs la composant y atteignent leur plus grand espacement, donnant √† cet espace une configuration singuli√®re. Tout l'√©tage jouit de l'√©clairage produit par un remarquable jeu de lumi√®res[75].

Le sol des combles, c'est-à-dire la couverture de l'étage inférieur, est constitué de solives de fer, surmontées de structures en briques et en fer soutenant les arcs. La charge des arcs est transmise aux extrémités des solives puis verticalement aux murs porteurs. Cette forme permet d'éviter que des forces et tensions ne soient transmises vers l'extérieur[7].

Ces arcs cat√©naires sont r√©guli√®rement espac√©s, formant des espaces lat√©raux qui r√©gulent la lumi√®re. Des vo√Ľtes catalanes s'y appuient, les liant deux √† deux, et servent √† la fois de plafond et de base du toit[79].

Toit

Le toit poss√®de quatre ensembles de chemin√©es de 6,10 m de haut, couvertes de fragments de verre et de trencadis polychromes aux motifs floraux, √† mi-chemin entre les for√™ts de chemin√©es du Palais G√ľell (1888) et de la Casa Mil√† (1910). Leur dessin sp√©cial permet d'√©viter que l'air ne s'y engouffre[55].

En quatre plans : groupe de cheminées polychromes, toit de la Casa Batlló, croix gaudienne, ciel d'orage.
Un des quatre groupes de cheminées couronnant la sortie d'escalier. Derrière se trouve le couronnement en forme d'échine de dragon qui couvre les citernes d'eau.

Le toit de la Casa Batll√≥, un des plus spectaculaire de l‚ÄôŇďuvre de Gaud√≠, constitue la plus grande sculpture polychrome de l'√©difice. Construit sur les arcs cat√©naires des combles, c'est un espace rectangulaire divis√© en son centre par les ouvertures des patios. La partie avant couvre une grande salle o√Ļ √©taient install√©s les r√©servoirs d'eau, au niveau le plus √©lev√© de la fa√ßade. Gaud√≠ associa un sens esth√©tique ‚ÄĒ l'√©chine du dragon ‚ÄĒ √† une n√©cessit√© fonctionnelle, √† une √©poque o√Ļ l'eau courante n'avait pas la pression suffisante pour satisfaire aux normes de confort. Si la vision ext√©rieure du toit simule les √©cailles d'un dragon, le c√īt√© int√©rieur de la rambarde du toit ressemble √† la carapace d'un crabe ou d'une tortue avec un fort d√©grad√© de l'orange au blanc[57].

Les chemin√©es sont group√©es √† la mani√®re de champignons et pr√©sentent des courbures qui leur donnent le dynamisme et l'expressivit√© d'une sculpture. Chacun des conduits de fum√©e, au profil carr√©, est couvert par une fl√®che pyramidale tr√®s aigu√ę, avec une forte pente qui permet d'√©vacuer l'eau de pluie et qui √©voque les sommets des ob√©lisques. Aux pointes, ces fl√®ches portent des boules qui font rebondir les gouttes d'eau, une forme qui rappelle les casseroles que l'on posait en haut des poteaux. √Ä l'origine, ces boules en verre √©taient remplies de sable color√© ; lors de la restauration de 1983, elles furent remplac√©es par les boules actuelles en ciment incrust√© de verre. Les chemin√©es √©taient d√©cor√©es et prot√©g√©es par un trencadis polychrome de verre et de c√©ramique aux teintes aqueuses qui √©voquaient les nuages et la pluie. En tout, vingt-six chemin√©es sont distribu√©es en quatre groupes : un premier groupe de huit chemin√©es derri√®re la salle du d√©p√īt d'eau (derri√®re le sommet de la fa√ßade) ; un second groupe avec huit autres sorties est situ√© sur la partie int√©rieure de l'√©difice, presque en miroir du premier groupe vis-√†-vis du puits de jour form√© par les patios ; le troisi√®me groupe avec six autres chemin√©es est situ√© du c√īt√© de la mer, pr√®s de la Casa Amatller, √† mi-chemin entre la fa√ßade et le fond ; un quatri√®me groupe de quatre chemin√©es est au m√™me niveau que le pr√©c√©dent, mais c√īt√© montagne, coll√© √† l'autre maison voisine[57].

Innovations

Fenêtre donnant sur un puits de jour avec son système de ventilation.
Fenêtre intérieure avec le système de ventilation.
Plan en coupe latérale de la maison.
Sch√©ma de ventilation naturelle du b√Ętiment.

Gaud√≠ con√ßut l'√©difice en s‚Äôinspirant de la nature, comme un organisme vivant o√Ļ chaque √©l√©ment vit et accomplit une fonction, non pas passive comme des contreforts gothiques, mais dynamique[80] - [81].

Selon Oriol Bohigas, Gaud√≠ ne poursuivait jamais d'objectif rationaliste dans la conception d'une structure. √Ä partir d'un crit√®re de construction pr√©√©tabli, il d√©terminait la forme la plus expressive permise par les contraintes architecturales, ¬ę avec un go√Ľt pour la complexit√© des espaces et des volumes et un d√©sir de sacrifier le plan √† l'espace organique ¬Ľ qui interf√©rait avec l'espace et troublait les limites du b√Ętiment. Ces tendances sont particuli√®rement marqu√©es dans la Casa Batll√≥ o√Ļ tribunes et balcons effacent la fronti√®re entre l'int√©rieur et l'ext√©rieur[82].

Gaud√≠ se distingue par ses choix dans la disposition des espaces qui cr√©ent une ambiance confortable, sp√©cialement quant √† la ventilation naturelle : en cela il suivait peut-√™tre les enseignements des Entretiens de Viollet-le-Duc[83]. Si, au Palais G√ľell, il avait exp√©riment√© ces techniques, il les d√©veloppa consid√©rablement pour la Casa Batll√≥. Du point de vue de la ventilation et de la lumi√®re, l'architecte con√ßut cette Ňďuvre avec des crit√®res qui seraient aujourd'hui consid√©r√©s comme √©cologiques. Il √©claira les chambres centrales au moyen de patios faisant office de puits de lumi√®re. Il r√©partit la lumi√®re par de grandes claires-voies et des jeux de couleurs √† base de c√©ramiques dans ces chambres et dans les sous-sols[42].

La distribution des appartements de la Casa Batll√≥, √©tal√©s entre les fa√ßades pour profiter d'une ventilation crois√©e, √©tait d√©j√† typique des b√Ętiments de l'Eixample √† Barcelone pour att√©nuer la chaleur de l'√©t√©. Mais Gaud√≠ y ajouta un ensemble d'ouvertures sous les fen√™tres pour profiter de l'entr√©e d'air frais et des brises nocturnes de l'√©t√©. Cette solution permet d'ajuster la quantit√© d'air qui entre par le biais de fentes r√©glables et d'un jeu de plaquettes de type persiennes qui r√©gulent la circulation d'air. Ces petites fentes sont √©galement pr√©sentes sur les portes int√©rieures. Ce fut √©galement Gaud√≠ qui dessina les m√©canismes qui permettent d'en r√©gler l'ouverture. Le dessin des patios cr√©e un effet de chemin√©e par convection de l'air chaud du bas vers les couches sup√©rieures o√Ļ il s'√©chappe par des a√©rations situ√©es √† c√īt√© des claires-voies. De plus, la chaleur de l'air dans la partie sup√©rieure, sous la claire-voie, induit une circulation d'air qui ¬ę attire ¬Ľ l'air frais des couches plus basses. Des canalisations en b√©ton garantissent l'arriv√©e d'air froid, en passant de la fa√ßade principale jusqu'√† la partie basse des patios par les sous-sols du b√Ętiment, technique traditionnelle inspir√©e des mas catalans[note 17] - [84].

Les combles ont une fonction d'espace de service, pour la blanchisserie, pour √©tendre et s√©cher le linge. Cons√©quence de l'humidit√©, une bonne ventilation √©tait absolument indispensable. Gaud√≠ la g√©n√©ra en construisant deux escaliers pour desservir cet √©tage et le toit, un de chaque c√īt√© du b√Ętiment, cr√©ant une ventilation crois√©e. Les chambres qui entourent les patios √† l'√©tage inf√©rieur poss√®dent √©galement une ouverture vers le haut ‚ÄĒ dans les combles ‚ÄĒ qui compl√®tent l'arriv√©e d'air frais et garantissent une bonne ventilation[84].

Symbolique

Vue du toit dans l'axe de la crête. Céramiques bombées bleues et tuiles rouges. Croix gaudienne en fond.
Croix et détail de la toiture avec des éléments ressemblant à des pièces d'armures ou à des carapaces de tortues.

À cause du manque d'explicitations provenant directement de Gaudí, le sens des formes et des couleurs de la façade eut de nombreuses interprétations, toutes vraisemblables. Certains virent dans les rambardes des balcons des masques vénitiens et interprétèrent la décoration polychrome de la façade comme des confettis. D'autres affirmèrent que l’ondulation de ce tapis polychrome à dominance de verts et de bleus avait sans doute un sens aquatique pour laquelle ils fournirent diverses sources d'inspirations, depuis des surfaces lacustres inspirée par Monet jusqu'aux eaux transparentes de la Costa Brava.

Une des thèses les plus communes est que l'ensemble de l'édifice s'inspire de l'ambiance marine, d'une énigme sous-marine. Cette approche est appuyée par la vision naturaliste de l'architecte, par la domination notable des bleus marine et des tons ocre propres aux roches de la Costa Brava. Le bleu, très présent sur la décoration des céramiques, commence par des tons doux qui entourent l'intérieur du vestibule, change d'intensité dans les patios, devient un bleu marine à l'extérieur dont différentes nuances sont présentes sur la façade. L'escalier principal est construit dans une pièce qui rappelle une grotte sous-marine ; il conduit à l'étage principal qui est organisé à la façon d'un refuge marin, d'un bocal ou d'un sous-marin qui isolerait et protégerait les habitants contre le monde extérieur. Les formes courbes des portes et fenêtres évoquent l'intérieur d'un bateau et les montants des portes en chêne sont sculptés de serpents de mer, de fossiles et autres formes de la nature[85].

L'inspiration naturaliste de l'√©difice mena Gaud√≠ √† r√©utiliser, pour les efforts m√©caniques, les syst√®mes d√©velopp√©s par des √™tres vivants. Ainsi, les piliers ressemblent √† des hum√©rus ou √† des f√©murs ; les bases et les chapiteaux ont des formes de vert√®bres ; les balustrades des balcons du premier √©tage sont des phalanges ; les grilles convexes faites de tubes de fer prot√®gent les yeux des balcons √† la mani√®re des cils et les balcons rappellent des c√ītes[53].

L'interpr√©tation de Llu√≠s Permanyer i Llag√≥s[note 18] sugg√®re une vision moins profane et plus √©pique que les pr√©c√©dentes. Il indique que la symbolique de la maison tourne autour de la l√©gende de saint Georges, figure importante de la tradition catalane √† port√©e religieuse. Le dragon repr√©sente le Mal. Son √©chine est la partie sup√©rieure de la fa√ßade principale. La tour serait la lance plant√©e dans son corps ‚ÄĒ comme le veut la l√©gende de saint Georges, c'est une lance couronn√©e par une croix et marqu√©e des initiales de la Sainte Famille. C'est un symbole √©vident de triomphe de la pi√©t√© et du Bien. Les √©cailles bleues du dos du dragon deviennent rouges ‚ÄĒ tach√©es de sang ‚ÄĒ sur le c√īt√© gauche de la tour[57].

Selon cette interpr√©tation, les balcons sont des fragments de cr√Ęnes et les piliers des fen√™tres de l'√©tage principal sont les os des victimes du dragon[57]. L'ensemble des fen√™tres de l'√©tage principal a la forme d'une chauve-souris aux ailes ouvertes. Cet animal, √©troitement li√© √† la symbologie m√©di√©vale traditionnelle catalane, fut popularis√© par Jacques Ier d'Aragon le Conqu√©rant. Selon la l√©gende rapport√©e dans le Llibre dels fets, ce fut gr√Ęce √† une chauve-souris que le souverain √©vita de perdre la couronne d'Aragon et conquit le Pays Valencien[86]. Cependant, l'origine la plus vraisemblable de cet animal est la pr√©sence d'un dragon dans les armoiries de Pierre le C√©r√©monieux[note 19]. Il avait fait surmonter son √©cu d'un dragon apr√®s la conqu√™te de villes importantes de la M√©diterran√©e qui utilisaient l'animal mythique comme embl√®me[note 20]. Ce symbole se transforma peu √† peu en chauve-souris au XVIIe si√®cle pour s'imposer pleinement au XIXe si√®cle dans les h√©raldiques. √Ä cette √©poque, sous l'effet de la renaissance catalane, cette image de chauve-souris fut largement diffus√©e par le mouvement moderniste, apparaissant sur de nombreuses revues telles que Lo Gay Saber ou Revista de Catalunya[87]. Le symbole de la chauve-souris apparut sur l'√©cu de Barcelone au d√©but du XIXe si√®cle et se maintint pendant une partie du XXe si√®cle. La chauve-souris n'est donc ici qu'une √©volution du dragon ail√© de l'hagiographie de saint Georges[88].

Photographie de face de la fenêtre principale.
Photographie de face d'une chauve-souris ailes ouvertes.
Fenêtres de la façade au profil de chauve-souris.

L'étage principal est inspiré d'un monde fantastique, comme ceux décrits dans les mythes, les expéditions et aventures à la mode à la fin du XIXe siècle. Certains des animaux représentés, ou les formes de l'étage principal, semblent dignes de l'illustration d'Alphonse de Neuville de l'édition de 1870 du roman Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne[89].

Vue de la fenêtre principale depuis l'intérieur du salon.
Illustration du Nautilus de Jules Verne.
L'intérieur de l'étage principal semble être né de l'illustration d'Alphonse de Neuville du Nautilus de Jules Verne.

L'Ňďil du dragon est form√© par la petite fen√™tre triangulaire inspir√©e de la roche trou√©e de la montagne de Montserrat. Gaud√≠, au-del√† de son fort sentiment religieux, connaissait bien cette montagne o√Ļ il avait r√©alis√© le Premier myst√®re de la gloire du Rosaire monumental de Montserrat[88].

Détail du toit présentant une trouée triangulaire.
Détail de la montagne de Montserrat présentant une trouée triangulaire.
La roche trou√©e de la montagne de Montserrat inspira l'Ňďil du dragon.

La couronne du faux-plafond de la salle à manger de l'appartement du premier étage semble avoir été formée par la chute d'une goutte d'eau qui aurait généré ondulations et éclaboussures[90].

Impact d'une goutte sur de l'eau calme.
Détail du plafond de même forme.

La Casa Batll√≥ est un riche √©difice expos√© sur l'avenue la plus luxueuse de Barcelone. Elle rappelle, au moyen du luxe d√©bordant de la bourgeoisie, la fugacit√© de toutes les choses et la mort. La spirale peut √™tre li√©e √† la mort, elle repr√©sente le moulin du temps qui d√©vore la mati√®re retournant au chaos. Elle peut aussi √™tre li√©e aux n√©buleuses de la cr√©ation de l'univers. La spirale la plus notable du b√Ętiment se trouve dans l'appartement principal mais plusieurs autres sont dispos√©es dans l'appartement, dans certains tympans et sur des portes[91].

Spirale avec un lustre coloré en son centre.
Vue d'une galaxie.
Spirale couleur bois.
De gauche à droite : spirale du plafond du salon principal, de la Voie lactée, et d'une porte du premier étage.

L'escalier principal est clairement inspiré d'un animal préhistorique dans sa grotte, que Permanyer interprète comme la colonne vertébrale du monstre[88].

Squelette de profil d'un dinosaure.
Escalier en bois clair sur fond blanc.
L'escalier principal semble former le squelette d'un animal préhistorique (ici un brachiosaure).

Les colonnes des galeries de l'étage principal, reprenant la forme d'os, accueillent des plantes carnivores au centre de leurs articulations. Gaudí fait aussi ici une allusion à la régénération continue de la création[92].

Détail d'une colonne en forme d'os de la façade.
Schéma d'un tibia.
Les fines colonnes devant les fenêtres ont la forme d'un os.

Gaud√≠ dessina pour la Casa Batll√≥ un pavement hydraulique fabriqu√© par Escofet, compos√© de pi√®ces hexagonales de couleur bleue et √† motifs marins. Il pensait en couvrir le sol de la chambre des Batll√≥, pour renforcer l'ambiance marine, mais y renon√ßa. On y trouve des algues du genre sargassum, une ammonite et un √©chinoderme[93]. Bien que Batll√≥ eut pay√© l'ensemble, Gaud√≠ le r√©cup√©ra pour l'ext√©rieur de la Casa Mil√†. Avec le temps, c'est devenu un des signes distinctifs des trottoirs du Passeig de Gr√†cia. Leurs mod√®les en cire grise ont √©t√© fabriqu√©s par Joan Bertran, sous la supervision de Gaud√≠ qui les ¬ę retouchait de ses propres doigts ¬Ľ, d'apr√®s les mots du constructeur Josep Bay√≥[19].

Vue de face d'un carrelage bleu marine présentant des motifs marins.
Vue de face de fossiles marins.
Ammonites fossiles et les carrelages qui en sont inspirés.

Mobilier

Chaise en bois clair.
Chaise de la maison Batlló au Musée national d'art de Catalogne.
Confident, banc de la maison Batlló, au Musée national d'art de Catalogne.

Gaud√≠ fut √©galement un concepteur audacieux de meubles, grilles, poign√©es, judas et autres √©l√©ments d√©coratifs. Les meubles de Gaud√≠ suivent les m√™mes √©volutions que ses b√Ętiments : apr√®s une p√©riode n√©ogothique commenc√©e √† la fin des ann√©es 1870[note 21] avec du mobilier religieux[94], il r√©alisa des chaises longues pour le Palais G√ľell entre 1887 et 1888 o√Ļ il fit √©voluer une premi√®re fois son style en rempla√ßant une partie du bois d'origine par du fer, avant d'op√©rer un second basculement de 1890 √† 1899 vers les formes courbes et asym√©triques du modernisme[95], rompant d√©finitivement avec le style Pompadour alors √† la mode[96]. Il avait d√©j√† r√©alis√© le mobilier pour la Casa Calvet[97], mais, dans ceux de la Casa Batll√≥, le d√©coratif c√®de le pas √† l'organique, les formes √©voquent ici des √™tres vivants[98].

Les meubles de la Casa Batll√≥ √©taient destin√©s √† la salle √† manger. Le mobilier comptait une table, deux bancs doubles, un banc triple et un ensemble de chaises[99]. Les dimensions des chaises sont de 74 cm de haut au niveau du dossier, (45 cm de haut au niveau du si√®ge), 52 cm de large et 47 cm de profondeur ; les dimensions des bancs sont de 103 cm de haut au niveau du dossier, (45 cm de haut au niveau du si√®ge), 170 cm de large et 81 cm de profondeur[97].

Pour réaliser ce mobilier, l'architecte opta pour un dessin inédit jusqu'alors, avec un type de siège aux courbes imitant la morphologie humaine ; il élimina les entoilages et ornementations superflues à la mode, et laissa au bois nu sa couleur naturelle. Précurseur des dessins ergonomiques et aux frontières du répertoire académique, il se rapprocha du design industriel qui fut plus tard exploité par des architectes contemporains : Horta, Mackintosh et Saarinen[100].

Les chaises de la salle √† manger sont petites et basses, tranchant avec les fauteuils massifs en forme de tr√īne de la bourgeoisie d'alors ; Gaud√≠ minimisa le nombre d'√©l√©ments constituant les chaises, chaque √©l√©ment est arrondi et les pieds sont l√©g√®rement h√©lico√Įdaux avec un profil parabolique[96]. Les si√®ges sont faits aux formes qu'ils sont cens√©s supporter. Les dossiers sont l√©g√®rement incurv√©s pour recevoir le dos.

Dans sa volont√© d'inscrire le mobilier dans son environnement, Gaud√≠ demanda √† madame Batll√≥ combien de femmes et combien d'hommes composaient la famille pour pouvoir adapter le mobilier √† l'anatomie de chacun, ce que la ma√ģtresse de maison refusa en bloc[57].

Les meubles d'origine sont conserv√©s au Mus√©e national d'art de Catalogne et √† la Maison-Mus√©e Gaudi du Parc G√ľell[101] - [102].

Prix et récompenses

L'√©difice fut inscrit en 1907 au concours du prix annuel des b√Ętiments artistiques que d√©cernait la mairie de Barcelone. Le jury de cette √©dition √©tait compos√© du maire, de r√©gisseurs ou conseillers municipaux, du directeur de l'√©cole des beaux-arts, du pr√©sident des Ma√ģtres d‚ÄôŇďuvre et d'architectes renomm√©s. Le 29 d√©cembre 1907, le jury choisit le Coll√®ge Comtal, con√ßu par Bonaventura Bassegoda i Amig√≥. Le jury opta pour la sobri√©t√© de ce b√Ętiment face au dessin clairement moderniste des concurrents : la Casa Bonaventura Ferrer de Falqu√©s, la Casa Puget (22 rue Ausi√†s March) et la Casa Batll√≥. Cette derni√®re troubla le jury, qui en dit qu'elle ¬ę √©tait faite avec un g√©nie singulier [‚Ķ] et une inventivit√© f√©brile dans une infinit√© de d√©tails modernistes[103]. ¬Ľ. Cet √©chec fut doublement douloureux pour les propri√©taires qui avaient d√©j√† perdu ce prix l'ann√©e pr√©c√©dente face √† la Casa Lle√≥ Morera de Dom√®nech i Montaner, elle aussi construite sur l'√ģlot de la discorde[104].

La premi√®re reconnaissance de l'√©difice date de 1962 lorsqu'il fut int√©gr√© au catalogue patrimonial de la mairie de Barcelone. En 1969, il fut d√©clar√© monument historique artistique au niveau national espagnol[105]. Sa plus grande reconnaissance date de juillet 2005 lors de son inclusion au patrimoine mondial par l'UNESCO, une distinction qui inclut sept autres Ňďuvres de Gaud√≠[106]. Le b√Ętiment fut par la suite d√©cor√© du prix Best in Heritage d√©cern√© par l‚ÄôEuropa Nostra en coop√©ration avec l‚ÄôEuropean Heritage Association pour mettre en valeur les efforts exclusivement priv√©s de r√©habilitation de l'√©difice[107]. Finalement, en 2008, le Bureau international des capitales culturelles inclut la Casa Batll√≥ dans la liste des ¬ę Tr√©sors du patrimoine culturel mat√©riel du monde ¬Ľ, une cat√©gorisation cr√©√©e en 2007 pour lister les √©l√©ments patrimoniaux les plus importants de chaque ville[108].

Notes et références

Notes

  1. Avec notamment le constructeur Hispano-Suiza
  2. Bien qu'il soit possible que la premi√®re construction qui exist√Ęt √† cet endroit ait √©t√© un mas dont une cavit√© artificielle pouvant servir de frigidarium ou de glaci√®re fut retrouv√©e par Gaud√≠ (Bassegoda Nonell 2001, p. 4).
  3. Elles furent construites par Emili Sala i Cortés, ancien professeur de Gaudí à l'école supérieure d'architecture de Barcelone pour le compte de Lluís Sala Sánchez.
  4. Les b√Ętiments 43 et 45 sont voisins, les num√©ros impairs √©tant du m√™me c√īt√© de l'avenue.
  5. √Ä ce groupe s'ajoute le dernier b√Ętiment de l'√ģlot en montant l'avenue, c'est un √©difice conventionnel √† l'intersection avec la rue conseil des Cent au num√©ro 45, lequel nous est parvenu sans modifications stylistiques majeures.
  6. L'expression est un jeu de mots sur mansana et manzana (p√Ęt√© de maisons / pomme) qui peut se lire au choix comme ¬ę √ģlot de la discorde ¬Ľ ou pomme de la Discorde
  7. Notamment pour la Casa Baurier dans la rue d'Iradier à Barcelone.
  8. Environ 60,1 millions d'euros.
  9. Enric Bernat est plus connu comme propriétaire de Chupa Chups.
  10. Environ 82,3 millions d'euros.
  11. Environ 21,6 millions d'euros.
  12. Ainsi également que la future croix qui surmontera la Sagrada Familia.
  13. Monet les peignit à partir de 1902 mais ne les exposa pour la première fois qu'en 1909, après la rénovation de l'édifice.
  14. Et de nombreux autres surnoms : ¬ę maison aux os ¬Ľ, ¬ę maison aux masques ¬Ľ et m√™me ¬ę maison aux cr√Ęnes ¬Ľ. Jean-Claude Caillette, p.229.
  15. Dans ce cas, un banc était réservé au couple, et l'autre au chaperon qui veillait à la bonne moralité de la rencontre.
  16. Bien qu'en bon √©tat, ce lustre √©tait trop fragile pour que, une fois le b√Ętiment ouvert au public, il soit laiss√© √† la port√©e des tr√®s nombreux visiteurs.
  17. La technique est connue en France sous le nom de puits provençal.
  18. Lluís Permanyer i Llagós, né en 1939 à Barcelone, est journaliste à la Vanguardia et connu pour ses essais sur Barcelone et la Catalogne.
  19. En termes héraldiques, le dragon est appelé guivre et était placé à l'est du cimier du souverain.
  20. Notamment Palma de Majorque, Valence et Barcelone.
  21. Son premier meuble fut son propre bureau qui fut détruit durant la guerre civile espagnole.

Références

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