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Marco Sanudo

Marco Sanudo (1153 (?) - entre 1220 et 1230, plus probablement 1227) fut le fondateur et premier duc du duché de Naxos, à la suite de la quatrième croisade.

Marco Sanudo
Fonction
Duc de Naxos
Titre de noblesse
Duc
Biographie
Naissance
Décès
Activité
Famille
Enfant

Neveu du doge v√©nitien, Enrico Dandolo, il participa √† la quatri√®me croisade en 1204 et √† la n√©gociation de l'achat de la Cr√®te par Venise √† Boniface de Montferrat. Il fonda le duch√© de Naxos, entre 1205 et 1207 ou peu apr√®s 1213-1214, selon les versions, et y fit construire une capitale autour de sa forteresse, le castro. Vassal de l'empereur latin Henri de Hainaut vers 1210 ou 1216, il combattit l'Empire de Nic√©e √† ses c√īt√©s. Il continua cependant √† servir Venise comme lors de l'exp√©dition en Cr√®te en 1211.

Sous son magistère, le duché de Naxos fusionna les modes de fonctionnement byzantin et occidental.

Carte historique de l'√Čg√©e
Le duché de Naxos au temps de Marco Sanudo.

Sources et interprétations

Toutes les biographies de Marco Sanudo disponibles sont des interprétations de diverses sources très postérieures aux faits racontés. Il s'agit pour la plupart de chroniques vénitiennes des XIVe et XVe siècles, soit plus d'un siècle et demi après les événements.

L‚ÄôIstoria di Romania de Marino Sanuto l'Ancien (v. 1270-1343), un membre de la famille Sanudo, √©voque succinctement l'histoire de Marco Sanudo : ¬ę il a acquis les √ģles[1]. ¬Ľ Le doge Andrea Dandolo √©crivit une histoire de Venise depuis les origines (dite Chronica extensa) autour de 1350. C'est dans ce texte que le r√©cit de la conqu√™te des √ģles de l'√Čg√©e appara√ģt pour la premi√®re fois, fondant tous les r√©cits ult√©rieurs[2] :

¬ę Naviguant s√©par√©ment, Marco Sanudo et ceux qui le suivaient s'empar√®rent des √ģles de Naxos, Paros, Milos et Santorin, et Marino Dandolo d'Andros. [‚Ķ] Pareillement, Andrea et Geremia Ghisi [recueillirent] Tinos, Mykonos, Skyros, Sk√≥pelos et Skiathos. ¬Ľ

Une chronique en v√©nitien dat√©e de 1360-1362 et attribu√©e √† un Enrico Dandolo propose une rapide biographie de Marco Sanudo √† partir de son intervention en Cr√®te contre Enrico Pescatore, mais enjolive les √©v√©nements voire invente des faits non attest√©s ou contredits par des documents officiels. C'est aussi la premi√®re source √† √©voquer la parent√© de Marco Sanudo avec le doge homonyme de l'auteur[3]. En 1454, l'humaniste Flavio Biondo publia un De Origine et gestis Venetorum o√Ļ il s'inspire quasi textuellement du texte d'Andrea Dandolo, tout en introduisant le premier le concept de l'autorisation accord√©e par Venise √† ses citoyens de s'emparer de terres en Orient √† condition qu'elles ne passent jamais √† un non-V√©nitien. Il √©tend ici au d√©but du XIIIe si√®cle une doctrine politique attest√©e au milieu du XVe si√®cle[4].

La chronique qui fut le plus couramment utilisée, parce qu'elle donnait le plus de détails chronologiques et topographiques, fut celle rédigée au XVIe siècle par Daniele Barbaro. Il combina les différentes versions antérieures, faisant principalement se rejoindre les récits d'Andrea Dandolo et d'Enrico Dandolo. La version de Barbaro fut aussi celle qui fut le plus communément admise et recopiée par les chroniqueurs et historiens suivants, comme J.K Fotheringham en 1915. Guillaume Saint-Guillain, dans un article de 2004 (publié en 2006), remet en cause cette version la plus courante d'une conquête en deux temps, liée au fait que Barbaro combina deux récits et propose une autre interprétation des documents et donc une autre chronologie[5].

Enfin, l’Histoire nouvelle des anciens Ducs de l'Archipel qui est aussi une des principales références fut rédigée dans la seconde moitié du XVIIe siècle par un père jésuite du couvent de Naxos, le père Saulger.

Famille et jeunesse

Blason avec lion rampant
Armoiries de Pietro Ier Candiano.

La famille Sanudo descendrait de familles de tribuns et de primats de la ville d'Eraclea qui se seraient installés dans l'archipel vénitien (Malamocco, Rialto et Torcello) au début du IXe siècle après la destruction de leur ville. Elle aurait un temps porté le nom de Candiano et fourni divers doges à la Sérénissime : Pietro Ier Candiano (887), Pietro II Candiano (932-939), Pietro III Candiano Canuto (le chenu) ou Sanuto (le sage) (942-959), Pietro IV Candiano (959-976) et Vitale Candiano (978-979). Les derniers Candiani directs (attestés au XIe siècle) se seraient discrédités après une tentative d'instauration d'une dynastie à la tête de la République. Ensuite, il est uniquement question de la famille des Sanudi[6].

Quatre g√©n√©rations apr√®s Pietro IV, un Marco Sanudo est attest√© dans la seconde moiti√© du XIe si√®cle. Il semble avoir port√© les titres de conseiller et de capitaine. Il aurait aussi √©t√© ambassadeur de Venise √† Constantinople o√Ļ il aurait n√©goci√© la reconnaissance par l'empereur byzantin du pouvoir direct de Venise sur la Dalmatie et la Croatie vers 1084-1085. Il aurait alors √† cette occasion nou√© de nombreux et fructueux contacts en Gr√®ce et dans les √ģles de la mer √Čg√©e. Le surnom de Costantinopolitani (le ¬ę Constantinopolitain ¬Ľ) lui fut attribu√©. Il aurait eu un fils Pietro, sur qui la seule information dont on dispose est son mariage avec une sŇďur d'Enrico Dandolo. De ce mariage seraient n√©s trois fils : Marco, Bernardo et Lunardo[7].

Bernardo Sanudo fit partie, jeune homme, des électeurs du doge Enrico Dandolo en 1192. Lunardo, quant à lui, faisait partie des officiers commandant la flotte vénitienne à Abydos en 1196. Lunardo, ou selon d'autres chroniques médiévales Bernardo, portait le titre de Capitan delle Navi (Capitaine d'une partie de la flotte) d'Enrico Dandolo lors de la conquête de Constantinople en 1204[8].

La date de naissance de Marco Sanudo n'est pas connue avec certitude. Elle est souvent d√©duite par soustraction de son √Ęge probable √† sa date possible de mort. Selon le P√®re Saulger, il aurait eu 67 ans en 1220, si son √Ęge et sa date de mort sont justes[N 1]. Il serait donc n√© vers 1153. Les chroniques m√©di√©vales l'√©voquent pour la premi√®re fois au cours d'un engagement naval de trente gal√®res v√©nitiennes command√©es par le doge Sebastian Ziani contre 75 gal√®res command√©es par Othon, le fils de l'empereur Fr√©d√©ric Barberousse vers 1176-1177. Cependant, la r√©alit√© historique de cet √©pisode est elle aussi contest√©e[9].

Aussi, la premi√®re mention historiquement fiable de Marco Sanudo serait sa pr√©sence au cours de la Quatri√®me croisade. Il se serait distingu√©, sans plus de d√©tails, lors des prises de Zara et Constantinople. Son nom n'appara√ģt cependant pas dans les listes d'officiers commandants de gal√®re. Il est probable qu'il ait √©t√© pr√©sent sur une gal√®re command√©e soit par son fr√®re (Bernardo ou Lunardo) soit par son oncle Enrico Dandolo[10].

La conquête des Cyclades

Les Cyclades au début du XIIIe siècle

Les th√®mes, mis en place √† partir du r√®gne d‚ÄôH√©raclius au VIIe si√®cle, constituent la base de l'organisation administrative de l'Empire byzantin. Au Xe si√®cle un th√®me de l‚Äô√Čg√©e (t√≤ th√©ma to√Ľ Aiya√≠ou Pel√°gous) dirig√© par un amiral (dhrungarios) fournissait des marins √† la flotte imp√©riale. Il englobait les Cyclades, les Sporades, Chios, Lesbos et Limnos. Il semblerait qu‚Äôensuite le contr√īle du pouvoir central sur les petites entit√©s isol√©es qu‚Äô√©taient les √ģles ait peu √† peu diminu√©. Les d√©fendre et y collecter les imp√īts devint de plus en plus difficile. Au d√©but du XIIIe si√®cle, c'√©tait devenu impossible. Constantinople y aurait alors renonc√©[11] - [12]. Les Cyclades seraient donc pass√©es sous l'autorit√© de L√©on Gabalas install√© √† Rhodes. Ce fonctionnaire byzantin avait profit√© des difficult√©s de l'Empire pour mener un politique ind√©pendante et mettre en place une seigneurie autonome. Autoproclam√© ¬ę Seigneur des Cyclades ¬Ľ, il tentait vainement de faire entrer les imp√īts, n'y parvenant qu'√† grand peine, surtout en raison des pirates g√©nois ou turcs qui ravageaient la r√©gion[13].

Ce fut durant cette période de l'Empire byzantin que les villages quittèrent les bords de mer pour monter dans les montagnes comme le plateau de Traghéa sur Naxos[14].

La concurrence entre Venise et Gênes

carte de la Méditerranée, avec les routes commerciales vers l'Orient depuis Venise et Gênes
Carte simplifiée des routes commerciales génoises et vénitiennes
et des lieux o√Ļ la pr√©sence de Marco Sanudo est av√©r√©e.

√Ä partir du XIe si√®cle, les cit√©s marchandes italiennes (principalement Venise et G√™nes) d√©velopp√®rent leur commerce oriental, vers Constantinople et l'√Čgypte, premi√®res √©tapes d'un commerce plus lointain. Les routes commerciales de deux cit√©s passaient par les m√™mes lieux. Les navires v√©nitiens longeaient la c√īte orientale de l'Adriatique avec comme √©tape Zara ou Dyrrachium, puis les √éles ioniennes et principalement Corfou. Ils contournaient le P√©loponn√®se par le sud via Coron puis remontaient √† travers l'√Čg√©e et les Cyclades puis l'Eub√©e, Thessalonique et Constantinople pour la route nord ou vers la Cr√®te et Alexandrie et la Syrie pour la route sud. Les navires g√©nois longeaient la c√īte occidentale de l'Italie, traversaient le d√©troit de Messine puis celui d'Otrante pour faire √©tape √† Corfou. Ils contournaient le P√©loponn√®se par le sud via Monemvasia puis remontaient √† travers l'√Čg√©e vers Chios puis Constantinople pour la route nord ou via Milos, Naxos et Amorg√≥s vers l'√Čgypte et la Syrie pour la route sud[15]. La volont√© de contr√īle des √©tapes mit les cit√©s commerciales en concurrence.

Au XIIe si√®cle, la concurrence s'intensifia. Venise √©tait encore en position de force, gr√Ęce aux privil√®ges accord√©s par l'empereur Isaac. Mais, Alexis III les supportait mal et d√©sirait r√©duire l'influence devenue pratiquement contr√īle commercial v√©nitienne. Il favorisa aussi bien Pise que G√™nes afin de ne pas donner le monopole enlev√© √† Venise √† cette derni√®re. Les Pisans virent leurs privil√®ges et leurs positions √† Thessalonique accrus en 1198 et 1199. Les G√©nois, apr√®s qu'ils eurent √©cras√© la piraterie qu'ils avaient eux-m√™mes suscit√©e contre Venise et l'Empire byzantin, virent leurs privil√®ges ainsi que la taille du quartier qui leur √©tait r√©serv√© √† Constantinople augment√©s en . Venise ne pouvait accepter ces √©volutions sans r√©agir. Aussi, la proposition faite aux Crois√©s par Alexis Ange de l'aider √† monter sur le tr√īne fut rapidement accept√©e, d'autant que ceux-ci √©taient tr√®s endett√©s vis-√†-vis de la S√©r√©nissime √† cause du prix de leur transport. Alexis Ange mis sur le tr√īne gr√Ęce aux Crois√©s et √† Venise ne pourrait rien refuser √† la R√©publique qui regagnerait alors sa position commerciale dominante[16].

La quatrième croisade

Gravure en noir et blanc ; homme prêchant devant une foule dans une église
Enrico Dandolo appelant à la Croisade

En , les Crois√©s s'empar√®rent de Constantinople et plac√®rent Alexis sur le tr√īne comme promis. L'incendie du mois d'ao√Ľt amena sa chute et diverses usurpations. Les combats s'intensifi√®rent entre le camp crois√© proche de la ville et les troupes d'Alexis V[17].

Le , la Quatri√®me croisade s'empara de Constantinople, et les vainqueurs, que les Grecs d√©sign√®rent sous le terme g√©n√©rique de ¬ę Francs ¬Ľ, se partag√®rent l'Empire byzantin. Le texte de partage (Partitio Terrarum ou Partitio Romaniae) probablement r√©dig√© √† l‚Äôautomne 1204 par une commission de vingt-quatre membres (douze V√©nitiens, douze non-V√©nitiens) ne mentionnait pas ouvertement les Cyclades. Un quart de l‚Äôempire conquis √©tait d√©volu √† Baudouin de Hainaut qui venait d‚Äô√™tre √©lu empereur latin, trois huiti√®mes revenaient √† Venise et les trois huiti√®mes restants aux autres crois√©s occidentaux. Si des Sporades ou les √ģles ioniennes √©taient cit√©es et partag√©es, peu de Cyclades √©taient √©voqu√©es. Seules Andros et Tinos √©taient directement nomm√©es et donn√©es l‚Äôune aux V√©nitiens, l‚Äôautre √† l‚Äôempereur. Certaines interpr√©tations du texte ont cherch√© √† retrouver les autres √ģles. Cependant, deux √©l√©ments peuvent expliquer leur absence, m√™me pour de grandes √ģles comme Naxos. Le partage fut √©tabli √† partir du r√īle fiscal byzantin de 1203, or, nombre d‚Äô√ģles avaient fini par √©chapper √† l‚Äôimp√īt. Cette omission pourrait aussi avoir √©t√© volontaire de la part de Venise qui aurait ainsi profit√© de sa connaissance g√©ographique de la r√©gion, aux d√©pens des crois√©s. Elle se serait ainsi r√©serv√© des √©tapes essentielles √† son commerce maritime[18].

Marco Sanudo avait accompagné les Croisés à Constantinople. Il fut nommé juge à la cour consulaire de la ville conquise (giudice del commun) puis il participa aux négociations qui aboutirent à l'achat par Venise de la Crète qui avait échu à Boniface de Montferrat lors du partage[19].

Tableau romantique : foule dans une église
Boniface de Montferrat choisi chef de la Croisade. Henri de Caisne(1840)

Boniface de Montferrat, trop proche des G√©nois au go√Ľt de Venise, avait √©t√© choisi comme chef par les crois√©s. Cependant, il avait √©t√© priv√© du titre d'empereur au profit de Baudouin. Pour le d√©dommager, le partage lui avait accord√© le Royaume de Thessalonique (sa famille avait des liens √©troits avec la r√©gion) et la Cr√®te[20]. La r√©gion de Thessalonique n'avait cependant pas encore √©t√© conquise. L'arm√©e imp√©riale latine de Baudouin s'empara de la Thrace et de la Mac√©doine. Boniface consid√©ra que l'empereur enfreignait ses droits. Il mit le si√®ge devant Andrinople. Enrico Dandolo envoya une d√©l√©gation √† Boniface de Montferrat pour le ramener √† la raison. Cette d√©l√©gation √©tait men√©e par Geoffroi de Villehardouin et Marco Sanudo en faisait partie. Il s'agissait aussi d'√©viter que Boniface vend√ģt la Cr√®te, comme il avait annonc√© qu'il en avait l'intention, √† la R√©publique de G√™nes, la concurrente commerciale de Venise. Le , le trait√© d'Andrinople entre Boniface et Venise fut sign√©. La S√©r√©nissime obtenait la Cr√®te et Boniface garantissait et prot√©geait les possessions v√©nitiennes. Quant √† lui, il obtenait le Royaume de Thessalonique dont la possession et la protection lui √©taient garanties par Venise[21]. Certaines chroniques m√©di√©vales sugg√®rent, √† partir de celle d'Enrico Dandolo (1360-1362) que le Trait√© d'Adrinople aurait accord√© des possessions en Cr√®te √† Marco Sanudo, ce que le document officiel, conserv√©, contredit[22] - [23].

Prise de Naxos

Carte de Naxos situant les lieux de la conquête
Carte de Naxos situant les lieux de la conquête.

Venise craignait que sa grande rivale, la R√©publique de G√™nes profit√Ęt de la situation troubl√©e dans la M√©diterran√©e orientale pour essayer d'y accro√ģtre son influence. Venise avait r√©ussi √† arracher la Cr√®te au moment o√Ļ G√™nes allait l'acheter. Cette derni√®re exigea que la S√©r√©nissime renon√ß√Ęt, faute de guerre, √† l'√ģle. Un conflit, in√©vitable, commen√ßa[24]. Au d√©but de 1205, on apprit √† Constantinople qu'une flotte g√©noise avait fait son apparition dans l'√Čg√©e. Marco Sanudo, avec l'accord de son oncle Enrico Dandolo, mais aussi la b√©n√©diction de l'empereur latin recruta, sur ses propres deniers, les √©quipages pour huit gal√®res mises √† sa disposition afin d'essayer de contrer les G√©nois. Les marins recrut√©s √©taient des V√©nitiens tous volontaires[19] - [25].

Il aborda sur la c√īte sud-ouest de Naxos, pr√®s de Potamides. Le d√©barquement ne rencontra aucune opposition de la part de la population locale. La forteresse byzantine, Apalyrou, √† peu pr√®s √† trois kilom√®tres dans les terres, √©tait alors tenue par des G√©nois et des Grecs. Sanudo aurait fait br√Ľler ses vaisseaux apr√®s le d√©barquement, pour augmenter la d√©termination de ses troupes. Le si√®ge de la forteresse dura cinq semaines. Sa prise donna le contr√īle de l'int√©gralit√© de l'√ģle[26] - [27].

Confirmations

Pierre tombale portant le nom d'Henricus Dandolo
Tombe d'Enrico Dandolo dans Sainte-Sophie.

Marco Sanudo devait cependant se faire confirmer sa conquête par les autorités de l'Empire latin. Il retourna donc à Constantinople. Baudouin avait disparu lors de la bataille d'Andrinople le , contre les Bulgares. Et l'oncle de Sanudo, le doge Enrico Dandolo était mort le 1er juin. Le podestat nommé pour assurer l'intérim en attendant l'élection du doge suivant, Marino Zeno, et le Conseil des Vénitiens l'assurèrent que sa conquête serait confirmée. Cependant, une condition était posée : elle ne pouvait être transmise qu'à un Vénitien[26] - [28].

En , Sanudo partit pour Venise annoncer la mort du doge et se faire confirmer sa conquête. Il participa à l'élection de Pietro Ziani qui lui accorda le droit de s'emparer à titre privé des Cyclades non évoquées dans le Partitio Terrarum. En fait, ce droit fut accordé à tous les citoyens vénitiens pour tous les territoires byzantins non évoqués dans le Partitio Terrarum[29] - [30].

Les G√©nois s'√©taient install√©s et fortifi√©s en Cr√®te et √† Corfou, mena√ßant l'h√©g√©monie v√©nitienne. La S√©r√©nissime arma une flotte pour les d√©loger. Sanudo participa √† l'exp√©dition car les G√©nois en Cr√®te mena√ßaient aussi directement son √ģle. Enrico Pescatore, au service de G√™nes, avec une flotte qui comptait principalement huit gal√®res, avait d√©barqu√© en Cr√®te en 1206. La flotte v√©nitienne captura quatre gal√®res g√©noises √† Spinalonga, puis patrouilla les eaux cr√©toises et arraisonna tous les navires ennemis. Cependant, il n'y eut pas de d√©barquement pour reprendre l'√ģle. La campagne finie, la flotte v√©nitienne repartit vers ses bases et Marco Sanudo put se rendre √† Constantinople se faire confirmer en 1207 sa possession (et ses projets de conqu√™te) par le nouvel empereur, Henri de Hainaut qui avait succ√©d√© √† son fr√®re[31] - [32].

Conqu√™te des autres √ģles

L'autorisation v√©nitienne et imp√©riale encouragea d'autres aventuriers. Une exp√©dition, sur des fonds priv√©s toujours, fut mont√©e en 1206-1207. En 1207, Marco Sanudo contr√īlait les Cyclades avec ses compagnons et parents. Un certain Marino Dandolo devint seigneur d'Andros et lui pr√™ta hommage ; d'autres V√©nitiens, les fr√®res Andrea et Geremia Ghisi devinrent ma√ģtres de Tinos et Mykonos ainsi que des Sporades[N 2] ; Pietro Guistianini et Domenico Michieli se partag√®rent K√©a. Marco Sanudo se serait empar√© quant √† lui d'une dizaine des principales √ģles : Naxos, Paros, Antiparos, Milos, Kimolos, Ios, Amorg√≥s, Siphnos, Sikinos, Syros, Folegandros et Kythnos[33] - [34] (cependant l'histoire particuli√®re de chaque √ģle est mal connue pour le XIIIe si√®cle, et certaines dynasties (Barozzi, Querini) que l'on pensait s'√™tre install√©es d√®s la fondation du duch√© semblent n'avoir acquis leurs possessions qu'√† partir du XIVe si√®cle[35]). Certaines chroniques sugg√®rent que Sanudo se serait empar√© aussi peut-√™tre d√®s cette √©poque de la ville de Smyrne[36].

La conqu√™te semble s'√™tre faite tr√®s facilement. Il n'y a pas de r√©cits de combats. Il semblerait que tout ce que les conqu√©rants avaient √† faire √©tait d'entrer dans les principaux ports des √ģles et d'annoncer qu'ils prenaient le pouvoir. Diverses explications ont √©t√© avanc√©es. Une des plus √©videntes √©tait que l'√Čg√©e √©tait alors infest√©e de pirates et que seule la flotte v√©nitienne √©tait capable de les √©radiquer. Que Sanudo et ses compagnons aient √©t√© des personnes priv√©es plut√īt que des capitaines au service de Venise n'entra pas en ligne de compte : les V√©nitiens √©taient pr√©f√©rables √† l'ins√©curit√©. De plus, Sanudo ne s'ali√©na pas les classes dominantes grecques (les archont√©s). Il leur confirma leurs biens, leurs privil√®ges et leur religion. Il n'eut donc pas d'opposition √† craindre de la part des √©lites et donc des populations contr√īl√©es par ces √©lites[13].

Carte des Cyclades
R√©partition des √ģles entre les conqu√©rants.

Autre version

Guillaume Saint-Guillain, dans son article de 2004 (publi√© en 2006), apr√®s avoir analys√© les diverses chroniques m√©di√©vales et remis en cause leur fiabilit√©, s'int√©resse √† des documents imm√©diatement contemporains des faits. L'archev√™que m√©tropolite d'Ath√®nes, Micha√®l Ch√īniat√®s, r√©fugi√© sur K√©a pour fuir l'avanc√©e latine √©crivit fin 1208 ou d√©but 1209 une lettre au patriarche Ňďcum√©nique o√Ļ il refusait, pour des questions de sant√©, le si√®ge vacant de Paros-Naxos. Il semble peu probable qu'il ait fui la domination latine √† Ath√®nes pour se placer sous une autre domination dans les Cyclades. Dans son po√®me Th√©an√ī, il √©voque la r√©sistance des Grecs aux Latins. De ce texte, on peut conjecturer que ¬ę son ¬Ľ √ģle, K√©a, n'√©tait pas soumise en 1212. Il sugg√®re aussi qu'il y aurait eu une tentative latine infructueuse de s'emparer de l'archipel vers 1205, sans pour autant que Marco Sanudo f√Ľt concern√©. Il faudrait donc placer √† une date plus tardive la conqu√™te de l'archipel par les V√©nitiens[37].

La fusion de deux mondes

Marco Sanudo fut l'initiateur des deux principales lignes politiques suivies par le duché de Naxos : l'indépendance vis-à-vis de Venise et les bonnes relations avec les Grecs de ses domaines[38].

Féodalité occidentale en terre grecque

En 1210[N 3], Marco Sanudo rendit hommage pour le duch√© √† l'empereur latin Henri de Hainaut qui lui accorda le titre de pair de l'Empire byzantin[39] et de Duc de l'Archipel. Ce serait en effet ce duch√© qui aurait suscit√© la cr√©ation du mot ¬ę archipel ¬Ľ qui viendrait du v√©nitien ¬ę archipelago ¬Ľ, d√©formation du nom grec de la mer √Čg√©e ¬ę Aigaion Pelagos ¬Ľ (őĎőĻő≥őĪőĻőŅőĹ ŌÄőĶőĽőĪő≥őŅŌā)[40]. Sanudo avait choisi de devenir le vassal de l'empereur plut√īt que de risquer de finir simple gouverneur des √ģles au nom de Venise. Il s'assurait ainsi la propri√©t√© d√©finitive de ses conqu√™tes, en √©change des services habituels de la f√©odalit√© : aide et conseil[41].

Le syst√®me f√©odal occidental s'implanta alors en Gr√®ce. Hormis les Ghisi (peut-√™tre vassaux directs de l'empereur), les Italiens dans les Cyclades √©taient les vassaux de Marco Sanudo, lui-m√™me vassal de l'empereur. En effet, les soldats et les marins qui avaient conquis les √ģles avec leur capitaine furent r√©compens√©s par des fiefs et furent faits chevaliers, devant aide et conseil √† leur suzerain. Ils devinrent feudati ou feudatori, vivant des revenus de leur terre et constituant une nouvelle √©lite sociale √† c√īt√© de celle des archont√©s. La nouvelle que de simples manants pouvaient devenir chevaliers en Gr√®ce se r√©pandit et de nouveaux aventuriers arriv√®rent d'Italie, de France et d'Espagne[42] - [43].

Marco Sanudo respecta les droits et les propri√©t√©s (pronoias en grec) des archont√©s grecs. Sur les cinquante-six fiefs (ŌĄŌĆŌÄőŅőĻ) recens√©s sur Naxos, plus de la moiti√© appartenaient √† des Grecs. Il semblerait qu'il y ait eu suffisamment de terres vacantes ou dans le domaine public pour que Sanudo ait pu les distribuer √† ses vassaux ¬ę francs ¬Ľ sans en confisquer. Au m√™me moment, en Cr√®te, Venise confisqua les terres des archont√©s et se les ali√©nait au point de devoir affronter de tr√®s nombreuses r√©voltes dans les si√®cles suivants. Sanudo ne rencontra pas ce type de probl√®mes avec la population locale[44] - [45].

Le syst√®me f√©odal ¬ę franc ¬Ľ se surimposa au syst√®me administratif byzantin, conserv√© par les nouveaux seigneurs : les taxes et corv√©es f√©odales √©taient appliqu√©es aux divisions administratives byzantines et l'exploitation des fiefs continuait selon les techniques byzantines[46]. La loi byzantine resta aussi en vigueur pour les mariages et les propri√©t√©s pour la population locale d'origine grecque[47]. Il en √©tait de m√™me pour la religion : si la hi√©rarchie catholique dominait, la hi√©rarchie orthodoxe subsistait et parfois, lorsque le cur√© catholique n'√©tait pas disponible, la messe √©tait c√©l√©br√©e par le pope orthodoxe[46].

Les deux cultures se m√™l√®rent √©troitement. Les ¬ę nobles ¬Ľ d'origine italienne et grecque parlaient l'italien, que la population locale appelait le ¬ę franc ¬Ľ. Les classes populaires parlaient un ¬ę italohell√©nique ¬Ľ, sorte de langue vernaculaire construite √† partir d'un m√©lange des deux langues[48].

Gestion du duché

Ruines d'un haut mur en pierres.
Restes du donjon que Sanudo érigea dans le kastro de Naxos.

Sanudo gouverna directement Naxos et Milos et nomma des gouverneurs pour les autres √ģles. Le P√®re Saulger lui attribua la cr√©ation de toutes les institutions du duch√©, ce qui n'est pas tout √† fait av√©r√©[38]. Il se serait entour√© d'un conseil (universit√†) inspir√© du mod√®le v√©nitien de la Commune et compos√© de Grecs et Latins. √Ä ses c√īt√©s se serait trouv√© un vicario qui le rempla√ßait quand il √©tait absent (ce qui fut souvent le cas). Le commandant en chef des troupes portait le titre de megas kapetanios (en grec), grand capitaine. Il y aurait aussi eu un tr√©sorier, un chancelier et une administration judiciaire[49]. Le Duc battait aussi monnaie, le ¬ę ducat[50] ¬Ľ.

Marco Sanudo changea le visage de Naxos en faisant redescendre la population vers le littoral. Il fit en effet construire une nouvelle capitale[N 4], au bord de la mer, sur le site de la ville antique abandonn√©e. Le port √©tait bien meilleur qu'√† Potamides. Il fit √©riger une ou plusieurs jet√©es. Certaines sources √©voquent une jet√©e entre la terre ferme et l'√ģlot o√Ļ se trouve le temple antique. D'autres consid√®rent que la chapelle actuelle de Myrtidiotissa repose sur cette jet√©e m√©di√©vale. Sur l'ancienne acropole antique, une forteresse, le castro, fut construite. Elle englobait dans un mur d'enceinte compl√©t√© de tours le palais ducal, avec un donjon et une chapelle ducale en style gothique (aujourd'hui disparue), les r√©sidences des familles latines et la cath√©drale catholique, d√©di√©e √† l'Annonciation. Les Grecs s'install√®rent entre le castro et le port, dans les faubourgs de Bourgou et N√©ochorio[51] - [52].

Il fit de m√™me sur Milos o√Ļ il fit construire une nouvelle capitale plus pr√®s de la mer : Apanokastro o√Ļ s'installa la population latine[53].

Familles catholiques et familles orthodoxes

Les Occidentaux dans le duch√© de Sanudo n'√©taient pas tr√®s nombreux. On estime qu'ils repr√©sentaient un peu plus de 10 % de la population de Naxos, ¬ę l'√ģle capitale ¬Ľ, soit autour de 300 personnes et que leur proportion √©tait plus faible dans les autres √ģles autour de 5 %[49]. Les classes sup√©rieures franques et grecques se m√™l√®rent rapidement. Dans un premier temps, seuls des hommes avaient quitt√© l'Occident et les familles h√©sit√®rent √† envoyer leurs filles. On se maria donc sur place[44].

Le probl√®me religieux, qui remontait au schisme de 1054, ne pouvait que se poser dans les terres de Marco Sanudo. Le duc, comme ses proches √©taient des catholiques romains et la population des orthodoxes grecs. Install√© en terre grecque, Marco Sanudo ne pr√©voyait cependant pas de se convertir √† l'orthodoxie. Il √©tait persuad√©, comme les autres Latins que ¬ęsa¬Ľ forme de christianisme √©tait sup√©rieure aux autres et que celles-ci devaient lui √™tre soumises[54].

Il ne semble pas qu'il y ait eu au moment de la conqu√™te d'√©v√™que de Paronaxia[N 5]. Il n'y eut pas non plus d'√©v√™que grec durant les premi√®res ann√©es. Marco Sanudo craignait qu'ils aient √©t√© plus fid√®les √† l'Empire de Nic√©e qu'au duch√© de Naxos. Les popes √©taient alors dirig√©s uniquement par un protopapas. Cependant, tous les pr√©lats orthodoxes furent confirm√©s dans leur cure et les monast√®res, qui d√©pendaient de l'ordre de Saint Basile, furent exempt√©s d'imp√īts. Sanudo r√©ussit √† m√©nager la susceptibilit√© religieuse de ses sujets, √©vitant ainsi une source de conflit. En 1208, Sanudo demanda au Pape Innocent III de lui envoyer un √©v√™que catholique. Le nom de ce pr√©lat n'est pas connu. Le second √©v√™que r√©gna de 1243 √† 1253, apr√®s la mort de Marco Sanudo[43] - [55].

Au service de Venise et de l'empereur

Les expéditions crétoises de 1211 et 1212

Gravure représentant un lion ailé au-dessus d'une carte de Crète
Le lion ailé de St Marc, symbole de la République de Venise surplombant la Crète.

En 1211, Enrico Pescatore √©tait toujours pr√©sent en Cr√®te malgr√© les exp√©ditions v√©nitiennes de 1207 √† 1211. Apr√®s un d√©barquement cette fois-ci, la ville de Candie fut prise puis l'√ģle peu √† peu conquise. Pescatore se r√©fugia dans sa principale forteresse, Paleocastro. Il s'y maintint gr√Ęce √† des renforts r√©guliers g√©nois. Cependant, vers la fin de 1210 ou au d√©but de 1211, sa situation devint intenable. Il traita avec Venise qui entra en possession compl√®te de la grande √ģle, tandis que Pescatore √©pousait une riche v√©nitienne qui lui apporta une immense dot[56].

Ayant n√©goci√© le trait√© d'acquisition de la Cr√®te, il semble logique que Marco Sanudo ait particip√© aux exp√©ditions v√©nitiennes destin√©es √† s'assurer de l'√ģle[57]. Cependant, les sources divergent quant √† son r√īle r√©el. Certaines chroniques lui avaient d√©j√† accord√© la possession de terres sur l'√ģle depuis le Trait√© d'Andrinople avec Boniface[N 6]. Il participa aux combats et aurait, selon certaines chroniques (fond√©es sur celle peu fiable d'Enrico Dandolo de 1360-1362), exerc√© l'int√©rim du pouvoir entre le d√©part du commandant des exp√©ditions, le Capitanio Anzolo Querini (qui co√Įncida avec le d√©part de Pescatore) et l'arriv√©e du duc Giacomo Tiepolo[58] - [23].

La politique v√©nitienne en Cr√®te √©tait tout √† fait diff√©rente de celle men√©e par Sanudo dans son duch√© de Naxos. La S√©r√©nissime ne sut pas se concilier la population locale. De plus, des colons v√©nitiens furent envoy√©s sur l'√ģle o√Ļ ils s'empar√®rent des terres. Les archont√©s cr√©tois furent ceux qui souffrirent le plus de ses expropriations. Ils se r√©volt√®rent en 1212 contre le gouverneur v√©nitien Giacomo Tiepolo qui appela √† nouveau Sanudo √† l'aide. Il lui promit trente propri√©t√©s en fief en √©change de ses services. Il vint √† la fin du printemps avec d'importantes troupes, constitu√©es en grande partie de ses sujets grecs, donc pratiquant le m√™me type de combat que les Cr√©tois insurg√©s. En quelques semaines, sa victoire fut totale. Un diff√©rend opposa alors les deux chefs Tiepolo et Sanudo. La cause n'en est pas connue. Peut-√™tre Tiepolo refusa-t-il de tenir sa promesse concernant les trente fiefs. Peut-√™tre Sanudo avait-il r√©ellement des vues sur l'√ģle o√Ļ il comptait sur la popularit√© qu'il avait gagn√©e aupr√®s des Grecs gr√Ęce √† sa politique dans son duch√©[59].

Le conflit √©clata en juin 1212 soit en raison d'une p√©nurie de pain ou d'un retard de soldes pour les troupes du duch√© de Naxos. Marco Sanudo prit la t√™te d'une troupe qui comprenait des Latins et des Grecs et qui criait ¬ę Vive Saint Marc et vive Sanudo, Roi de Candie ! ¬Ľ. Tr√®s vite, il devint ma√ģtre de l'int√©gralit√© de l'√ģle, hormis la forteresse de T√©menos (au sud de la ville de Candie) o√Ļ s'√©taient r√©fugi√©s Tiepolo et ses partisans. Lorsque Sanudo tenta d'y mettre le si√®ge, il en fut emp√™ch√© par une sortie des troupes de Tiepolo. Cette d√©faite fit perdre √† Sanudo une partie de ses soutiens parmi les Grecs. Venise envoya alors des renforts. En , la ville de Candie fut reprise. La tentative de Sanudo avait √©chou√©, m√™me s'il tenait encore une demi-douzaine de forteresses et une grande partie de l'√ģle. Il r√©ussit √† n√©gocier une paix honorable (le trait√© a √©t√© conserv√© dans les archives v√©nitiennes). Sanudo promit de ne plus jamais tenter d'ajouter la Cr√®te √† son duch√© et de ne jamais y remettre les pieds, sans la permission du doge. Il fut autoris√© √† quitter l'√ģle avec sept navires. Venise lui accorda une ran√ßon de 1 500 hyperp√®res, 3 000 boisseaux de bl√© et 2 000 d'orge ainsi que la gr√Ęce de ses lieutenants (latins et grecs) faits prisonniers[N 7] - [60]. Cette ¬ę ran√ßon ¬Ľ pourrait aussi n'√™tre qu'un accord pass√© entre deux chefs de guerre latins victorieux qui se seraient disput√© lors du partage d'une r√©gion de l'Empire byzantin dont ils venaient de s'emparer. Aider Sanudo plut√īt que Tiepolo aurait sembl√© plus profitable aux archont√©s grecs. En √©change, Sanudo restitua les places fortes qu'il tenait autour de La Can√©e et R√©thymnon[61].

La lutte contre l'Empire de Nicée

Vassal de l'empereur latin, Marco Sanudo lui devait aide militaire. Il participa donc aux guerres contre l'Empire de Nic√©e et Th√©odore Lascaris. Sanudo s'empara de Smyrne, principal d√©bouch√© maritime pour Nic√©e, √† une date mal connue. Il semblerait aussi que la flotte naxiote compos√©e de sept √† huit gal√®res ait d√Ľ affronter une trentaine de gal√®res de Nic√©e qui aurait remport√© la bataille. Sanudo aurait alors √©t√© fait prisonnier. Il aurait pay√© sa ran√ßon en restituant Smyrne et les terres qu'il avait conquises sur le continent[62] - [63].

C'est √† partir de cet √©pisode que Guillaume Saint-Guillain, dans son article de 2004 (publi√© en 2006), propose une autre datation pour la conqu√™te des Cyclades par Marco Sanudo. Giudice del commun (juge √† la cour consulaire) √† Constantinople, ce dernier y aurait exerc√© ses fonctions jusqu'√† son intervention en Cr√®te de 1211-1212. Il quitta l'√ģle o√Ļ il n'avait pas r√©ussi √† se tailler un domaine avec sept navires. Au d√©but de 1213, Henri de Hainaut, en guerre contre Th√©odore Lascaris appela, dans une lettre conserv√©e, les Latins √† venir lui pr√™ter assistance dans une victoire assur√©e. Sanudo, toujours en qu√™te d'un domaine, aurait rejoint les forces de l'empereur latin. Ici se placerait l'affrontement entre les sept navires avec lesquels il avait quitt√© la Cr√®te et la flotte de Nic√©e. Sa d√©faite entra√ģna sa captivit√©. Dans le trait√© de paix, les Latins rendirent la r√©gion de Smyrne mais l'Empire de Nic√©e reculait. Le mariage de Sanudo avec la sŇďur de l'empereur grec (cf. infra) pourrait alors rentrer dans le cadre de la politique de d√©tente entre Latins et Grecs. Marco Sanudo aurait alors repris, peu apr√®s 1213-1214, ses sept √† huit navires (fournis par Venise) pour s'emparer, enfin, d'un territoire, les Cyclades, pour lesquelles il fit hommage √† l'empereur Henri en 1216 √† Thessalonique[64].

Marco Sanudo aurait aussi particip√© aux guerres men√©es contre Theodoros Angelos Doukas, le Despote d'√Čpire[62]. Il accompagna l'empereur latin Henri dans sa derni√®re exp√©dition militaire en 1216. Il se rendit √† la convocation des vassaux √† Thessalonique avec 1 500 hommes et son fils Angelo. L√†, l'empereur, juste avant son assassinat, reconnut ce dernier comme successeur de son p√®re au titre de Duc de Naxos. Apr√®s l'empoisonnement d'Henri, Marco Sanudo semble √™tre retourn√© sur Naxos, laissant son fils et ses troupes remplir les obligations f√©odales. Les sources ne sont alors pas tr√®s claires quant √† savoir √† qui Angelo pr√™ta hommage : Pierre II de Courtenay ou Robert de Courtenay, avant ou apr√®s le d√©c√®s de son p√®re. Les troupes du duch√©, men√©es soit par Marco lui-m√™me, soit par Angelo, prirent part au reste de la campagne[65].

Mariage et descendance

Blason argent et azur
Armes des Sanudi, ducs de Naxos

Mariages

Les sources ne sont pas claires quant √† l'√©pouse de Marco Sanudo. Il est s√Ľr qu'il √©pousa une sŇďur de l'empereur, mais il n'est pas possible de savoir s'il s'agit d'Angela la sŇďur du premier empereur latin Baudouin de Hainaut ou de la sŇďur de l'empereur de Nic√©e Th√©odore Lascaris, qui la lui aurait donn√©e en reconnaissance de la valeur qu'il aurait montr√©e lors des conflits qui oppos√®rent les deux hommes. On sait aussi qu'il eut au moins deux fils, Angelo et Giovanni. Angelo aurait √©t√© issu d'un premier mariage, puisqu'il avait 26 ans lorsqu'il succ√©da √† son p√®re. Giovanni aurait v√©cu √† N√©groponte jusqu'en 1260[66] - [67].

Décès et successeur

Marco Sanudo d√©c√©da d'une longue fi√®vre, √† plus de soixante-dix ans, entre 1220 et 1230 selon les sources[66]. La date de 1220 pour la mort de Marco Sanudo repose sur une lettre de Marco II Sanudo √† la R√©publique de Venise o√Ļ il √©crit que son p√®re Angelo Sanudo a pr√™t√© hommage √† l'empereur Robert apr√®s la mort de son grand-p√®re Marco Sanudo. Robert r√©gna de 1219 √† 1228. Il est alors commun√©ment accept√© que Marco Sanudo serait mort vers 1220. Mais, n‚Äôimporte quelle date entre 1220 et 1228 est envisageable. Guillaume Saint-Guillain, s'appuyant sur une donation d'un monast√®re de Naxos ¬ę in articulo mortis ¬Ľ (¬ę √† l'article de la mort ¬Ľ) faite √† Venise par Marco Sanudo √† un monast√®re v√©nitien en [N 8], propose un d√©c√®s de Marco Sanudo, √† Venise en septembre ou [68].

D'autres interpr√©tations, pas forc√©ment cr√©dibles face au texte de cette donation, envisagent qu'il n'aurait pas forc√©ment √©t√© av√©r√© que Marco Sanudo f√Ľt d√©c√©d√© au moment o√Ļ Angelo Sanudo pr√™ta hommage √† l'empereur. Elles citent des chroniqueurs v√©nitiens racontant la r√©bellion cr√©toise de 1230 qui mentionnent l'intervention de Marco Sanudo appel√© √† l'aide par le Duc v√©nitien de l'√ģle, Giovanni Storlato. Mais, l'implication dans le conflit de la puissante flotte de Jean III Doukas Vatatz√®s, l'empereur de Nic√©e, aurait amen√© Sanudo √† se retirer de Cr√®te afin de ne pas voir ses possessions menac√©es. Il aurait peut-√™tre aussi re√ßu des cadeaux qui auraient influenc√© sa d√©cision. Enfin, si Sanudo avait √©pous√© la sŇďur de l'empereur de Nic√©e Th√©odore Lascaris, Vatatz√®s et lui √©taient beaux-fr√®res, ce qui aurait facilit√© un arrangement. Cet √©pisode est le dernier mentionn√© dans les chroniques √† propos de Marco Sanudo qui serait donc, pour celles-ci, d√©c√©d√© au plus tard au d√©but des ann√©es 1230[69].

Son fils Angelo Sanudo lui succéda.

Arbre généalogique

Marco Sanudo
Constantinopolitani
Enrico Dandolo
(doge de Venise)
une sŇďur d'Enrico
Pietro Sanudo
Bernardo Sanudo
Lunardo Sanudo
1. Inconnue
Duc de Naxos Marco Sanudo
1205 ? - 1227 ?
2. Une sŇďur de l'empereur
(latin ou de Nicée ?)
une fille de Macaire
de Sainte-Menehould
Duc de Naxos Angelo Sanudo
1227 ? - 1262 ?
Giovanni Sanudo
(installé en Eubée)
une fille
‚ąě Paolo Navigaioso
(seigneur de Lemnos)
Marino Sanudo
(apanage de Paros et Antiparos)
‚ąě Portia da Verona
Duc de Naxos Marco II Sanudo
1262 ? - 1303
Duc de Naxos Guglielmo Sanudo
1303 - 1323
Francesco Sanudo
(apanage de Milos)
‚ąě Cassandra de Durnay
Marco Sanudo
(apanages à Andros et en Eubée)
Marco (Marcolino) Sanudo
(apanage de Milos)
Duc de Naxos Niccolò Sanudo
‚ąě Jeanne de Brienne
1323 - 1341
Marino et Pietro Sanudo
Duc de Naxos Giovanni Sanudo
1341 - 1362
Gugliemo Sanudo
Fiorenza Sanudo
Duc de Naxos Francesco Ier Crispo
1383 - 1397
1. Giovanni dalle Carceri
Duchesse de Naxos Fiorenza Sanudo
1362 - 1371
Duc de Naxos 2. Niccolo Sanudo Spezzabanda
1362 - 1371
Duc de Naxos Giacomo Ier Crispo
1397 - 1418
Duc de Naxos Niccolo dalle Carceri
1371 - 1383
Maria Sanudo
‚ąě Gaspard Sommaripa
Fiorenza Sanudo-Sommaripa
Ducs de Naxos Famille Crispo

Notes et références

Notes

  1. J.K. Fotheringham place sa mort vers 1229 et G. Saint-Guillain en 1227.
  2. Saint-Guillain 2006, p. 182 s'appuie des documents d'archives plaçant les Ghisi plus d'un demi-siècle plus tard. Ils n'auraient donc pu participer à cette expédition.
  3. C'est la date retenue par la plupart des sources, mais sans réelle preuve : 1207, 1209 et 1212 ont aussi été proposées (Fotheringham et Williams 1915, p. 60-61).
  4. Náxos, aussi appelée Chóra.
  5. Les deux √ģles, Paros et Naxos, formaient un seul √©v√™ch√©.
  6. D'autres vont jusqu'à en faire, à tort, le fondateur d'Héraklion (Fotheringham et Williams 1915, p. 87 et Saint-Guillain 2006, p. 150)
  7. Frazee 1988, p. 19-20 propose cependant (erreur de copie ?) 2 500 hyperp√®res
  8. Le document est conservé.

Références

  1. Saint-Guillain 2006, p. 130.
  2. Saint-Guillain 2006, p. 140-142.
  3. Saint-Guillain 2006, p. 149-152.
  4. Saint-Guillain 2006, p. 160-164.
  5. Saint-Guillain 2006, p. 127 et 178.
  6. Fotheringham et Williams 1915, p. 1-12.
  7. Fotheringham et Williams 1915, p. 12-13.
  8. Fotheringham et Williams 1915, p. 13.
  9. Fotheringham et Williams 1915, p. 14-15.
  10. Fotheringham et Williams 1915, p. 15.
  11. Hetherington 2001, p. xiv et xvi.
  12. Frazee 1988, p. 6-9.
  13. Frazee 1988, p. 15.
  14. Guide Bleu. Îles grecques., p. 298.
  15. (en) Anna Avramea, ¬ę Land and Sea Communications. 4th-15th centuries ¬Ľ, in Economic History of Byzantium., p. 87.
  16. Fotheringham et Williams 1915, p. 17-20.
  17. Fotheringham et Williams 1915, p. 20-21.
  18. Hetherington 2001, p. xvii-xviii.
  19. Frazee 1988, p. 12.
  20. Fotheringham et Williams 1915, p. 24-31.
  21. Fotheringham et Williams 1915, p. 32-33.
  22. Fotheringham et Williams 1915, p. 35.
  23. Saint-Guillain 2006, p. 150.
  24. Fotheringham et Williams 1915, p. 39.
  25. Fotheringham et Williams 1915, p. 41.
  26. Frazee 1988, p. 13.
  27. Fotheringham et Williams 1915, p. 42-44.
  28. Fotheringham et Williams 1915, p. 46-47.
  29. Frazee 1988, p. 13-14.
  30. Fotheringham et Williams 1915, p. 48-49.
  31. Frazee 1988, p. 14.
  32. Fotheringham et Williams 1915, p. 51-55.
  33. Jean Longnon, p. 91
  34. Fotheringham et Williams 1915, p. 56-59.
  35. Louise Buenger Robbert, Venice and the Crusades in A History of the Crusades vol.V p. 432, d'après les travaux de Silvano Borsari et de R-J Loenertz
  36. Fotheringham et Williams 1915, p. 62-65.
  37. Saint-Guillain 2006, p. 204-214.
  38. Slot 1982, p. 36.
  39. Slot 1982, p. 35.
  40. Hetherington 2001, p. xviii-xix.
  41. Frazee 1988, p. 16.
  42. Frazee 1988, p. 16-17.
  43. Fotheringham et Williams 1915, p. 72.
  44. Frazee 1988, p. 17.
  45. Fotheringham et Williams 1915, p. 73.
  46. Slot 1982.
  47. (en) ¬ę Naxos ¬Ľ in (en) Alexander Kazhdan (dir.), Oxford Dictionary of Byzantium, New York et Oxford, Oxford University Press, , 1re √©d., 3 tom. (ISBN 978-0-19-504652-6 et 0-19-504652-8, LCCN 90023208).
  48. Fotheringham et Williams 1915, p. 79.
  49. Frazee 1988, p. 18.
  50. Fotheringham et Williams 1915, p. 80.
  51. Frazee 1988, p. 20-21.
  52. Fotheringham et Williams 1915, p. 70-72.
  53. Frazee 1988, p. 43.
  54. Frazee 1988, p. 21.
  55. Frazee 1988, p. 21-22.
  56. Fotheringham et Williams 1915, p. 80-87.
  57. Saint-Guillain 2006, p. 203.
  58. Fotheringham et Williams 1915, p. 87-89.
  59. Fotheringham et Williams 1915, p. 91-93.
  60. Fotheringham et Williams 1915, p. 93-97.
  61. Saint-Guillain 2006, p. 194-200.
  62. Frazee 1988, p. 20.
  63. Fotheringham et Williams 1915, p. 65.
  64. Saint-Guillain 2006, p. 215-226.
  65. Fotheringham et Williams 1915, p. 67 et 97-98.
  66. Frazee 1988, p. 23.
  67. Fotheringham et Williams 1915, p. 66-68.
  68. Saint-Guillain 2006, p. 226-233.
  69. Fotheringham et Williams 1915, p. 100-101.

Annexes

Bibliographie

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  • (en) Paul Hetherington, The Greek Islands : Guide to the Byzantine and Medieval Buildings and their Art, Londres, Quiller Press, , 355 p. (ISBN 1-899163-68-9).
  • (en) Angeliki Laiou, The Economic History of Byzantium. From the 7th through the 15th Century., Dumbarton Oaks, Harvard University, 2002. Lire en ligne
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  • B. J. Slot, Archipelagus Turbatus : Les Cyclades entre colonisation latine et occupation ottomane. c.1500-1718., Istamboul, Publications de l'Institut historique-arch√©ologique n√©erlandais de Stamboul, , 323 p. (ISBN 90-6258-051-3).

Articles connexes

Liens externes

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