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African Hebrew Israelites of Jerusalem

Les African Hebrew Israelites of Jerusalem (en h√©breu : ◊õ◊ē◊©◊ô◊Ě ◊Ę◊Ď◊®◊ô◊ô◊Ě), ou African Hebrew Israelite Nation of Jerusalem ou Original Hebrew Israelite Nation[1], ou Kingdom of Yah (Royaume de Dieu), aussi connus abusivement sous le nom plus g√©n√©rique d'¬ę H√©breux noirs ¬Ľ, sont les membres d'une communaut√© religieuse d'origine afro-am√©ricaine, dont le principal centre est √† Dimona, au sud d'Isra√ęl dans le d√©sert du N√©guev.

Petit groupe d'African Hebrew Israelites, √† Dimona (Isra√ęl), dans le Nord-N√©guev.
Enfant de la communauté, à Dimona, en septembre 2005.

Cr√©√©e dans les ann√©es 1960 par un ouvrier m√©tallurgiste de Chicago, Ben Carter, l'organisation s'int√®gre dans un ensemble de mouvements am√©ricains apparus √† la fin du XIXe si√®cle et collectivement qualifi√©s de Black Hebrews (h√©breux noirs) ou de Black Hebrews Israelites. Ces mouvements consid√®rent tous que les noirs actuels descendent des anciens Isra√©lites de la Bible, et rejettent le christianisme au profit d'une religion bas√©e sur l'Ancien Testament, et plus ou moins proche du juda√Įsme traditionnel selon les groupes. La majorit√© des organisations Black Hebrews peuvent √™tre consid√©r√©es comme adh√©rant √† l'id√©ologie dite du Nationalisme noir. En plus de ces id√©es, communes aux autres groupes, l'Original Hebrew Israelite Nation a des croyances et des pratiques sp√©cifiques, comme l'√©migration vers Isra√ęl, un r√©gime alimentaire v√©g√©talien, et l'autorisation de la polygamie.

Quelque 3 000 membres du groupe vivent en 2014 en Isra√ęl[2], plusieurs milliers d'autres vivent aux √Čtats-Unis, et quelques dizaines vivent en Angleterre ou en Afrique. L'organisation reste controvers√©e et est consid√©r√©e par certains comme une secte dangereuse[3], quand d'autres la voient comme une communaut√© religieuse paisible et socialement bien int√©gr√©e. Au-del√† de ces pol√©miques, l'√Čtat d'Isra√ęl, apr√®s une p√©riode tr√®s tendue, a accept√© de donner aux h√©breux noirs de Dimona un statut officiel, et les relations sont devenues assez bonnes, le minist√®re des Affaires √©trang√®res faisant m√™me une pr√©sentation assez positive du groupe[4].

Il ne faut pas confondre les H√©breux isra√©lites africains avec les B√©ta Isra√ęl (Juifs √©thiopiens), dont certains vivent aussi √† Dimona.

Histoire

Origines

√Ä l'√©poque de l'esclavage (XVIIe - XIXe si√®cle) est apparue au sein des populations noires nord-am√©ricaines une forte identification avec les anciens H√©breux de la Bible, maintenus en esclavage en √Čgypte, vivant en exil loin de leur terre d'origine (le Pays de Canaan), et finalement d√©livr√©s par Dieu. La Bible montre ainsi un peuple d'esclaves lib√©r√©s et devenu le peuple √©lu de Dieu. Adapt√©e √† la condition des afro-am√©ricains, cette vision a permis d'entretenir l'espoir, en insistant √† la fois sur la d√©livrance, la religion et la fiert√© ethnique.

Chez une petite minorit√©, qu'on appelle collectivement les H√©breux noirs (Black Hebrews) ou H√©breux noirs isra√©lites (Black Hebrew Israelites), l'identification au sort des anciens Isra√©lites est all√©e plus loin, et est devenue une identification ethnique exprim√©e en termes d'ascendance. Les H√©breux noirs consid√®rent que les Isra√©lites de l'Ancien Testament √©taient en fait des noirs, ou au moins que tout ou partie des noirs actuels sont leurs descendants[1]. La th√©matique du peuple √©lu renforce la fiert√© noire. Certains groupes d√©veloppent une forte hostilit√© envers les blancs, comme la Nation of Yahweh, d'autres non. Certains contestent aux Juifs blancs le statut de v√©ritables Isra√©lites, quand d'autres l'acceptent. Certains pr√īnent l'√©migration vers l'Afrique, d'autres vers la terre sainte, d'autres encore pr√©f√®rent se maintenir aux √Čtats-Unis, mais en revendiquant une forte autonomie communautaire.

Globalement, les diff√©rents mouvements Black Hebrews participent de l'id√©ologie du nationalisme noir aux √Čtats-Unis, et font m√™me partie des premi√®res organisations √† avoir d√©velopp√© cette doctrine vers la fin du XIXe si√®cle.

La premi√®re organisation connue est la Church of the Living God, the Pillar Ground of Truth for All Nations, fond√©e en 1886 √† Chattanooga. D'autres organisations suivront, par exemple et de fa√ßon non exhaustive la Church of God and Saints of Christ, cr√©√©e par William Saunders Crowdy en 1896, le Temple of the Gospel of the Kingdom, fond√© en 1900 par Warren Roberson, la Beth B'nai Abraham congregation, fond√©e par Arnold Josiah Ford en 1923, ou la Holy Church of the Living God fond√©e en 1919 par Arthur Wentworth Mathew[1]. Certaines organisations sont plus radicales que d'autres. Parfois confondue par les m√©dias avec les African Hebrew Israelites, la Nation of Yahweh est ainsi un groupe ultranationaliste assez connu, pr√īnant la sup√©riorit√© raciale des noirs[5], et a √©t√© cr√©√© √† la fin des ann√©es 1970 pr√®s de Miami, en Floride, par Yahweh ben Yahweh (Hulon Mitchell Junior).

Les diff√©rentes organisations des ¬ę H√©breux noirs ¬Ľ sont elles-m√™mes l'expression d'une tendance plus large de certaines communaut√©s afro-am√©ricaines, la volont√© de cr√©er des religions par et pour les noirs, parfois inspir√©es du christianisme, parfois de l'Islam (Moorish Science Temple of America, Nation of Islam).

On note aussi des ressemblances non n√©gligeables entre les H√©breux Isra√©lites Africains et le mouvement rastafari (apparu d√®s les ann√©es 1920) : croyance selon laquelle les anciens Isra√©lites √©taient noirs, mais aussi insistance des rasta sur l'id√©e de sant√© √† travers une nourriture v√©g√©tarienne appuy√©e sur les m√™mes r√©f√©rences bibliques que chez les ¬ę H√©breux Isra√©lites ¬Ľ (Gen√®se 1:29), coupl√©e avec le refus de toute nourriture non biologique. Le nom que les rastafari donnent √† Dieu, Jah, ressemble √©galement fortement au nom donn√© par les H√©breux Isra√©lites Africains : Yah.

L'African Hebrew Israelite Nation of Jerusalem est donc une organisation sp√©cifique, mais qui plonge ses racines dans un ensemble de traditions culturelles et religieuses plus large des populations noires am√©ricaines ou des Cara√Įbes. Ces traditions et id√©es religieuses s'inter-influencent depuis la fin du XIXe si√®cle, prenant des formes parfois divergentes (la religion rastafari n'est pas celle des Black hebrews), mais tournant cependant autour d'un certain nombre d'id√©es communes. Les id√©es religieuses des African Hebrew Israelites se retrouvent ainsi dans d'autres groupes religieux noirs du nouveau monde, m√™me si la synth√®se qu'ils en font leur est propre.

Fondation

Le groupe est fond√© √† Chicago par Ben Carter, un ancien ouvrier m√©tallurgiste qui proclame avoir eu une vision en 1966. L'archange Gabriel lui aurait r√©v√©l√© que les Noirs am√©ricains √©taient les descendants des Isra√©lites de la tribu de Juda, chass√©s de la terre sainte par les Romains pendant la premi√®re guerre des juifs (70 de l'√®re chr√©tienne), et qui auraient √©migr√© en Afrique de l'Ouest avant d'√™tre emmen√©s comme esclaves aux √Čtats-Unis[6].

D'apr√®s Ben Carter, ¬ę une voix m'a indiqu√© que le temps √©tait venu pour les Africains en Am√©rique, les descendants des Isra√©lites bibliques, de retourner sur la terre de nos anc√™tres ¬Ľ[7].

Installation en Isra√ęl

Carter et quelques centaines de fid√®les s'installent d'abord au Liberia, pays fond√© par d'anciens esclaves afro-am√©ricains, en [8]. Devant les difficult√©s √† vivre dans un pays aussi pauvre, certains membres du groupe repartent aux √Čtats-Unis[9], et d'autres immigrent progressivement en Isra√ęl √† partir de 1969[6] - [8], avec des visas de tourisme.

Les autorit√©s rabbiniques refusent de consid√©rer les nouveaux arrivants comme juifs, et l'√Čtat se range √† cette interpr√©tation[10], leur refusant le b√©n√©fice de la Loi du Retour. Ils s'installent malgr√© tout √† Dimona dans le N√©guev, o√Ļ ils cr√©ent le quartier de Kfar Hashalom (le ¬ę village de la paix ¬Ľ) en 1971. Kfar Hashalom a √©t√© install√© dans un centre d'absorption construit dans les ann√©es 1950 pour l'int√©gration des nouveaux immigrants juifs de Russie[11]. Ben Carter prend le nom de Ben Ammi Ben-Israel (¬ę fils de mon peuple fils d'Isra√ęl ¬Ľ). Jusqu'en 1972, l'√Čtat d'Isra√ęl accorde √† la communaut√© un statut de r√©sidents temporaires avec permis de travail. Devant l'accroissement de l'√©migration, cependant, ces permis sont r√©voqu√©s[6].

√Ä partir de 1972, les membres du groupe ne b√©n√©ficient plus de permis de travail, et la communaut√© vit alors dans une grande pauvret√©. Les sources de financement de cette √©poque sont mal connues, mais reposent en partie sur des dons des partisans rest√©s aux √Čtats-Unis. On note d'ailleurs que plusieurs proc√®s ont √©t√© engag√©s aux √Čtats-Unis contre des African Hebrew Israelites entre 1975 et 1985, tous tournant autour de d√©lits financiers ou de d√©tournements de fonds[9]. Avraham Butler[12] indique que les musiciens de la communaut√© ont aid√© celle-ci : ¬ę tout l'argent que nous avons gagn√© gr√Ęce √† notre musique, nous l'avons mis dans un fonds commun de la communaut√©, parce que personne n'obtenait de travail, et qu'il √©tait difficile pour nous de gagner de l'argent √† cette √©poque[13] ¬Ľ.

Outre ces probl√®mes de niveau de vie et de statut juridique, l'¬ę absence de citoyennet√© isra√©lienne pose un probl√®me aux enfants de la troisi√®me g√©n√©ration, qui sans √™tre am√©ricains n'en sont pas pour autant isra√©liens, et se retrouvent donc sans nationalit√© ¬Ľ[6].

Les autorit√©s isra√©liennes tentent √† plusieurs reprises d'expulser le groupe, mais les membres quittant le pays y reviennent souvent par la suite. ¬ę Les autorit√©s ont √©vit√© un resserrement √† grande √©chelle [de leur politique d'expulsion], citant l'inqui√©tude que l'√©tat juif soit accus√© internationalement de discrimination raciale ¬Ľ[14]. Une politique de harc√®lement pour d√©courager le maintien en Isra√ęl est pr√©f√©r√©e.

De leur c√īt√©, les African Hebrew Israelites tentent de se faire accepter par l'√Čtat d'Isra√ęl. Des musiciens du groupe distraient les troupes isra√©liennes pendant la guerre du Kippour de 1973[14]. Mais les particularit√©s religieuses, la pratique de la polygamie et certaines provocations verbales ne d√©tendent pas la situation. Apr√®s avoir √©chou√© √† obtenir un statut l√©gal devant la Cour supr√™me isra√©lienne, Ben Ammi amplifie sa rh√©torique, indiquant √† The Baltimore Sun que ¬ę deux millions de noirs viendraient d'Am√©rique pour reprendre leur patrie h√©r√©ditaire ¬Ľ, √† savoir Isra√ęl[9]. Un magazine isra√©lien d√©crit leur colonie comme ¬ę un √ģlot de folie ¬Ľ[15]. ¬ę En 1986, un groupe de 50 personnes est arr√™t√©, et 37 sont expuls√©es, portant √† son apog√©e la difficile relation entre les Black Hebrews et l'√Čtat juif ¬Ľ[16].

Dans ce climat perp√©tuellement tendu, plusieurs pol√©miques opposent le groupe √† l'√Čtat. Un Premier ministre isra√©lien est compar√© √† Adolf Hitler[9], et des accusations de racisme anti-noir sont r√©guli√®rement lanc√©es. √Ä l'inverse, les autorit√©s isra√©liennes critiquent certaines d√©clarations consid√©r√©es comme antis√©mites. Citant un article du Dallas Morning News du , un rapport du FBI indique aussi que ¬ę les adh√©rents [‚Ķ] en Isra√ęl ont apparemment embrass√© des remarques antis√©mites, d√©signant les juifs isra√©liens en tant qu'"imposteurs" ¬Ľ[17].

Autorisation de résidence

Les trois principales villes de r√©sidence des Black hebrews en Isra√ęl. La plus importante est Dimona.

Au cours des ann√©es 1980, les relations s'am√©liorent progressivement. Il semble que la volont√© de r√©soudre un probl√®me qui perdurait, ainsi que la volont√© de l'√Čtat d'√©chapper √† l'accusation r√©currente de racisme[14] aient jou√© un r√īle important. ¬ę Dans les ann√©es 1980, un comit√© sp√©cial du gouvernement, dirig√© par le parlementaire David Glass, (Parti national religieux) a recommand√© qu'Isra√ęl √©tablisse une communaut√© agricole pour les H√©breux noirs dans le N√©guev ou l'Arava ¬Ľ[18] (extr√™me Est du N√©guev). En 1989, ¬ę le ministre de l'int√©rieur a rencontr√© Ben Ammi ¬Ľ[9] afin de trouver une solution. En 1990, des permis de travail sont accord√©s. En 1991, le gouvernement isra√©lien accorde aux membres du groupe le statut de r√©sidents temporaires. Ces derni√®res am√©liorations ont √©t√© favoris√©es par l'intervention du Black caucus (l'association des √©lus d√©mocrates noirs du Congr√®s des √Čtats-Unis), la communaut√© promettant en √©change de ne plus accepter de nouveaux immigrants jusqu'√† ce que son statut soit r√©solu[19].

La musique a un certain r√īle dans la reconnaissance du groupe, dont les musiciens jouent souvent en Isra√ęl. La participation de Eddie Butler au Concours Eurovision de la chanson 1999 au sein du groupe Eden, qui repr√©sente Isra√ęl, a frapp√© les esprits, mais les musiciens de la communaut√© interviennent souvent devant des publics vari√©s, contribuant √† asseoir une image positive. L‚ÄôAssociated Press a ainsi pu √©crire en 2006 ¬ę apr√®s avoir √©t√© marginalis√©e pendant presque quatre d√©cennies, les choses changent finalement pour la communaut√©, en grande partie gr√Ęce √† la musique de personnes comme Butler ¬Ľ[13].

Le sentiment d'un destin commun avec les Isra√©liens grandit. En , un membre de la communaut√© √Ęg√© de 32 ans, Aharon Ben Ellis, est tu√© dans un attentat palestinien, alors qu'il se trouvait dans une Bat Mitsva pour y chanter, dans la ville de Hadera[14]. √Ä ses fun√©railles, l'officiant African Hebrew Israelite d√©clare ¬ę nous devons sacrifier nos fils pour prouver notre m√©rite et pour √™tre reconnus dans les yeux d'Isra√ęl ¬Ľ[9]. La demande d'obtention de la citoyennet√©, ou au moins d'un statut de r√©sident permanent, √©tait ancienne. Dans les ann√©es 1990, cette hypoth√®se avait √©t√© envisag√©e par le gouvernement, mais finalement report√©e devant l'opposition des partis ultra-orthodoxes[14]. Apr√®s l'attentat, cette ¬ę demande de la secte pour la reconnaissance a √©t√© soutenue par la sympathie publique ¬Ľ[14]. Avraham Poraz, le ministre de l'int√©rieur du Shinou√Į, un parti la√Įque traditionnellement oppos√© aux ultra-orthodoxes, a d√©cid√©, en accord avec le gouvernement Sharon, d'accorder en 2003 le statut de r√©sidents permanents, lequel implique un droit de vote aux √©lections locales, mais sans la citoyennet√© isra√©lienne[14].

√Ä compter de l'attribution du statut de r√©sident permanent en 2003, des membres de la communaut√© de plus en plus nombreux accomplissent leur service militaire en tant que volontaires. Il s'agit d'affirmer la fid√©lit√© √† l'√Čtat et la volont√© d'int√©gration, loin des pol√©miques des ann√©es 1970 ou 1980. Uriahu Butler est le premier √† rejoindre l'arm√©e, le [20], suivi par plusieurs dizaines de gar√ßons et de filles. La direction de Tsahal a accept√© de pr√©voir des rations respectant les prescriptions alimentaires des ¬ę African Hebrew Israelites, ainsi que de fournir des chaussures en tissu ¬Ľ[21] plut√īt qu'en cuir (ce dernier √©tant interdit par leurs croyances). Une centaine de jeunes servent dans l'arm√©e en 2006[22].

Pour les r√©sidents permanents qui ne b√©n√©ficient pas de la loi du retour, la loi isra√©lienne autorise la demande de la citoyennet√© apr√®s 4 ann√©es sous ce statut, l'attribution de la citoyennet√© restant √† l'appr√©ciation des autorit√©s. √Ä compter d', les membres de la communaut√© ont indiqu√© qu'ils d√©poseraient de telles demandes individuelles : ¬ę " Nous ne voyons aucun obstacle, et je compte bien √™tre la premi√®re √† d√©poser ma candidature ", affirme la porte-parole Mildred Howard ¬Ľ[6]. D√©but 2009, les premiers membres de la communaut√© ont commenc√© √† recevoir la nationalit√© isra√©lienne[23], le minist√®re de l'int√©rieur pr√©cisant ¬ę que d'autres membres de la communaut√© des Black Hebrew peuvent s'attendre √† recevoir la citoyennet√©[24] ¬Ľ.

La perception des ¬ę H√©breux isra√©lites africains ¬Ľ est devenue assez bonne en Isra√ęl, apr√®s des d√©buts tr√®s difficiles. Le minist√®re des Affaires √©trang√®res isra√©lien n'h√©site pas √† √©crire dans un document officiel de 2006 : ¬ę Aujourd'hui, les porte-parole de la communaut√© sont des contributeurs efficaces √† l'effort national de relations publiques, parlant √† leurs assistances au nom de l'√Čtat d'Isra√ęl ¬Ľ[4].
¬ę En ao√Ľt 2008, le pr√©sident isra√©lien, Shimon Peres, a c√©l√©br√© son 85e anniversaire √† Dimona, o√Ļ il a visit√© leur √©tablissement, le Village de la Paix, et a √©t√© chaleureux dans son √©loge de Ben Ammi et de son peuple. "Votre communaut√© est aim√©e en Isra√ęl", a d√©clar√© M. Peres. "Vous donnez au pays du bonheur, des chansons et de l'espoir en un monde meilleur". Il a assur√© les H√©breux noirs qu'Isra√ęl ne tol√®re aucune discrimination, et il s'est engag√© √† faciliter leur transition vers la citoyennet√©. "Nos mains sont dans les v√ītres, votre destin doit √™tre notre destin", a d√©clar√© M. Peres ¬Ľ[23].

La communaut√© des African Hebrew Israelites en Isra√ęl ne cesse de cro√ģtre depuis les ann√©es 1970, par l'immigration ill√©gale (officiellement interrompue depuis le d√©but des ann√©es 1990) et la forte croissance naturelle. En 2006, ils seraient environ 2 500 √† vivre en Isra√ęl, surtout dans leur kibboutz urbain de Kfar hashalom (encore appel√© Shomrei Hashalom[4] - gardien de la paix), mais aussi dans deux autres villes de d√©veloppement du N√©guev, Arad et Mitzpe Ramon. En dehors de ces trois villes principales, on trouve aussi des petits groupes dans d'autres villes, en particulier Tib√©riade[6] - [4]. D'apr√®s le minist√®re des Affaires √©trang√®res isra√©lien, Shomrei Hashalom est ¬ę un des plus grands kibboutz urbains en Isra√ęl[4] ¬Ľ, avec environ 2 000 personnes en 2006. Plus de la moiti√© √©tait en 1999 d√©j√† n√©e en Isra√ęl[15].
Il est √† noter que le nombre de Black Hebrews vivant en Isra√ęl est sujet √† controverse, la communaut√© ne donnant pas de chiffres pr√©cis. Elle indique que cette position vient de son interpr√©tation d'un passage de la Bible qui interdirait de se compter, mais certains lui reprochent d'entretenir un certain floue pour rendre plus simple des d√©tournements d'aides sociales (d√©c√®s non d√©clar√©s, par exemple)[3]. Les estimations vont pour Isra√ęl de 2 000 √† 3 000 personnes, g√©n√©ralement 2 500 (en 2006). Les estimations pour les membres vivant aux √Čtats-Unis sont encore moins pr√©cises.

Implantations en dehors d'Isra√ęl

L'organisation n'est pas seulement pr√©sente en Isra√ęl, mais aussi dans ¬ę plusieurs grandes villes am√©ricaines, dont Los Angeles et Washington, [et dans] quelques communaut√©s parsem√©es en Europe et au B√©nin, o√Ļ les H√©breux noirs ont √©rig√© une v√©ritable ville sur le mod√®le du kibboutz[6] ¬Ľ. On trouve aussi des groupes plus ou moins importants √† Cleveland[9], Chicago, Houston, Atlanta, Charleston, Tallahassee, Vicksburg ou Saint-Louis[25]. Leur nombre total en dehors d'Isra√ęl (surtout aux √Čtats-Unis, en pratique) est inconnu. Certaines estimations sont tr√®s hautes, jusqu'√† 30 000 dans le monde entier[9], mais ce chiffre semble tr√®s exag√©r√©. En 2006, Yaffa Bat-Gavriel, la ¬ę secr√©taire du village ¬Ľ de Kfar Hashalom parle de 20 000 personnes[6], chiffre qui semble √©galement exag√©r√©.

√Ä l'origine, la perception des African Hebrew Israelites n'est pas bonne aux √Čtats-Unis. Outre qu'ils sont vus comme une secte d'illumin√©s, ils apparaissent parfois comme dangereux.

L'organisation a ainsi √©t√© mise en cause en 1999 par le FBI dans le cadre du Project Megiddo (une enqu√™te sur les groupes am√©ricains politiques ou religieux potentiellement dangereux). Le FBI indique ainsi ¬ę certains segments du mouvement des BHI [Black Hebrew Israelites] ont le potentiel pour s'engager dans la violence √† la fin du si√®cle. Ce mouvement a √©t√© associ√© √† des actes de violence extr√™mes dans le pass√© r√©cent, et les informations actuelles d'une vari√©t√© de sources indiquent que les factions extr√™mes des groupes BHI se pr√©parent √† une guerre des races pour cl√īturer le mill√©nium. Les disciples violents des BHI peuvent g√©n√©ralement √™tre d√©crits comme partisans d'une forme extr√™me de supr√©matie noire[17] ¬Ľ. Le rapport utilise ici l'expression Black Hebrew Israelites comme un terme g√©n√©rique synonyme de Black Hebrews, et non comme le nom d'une organisation sp√©cifique. La Nation of Yahweh, un groupe supr√©matiste noir sans lien avec l'organisation de Ben Ammi Ben-Isra√ęl est ainsi cit√©e, mais les H√©breux noirs de Dimona sont √©galement pr√©sent√©s par le rapport : ¬ę bien qu'ils promeuvent la non-violence, les membres du mouvement de Ben-Israel ont montr√© une volont√© √† s'engager dans des activit√©s criminelles ¬Ľ. Le rapport admet cependant, avec quelques doutes ¬ę les BHI en Isra√ęl sont g√©n√©ralement paisibles, m√™me si cela est quelque peu controvers√©[17] ¬Ľ. Une note de bas de page indique de fa√ßon plus positive ¬ę le chef de la police de Dimona a parl√© en termes √©logieux de la discipline, de la conduite et de l'int√©grit√© du groupe ¬Ľ. D'un point de vue g√©n√©ral, le rapport ne fait pas de diff√©rence claire entre les mouvements am√©ricains radicaux comme la Nation of Yahweh et d'autres groupes Black Hebrews, comme les partisans de Ben-Ammi. Tous sont pr√©sent√©s comme des ¬ę factions ¬Ľ BHI, plus que comme des mouvements clairement s√©par√©s.

En 1999, le groupe est donc per√ßu d'une fa√ßon tr√®s ambigu√ę aux √Čtats-Unis. En 2002, un article d√©clare encore ¬ę Les H√©breux Isra√©lites ont une histoire de criminalit√©[9] ¬Ľ. Cependant, tout comme en Isra√ęl, la vision du groupe aux √Čtats-Unis s'est nettement am√©lior√©e ces derni√®res ann√©es. Ainsi, en 2004, le d√©partement de la justice am√©ricain a d√©clar√© √† propos du rapport Megiddo de 1999 : ¬ę il n'y a pas d'indice actuellement existant qui sugg√®re que le groupe, ou son leader Ben Ammi Ben-Israel ont √©t√©, ou sont actuellement engag√©s dans, ou promeuvent, quelques type d'activit√© violente que ce soit [‚Ķ]. Nous regrettons certainement la fausse information concernant [‚Ķ] Ben Ammi Ben-Israel[26] ¬Ľ.

Le d√©veloppement par le groupe √† travers les √Čtats-Unis de son r√©seau de restaurants v√©g√©tariens Soul vegetarian, et de son petit r√©seau de boutiques Afrika participe aussi de cette respectabilit√© croissante.

Des r√©serves existent cependant toujours aux √Čtats-Unis, o√Ļ la presse voire la justice ont mis plusieurs fois le culte en cause. Ainsi, lors du proc√®s en 2005 des parents d'un b√©b√© d√©c√©d√© en Floride, ce d√©c√®s a √©t√© pr√©sent√© comme d√©coulant du strict r√©gime v√©g√©talien de la famille, tous deux suppos√©s membres des African Hebrew Israelites[27]. Devant l'ampleur de la pol√©mique, le ¬ę ministre de la sant√© divine ¬Ľ du groupe a tenu √† pr√©ciser ¬ę il y a les nombreuses communaut√©s africaines-am√©ricaines qui retracent leur lign√©e jusqu'aux Isra√©lites bibliques. Mais elles ne sont pas n√©cessairement associ√©es. Notre communaut√© est sp√©cifiquement the African Hebrew Israelites of Jerusalem, ou the Kingdom of Yah. [‚Ķ] Nous n'avons aucune affiliation avec cette famille, ni ne sommes inform√©s de leur r√®gle di√©t√©tique particuli√®re ¬Ľ, avant de d√©tailler le r√©gime alimentaire des enfants de la communaut√©[28]. Le Rick A. Ross Institute, une organisation d√©di√©e √† l'¬ę √©tude des cultes destructeurs[29] ¬Ľ a constitu√© sur les H√©breux Isra√©lites Africains un dossier consultable sur internet[30].

Le groupe a aussi une petite antenne en Angleterre, qui comptait selon une estimation de 2003 15 √† 20 membres[31]. En 2003, son responsable se fait appeler Yehoeshafaht. Le groupe y pr√™che au sein de la communaut√© noire son style de vie et sa religion, ainsi que l'√©migration vers Isra√ęl, et a suscit√© plusieurs articles n√©gatifs de la part de la presse britannique, en particulier The Voice de Londres. Un de ces articles[31] indique ainsi que les Black Hebrews ont des implantations dans les territoires palestiniens occup√©s, mais ne cite en fait que le nom de leurs installations du N√©guev, dans une confusion manifeste. Il est aussi indiqu√© que des membres ¬ę ont √©t√© impliqu√©s dans des meurtres ¬Ľ, et cite comme exemple la Nation of Yahweh, groupe nationaliste noir radical am√©ricain, pr√©sent√© comme compos√© de ¬ę dissidents du culte ¬Ľ des African Hebrew Israelites (Yahweh Ben Yahweh, le leader de la Nation of Yahweh est en fait un ancien membre de la Nation of Islam, et aucune source n'indique qu'il ait jamais appartenu √† l‚ÄôAfrican Hebrew Israelite Nation of Jerusalem).

Enfin, le groupe a des installations à Accra (Ghana) ou à Johannesbourg (Afrique du Sud)[2].


Pratiques et idéologie

Les African Hebrew Israelites sont surtout connus pour leur revendication à descendre des anciens Hébreux, ainsi que pour leur insistance sur une vie saine et naturelle : défense de l'environnement, nourriture biologique, activités sportives. Mais l'organisation a des croyances et des pratiques allant au-delà de ces deux domaines.

Nationalisme noir

Il s'agit √† la base clairement d'un groupe nationaliste noir am√©ricain, mais avec le temps, les enseignements ont quelque peu √©volu√©. Le groupe est essentiellement centr√© sur les Africains assimil√©s aux noirs (il se d√©finit lui-m√™me comme ¬ę African Hebrew Israelite ¬Ľ), et l'un des livres √©crit par Ben Ammi Ben-Isra√ęl (Ben Carter) s'appelle d'ailleurs God the Black Man and Truth (Dieu, l'homme noir et la v√©rit√©). La polarisation pigmentaire n'est cependant pas absolue, et l'organisation a finalement accept√© quelques tr√®s rares membres blancs[9].

Carte de l'Afrique selon les African Hebrew Israelites of Jerusalem. Pour eux, le continent Africain inclus une partie du Moyen-Orient.

Pour l'organisation, l'Afrique ne s'arr√™te pas √† l'√Čgypte, mais englobe une partie du Moyen-Orient (incluant Isra√ęl, la Jordanie et la p√©ninsule arabe). ¬ę Ils proclament qu'Isra√ęl est une terre africaine, √† l'origine peupl√©e par des populations africaines √† la peau fonc√©e [‚Ķ]. Les historiens europ√©ens, les sp√©cialistes de la Bible et les traducteurs ont conspir√© pour dissocier Isra√ęl et l'√Čgypte de l'Afrique[32] ¬Ľ. Cette red√©finition large des fronti√®res africaine et cette r√©interpr√©tation de l'histoire biblique leur permet de se proclamer √† la fois Africains et Isra√©lites. ¬ę Cette carte de l'Afrique, un support fondamental de l'identit√© des H√©breux noirs, est montr√©e dans toute la communaut√© sur des affiches et [‚Ķ] comme image encadr√©e dans beaucoup de maisons[32] ¬Ľ.
Conform√©ment √† cette vision, les textes officiel de l'organisation pr√©sentent Isra√ęl comme faisant partie de l'¬ę Afrique du Nord-Est[8] ¬Ľ.

Si les anciens Isra√©lites sont vus comme des Africains, tous les Africains ne sont pas Isra√©lites : ¬ę la p√©ninsule arabe et [‚Ķ] le Moyen-Orient √©taient physiquement reli√©s au continent africain. Les Africains ont v√©cu et se sont d√©plac√©s librement dans toute cette r√©gion du monde. Apr√®s l'invasion des Romains en 70 de notre √®re, les survivants des H√©breux Isra√©lites ont quitt√© J√©rusalem. Pendant plus de 1 000 ann√©es, bon nombre d'entre eux ont √©migr√© √† travers le continent africain, atteignant par la suite l'Afrique occidentale. De l√†, ils ont √©t√© emmen√©s en Am√©rique o√Ļ ils sont devenus les victimes de l'esclavage le plus cruel et le plus inhumain enregistr√© dans l'histoire[8] ¬Ľ. ¬ę Dieu nous a exil√©s en Afrique de l'Ouest parce que nous n'avons pas respect√© ses commandements. Mais nous √©tions des √©trangers en Afrique. Puis il y a eu l'esclavage : nous avons √©t√© d√©port√©s aux √Čtats-Unis. √Čtant H√©breux, nous √©tions diff√©rents des autres esclaves. Aujourd'hui, nous voulons revenir en Isra√ęl[6] ¬Ľ.

Les Africains d'Afrique de l'Ouest sont consid√©r√©s comme particuli√®rement li√©s aux anciens Isra√©lites, m√™me si les Lemba d'Afrique australe et les Falashas d'√Čthiopie sont aussi cit√©s : ¬ę Nous savons que beaucoup d'Africains de l'Ouest, particuli√®rement les Ashantis, sont les descendants directs des H√©breux antiques[33] ¬Ľ.

Tout en insistant sur certaines sp√©cificit√©s, les H√©breux noirs affirment en m√™me temps fortement leurs racines africaines. ¬ę Les femmes portent des habits aux couleurs vives de style africain : [‚Ķ] la communaut√© importe des tissus d'Afrique ¬Ľ[6], et le retour des noirs am√©ricains en Afrique, pas seulement en Isra√ęl, est √©galement envisag√©[9].

Les racines afro-am√©ricaines semblent √©galement toujours importantes : le groupe a encore des antennes aux √Čtats-Unis, et l'institut pour la r√©solution des conflits cr√©√© par l'organisation en porte le nom de Martin Luther King[34]. Ben Ammi Ben-Israel a d'ailleurs particip√© en 1995 √† the million man march[3], une grande manifestation noire organis√©e par la Nation of Islam am√©ricaine, mais qui a accueilli des participants de toutes ob√©diences id√©ologiques, de l‚Äôassociation des √©lus d√©mocrates noirs √† la Chambre des repr√©sentants des √Čtats-Unis (le Black Caucus) √† un √©lu r√©publicain[35].

√Ä l'origine, selon une position assez fr√©quente (mais pas absolue) chez les diff√©rentes organisations am√©ricaines d'H√©breux noirs, les juifs √©taient consid√©r√©s comme des imitateurs ill√©gitimes des anciens H√©breux. ¬ę Pendant les ann√©es 1970, [les African Hebrew Israelites] ont proclam√© dans des brochures [‚Ķ] qu'ils √©taient les seuls h√©ritiers l√©gitimes de la terre d'Isra√ęl et qu'il faisait donc partie de leur mission d'ignorer puis de d√©truire l'√Čtat juif. Depuis la fin des ann√©es 1980, [‚Ķ] les H√©breux noirs reconnaissent que l'Isra√ęl biblique √©tait une soci√©t√© multiraciale dont, apr√®s la destruction du second temple en 70, les habitants se sont enfuis vers l'Europe et l'Asie, aussi bien que vers l'Afrique[19] ¬Ľ. Les juifs sont donc aujourd'hui officiellement reconnus comme √©tant des Isra√©lites l√©gitimes, et le discours de l'organisation n'est plus strictement centr√© sur les noirs. La communication officielle est m√™me devenue explicitement bas√©e sur l'id√©e que les African Hebrew Israelites sont des juifs comme les autres, ce qui implique logiquement l'acceptation de ces derniers. Ainsi, une des porte-parole de la communaut√©, Yaffa Bat-Gavriel, ¬ę regrette que le grand-rabbinat d'Isra√ęl ne les consid√®re pas comme juifs [‚Ķ]. "Ils ont accord√© la nationalit√© isra√©lienne √† des milliers de Russes qui n'ont rien de juif, mais √† nous, ils nous la refusent! Et les √Čthiopiens isra√©liens peuvent-ils vraiment prouver leur ascendance juive mieux que nous ? Je n'en suis pas s√Ľre !" [‚Ķ]. "Nous convertir ? Mais √† quoi ? Nous sommes d√©j√† juifs[6]! ¬Ľ.

Le changement de nom est assez largement pratiqu√© par la communaut√©, √† la rencontre entre les traditions bien √©tablies du nationalisme noir aux √Čtats-Unis et du nationalisme juif.
Pour les nationalistes noirs, il s‚Äôagit d‚Äôaffirmer le refus du ¬ę nom d‚Äôesclave ¬Ľ et l‚Äôind√©pendance vis-√†-vis du monde blanc. Les d√©port√©s africains aux √Čtats-Unis recevaient en effet un pr√©nom chr√©tien et un nom de famille[36] impos√©s par le propri√©taire du nouvel esclave.
La pratique du changement de nom remonte au moins au Moorish Science Temple of America, au d√©but du XXe si√®cle (qui rajoutait les suffixes ¬ę el ¬Ľ ou ¬ę bey ¬Ľ), et a √©t√© popularis√©e par la Nation de l'Islam, √† partir des ann√©es 1930, qui encourage un nom musulman (par exemple Mohamed Ali), mais parfois aussi un nom africain ou un ¬ę X ¬Ľ symbolique (Malcolm X en est un des exemples les plus c√©l√®bres), exprimant l‚Äôinconnu du patronyme d'avant l‚Äôesclavage. On trouve aussi cette pratique chez des nationalistes non musulmans, qui adoptent g√©n√©ralement alors un nom √† consonance africaine (par exemple Stokely Carmichael devenu Kwame Toure).
Pour les sionistes, le changement de nom, au b√©n√©fice d'un nom h√©bra√Įque, symbolise le retour sur la terre ancestrale des anciens H√©breux, et la fin de l'exil.
Dans le cas des ¬ę H√©breux Isra√©lites Africains ¬Ľ, l'adoption de noms h√©bra√Įques m√©lange les deux traditions : √† l'origine refus de l'ancien ¬ę nom d'esclave ¬Ľ, mais aussi, avec le temps et l'importante am√©lioration des relations avec Isra√ęl, identification √† une pratique sioniste.
Le changement de nom n'est pas syst√©matique, m√™me s'il est tr√®s r√©pandu. Le fondateur, Ben Carter, n'est aujourd'hui d√©sign√© que sous le nom de Ben Ammi Ben-Isra√ęl, quand le chanteur Eddie Butler (de son nom complet Eddie Butler Ammiram Ben Yishay) semble tr√®s peu utiliser la partie h√©bra√Įque de son nom.

Malgr√© ce nationalisme noir originel, la volont√© d'int√©gration √† la soci√©t√© isra√©lienne est forte, et le service militaire est donc encourag√©. Si les anciens immigrants pratiquent encore l'anglais, beaucoup ont fait des efforts pour apprendre l'h√©breu. La g√©n√©ration n√©e en Isra√ęl est bilingue, parlant √† la fois l'h√©breu et l'anglais[37]. Aux √Čtats-Unis, l'apprentissage de l'h√©breu est encourag√©.

Vie communautaire

Photo de l'intérieur du Kibboutz urbain de Kfar Hashalom, prise le 6 décembre 2006.

La plus grande partie du groupe en Isra√ęl vit dans le Kibboutz de Kfar Hashalom, √† Dimona, lequel est d'ailleurs soutenu par le Mouvement kibboutzique unifi√© (TAKAM, la principale f√©d√©ration de Kibboutz isra√©liens)[18]. Les African Hebrew Israelites y ont une √©cole sp√©cifique, l'√©cole de la fraternit√© (School of Brotherhood), que le gouvernement am√©ricain a aid√© √† construire[18] en donnant 750 000 dollars en 1992 (Isra√ęl fournit la majorit√© des professeurs)[15], ainsi qu'une maternit√©, le Natural child birthing center (centre d'accouchement naturel des enfants), o√Ļ les naissances se d√©roulent ¬ę sans utilisation des drogues ou de proc√©dures chirurgicales envahissantes[38] ¬Ľ, conform√©ment √† l'id√©ologie ¬ę naturaliste ¬Ľ des African Hebrew Israelites. Le mode de vie communautaire est privil√©gi√©, m√™me si certains membres vivent plus isol√©s dans les villes isra√©liennes.

L'endogamie est quasiment totale : elle est non seulement encouragée par le groupe, mais de facto par la loi israélienne, qui donne le monopole sur le mariage des juifs aux rabbins orthodoxes. Ceux-ci ne reconnaissant pas les African Hebrew Israelites comme juifs refusent de les marier avec des juifs, ce qui limite très fortement la capacité à conclure des mariages hors du groupe[39].

Il a parfois √©t√© propos√© aux membres de la communaut√© d'amorcer un processus de conversion officiel au juda√Įsme, mais cette proposition a √©t√© fermement refus√©e : les membres de la communaut√© se consid√®rent d√©j√† comme des H√©breux incontestables. Quelques individus semblent cependant tent√©s, comme le chanteur Eddie Butler qui suit une proc√©dure de conversion[40] (laquelle peut durer plusieurs ann√©es).

¬ę Les H√©breux Isra√©lites ont une structure de direction, avec Ben Ammi install√© √† la t√™te d'un conseil de 12 ‚Äúprinces‚ÄĚ, qui supervisent le d√©veloppement spirituel du kibboutz. Douze autres ‚Äúministres‚ÄĚ, ou conseil de gestion de la communaut√©, r√®glent les affaires quotidiennes dans les domaines de l'√©conomie, de l'√©ducation, des sports et des loisirs, de l'information et autres. Le sacerdoce de la communaut√© s'occupe des mariages, des services du shabbat et de la circoncision des enfants masculins le 8e jour (selon la loi h√©bra√Įque) [4]¬Ľ. ¬ę En , [‚Ķ] les H√©breux ont ouvert l'"Institut Docteur Martin Luther King/SCLC - Ben Ammi pour une nouvelle humanit√©", un centre de r√©solution de conflit √† Dimona, pour enseigner la non-violence et la r√©conciliation holistiques aux familles, aux communaut√©s, aux religions et aux nations[4] ¬Ľ.

La communaut√© est parfois accus√©e d'√™tre une secte opaque et referm√©e sur elle-m√™me. Ainsi le Jerusalem Post de d√©cembre 2005 accuse : ¬ę √† Dimona, la communaut√© n'ouvre pas librement ses portes aux √©trangers [‚Ķ] on ne peut normalement pas en faire le tour sans √™tre accompagn√©[3] ¬Ľ. Le journal √©voque aussi des soup√ßons d'activit√©s criminelles. Le photo-reportage r√©alis√© par le professeur Dennis Fox en 2006 indique ¬ę je m'√©tais attendu √† une certaine s√©paration entre la communaut√© et le reste de Dimona, mais il n'y a aucune barri√®re physique, faisant de la communaut√© plut√īt un quartier qu'un village s√©par√©. Les maisons et institutions extracommunautaires sont juste de l'autre c√īt√© de la rue. Les non-membres entrent fr√©quemment, et sont accueillis poliment. Les visites sont possibles, mais comme je n'avais pas appel√© √† l'avance, il n'a pas √©t√© possible d'en organiser une[37] ¬Ľ.
Certains font remarquer l'ouverture du groupe sur son environnement isra√©lien : volont√© d'obtention de la nationalit√©, nombreux membres travaillant √† l'ext√©rieur de Kfar Hashalom, jeunes faisant le long service militaire isra√©lien (3 ans pour les hommes) en dehors du contr√īle de la direction communautaire, √©cole avec une majorit√© d'enseignants isra√©liens[15].

Organisation économique de la communauté

Visite de la communauté, organisée en septembre 2005.

Le niveau de vie moyen en Isra√ęl est modeste, mais s'est nettement am√©lior√© par rapport aux ann√©es 1970 et 1980, quand les African Hebrew Israelites n'avaient pas de permis de travail. Les familles, tr√®s nombreuses du fait de la polygamie et des doctrines natalistes, vivent souvent dans des logements surpeupl√©s[18]. En 2007, ¬ę les services anti-incendies ont alert√© sur le fait que [...] ‚Äúle village de la paix‚ÄĚ [de dimona] avait un risque d'incendie. Le maire de Dimona, Meir Cohen, a d√©cid√© de donner √† la communaut√© [...] sa propre parcelle de terre dans la ville[41] ¬Ľ. Cette possibilit√© de cr√©er un nouveau quartier doit permettre aux nouvelles g√©n√©rations (la d√©mographie est forte) de ne plus s'entasser au sein de l'habitat d√©grad√© de kfar shalom. ¬ę Sur leur nouvelle propri√©t√©, ils esp√®rent non seulement construire des logements plus confortables, mais aussi construire des attractions touristiques telles qu'un centre de bien-√™tre, des centres de sant√©, des restaurants, tous refl√©tant le mode de vie de la communaut√©[41] ¬Ľ.

M√™me si ses activit√©s √©conomiques semblent en croissance, la communaut√© reste assez d√©pendante des aides sociales, dont elle b√©n√©ficie assez largement du fait de sa natalit√© √©lev√©e. L'organisation a d'ailleurs √©t√© accus√©e de pratiquer des d√©tournements massifs de fonds du syst√®me de sant√© isra√©lien, par exemple en ne d√©clarant pas toujours ses d√©c√®s. Ces d√©tournements concerneraient aussi le syst√®me de sant√© am√©ricain, ceux ayant toujours la nationalit√© am√©ricaine faisant passer sous leur nom des remboursements concernant des membres qui n'ont pas la nationalit√© am√©ricaine[3]. ¬ę Il y a √©galement des all√©gations non prouv√©es de contrefa√ßon et de piraterie informatique[3] ¬Ľ. Ces accusations ne sont pas nouvelles, et √† l'√©poque o√Ļ les Black Hebrews d'Israel n'avaient pas le droit de travailler, et o√Ļ la recherche de fonds battait son plein, des proc√®s avaient eu lieu aux √Čtats-Unis[9]. Il est difficile de dire si les pratiques de l'√©poque sont toujours en vigueur, ni si elles ont atteint Isra√ęl. Jusqu'en 2007, aucune affaire d'importance n'a en effet √©t√© trait√©e par les tribunaux isra√©liens.

Depuis l'obtention de permis de travail au début des années 1990, la communauté a développé ses activités économiques, réduisant sa dépendance vis-à-vis des fonds venus des contributeurs américains.

Le village/quartier de Kfar Hashalom, √† Dimona, ¬ę b√Ęti sur le mod√®le du kibboutz, assure sa subsistance gr√Ęce √† ses restaurants v√©g√©taliens, la confection et la vente de v√™tements en coton aux couleurs vives et ses groupes de musique[42]. [‚Ķ] Mais c'est leur fabrique de produits v√©g√©taliens, √† base de tofu, qui fournit la plus grande partie de leurs revenus. Cette usine produit notamment du lait et des fromages de soja. [‚Ķ] Les revenus √©tant toutefois maigres, de nombreux H√©breux travaillent en dehors du village, [‚Ķ] o√Ļ ils exercent des emplois simples. [‚Ķ] Depuis peu, ils ont aussi re√ßu l'autorisation de d√©velopper leur agriculture (biologique), autorisation longtemps attendue qui devrait leur permettre de se d√©velopper prodigieusement, les produits de l'agriculture biologique √©tant de plus en plus pris√©s en Isra√ęl comme en Occident[6] ¬Ľ.

Stevie Wonder, client de la fabrique de vêtements de la communauté.

Si elle est moins importante que l'usine v√©g√©talienne, la fabrique de v√™tements conna√ģt un succ√®s grandissant, en particulier dans les milieux de l'√©lite noire am√©ricaine. Ainsi ¬ę Whitney Houston, Stevie Wonder et Oprah Winfrey sont parmi les grands noms achetant l'habillement de la communaut√© des African Hebrew Israelites de Dimona[43] ¬Ľ. La visite qu'a rendue Whitney Houston en 2003 aux African Hebrew Israelites de Dimona a d'ailleurs suscit√© un regain d'int√©r√™t m√©diatique pour la communaut√©[44].

La communaut√© est assez connue pour sa troupe de ballet, laquelle se produit r√©guli√®rement dans des festivals internationaux et dans leur centre de Dimona. La communaut√© a aussi un certain nombre de musiciens de bonne r√©putation, dont le chanteur Eddie Butler, qui a repr√©sent√© Isra√ęl au Concours Eurovision de la chanson 1999 au sein du groupe Eden, puis seul au concours 2006. C'est dans ce cadre qu'a √©t√© mise en place une maison de production, Royal Kingdom Productions[45], qui distribue et produit les artistes de la communaut√©.

Enfin, la communaut√© de Dimona √† des magasins pour vendre ses productions, ainsi qu'un mus√©e, l'African Edenic Heritage Museum, o√Ļ elle pr√©sente sa vision de l'histoire des H√©breux et des Africains.

Il est √† noter que les African Hebrew Israelites ont √©galement des entreprises aux √Čtats-Unis. On peut y lire une tradition assez bien implant√©e dans les milieux nationalistes afro-am√©ricains, o√Ļ l'insistance sur l'auto-organisation √©conomique de la communaut√© noire (√† travers des entreprises ¬ę noires ¬Ľ) est encourag√©e depuis au moins la Nation of Islam des ann√©es 1930, qui en avait fait un de ses objectifs.

Les entreprises cr√©√©es sont bien implant√©es √† Atlanta, avec de petites structures, comme la librairie Wisdom Hut (hutte de sagesse), le Center for Multimedia Education (centre d'√©ducation multim√©dia), deux restaurants v√©g√©tariens Soul Vegetarian (l'√Ęme v√©g√©tarienne), ou la boutique Afrika. On trouve aussi des restaurants v√©g√©tariens de la cha√ģne Soul Vegetarian, qui appartient au groupe, √† Charleston, Saint-Louis, Chicago, Saint Croix, Tallahassee, Washington. On trouve enfin diverses petites entreprises, comme des boutiques de jus de fruits √† Chicago ou Washington, des boutiques Afrika ou des centres de sant√©[45]. D'un point de vue g√©n√©ral les entreprises des African Hebrew Israelites tournent assez largement, quoique pas exclusivement, autour de l'id√©e de sant√©, particuli√®rement √† travers la nutrition, ce qui est coh√©rent avec la place de cette question dans leur enseignement religieux. Quoique aujourd'hui bien implant√©es, ces entreprises restent d'envergure limit√©e, et ne remettent pas en cause le niveau de vie g√©n√©ralement modeste des membres.

Enfin, la communaut√© a entrepris de d√©velopper des activit√©s √©conomiques en Afrique de l'Ouest, r√©gion d'origine de nombreux esclaves, et dont la communaut√© consid√®re qu'elle a √©t√© la r√©gion o√Ļ leurs anc√™tres venus de J√©rusalem s'√©taient install√©s. Des projets encore peu d√©velopp√©s existent aujourd'hui au Ghana et au B√©nin[45].

Lois alimentaires

L'alimentation des African Hebrew Israelites exclut la viande et les produits d'origine animale tels que le lait mais pas le miel. Ils s'appuient ici sur une interpr√©tation tr√®s stricte de la Gen√®se[8] : ¬ę Et Dieu dit : Voici, je vous donne toute herbe portant de la semence et qui est √† la surface de toute la terre, et tout arbre ayant en lui du fruit d‚Äôarbre et portant de la semence : ce sera votre nourriture[46] ¬Ľ. La communaut√© prohibe aussi la consommation d'alcool (√† l'exception d'un peu de vin qu'ils fabriquent eux-m√™mes[4]) ou de tabac, voire de caf√©[9], ainsi que de tout additif chimique[4]. La nourriture biologique est encourag√©e.

Le végétalisme rend plus ou moins caduque la question de la nourriture Casher, dont l'essentiel des règles concerne les produits d'origine animale[47].

L'insistance sur la sant√© et la pr√©vention est extr√™mement importante dans l'enseignement du groupe. La gymnastique est une quasi-obligation : ¬ę Ben Ammi [(Ben Carter)] nous recommande trois s√©ances de sport hebdomadaires, √† raison de 45 minutes par s√©ance [...]. Le r√©gime pratiqu√© est compos√© de fruits, l√©gumes et l√©gumineuses, c√©r√©ales compl√®tes uniquement, sucre brun et miel[6] ¬Ľ. L'introduction des pratiques sportives dateraient de 1973[48]. Le sel est d√©courag√© depuis 1980[48].

En 1998, des m√©decins am√©ricains ont rendu visite √† la communaut√© en Isra√ęl et ont constat√© que seulement 6 % des membres souffraient d'hypertension, contre 30 % d'afro-am√©ricains. En outre, seulement 5 % des membres √©taient ob√®ses, contre 32 % des hommes noirs et 50 % des femmes noires en Am√©rique[9] - [48]. Les membres de la communaut√© sont persuad√©s que leur r√©gime permet une vie prolong√©e, pouvant atteindre des si√®cles[9] - [6].

La r√©putation du mode de vie des ¬ę H√©breux Isra√©lites Africains ¬Ľ a d√©pass√© les fronti√®res d'Isra√ęl. D'apr√®s le minist√®re des Affaires √©trang√®res isra√©lien ¬ę les pratiques en mati√®re de sant√© et le programme d'agriculture biologique de la communaut√© ont attir√© des visiteurs de partout dans le monde, particuli√®rement des fonctionnaires de gouvernements d'Afrique[4] ¬Ľ.

Pratiques et idées religieuses

Malgr√© des r√®gles religieuses tr√®s sp√©cifiques et tr√®s codifi√©es, les African Hebrew Israelites refusent de se d√©finir comme un culte : ¬ę nous ne souscrivons √† aucune religion parce que les religions ont seulement divis√© les hommes[8] ¬Ľ. Ils se d√©finissent simplement comme des descendants des anciens H√©breux qui suivent les lois de Dieu. Sans pr√©juger des raisons originelles d'un tel choix de pr√©sentation, celui-ci semble avoir au moins trois avantages : il permet de contester l'accusation r√©currente d'√™tre une secte, il √©vite toute pol√©mique avec l'environnement juif pour d√©finir qui a la ¬ę vraie ¬Ľ religion, et il peut favoriser le pros√©lytisme au sein de la communaut√© noire am√©ricaine, en restant religieusement ouvert. Au-del√† de cette ouverture officielle, le groupe a une stricte discipline religieuse. Si la volont√© d'Eddie Butler, un chanteur connu, de se convertir au juda√Įsme rabbinique ne semble pas avoir suscit√© d'expulsion de la communaut√©, la vie communautaire et le poids du ¬ę repr√©sentant de Dieu ¬Ľ Ben Ammi Ben-Israel am√®nent √† un contr√īle social assez strict. Le Jerusalem Post a m√™me √©voqu√© en ¬ę des caves [‚Ķ] o√Ļ des disciples qui "s'√©garent du chemin" sont battus avec des b√Ętons jusqu'√† ce que de nouveau ils ‚Äúvoient la lumi√®re‚ÄĚ et reviennent au chemin du juste[3] ¬Ľ. Cette accusation, qui aurait √©t√© port√©e devant la police, n'a semble-t-il pas entra√ģn√© de poursuites judiciaires, et sa r√©alit√© n'est √† ce jour pas √©tablie.

Ben Ammi Ben-Israel est ¬ę le dirigeant spirituel oint des H√©breux Isra√©lites Africains de J√©rusalem. Un examen de l'histoire biblique nous montre qu'il n'est pas rare pour Dieu l'omnipotent d‚Äôoindre un repr√©sentant personnel sur terre et d'investir son autorit√© dans ce repr√©sentant [‚Ķ] chef messianique du royaume de Dieu[49] ¬Ľ. La r√©f√©rence messianique est forte (dans la Bible, l'oint du seigneur est le messie). Ben Ammi Ben-Israel est d'ailleurs compar√© √† Abraham, Mo√Įse, J√©r√©mie, et m√™me √† J√©sus, et est le ¬ę messager envoy√© par Dieu[49] ¬Ľ. Ben-Israel est pr√©sent√© comme ¬ę leader spirituel ¬Ľ, et non comme chef temporel. De fait, il est le responsable du conseil des 12 princes de la communaut√© (12 y compris lui-m√™me, 12 comme les tribus d'Isra√ęl), qui a une vocation spirituelle, et n'est pas membre du conseil de gestion[4]. En pratique, il appara√ģt bien comme le responsable politique de l'organisation. Bien qu'il ne semble pas y avoir de culte sp√©cifiquement tourn√© vers Ben-Israel, et qu'il n'ait pas officiellement tous les pouvoirs, son poids au sein du groupe est immense, et son autorit√© incontest√©e.

Bien que le groupe ne soit pas chr√©tien, J√©sus n'est pas rejet√©. Il est par contre r√©interpr√©t√© dans un sens ¬ę isra√©lite ¬Ľ. Un des livres de Ben-Israel s'intitule d'ailleurs Jesus the Christian Christ or Yeshua the Hebrew Messiah (J√©sus le Christ chr√©tien, ou Yeshua, le messie h√©breux). Cette acceptation partielle de J√©sus (comme un repr√©sentant de Dieu parmi d'autres, et non comme le fondateur d'une nouvelle religion rompant avec ses origines isra√©lites) rappelle l'origine chr√©tienne des Black Hebrews, et se rapproche des courants actuels dits du juda√Įsme messianique, qui affirment √† la fois leur juda√Įsme et leur acceptation de J√©sus comme messie des Juifs. Le juda√Įsme messianique est d'ailleurs un courant essentiellement am√©ricain, ce qui explique sans doute en partie ces ressemblances.

Le livre de référence est la Bible. Le Talmud est totalement rejeté, considéré comme une innovation tardive sans légitimité religieuse.

Dieu est appel√© Dieu ou Yah, une forme particuli√®re de YHWH (Yahv√©), qu'on trouve sous la forme ◊ô÷ł◊Ē÷ľ √† 26 reprises dans la bible h√©bra√Įque[50], sans compter des formes compos√©es (comme dans all√©luia : ¬ę Louez Yah ¬Ľ). Malgr√© cette relative raret√© dans l'utilisation biblique, ce terme est devenu dominant chez les African Hebrew Israelites, sans doute par volont√© de diff√©renciation. Cette utilisation pr√©f√©rentielle se retrouve √©galement chez les rastafari (sous la graphie latine Jah), et s'en inspire peut-√™tre.

La communauté n'a pas de rabbin, conformément à son refus du Talmud, mais des prêtres, tous de sexes masculins.

Femme de la communauté, les cheveux couverts, à Dimona.

Les African Hebrew Israelites de sexe masculin portent la kippa ou un bonnet, les femmes portent un foulard cachant les cheveux, comme les juifs orthodoxes. Sur d'assez nombreuses photos, on peut remarquer que si les hommes ont tous (ou presque) la tête couverte, une minorité de femmes ont les cheveux découverts, ce qui indique que cette dernière prescription est appliquée de façon un peu plus souple[51].

Les ¬ę H√©breux noirs[52] ¬Ľ acceptent et pratiquent la polygamie, avec un maximum de sept femmes[1]. Celle-ci n'est d'ailleurs pas strictement interdite par le juda√Įsme orthodoxe, m√™me si elle n'est quasiment plus pratiqu√©e[53], mais est interdite par l'√Čtat d'Isra√ęl. Le leader du groupe, Ben Carter (Ben Ammi Ben-Israel), a lui-m√™me 4 femmes et 13 enfants en Isra√ęl[6]. Du fait de l'interdiction de la polygamie par la loi isra√©lienne, et du fait de leur volont√© de devenir citoyens isra√©liens, les ¬ę H√©breux noirs ¬Ľ affirment ne plus c√©l√©brer de mariages polygames, m√™me si ceux c√©l√©br√©s dans le pass√© restent en vigueur[6]. La vision de la famille est clairement nataliste, en application du commandement biblique ¬ę croissez et multipliez ¬Ľ[54], et les familles sont g√©n√©ralement nombreuses.

Des prescriptions bibliques tomb√©es en d√©su√©tudes dans le juda√Įsme orthodoxe sont respect√©es, ce qui rapproche d'ailleurs le groupe de certaines pratiques Beta Isra√ęl (Juifs d'√Čthiopie) ou Samaritaines. Il y a ainsi des r√®gles de puret√© sp√©cifiques (interdiction des rapports sexuels pour la femme) 40 jours apr√®s la naissance d'un gar√ßon, et 80 jours apr√®s la naissance d'une fille[55].

√Ä l'inverse, les prescriptions affirm√©es par le Talmud, mais qui n'apparaissent pas dans la Bible, sont rejet√©es comme des innovations. La f√™te de Pourim n'est pas non plus pratiqu√©e (bien qu'elle se r√©f√®re au Livre d'Esther), mais celles de Pessah (la P√Ęque), Shavouot, Yom Kippour et Souccot le sont[6]. Il en va de m√™me de l'id√©e selon laquelle l'appartenance √† la communaut√© se transmet par la m√®re, id√©e sugg√©r√©e dans la Bible[56] mais nettement plus affirm√©e dans le Talmud[57].

Ils ont enfin des obligations sp√©cifiques, qui ne viennent ni de la Bible, ni de la tradition juive. Il en va ainsi de l'obligation de ne porter que des v√™tements et des chaussures en mati√®re naturelle (coton, lin,‚Ķ)[8], de leur f√™te comm√©morant la vision de l'Archange Gabriel par Ben Carter, de leur f√™te comm√©morant √† mi-mai le souvenir du premier groupe √† avoir √©migr√© vers le Liberia en [8], ou de ¬ę l'interdiction de consommer du sel et de la margarine trois fois par semaine, les dimanches, mardis et jeudis[6] ¬Ľ. Le Shabbat et quelques autres jours dans l'ann√©e sont je√Ľn√©s.

Rapports avec le juda√Įsme

Les African Hebrew Israelites ne sont pas reconnus comme juifs par l'√Čtat d'Isra√ęl ou par le rabbinat isra√©lien. Leurs pratiques religieuses sont assez diff√©rentes de celle du juda√Įsme traditionnel.

Ils ont √©t√© accus√©s de se consid√©rer comme les seuls descendants l√©gitimes des anciens h√©breux, et de rejeter les juifs actuels comme des imposteurs[9] - [17]. Cette id√©e se retrouve effectivement chez certaines organisations appartenant √† la n√©buleuse des h√©breux noirs, et elle a √©t√© d√©fendue jusque dans les ann√©es 1980 par les African Hebrew Israelites d'Isra√ęl[19]. Cependant, le groupe a depuis modifi√© sa position, et la communication officielle est m√™me explicitement bas√©e sur l'id√©e que les African Hebrew Israelites sont juifs[6].

Si les African Hebrew Israelites se pr√©sentent donc parfois comme juifs, ils pr√©f√®rent cependant se pr√©senter comme des h√©breux. Mais le nombre d'affirmation de juda√Įt√© semble augmenter ces derni√®res ann√©es, avec l'am√©lioration de l'int√©gration √† l'environnement isra√©lien, en particulier dans la presse isra√©lienne[44].

Synthèse

Les idées religieuses et les pratiques communautaires des African Hebrew Israelites les font considérer par les uns comme une secte fermée, et par les autres, y compris les gouvernements israéliens d'Ariel Sharon et d'Ehud Olmert, comme une communauté ethno-religieuse assez bien intégrée. Quoi qu'il en soit, ils sont aujourd'hui un groupe en expansion démographique rapide, et dont l'intégration à la culture israélienne moderne semble progresser.


Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

  • Strangers and Neighbors : Relations between Blacks and Jews in the United States, University of Massachusetts Press, 1999, (ISBN 978-1-55849-235-6).
  • Ben Ammi Ben-Israel, God The Black Man And Truth, Communicators Press, 1985, (ISBN 978-0-9620463-0-8).
  • Ben Ammi Ben-Israel, God and the Law of Relativity, Communicators Press, 1991, (ISBN 978-0-9620463-2-2).
  • Ben Ammi Ben-Israel, The Messiah and the End of This World, Communications Press, 1992, (ISBN 978-0-9620463-3-9).
  • Shaleak Ben Yehud, Black Hebrew Israelites from America to the promised land : the great international religious conspiracy against the children of the prophets, New York, Vantage Press, 1975, (ISBN 978-0-533-01604-4)
  • James H. Boykin, The Hebrew Israelite Diaspora, Miami, 1992, (ISBN 978-1-880833-00-1)
  • John L. Jackson Jr, Thin Description: Ethnography and the African Hebrew Israelites of Jerusalem, Cambridge, MA, Harvard University Press, 2013, 394 p.
  • Vittorio Morabito, ¬ę‚ÄúAu-del√† des fleuves de Koush‚ÄĚ : ou comment √™tre juif et noir ?¬Ľ, in Fran√ßois-Xavier Fauvelle-Aymar, Jean-Pierre Chr√©tien et Claude-H√©l√®ne Perrot (dir.), Afrocentrismes. L'histoire des Africains entre √Čgypte et Am√©rique, Paris, Karthala, 2000, p. 323-344
  • Gayraud S. Wilmore, Black Religion and Black Radicalism : An Interpretation of the Religious History of African Americans, Orbis Books, 1998, (ISBN 978-1-57075-182-0).

Notes et références

  1. ¬ę Black Jews ¬Ľ, sur The Religious Movements Homepage Project de l'Universit√© de Virginie
  2. (en)Book charts journey from African-American to Hebrew Israelite, un article de Andrew Esensten, 1er février 2014, Haaretz.
  3. Yaakov Katz, Distrust in Dimona, The Jerusalem Post, 8 décembre 2005.
  4. The Hebrew Israelite Community, article de présentation de la communauté sur le site officiel du ministère israélien des Affaires étrangères, publié le 29 septembre 2006.
  5. (en) Black suprematist. Southern Poverty Law Center.
  6. (fr) ¬ę Isra√ęl: une visite chez les H√©breux noirs ¬Ľ, Nathalie Szerman, en collaboration avec Andr√© Darmon, article du 9 octobre 2006, sur Religion info.
  7. Linda Jones, ¬ę Claiming a Promised Land: African-American settlers in Israel are guided by idea of independent Black Hebrew Society ¬Ľ, The Dallas Morning News, 27 juillet 1997.
  8. ¬ę Our Story ¬Ľ, sur le site officiel de l'organisation (consult√© le 01/06/2007).
  9. Kevin Hoffman, ¬ę The Cult on Coventry ¬Ľ, Rick A. Ross Institute of New Jersey, 27/11/2002.
  10. L'√Čtat ne suit pas toujours l'avis des autorit√©s rabbiniques, et peut accepter comme juifs des groupes refus√©s par le rabbinat, comme dans le cas des Samaritains ou les Kara√Įtes.
  11. (en) Israel as Africa, Africa as Israel [PDF], Fran Markowitz (University of the Negev), page 19. Article de 13 pages publié originellement dans Anthropological Quarterly, octobre 1996, volume 69, p. 193.
  12. Un frère d'Eddie Butler.
  13. (en) Laura Resnikc, ¬ę Music Earns Black Hebrews Some Acceptance ¬Ľ, Associated Press, 5 avril 2006, d√©p√™che reproduite sur le site du Rick A. Ross Institute
  14. ¬ę Israel grants ‚Äė‚ÄôBlack Hebrews'‚Äô permanent residency ¬Ľ, Dan Williams, d√©p√™che Reuters, 29 juillet 2003.
  15. (en) The shadowy Kingdom of Yah turns 30, Reuters, 1999, dépêche reproduite sur le site du Rick A. Ross Institute.
  16. (en) Israel as Africa, Africa as Israel [PDF], Fran Markowitz (University of the Negev), page 6. Article de 13 pages publié originellement dans Anthropological Quarterly, octobre 1996, volume 69, p. 193.
  17. (en) PROJECT MEGIDDO [PDF], rapport du FBI, 1999, sur le site du gouvernement américain.
  18. (en) Ellis Shuman, ¬ę Black Hebrews to receive permanent home in Negev agricultural villa ¬Ľ, Israel Insider, 26 novembre 2002.
  19. (en) Israel as Africa, Africa as Israel [PDF], Fran Markowitz (University of the Negev), pages 6-7. Article de 13 pages publié originellement dans Anthropological Quarterly, octobre 1996, volume 69, p. 193.
  20. Haaretz, 30 juillet 2004.
  21. (en) The Black Hebrews, sur le site jewish virtual library.
  22. (en) The Hebrew Israelite Community, article de présentation de la communauté sur le site officiel du ministère israélien des affaires étrangères, publié le 29 septembre 2006.
  23. ¬ę Three decades after exodus from America, first Black Hebrew becomes Israeli citizen ¬Ľ, article de Andrew Esensten, publi√© sur Haaretz.com, version en ligne du journal Haaretz, le 23 mars 2009.
  24. First Black Hebrew gets Israeli citizenship, Zvi Alush, 02/03/2009. Article en ligne sur Ynetnews.com.
  25. Liste des communautés.
  26. Voir la lettre envoyée par le Département américain de la justice (DoJ) à ce sujet.
  27. ¬ę Aunt Testifies In Trial Over Baby's Death Caregiver Says Older Children In Diapers After Leaving Parents ¬Ľ, NBC6 News, Floride, 20 octobre 2005, d√©p√™che reproduite sur le site du Rick A. Ross Institute.
  28. Communiqué sur le site de l'organisation, consulté le 9 juin 2007.
  29. About the Rick A. Ross Institute.
  30. Dossier consacré à l'organisation (ici appelée de façon peu précise Black Hebrews) sur le site du Rick A. Ross Institute.
  31. Danielle Weekes, My love is your cult, The Voice, Londres, 2 juin 2003, dépêche reproduite sur le site du Rick A. Ross Institute.
  32. (en) Israel as Africa, Africa as Israel [PDF], Fran Markowitz (University of the Negev), pages 2 et 3. Article de 13 pages publié originellement dans Anthropological Quarterly, octobre 1996, volume 69, p. 193.
  33. Ben Ammi Ben-Israel, God the Black Man and Truth, introduction, (ISBN 978-0-9620463-1-5), Communicators Press, juin 1990 (2e édition).
  34. Nom complet : ¬ę Institut Docteur Martin Luther King/SCLC - Ben Ammi pour une nouvelle humanit√© ¬Ľ.
  35. (en) Charles Bierbauer, correspondant à Washington, article de CNN publié sur le web, le 17 octobre 1995. cnn.com
  36. Le nouveau nom de famille pouvait être le nom de famille du propriétaire, celui d’une personnalité qu’appréciait ce dernier, ou une caractéristique physique du déporté.
  37. Voir le photo-reportage du professeur Dennis Fox.
  38. (en) House of Life, sur le site officiel de la communauté (consulté le 02/06/2007).
  39. Les mariages conclus √† l'√©tranger, m√™me par des isra√©liens, sont reconnus par la loi isra√©lienne, ce qui permet de contourner le refus des rabbins de marier un membre de la communaut√© juive avec un non-juif, en se mariant hors d'Isra√ęl. Cette possibilit√© semble quasiment inexploit√©e par les ¬ę h√©breux noirs ¬Ľ vivant en Isra√ęl.
  40. Black Hebrew Eddie Butler to represent Israel at Eurovision Song Contest, article sur le site officiel du ministère israélien des affaires étrangères, publié le 14 mai 2006.
  41. ¬ę African Hebrews sink roots deeper into Holy Land ¬Ľ, d√©p√™che de l'agence Reuters, 7 novembre 2007.
  42. Le chanteur Eddie Butler Ammiram Ben Yishay a par exemple repr√©sent√© Isra√ęl au concours de l'Eurovision en 1999 et en 2006.
  43. Greer Fay Cashman, ¬ę Celebrity Grapevine ¬Ľ, Jerusalem Post, 16 juillet 2006.
  44. Michal Palti, Whitney does Dimona, Haaretz, 29 mai 2003 ; Houston seeking inspiration in Israel, Denver Post, 29 mai 2003.
  45. The Kingdom of Yah - Redemptive Entreprises Worlwide, présentation des entreprises de la communauté, sur le site officiel de celle-ci (consulté le 2 juin 2007).
  46. Genèse 1:29.
  47. La cacheroute peut s'appliquer à quelques très rares produits uniquement végétaux, comme le vin.
  48. (en) ¬ę BLACK COMMUNITY IN ISRAEL BEATS HIGH BLOOD PRESSURE \ STUDY CREDITS CLEAN LIFESTYLE ¬Ľ, Janet McConnaughey, The Associated Press, 29 mars 1998, article reproduit sur le site Internet de la communaut√©.
  49. Ben Ammi, présentation du fondateur et principal dirigeant de la communauté, sur le site officiel de l'organisation.
  50. Par exemple Exode 17:16, dans la version originelle en hébreu.
  51. Voir par exemple Fichier:Black hebrews Dimona visit1.jpg, ou deux galeries photos sur les Black Hebrews d'Isra√ęl : 2006 and 2004.
  52. Terme vernaculaire couramment utilisé, mais qui peut-être aussi utilisé par d'autres groupes afro-américains assez différents. Voir hébreux noirs.
  53. Quelques familles polygames juives orthodoxes ont encore √©migr√© du Y√©men en Isra√ęl dans les ann√©es 1990, mais le ph√©nom√®ne est devenu tr√®s rare : les communaut√©s juives ashk√©nazes ont abandonn√© la polygamie au Moyen √āge, √† la suite de la d√©cision (Takkanah) de Rabbenou Guershom au XIe si√®cle (qui admet cependant des exceptions tr√®s th√©oriques), et les communaut√©s juives des autres contr√©es y ont renonc√© au XXe si√®cle, sous l'influence des premi√®res.
  54. Genèse 1:28, Genèse 9:1 et Genèse 9:7.
  55. Selon leur interprétation du chapitre 12 du Lévitique.
  56. Lévitique 24:10 et suivants.
  57. La transmission matrilin√©aire de la jud√©it√© a √©t√© codifi√©e de fa√ßon incontestable pour la premi√®re fois dans le Talmud (T.B. Kiddoushin 68b, commentant la mishna 3:12 du m√™me trait√©). Auparavant, il est possible qu'il y ait eu plusieurs interpr√©tations du texte biblique. Les Samaritains actuels sont ainsi patrilin√©aires, et les Kara√Įtes exigent une double ascendance. Sur le sujet de l'origine de la matrilin√©arit√© juive, voir aussi Joseph M√©l√®ze, P√®re ou m√®re, aux origines de la matrilin√©arit√© juive.
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