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La Nuit (Wiesel)

La Nuit est un récit d'Elie Wiesel fondé sur son expérience lorsque, jeune juif orthodoxe, il fut déporté avec sa famille dans le camp d'extermination nazi d'Auschwitz, puis dans le camp de concentration Buchenwald[2], dont il fut libéré le , à l'ùge de 16 ans.

« Jamais je n'oublierai cette nuit, la premiĂšre nuit de camp, qui a fait de ma vie une nuit longue et sept fois verrouillĂ©e. Jamais je n'oublierai cette fumĂ©e. Jamais je n'oublierai les petits visages des enfants dont j'avais vu les corps se transformer en volutes sous un azur muet [...] Jamais je n'oublierai cela, mĂȘme si j'Ă©tais condamnĂ© Ă  vivre aussi longtemps que Dieu lui-mĂȘme. Jamais[1]. »

La Nuit
Auteur Elie Wiesel
Pays Roumanie
Genre Autobiographie, Shoah
Version originale
Langue Yiddish
Titre ŚŚ•ŚŸ Ś“Ś™ Ś°ŚąŚœŚ˜...
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(...Un di Velt Hot Geshvign)
Date de parution 1955
Version française
Éditeur Les Éditions de Minuit
Collection Documents/Double
Date de parution 1958/2006
Type de média Imprimé (broché)
Nombre de pages 200
ISBN 978-2-7073-1992-0
Chronologie

Issu d'un milieu fortement religieux, sa confiance en Dieu et en l'humanitĂ© fut fortement Ă©branlĂ©e par l'expĂ©rience concentrationnaire, qu'il dĂ©cida de ne pas Ă©voquer pendant dix ans. Il la transcrivit au terme de cette pĂ©riode sous forme d'un manuscrit en yiddish, qui fut publiĂ© en 1955 sous le titre d’...Un di Velt Hot Geshvign (...Et le monde se taisait), puis traduit (ou, selon certains, adaptĂ© pour un public plus large[3]) en français. Cinquante ans plus tard, le volume de 178 pages[4], dĂ©crit comme « dĂ©vastateur dans sa simplicitĂ©[5] », est considĂ©rĂ© comme un pilier de la littĂ©rature de la Shoah, aux cĂŽtĂ©s de Si c'est un homme de Primo Levi et du Journal d'Anne Frank.

La Nuit est le premier volume d'une trilogie – La Nuit, L'Aube, et Le Jour – reflĂ©tant l'Ă©tat d'esprit de l'auteur pendant et aprĂšs la Shoah. Les titres marquent sa transition de l'obscuritĂ© Ă  la lumiĂšre[6], selon la tradition juive de compter le dĂ©but d'un nouveau jour Ă  partir du crĂ©puscule, en suivant Gen 1:5 : « Il y eut un soir et il y eut un matin : jour un. » « Dans La Nuit, dit Elie Wiesel, je souhaitais montrer la fin, la finalitĂ© de l'Ă©vĂ©nement. Tout tendait vers une fin – l'homme, l'histoire, la littĂ©rature, la religion, Dieu. Il ne restait rien. Pourtant, nous recommençons avec la nuit[7]. »

Sujet du livre

Sighet sur la carte d'Europe

Elie Wiesel est nĂ© le Ă  Sighet, une ville dans les Carpates de la Transylvanie du Nord, qui fut annexĂ©e Ă  la Hongrie en 1940 et abritait une communautĂ© juive majoritairement orthodoxe d'environ 10 000 - 20 000 membres depuis 1640[8]. Fils de Shlomo[9] et Sarah Wiesel, il avait deux sƓurs plus ĂągĂ©es, Hilda et Bea, et une sƓur cadette, Tzipora (Judith sur son acte de naissance[10]), ĂągĂ©e de 7 ans.

Lorsque l'Allemagne envahit la Hongrie à minuit le , peu de gens se crurent en danger ; La Nuit s'ouvre avec Moshé-le-Bedeau, survivant d'une opération de tuerie mobile, pressant en vain ses voisins de se sauver.

Alors que les AlliĂ©s se prĂ©paraient Ă  libĂ©rer l'Europe en mai et juin de cette annĂ©e, la famille Wiesel, ainsi que les 15 000 Juifs de Sighet et 18 000 autres Juifs des villages alentour, Ă©taient dĂ©portĂ©s par les Allemands Ă  Auschwitz[11]. Sa mĂšre et sa sƓur Tzipora furent immĂ©diatement envoyĂ©es dans les chambres Ă  gaz. Hilda et BĂ©a survĂ©curent, sĂ©parĂ©es du reste de la famille. Elie et Shlomo Wiesel parvinrent Ă  demeurer ensemble, survivant aux coups, aux privations, aux sĂ©lections et Ă  la longue marche dans la neige jusqu'Ă  Buchenwald, oĂč Elie Wiesel vit son pĂšre Shlomo agoniser puis mourir, quelques semaines avant que les AlliĂ©s ne libĂšrent le camp.

Elie Wiesel reviendra Ă©galement sur ces Ă©vĂ©nements, ainsi que sur le processus d'Ă©criture de La Nuit lui-mĂȘme, dans le premier tome de ses mĂ©moires[12].

L'histoire d'Elie Wiesel, telle qu'il la raconte dans La Nuit

Sighet. La maison natale, aujourd'hui maison commémorative d'Elie Wiesel

On l'appelait Moché-le-Bedeau

« Juifs, écoutez-moi ! C'est tout ce que je vous demande. Pas d'argent, pas de pitié. Mais que vous m'écoutiez[13] ! »

Le narrateur de La Nuit est Eliezer, un jeune juif orthodoxe, studieux et profondément pieux, qui étudie le Talmud chaque jour, et court la nuit à la synagogue pour « pleurer la destruction du Temple[14]. » Il y retrouve aussi Moshé-le-Bedeau (chamess en yiddish), responsable de l'entretien de la synagogue hassidique locale fréquentée par les Wiesel, et le plus pauvre habitant de la ville ; possédant la « gaucherie du clown[15] », mais trÚs apprécié, Moshé-le-Bedeau enseigne au jeune Eliezer la Kabbale et les mystÚres de l'univers. Il considÚre que « l'homme s'élÚve vers Dieu par les questions qu'il Lui pose » et que « toute question possÚde un pouvoir qui ne repose pas dans la réponse[14] ». La Nuit revient fréquemment sur ce thÚme d'une foi spirituelle nourrie, non par les réponses mais les questions.

Lorsque le gouvernement hongrois décrÚte l'expulsion des Juifs incapables de prouver leur citoyenneté, Moshé-le-Bedeau et d'autres Juifs étrangers sont entassés dans un train de bestiaux et déportés en Galicie, dit-on. On pleure un peu, on oublie et l'on apprend qu'ils travaillent et sont satisfaits de leur sort[16].

Cependant, un MoshĂ© hagard reparaĂźt quelque temps plus tard Ă  Sighet. « Il ne chantait plus. Il ne me parlait plus de Dieu ou de la Kabbale, mais seulement de ce qu'il avait vu[13]. » Courant d'un foyer juif Ă  l'autre « pour vous raconter ma mort[17] », il leur apprend le destin du train des dĂ©portĂ©s : pris en charge par la Gestapo, la police secrĂšte allemande, aprĂšs avoir traversĂ© la frontiĂšre polonaise, les Juifs furent menĂ©s en camions dans la forĂȘt de Galicie, prĂšs de Kolomaye, oĂč on leur fit creuser de larges fosses. SitĂŽt fini, les hommes de la Gestapo les abattirent sans passion ni hĂąte. Chaque prisonnier devait s'approcher du trou et prĂ©senter sa nuque. Des bĂ©bĂ©s Ă©taient jetĂ©s en l'air et servaient de cibles aux mitraillettes. MoshĂ© leur parlait de Malka, la jeune fille qui avait agonisĂ© trois jours durant, et Tobias, le tailleur, qui avait suppliĂ© d'ĂȘtre tuĂ© avant ses fils. Lui-mĂȘme, MoshĂ© avait par miracle Ă©tĂ© blessĂ© Ă  la jambe et laissĂ© pour mort[18].

Mais les Juifs de Sighet « refusaient non seulement de croire à ses histoires, mais encore de les écouter.
Il essaye de nous apitoyer sur son sort. Quelle imagination... »
Ou bien : « Le pauvre, il est devenu fou. »

Et lui, il pleurait[13]. »

Un ghetto vidé de ses Juifs
« Le dernier convoi quitta la gare un dimanche matin. [...] Trois semaines à peine avant l'invasion de la Normandie par les Alliés. Pourquoi nous sommes-nous laissés prendre ? Nous aurions pu fuir, nous cacher dans les montagnes ou dans les villages. Le ghetto n'était pas trÚs bien gardé : une évasion en masse aurait eu toutes les chances de réussir.
Mais nous ne savions pas[19]. »

La vie redevient cependant « normale[17] » jusqu'au printemps 1944 ; la prise du pouvoir par le parti Nyilas, l'arrivée des Allemands à Sighet, que l'on trouve civilisés, cela ne suffit pas à inquiéter les Juifs de Sighet.

« Les Allemands étaient déjà dans la ville, les fascistes étaient déjà au pouvoir, le verdict était déjà prononcé et les Juifs de Sighet souriaient encore[20]. »

Au septiĂšme jour de la PĂąque, les Allemands arrĂȘtent les chefs de la communautĂ© juive, les assignent Ă  domicile, confisquent leurs biens et leur imposent le port de l'Ă©toile jaune. ConsultĂ© sur la situation par des notables de la communautĂ©, Shlomo Wiesel, qui a des relations dans la police hongroise, tente de dĂ©dramatiser la situation :

« L'étoile jaune ? Eh bien, quoi ? On n'en meurt pas... »

— (Pauvre pùre ! De quoi es-tu donc mort ?)[21]

Les mesures répressives se succÚdent : restrictions de l'accÚs aux restaurants ou à la synagogue, couvre-feu à partir de six heures du soir.

Il est ensuite décidé de transférer tous les Juifs de Sighet dans deux ghettos, dirigés conjointement comme une petite ville, possédant chacun son propre conseil, ou Judenrat.

« Les barbelĂ©s qui, comme une muraille, nous encerclaient ne nous inspiraient pas de rĂ©elle crainte. Nous nous sentions mĂȘme assez bien : nous Ă©tions tout Ă  fait entre nous. Une petite rĂ©publique juive [...] Les autoritĂ©s Ă©tablirent un Conseil juif, une police juive, un bureau d'aide sociale, un comitĂ© du travail, un dĂ©partement d'hygiĂšne – tout un appareil gouvernemental.
Chacun en était émerveillé. Nous n'allions plus avoir devant nos yeux ces visages hostiles, ces regards chargés de haine. C'en était fini de la crainte, des angoisses. Nous vivions entre Juifs, entre frÚres...

Ce n'était ni l'Allemand ni le Juif qui régnait dans le ghetto : c'était l'illusion[22]. »

En , le Judenrat est informé que le ghetto sera fermé sans préavis, et ses résidents déportés. On ne leur dit rien de leur destination ; seulement qu'ils peuvent chacun prendre quelques effets personnels[23].

Le lendemain matin, à 8 heures, Eliezer, dont la famille ne doit partir qu'avec le dernier convoi, voit ses amis et voisins entassés dans la rue, encadrés par des gendarmes hongrois qui les frappent sans distinction ni raison. « C'est en cet instant que j'ai commencé à les haïr, et ma haine est la seule chose qui nous lie encore aujourd'hui[24]. » Lentement, la procession quitte le ghetto.

« Et j'étais là, sur le trottoir, à les regarder passer, incapable de faire un mouvement. Voilà le grand rabbin, le dos voûté, le visage rasé, le balluchon sur le dos. Sa seule présence parmi les expulsés suffisait à rendre cette scÚne irréelle. Il me semblait voir une page arrachée à quelque livre de contes, à quelque roman historique sur la captivité de Babylone, sur l'Inquisition en Espagne.
Ils passaient devant moi, les uns aprÚs les autres, les maßtres d'étude, les amis, les autres, tous ceux dont j'avais eu peur, tous ceux dont j'avais pu rire un jour, tous ceux avec lesquels j'avais vécu durant des années. Ils s'en allaient déchus, traßnant leur sac, traßnant leur vie, abandonnant leurs foyers et leurs années d'enfance, courbés comme des chiens battus[25]. »

Te souviens-tu de Madame SchÀchter dans le train ?

« Juifs, écoutez-moi : je vois un feu ! Quelles flammes ! Quel brasier[26] ! »

Eliezer et sa famille ne sont pas déportés tout de suite. Ils arrivent d'abord dans le petit ghetto de Sighet, qui n'est pas gardé, et dont chacun peut entrer et sortir librement. Leur ancienne bonne Maria vient les y trouver pour proposer de les cacher dans son village. Ils refusent, ne voulant pas se séparer[27].

Leur départ est prévu pour le samedi. Le Conseil juif a obtenu l'autorisation d'organiser le départ, afin que les Juifs ne soient pas soumis aux coups des gendarmes hongrois.
« Sur le quai déambulaient deux officiers de la Gestapo, tout souriants ; somme toute, cela s'était bien passé[28]. »

EntassĂ©s dans des wagons Ă  bestiaux, oĂč rĂšgne une promiscuitĂ© intolĂ©rable et une terreur permanente, leur voyage est rendu encore plus pĂ©nible par les cris de madame SchĂ€chter, une quinquagĂ©naire autrefois paisible, dont le mari et les deux fils aĂźnĂ©s ont Ă©tĂ© dĂ©portĂ©s deux jours plus tĂŽt, par erreur. Cette femme qui n'a pas cessĂ© de gĂ©mir depuis le dĂ©part, rĂ©veille soudain les occupants du train lors de la troisiĂšme nuit de voyage. « Un feu ! Je vois un feu ! Je vois un feu[26] ! » On tente de la tranquilliser, de la battre, de la faire taire, elle n'en continue pas moins de pousser ces cris par intervalles toute la nuit, et le lendemain. Le train arrive en gare d'un lieu nommĂ© Auschwitz. Deux hommes du train, envoyĂ©s pour chercher de l'eau reviennent avec des nouvelles rassurantes : les familles ne seront pas disloquĂ©es, seuls les jeunes iront travailler dans la fabrique, les vieillards et les malades seront occupĂ©s aux champs. Cependant, la nuit, madame SchĂ€chter se remet Ă  crier :

L'entrée d'Auschwitz-Birkenau

« Juifs, regardez ! Regardez le feu ! Les flammes, regardez !
Et comme le train s'Ă©tait arrĂȘtĂ©, nous vĂźmes cette fois des flammes sortir d'une haute cheminĂ©e, dans le ciel noir[29]. »

Soudain, les portes s'ouvrent et de « curieux personnages vĂȘtus de vestes rayĂ©s[29] » les font sortir Ă  coups de bĂąton.

« Les objets chers que nous avions traßnés jusqu'ici restÚrent dans le wagon et avec eux, enfin, nos illusions[30]. »

Yitgadal veyitkadach chmé raba...

« Quelqu'un se mit Ă  rĂ©citer le Kaddich, la priĂšre des morts. Je ne sais pas s'il est dĂ©jĂ  arrivĂ©, dans la longue histoire du peuple juif, que les hommes rĂ©citent la priĂšre des morts sur eux-mĂȘmes[...]
Yitgadal veyitkadach chmé raba... Que Son nom soit béni et sanctifié [...]
Pour la premiĂšre fois, je sentis la rĂ©volte grandir en moi. Pourquoi devais-je sanctifier Son Nom ? L'Éternel [...] se taisait, de quoi allais-je Le remercier[31] ? »

Eliezer est arrivĂ© avec ses parents et ses sƓurs en Pologne au camp d'Auschwitz-Birkenau, Ă©galement connu sous le nom d'Auschwitz II, le camp de la mort (Todeslager), l'un des trois principaux camps et des 40 sous-camps du Konzentrationslager Auschwitz, Ă©rigĂ© par les Allemands sur les ruines de baraques de l'armĂ©e polonaise Ă  l'abandon[32]. Hommes et femmes sont sĂ©parĂ©s Ă  l'arrivĂ©e ; Eliezer et son pĂšre Ă  gauche ; sa mĂšre, Hilda, BĂ©atrice, et Tzipora Ă  droite. Il apprit aprĂšs la libĂ©ration que sa mĂšre et Tzipora avaient Ă©tĂ©, ainsi qu'il s'en Ă©tait doutĂ©[33], envoyĂ©es directement dans la chambre Ă  gaz.

« Hommes Ă  gauche ! Femmes Ă  droites ! Quatre mots dits tranquillement, indiffĂ©remment, sans Ă©motion. [...] Pendant une fraction de seconde, j'aperçus ma mĂšre et mes sƓurs s'Ă©loigner Ă  droite. Tzipora tenait la main de MĂšre. Je les vis disparaĂźtre au loin ; ma mĂšre serrait la chevelure blonde de ma sƓur... et je ne savais pas qu'en cet endroit, Ă  ce moment, je me sĂ©parais de ma mĂšre et de Tzipora pour toujours[30]. »

Lui et son pĂšre sont Ă©galement envoyĂ©s Ă  la Selektion. Un ancien dĂ©tenu leur enjoint de mentir sur leur Ăąge et occupation. Un autre les insulte[34]. En apercevant la « cheminĂ©e » et les flammes, une vellĂ©itĂ© de rĂ©volte se manifeste parmi quelques jeunes, rapidement Ă©teinte par les plus vieux. Eliezer et son pĂšre se retrouvent devant le docteur Mengele – « officier SS typique, visage cruel, non dĂ©pourvu d'intelligence, monocle[35] » –, qui les envoie aprĂšs un examen de quelques secondes « Ă  gauche », c'est-Ă -dire vers le crĂ©matoire. Fils et pĂšre s'alignent dans une file aboutissant Ă  une fosse oĂč l'on met le feu. Un camion passe derriĂšre la fosse et dĂ©livre sa charge dans le feu : « des petits enfants. Des bĂ©bĂ©s[35] - [36] ! ». Le pĂšre rĂ©cite le Kaddich, priĂšre se disant traditionnellement pour les morts, tandis qu’Eliezer se rĂ©volte contre Dieu, pour la premiĂšre fois. Il envisage de se jeter contre la clĂŽture Ă©lectrifiĂ©e et prononce lui-mĂȘme le Kaddich mais, Ă  deux pas de la fosse, son pĂšre et lui reçoivent l’ordre d'aller dans une baraque - les quotas du jour ont Ă©tĂ© atteints. Toutefois, « l'Ă©tudiant talmudiste, l'enfant que j'Ă©tais, s'Ă©tait consumĂ© dans les flammes. Il ne restait qu'une enveloppe qui me ressemblait[37]. »

Des enfants juifs déportés

« Jamais je n'oublierai cette nuit, la premiÚre nuit de camp, qui a fait de ma vie une nuit longue et sept fois verrouillée.
Jamais je n'oublierai cette fumée.
Jamais je n'oublierai les petits visages des enfants dont j'avais vu les corps se transformer en volutes sous un azur muet.
Jamais je n'oublierai ces flammes qui consumĂšrent pour toujours ma foi.
Jamais je n'oublierai ce silence nocturne qui m'a privé pour l'éternité du désir de vivre.
Jamais je n'oublierai ces instants qui assassinĂšrent mon Dieu et mon Ăąme, et mes rĂȘves qui prirent le visage du dĂ©sert.
Jamais je n'oublierai cela, mĂȘme si j'Ă©tais condamnĂ© Ă  vivre aussi longtemps que Dieu lui-mĂȘme. Jamais[1]. »

« Je jetai un coup d'Ɠil vers mon pĂšre. Comme il avait changĂ© ! [...] La nuit avait complĂštement passĂ© [...] Tant d'Ă©vĂ©nements Ă©taient arrivĂ©s en quelques heures que j'avais complĂštement perdu la notion du temps. Quand avions-nous quittĂ© nos maisons ? Et le ghetto ? Et le train ? Une semaine seulement ? Une nuit – une seule nuit[37] ? »

En ou aux alentours de cette date, Eliezer, qu'on ne connaßt plus que par son numéro, A-7713, et Shlomo sont transférés depuis Auschwitz II-Birkenau vers Monowitz-Buna. Sur le trajet, il s'aperçoit que la vie continue, que leurs gardiens taquinent les jeunes Allemandes, qui rient, heureuses. « Pendant ce temps, au moins nous n'avions à subir ni cris ni coups de crosse[38] ».
Dans le camp de travail, leur vie se réduit à éviter autant que possible les coups, à maintenir leurs maigres privilÚges (des souliers neufs, une couronne dentaire, une cuillÚre, etc.) et à chercher de la nourriture en permanence.

« Le pain, la soupe – c'Ă©tait toute ma vie. J'Ă©tais un corps. Peut-ĂȘtre moins encore : un estomac affamĂ©[39]. »

Elie Wiesel attribue essentiellement sa survie[40] aux efforts de son pĂšre et lui pour ne pas ĂȘtre sĂ©parĂ©s, pour ne pas mĂȘme se perdre de vue ; cependant, Ă  sa honte et douleur, son pĂšre dĂ©cline ; Ă  mesure que leur relation change et que le jeune homme devient le soutien du pĂšre, sa colĂšre et sa culpabilitĂ©, parce qu'il craint que l'existence de son pĂšre menace la sienne propre. Lorsqu'Idek, le Kapo s'en prend brusquement Ă  Shlomo, c'est Ă  ce dernier et non au Kapo qu'il en veut, pour n'avoir pas su Ă©viter la crise d'Idek[41].
Plus l'instinct de survie physique d'Eliezer grandit, plus les liens qui le relient aux autres s'amenuisent, et Ă  sa perte de foi dans les relations humaines correspond sa perte de foi en Dieu, non dans Son existence mais dans Sa PrĂ©sence au cĂŽtĂ© de Ses enfants. Du reste, il n'est pas le seul : Akiba Drumer, juif dĂ©vot et kabbaliste, ainsi qu'un rabbin polonais font part du mĂȘme dĂ©sespoir[42].

L'espoir n'est cependant pas mort, lorsque le camp et les usines de la Buna sont bombardĂ©s — « On ne craignait plus la mort, en tout cas, pas cette mort-lĂ . Chaque bombe qui Ă©clatait nous remplissait de joie, nous redonnait confiance en la vie[43]. »

Eliezer n'a pas non plus totalement oublié Dieu.
Lors d'un appel, les prisonniers du camp sont obligés d'assister à une pendaison, spectacle habituel, ordinaire, n'éveillant en eux aucune sensibilité particuliÚre[44]. Seulement, parmi les condamnés se trouve cette fois un petit pipel de 12 ans[45] qui, ne pesant pas assez lourd pour que le poids de son corps brise sa nuque, agonise lentement, « luttant entre la vie et la mort ». Eliezer, passant devant lui comme le veut le cérémonial, voit sa langue toujours rose, ses yeux toujours clairs et pleure.

« DerriĂšre moi, j'entendis le mĂȘme homme demander :
— OĂč donc est Dieu ?

Et je sentais en moi une voix qui lui répondait :
— OĂč Il est ? Le voici – Il est pendu ici, Ă  cette potence[44]. »

Lorsque vient la veille de Rosh Hashana, des milliers de Juifs se rassemblent pour prier mais Eliezer ne parvient pas Ă  y prendre part.

« BĂ©ni soit le nom de l'Éternel ? Pourquoi, mais pourquoi Le bĂ©nirais-je ? Toutes mes fibres se rĂ©voltaient. Parce qu'Il avait fait brĂ»ler des milliers d'enfants dans ses fosses ? Parce qu'Il faisait fonctionner six crĂ©matoires jour et nuit, les jours de Sabbat et les jours de fĂȘte ? Parce que dans Sa grande puissance, Il avait crĂ©Ă© Auschwitz, Birkenau, Buna, et tant d'usines de la mort ? Comment Lui dirais-je : BĂ©ni sois-Tu, l'Éternel, MaĂźtre de l'Univers, qui nous a Ă©lus parmi les peuples pour ĂȘtre torturĂ©s jour et nuit, pour voir nos pĂšres, nos mĂšres, nos frĂšres finir au crĂ©matoire ? [...] Autrefois, le jour du Nouvel An dominait ma vie. Je savais que mes pĂ©chĂ©s attristaient l'Éternel, j'implorais Son pardon. Autrefois, je croyais profondĂ©ment que d'un seul de mes gestes, d'une seule de mes priĂšres dĂ©pendait le salut du monde.
Aujourd'hui, je n'implorais plus. Je n'étais plus capable de gémir. Je me sentais, au contraire, trÚs fort. J'étais l'accusateur. Et l'accusé : Dieu. Mes yeux s'étaient ouverts et j'étais seul, terriblement seul dans le monde sans Dieu, sans hommes[46] - [5].

L'office s'acheva par le Kaddich. Chacun disait Kaddich sur ses parents, sur ses enfants, sur ses frĂšres et sur soi-mĂȘme[46]. »

La marche de la mort

« J'aperçus un vieillard qui [...] venait de se dĂ©gager de la mĂȘlĂ©e. [...] Il avait sous sa veste un bout de pain. [...] Une ombre venait de s'allonger prĂšs de lui. Et cette ombre se jeta sur lui. [...] MĂ©ir, mon petit MĂ©ir, tu ne me reconnais pas ? Je suis ton pĂšre [...] Le vieillard [...] mourut, dans l'indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale. Son fils le fouilla, prit le morceau et commença Ă  le dĂ©vorer. [...] Deux hommes l'avaient vu et se prĂ©cipitĂšrent sur lui. [...] Lorsqu'ils se retirĂšrent, il y avait prĂšs de moi deux morts cĂŽte Ă  cĂŽte, le pĂšre et le fils. J'avais seize ans[47]. »

En , aprĂšs avoir Ă©chappĂ© Ă  une Selektion qui emporta Akiba Drumer et faillit en faire de mĂȘme avec son pĂšre, Eliezer se trouvait Ă  l'infirmerie pour un abcĂšs au pied droit[48]. Le lendemain de son opĂ©ration, le bruit courut que l'ArmĂ©e rouge fonçait vers la Buna. Un voisin de lit tempĂ©ra cependant la joie des occupants de l'infirmerie, leur rappelant qu'Hitler avait jurĂ© d'anĂ©antir tous les Juifs avant le douziĂšme coup de l'horloge, et qu'il Ă©tait « le seul Ă  avoir tenu ses promesses, toutes ses promesses, au peuple juif[49]. »
L'aprĂšs-midi de ce mĂȘme jour, il fut confirmĂ© que les Allemands avaient dĂ©cidĂ©, devant l'approche incessante de l'armĂ©e soviĂ©tique, d'Ă©vacuer le camp et ses 60 000 prisonniers, Juifs pour la plupart, dans des camps en Allemagne, au cours de ce qui serait connu comme les marches de la mort. Eliezer, convaincu que les malades qui demeureraient Ă  l'infirmerie seraient abattus, marcha avec Shlomo, malgrĂ© son genou ensanglantĂ©, jusqu'Ă  Gleiwitz, oĂč ils furent fourguĂ©s dans un wagon de marchandises Ă  destination de Buchenwald, prĂšs de Weimar.
Les malades qui étaient restés à l'hÎpital[50] furent libérés par les Russes neuf jours aprÚs l'évacuation.

« Un vent glacé soufflait avec violence. Mais nous marchions sans broncher. [...]

Nuit noire. De temps Ă  autre, une dĂ©tonation Ă©clatait dans la nuit. Ils avaient l'ordre de tirer sur ceux qui ne pouvaient soutenir le rythme de la course. Le doigt sur la dĂ©tente, ils ne s'en privaient pas. L'un de nous s'arrĂȘtait-il une seconde, un coup de feu sec supprimait un chien pouilleux. [...]
PrÚs de moi, des hommes s'écroulaient dans la neige sale. Coups de feu[51]. »

Au cours d'une halte aprÚs avoir marché 80 kilomÚtres, Rab Eliahou, un « homme trÚs bon, que tout le monde chérissait au camp, [...] le seul rabbin qu'on n'omettait jamais d'appeler rabi à la Buna[52] », demande si personne n'a vu son fils, qu'il a perdu dans la cohue sur la route. Ils étaient demeurés ensemble pendant trois ans, « toujours prÚs l'un de l'autre, dans la souffrance, dans les coups, pour la ration de pain, pour la priÚre[52] », mais le rabbin l'avait perdu de vue lorsqu'il était resté en arriÚre dans la colonne, à bout de force. « Je n'avais plus la force de courir. Et mon fils ne s'en était pas aperçu. Je ne sais rien de plus[52]. » Ne trouvant pas son fils parmi les agonisants, ni dans la neige, il s'adressait à chacun. Eliezer se souvient, aprÚs que Rab Eliahou fut parti, qu'il avait couru aux cÎtés de son fils, et que celui-ci avait vu le rabbin rétrograder et avait pressé le pas, creusant l'écart entre eux.

« Une pensĂ©e terrible surgit Ă  mon esprit : il avait voulu se dĂ©barrasser de son pĂšre ! ... [Il] avait cherchĂ© cette sĂ©paration pour se dĂ©charger de ce poids, pour se libĂ©rer d'un fardeau qui pourrait diminuer ses propres chances de survie [...] Et, malgrĂ© moi, une priĂšre s'est Ă©veillĂ©e en mon cƓur, vers ce Dieu auquel je ne croyais plus.
— Mon Dieu, MaĂźtre de l'Univers, donne moi la force de ne jamais faire ce que le fils de Rab Eliahou a fait[53]. »

Les prisonniers, encouragĂ©s par les SS, marchent jusqu'Ă  Gleiwitz, oĂč ils passent trois jours dans des baraques exiguĂ«s sans nourriture, boisson ou chaleur, dormant littĂ©ralement les uns sur les autres, de sorte qu'au matin, les vivants se rĂ©veillent sur des amas de cadavres. Un violoniste juif polonais fait ses adieux au monde en jouant un fragment d'un concert de Beethoven, musique interdite aux Juifs.

Ensuite, il y a une autre marche jusqu'Ă  la gare, une selektion au cours de laquelle Shlomo est envoyĂ© du mauvais cĂŽtĂ©. Cependant, Eliezer, ne voulant pas se sĂ©parer de son pĂšre, est poursuivi par les SS, « crĂ©ant un tel tohu-bohu que bien des gens de gauche purent revenir vers la droite – et parmi eux, mon pĂšre et moi. Il y eut cependant quelques coups de feu, et quelques morts[54]. » Les prisonniers sont entassĂ©s dans un wagon Ă  bestiaux sans toit et sans espace pour s'asseoir ou se coucher, jusqu'Ă  ce que les SS ordonnent de jeter les morts en contrebas.

« Je ne m'Ă©veillai de mon apathie qu'au moment oĂč des hommes s'approchĂšrent de mon pĂšre. Je me jetai sur son corps. Il Ă©tait froid. Je le giflai. Je frottai les mains, en criant :
— PĂšre ! PĂšre ! RĂ©veille-toi. On va te jeter du wagon...
Son corps demeurait inerte [...]
Je me remis de plus belle Ă  le frapper. Au bout d'un moment, mon pĂšre entrouvrit ses paupiĂšres sur des yeux vitreux. Il respira faiblement.
— Vous voyez, m'Ă©criai-je.
Les deux hommes s'éloignÚrent[55]. »

Le voyage dure dix jours et dix nuits, ponctuĂ© de longues haltes, pendant lesquels la neige tient lieu de pain. Lorsqu'ils traversent des localitĂ©s allemandes, des ouvriers s'amusent en jetant quelques bouts de pain pour observer les luttes sans pitiĂ© qui s'ensuivent. Lors d'une de ces mĂȘlĂ©es, Eliezer voit un fils tuer son pĂšre pour un bout de pain, avant d'ĂȘtre tuĂ© Ă  son tour. Lui-mĂȘme manque d'ĂȘtre Ă©tranglĂ© la troisiĂšme nuit, et ne doit sa survie qu'Ă  un ami de son pĂšre encore assez vigoureux. Cependant, celui-lĂ  mĂȘme s'effondre en pensant Ă  son fils, qui lui avait Ă©tĂ© enlevĂ© lors de la premiĂšre selektion, et meurt le dernier jour du voyage. De la centaine d'occupants du wagon, seuls 12 arrivĂšrent vivants Ă  Buchenwald, dont Eliezer et Shlomo.

Buchenwald

« Je ne bougeai pas. Je craignais, mon corps craignait de recevoir à son tour un coup.
Mon pÚre eut encore un rùle et ce fut mon nom : « Eliezer »[56] »

Les officiers SS attendaient les nouveaux arrivants à la porte du camp avec des porte-voix, et firent l'appel. Un ancien de Buchenwald explique qu'ils prendraient une douche chaude. Cependant, il n'était pas si facile d'arriver à cette douche et Shlomo, épuisé, se laissa tomber dans la neige, incapable de bouger.

« J'aurais pleurĂ© de rage. Avoir tant vĂ©cu, tant souffert ; allais-je laisser mon pĂšre mourir maintenant ? Maintenant qu'on allait pouvoir prendre un bon bain chaud et s'Ă©tendre ? [
] Il Ă©tait devenu pareil Ă  un enfant : faible, craintif, vulnĂ©rable [
] Je lui montrai les cadavres autour de lui : eux aussi avaient voulu se reposer ici [
] Je hurlai dans le vent [
] Je sentis que ce n'Ă©tait pas avec lui que je discutais mais avec la mort elle-mĂȘme, avec la mort qu'il avait dĂ©jĂ  choisie[57]. »

Une alerte sonne, les lumiÚres s'éteignent dans tout le camp, et Eliezer, épuisé, suit le mouvement vers les blocks, et Eliezer s'endort. Lorsqu'il se réveille, il fait déjà jour ; il se rappelle qu'il a un pÚre, qu'il l'a abandonné pendant l'alerte à bout de forces et part à sa recherche.

« Mais au mĂȘme moment s'Ă©veilla en moi cette pensĂ©e : « Pourvu que je ne le trouve pas ! Si je pouvais ĂȘtre dĂ©barrassĂ© de ce poids mort, de façon Ă  pouvoir lutter de toutes mes forces pour ma propre survie, Ă  ne plus m'occuper que de moi-mĂȘme. » AussitĂŽt, j'eus honte, honte pour la vie, de moi-mĂȘme[58]. »

Eliezer retrouve son pĂšre qui se trouve dans un autre block, fiĂ©vreux et malade, rongĂ© par la dysenterie. Son Ă©tat est tel que les distributeurs de soupe ne jugent pas nĂ©cessaire d'en gĂącher pour lui. « Je lui donnai ce qui me restait de soupe. Mais [
] je sentais que je lui cĂ©dais contre mon grĂ©. Pas plus que le fils de Rab Eliahou, je n'avais rĂ©sistĂ© Ă  l'Ă©preuve[59]. »

Shlomo s'affaiblit de jour en jour, et veut faire ses derniĂšres recommandations Ă  son fils. « Le mĂ©decin ne veut faire », correction, « ne peut rien faire pour lui[60] ». D'autres occupants du lit, un Français et un Polonais, battent Shlomo parce qu'il ne peut plus se traĂźner dehors pour dĂ©fĂ©quer. Eliezer est incapable de le protĂ©ger. « Une plaie de plus au cƓur, une haine supplĂ©mentaire. Une raison de vivre de moins[61]. » Trois jours plus tard, Shlomo, qui n'a pas bougĂ© de son lit est battu par un officier de la SS pour l'avoir troublĂ© en demandant de l'eau, parce qu'il a fait trop de bruit. Eliezer, couchĂ© sur le lit supĂ©rieur, n'ose pas intervenir.

Au matin, le , Eliezer trouve un autre invalide Ă©tendu Ă  la place de son pĂšre. On avait dĂ» enlever Shlomo avant l'aube pour le porter au crĂ©matoire, alors qu'il Ă©tait peut-ĂȘtre encore vivant.

« Il n'y eut pas de priÚre sur sa tombe. Pas de bougie allumée pour sa mémoire. Son dernier mot avait été mon nom. Un appel, et je n'avais pas répondu.

Je ne pleurais pas, et cela me faisait mal de ne pas pouvoir pleurer. Mais je n'avais plus de larmes. Et, au fond de moi-mĂȘme, si j'avais fouillĂ© les profondeurs de ma conscience dĂ©bile, j'aurais peut-ĂȘtre trouvĂ© quelque chose comme : enfin libre[56] !
 »

La libération

Elie Wiesel à Buchenwald, seconde rangée, septiÚme à partir de la gauche, 16 avril 1945

Le pÚre d'Eliezer ne manqua sa liberté que de quelques semaines. Les Soviétiques avaient libéré Auschwitz 11 jours avant sa mort et les Américains étaient en route vers Buchenwald.

AprĂšs la mort de Shlomo, Eliezer fut transfĂ©rĂ© dans le bloc des enfants, oĂč il se retrouva avec 600 autres occupants, dans une oisivetĂ© totale, la tĂȘte vide, rĂȘvant parfois d'un supplĂ©ment de soupe.

Le , les prisonniers furent tous appelĂ©s pour apprendre que le camp serait liquidĂ© sous peu et Ă©vacuĂ© – une autre marche de la mort – avant que les Allemands ne fassent exploser le camp dans une tentative de dissimuler ce qui s'y est passĂ©.

Le 11 avril, alors qu'il ne restait que 20 000 prisonniers dans le camp et que les SS les rabattaient vers la place de l'appel, un mouvement juif de rĂ©sistance s'improvisa et prit le contrĂŽle du camp. À 18 heures de ce mĂȘme jour, les premiers tanks amĂ©ricains arrivaient, suivis de la SixiĂšme division lourde de la TroisiĂšme ArmĂ©e des États-Unis. Eliezer Ă©tait libre.

« Notre premier geste d'hommes libres fut de nous jeter sur le ravitaillement. On ne pensait qu'à cela. Ni à la vengeance, ni aux parents. Rien qu'au pain.
Et mĂȘme lorsqu'on n'eut plus faim, il n'y eut personne pour penser Ă  la vengeance. Le lendemain, quelques jeunes gens coururent Ă  Weimar ramasser des pommes de terre et des habits — et coucher avec des filles. Mais de vengeance, pas trace. [...]
Je voulais me voir dans le miroir [...] Je ne m'Ă©tais plus vu depuis le ghetto.
Du fond du miroir, un cadavre me regarda.
Le regard dans ses yeux, comme ils regardaient dans les miens, ne me quitte plus[62]. »

Écriture et publication de La Nuit

De Buchenwald, Elie Wiesel comptait se rendre en Palestine mandataire, mais les restrictions britanniques sur l'immigration, le Livre blanc, l'en empĂȘchĂšrent. Refusant de retourner Ă  Sighet, il fut envoyĂ© Ă  l'ƒuvre de secours aux enfants avec 400 autres orphelins, d'abord en Belgique, puis en Normandie, oĂč il apprit que ses sƓurs aĂźnĂ©es, Hilda et BĂ©atrice, avaient survĂ©cu[11].
À partir de 1947-50, il Ă©tudia le Talmud avec monsieur Chouchani[63], avant de se former Ă  la philosophie et la littĂ©rature Ă  la Sorbonne, suivant les confĂ©rences de Jean-Paul Sartre et Martin Buber. Afin de subvenir Ă  ses besoins, il enseigna l'hĂ©breu et travailla comme traducteur pour l'hebdomadaire yiddish militant Zion in Kamf (la Lutte de Sion), qui lui facilita l'accĂšs Ă  une carriĂšre de journaliste[11]. En 1948, ĂągĂ© de 19 ans, il fut envoyĂ© en IsraĂ«l comme correspondant de guerre par le journal français L'Arche, et aprĂšs la Sorbonne, il devint le correspondant Ă©tranger du journal Yediot Aharonot basĂ© Ă  Tel Aviv.

Il ne parla de son expĂ©rience avec personne pendant dix ans : « Si pĂ©nible Ă©tait ma peine que je fis un vƓu : ne pas parler, ne pas toucher Ă  l'essentiel pour au moins dix ans. Assez longtemps pour voir clair. Assez longtemps pour apprendre Ă  Ă©couter les voix qui pleuraient en moi. Assez longtemps pour regagner la possession de ma mĂ©moire. Assez longtemps pour unir le langage des hommes avec le silence des morts[64] ».

C'est en 1954, Ă  bord d'un bateau faisant route vers le BrĂ©sil, oĂč il devait effectuer un reportage sur l'activitĂ© missionnaire chrĂ©tienne dans des communautĂ©s juives pauvres, qu'il Ă©crivit son rĂ©cit en yiddish sur son expĂ©rience concentrationnaire. Il l'avait commencĂ© en hĂ©breu quelques mois plus tĂŽt. « FiĂ©vreux et comme hors d'haleine, j'Ă©cris vite, sans me relire. J'Ă©cris pour tĂ©moigner, pour empĂȘcher les morts de mourir, j'Ă©cris pour justifier ma survie [
] Mon vƓu de silence arrivera bientĂŽt Ă  terme ; l'an prochain, ce sera le dixiĂšme anniversaire de ma libĂ©ration [
] Des pages et des pages s'entassent sur mon lit. Je dormais peu, je ne participe pas aux activitĂ©s du bateau ; je ne fais que taper, taper sur ma petite machine Ă  Ă©crire portative[65]
 »
Le manuscrit, de 862 pages, s'intitulait ...Un di Velt Hot Geshvign (Et le monde se taisait)[66]. Lors d'une escale, une amie lui prĂ©senta Mark Turkov, un Ă©diteur de textes en yiddish, qui emporta son manuscrit[67]. Il fut publiĂ© sous forme d'un volume de 245 pages Ă  Buenos Aires, 117e livre de la collection Dos poylishe yidntum (« la judĂ©itĂ© polonaise »), une sĂ©rie de mĂ©moires rĂ©digĂ©s en yiddish sur l'Europe et la guerre. Ruth Wisse Ă©crivit dans The Modern Jewish Canon qu'il se dĂ©marquait des autres livres de la collection, qui Ă©taient des hommages aux victimes, comme un « rĂ©cit hautement sĂ©lectif et isolĂ© », influencĂ© par les lectures existentialistes d'Elie Wiesel[5]. Il ne revit plus le manuscrit, mais en reçut un exemplaire en dĂ©cembre de la mĂȘme annĂ©e[68].

Le livre ne suscita cependant aucun intĂ©rĂȘt littĂ©raire, et Elie Wiesel continua sa carriĂšre journalistique. En , il souhaita, afin de pouvoir approcher du premier ministre français, Pierre MendĂšs France, rĂ©aliser une interview du romancier et laurĂ©at du prix Nobel François Mauriac, qui Ă©tait un ami proche du premier ministre.

« Le problĂšme Ă©tait que Mauriac aimait JĂ©sus. C'Ă©tait la personne la plus correcte que j'aie jamais rencontrĂ©e en ce domaine – en tant qu'Ă©crivain, Ă©crivain catholique. HonnĂȘte, intĂšgre, et amoureux de JĂ©sus. il ne parlait que de JĂ©sus. Quoi que je demande – JĂ©sus. Finalement, je lui dis, "Et MendĂšs France ?" Il dit que MendĂšs France, comme JĂ©sus, souffrait


Avec ce JĂ©sus, c'en fut trop, et pour la seule fois dans ma vie, je fus discourtois, ce que je regrette encore aujourd'hui. Je lui dis, « M. Mauriac », on l'appelait maĂźtre, « il y a de cela dix ans Ă  peu prĂšs, j'ai vu des enfants, des centaines d'enfants Juifs, qui ont souffert plus que JĂ©sus sur sa croix, et nous n'en parlons pas ». Je me sentis soudain gĂȘnĂ©. Je fermai mon bloc-notes et me dirigeai vers l'ascenseur. Il me rattrapa. Il me retint ; il s'assit dans sa chaise, moi dans la mienne, et il se mit Ă  gĂ©mir. J'avais rarement vu un vieil homme pleurer de la sorte, et je me sentais si bĂȘte
 Et puis, Ă  la fin, sans rien dire d'autre, il dit, "Vous savez, vous devriez peut-ĂȘtre en parler[69]". »

Dans ses mĂ©moires, Elie Wiesel Ă©crit qu'il traduisit ...Un di Velt Hot Geshvign et envoya le nouveau manuscrit Ă  François Mauriac dans le courant de l'annĂ©e. Cependant, mĂȘme avec l'appui et les contacts du maĂźtre, aucun Ă©diteur ne put ĂȘtre trouvĂ©. Ils trouvaient cela trop morbide, disant que personne ne le lirait. « Personne ne veut entendre ces histoires », disaient-ils Ă  l'auteur[69].

En 1957, JĂ©rĂŽme Lindon des Éditions de Minuit, accepta de publier une traduction française de 178 pages, rĂ©intitulĂ©e La Nuit, dĂ©diĂ©e Ă  Chlomo, Sarah, et Tzipora, prĂ©facĂ©e par François Mauriac[66], et la mĂȘme difficultĂ© se reprĂ©senta pour trouver un Ă©diteur amĂ©ricain. « Pour les uns, l'ouvrage est trop mince (le lectorat amĂ©ricain semble raffoler des gros volumes) et trop dĂ©primant pour les autres (le lectorat amĂ©ricain semble prĂ©fĂ©rer les livres optimistes) ; ou bien il traite d'un sujet trop connu, Ă  moins qu'il ne le soit pas assez[70]. »

En 1960, Arthur Wang, de Hill & Wang – qui croyait « encore en la chose littĂ©raire comme d'autres croient en Dieu[71] » – accepta de payer un acompte de 100 dollars pro forma, et publia le livre aux États-Unis en septembre de la mĂȘme annĂ©e sous le titre de Night. Il ne vendit que 1 046 exemplaires au cours des 18 mois, mais suscita l'intĂ©rĂȘt des critiques, menant Ă  la rĂ©alisation d'interviews tĂ©lĂ©visĂ©es d'Elie Wiesel, et Ă  des rencontres Ă  d'autres grandes figures littĂ©raires comme Saul Bellow. « La traduction anglaise parut en 1960, et la premiĂšre Ă©dition Ă©tait limitĂ©e Ă  3 000 exemplaires », dit Elie Wiesel dans une interview. « Et cela prit trois ans Ă  les Ă©couler. À prĂ©sent, je reçois 100 lettres par mois venant d'enfants Ă  propos du livre. Et il y a beaucoup, beaucoup d'exemplaires sous presse[2]. »

En 1997, Night se vendait Ă  300 000 exemplaires par an aux États-Unis[72] ; en , six millions avaient Ă©tĂ© vendus, et avaient Ă©tĂ© traduits en 30 langues[5]. Le , Oprah Winfrey choisit le « roman » pour son book club. Un million d'exemplaires supplĂ©mentaires Ă  couverture souple et 150 000 Ă  couverture cartonnĂ©e furent imprimĂ©s, avec l'estampille Oprah's Book Club. Ils comportaient une nouvelle traduction, rĂ©alisĂ©e par Mme Marion Wiesel, l'Ă©pouse de l'auteur, et une nouvelle prĂ©face de celui-ci[73] Au , Night figurait en tĂȘte de la liste Ă©tablie par le The New York Times dans la catĂ©gorie paperback non-fiction. En , les Éditions de Minuit publiaient en poche (collection « Double ») cette nouvelle Ă©dition, avec une prĂ©face d'Elie Wiesel qui commence par ces mots : « Si de ma vie je n'avais eu Ă  Ă©crire qu'un seul livre, ce serait celui-ci[74]. »

Analyse du livre

Elie Wiesel choisit pour dĂ©crire son expĂ©rience un style narratif Ă©pars et fragmentĂ©, avec de frĂ©quents changements de point de vue[75]. C'est le style « des chroniqueurs des ghettos oĂč il fallait tout faire, dire et vivre rapidement, dans un souffle : on ne savait jamais si l'ennemi n'allait pas frapper Ă  la porte pour tout arrĂȘter, pour tout emporter vers le nĂ©ant. Chaque phrase Ă©tait un testament
[76] »

Son livre peut se lire comme un sacrifice d'Isaac[77], mais c'est un sacrifice inversé. Dans le récit biblique, Dieu demande à Abraham de Lui sacrifier son fils. Abraham accepte, ainsi qu'Isaac[78], mais un ange de Dieu l'appelle et retient sa main au dernier moment.
Dans La Nuit, l'autel est « d'un autre genre, d'une autre dimension[79] » ; des enfants y sont menés à la mort, mais Dieu ne Se manifeste pas ; les enfants innocents brûlent vivants, et avec eux la foi du narrateur : « [l]a souffrance et la mort des enfants innocents ne peuvent que mettre en question la volonté divine. Et susciter la colÚre et la révolte des hommes[80]. » Le fils accompagne le pÚre, mais c'est le pÚre qui décline vers un état désespéré, soutenu par son fils adolescent avec de moins en moins de bonne grùce[58], et le fils revient seul, laissant son pÚre seul avec les ombres[79]. » Croire en Dieu ? Le condamné hongrois de l'infirmerie préfÚre croire en Hitler : lui a tenu ses promesses, toutes ses promesses aux Juifs[49].

Le narrateur ne se rĂ©volte pas seulement contre Dieu : l'humanitĂ© mĂȘme le dĂ©goĂ»te, l'enfant frappe l'adulte, les chefs trop humains sont dĂ©mis de leurs fonctions, les prisonniers s'entretuent, tout est inversĂ©, toutes les valeurs sont dĂ©truites, particuliĂšrement les rapports entre les fils et les pĂšres. « Ici, il n'y a pas de pĂšre qui tienne, pas de frĂšre, pas d'ami. Chacun vit et meurt pour soi, seul[60]. »

Selon Ellen Fine, la premiĂšre nuit au camp[1], dont La Nuit tire son nom, en concentre tous les thĂšmes : la mort de Dieu, des enfants, de l'innocence, de lui-mĂȘme. Avec la perte de la conscience de soi, thĂšme rĂ©current de la littĂ©rature de la Shoah, Eliezer perd aussi la notion du temps[81].
Ces Ă©lĂ©ments sont encore plus manifestes dans ce qu'elle considĂšre ĂȘtre l'Ă©vĂ©nement central de La Nuit, la pendaison du petit pipel. Cet Ă©pisode, dont Alfred Kazin Ă©crit qu'il a « rendu le livre cĂ©lĂšbre[82] », Ă©voque, selon Ellen Fine, un sacrifice religieux, Isaac liĂ© sur l'autel, JĂ©sus sur la croix[83]. « C'est la mort littĂ©rale de Dieu, » ajoute Kazin[82]. Et c'est l'Ă©pisode dans lequel Eliezer, dont la foi Ă©tait nourrie de questions, est plein de rĂ©ponses[84].

Cependant, Ă©crit Elie Wiesel, « [l]es thĂ©oriciens de « la mort de Dieu » ont fait abusivement rĂ©fĂ©rence Ă  mes propos pour justifier leur refus de la foi. Or, si Nietzsche pouvait crier au vieillard de la forĂȘt « Dieu est mort », le Juif en moi ne le peut pas. Je n'ai jamais reniĂ© ma foi en Dieu [...], j'ai protestĂ© contre Son silence, parfois contre Son absence, mais ma colĂšre s'Ă©levait Ă  l'intĂ©rieur de la foi, non au-dehors[80]. »
« Comment croire en Dieu aprÚs Auschwitz ? » lui demande Primo Levi[85], qui est, lui, incroyant. Elie Wiesel comprend son point de vue, mais il fait remarquer que Primo Levi, étant chimiste, avait une utilité pour le systÚme, et était donc relativement privilégié par rapport au « rien du tout » qu'était Elie Wiesel; il n'avait donc pas besoin de Dieu[85].

Lorsqu'Elie Wiesel posa cette question au Rabbi Menahem Mendel Schneersohn de Loubavitch, celui-ci lui répondit :

« AprÚs Auschwitz, comment peut-on ne pas croire en Dieu ? »
Au premier abord, la remarque m'a paru fondĂ©e : puisque tout le reste a Ă©chouĂ© — civilisation, culture, Ă©ducation, humanisme — comment ne pas se tourner vers le ciel ? Et puis, je me suis ressaisi : « Si vos paroles constituent une question, je l'accepte volontiers ; si elles se veulent rĂ©ponse, je la rĂ©cuse[86]. »

MĂ©moires ou roman ?

« La Nuit n'est pas un roman[87] », Ă©crit Elie Wiesel dans ses mĂ©moires, mais sa « dĂ©position[88], » et il s'insurge contre quiconque suggĂšrerait qu'il puisse s'agir d'une Ɠuvre de fiction[5].
Il se veut témoin, et ne peut « faire autrement[89] » que de présenter la vérité intouchée.
Si l'on peut relever certaines différences entre La Nuit et Tous les fleuves vont à la mer, comme une « hésitation » sur son ùge ou la blessure qui se produit au pied dans La Nuit, au genou dans Tous les fleuves vont à la mer[48], elles sont expliquées par une technique permettant à Elie Wiesel de se différencier, si peu que ce fût, d'Eliezer, afin de se distancier du traumatisme et de la souffrance qu'il décrit[90]. Plusieurs imprécisions, notamment sur l'ùge d'Eliezer, ont été attribuées à la premiÚre traduction anglaise, et la factualité du récit a été défendue par l'auteur et ses éditeurs[91].

Cependant, ces points rendent les critiques quelque peu réticents à considérer La Nuit comme une autobiographie et le compte-rendu historique d'un témoin oculaire.
Dans Fantasies of Witnessing: Postwar Efforts to Experience the Holocaust, Gary Weissman de la East Carolina University Ă©crit[72] que La Nuit a Ă©tĂ© appelĂ© « roman/autobiographie », « roman autobiographique », « roman non-fictionnel », « mĂ©moires semi-fictionnels », « roman fictionnel-autobiographique », « mĂ©moires autobiographiques fictionnalisĂ©s », et « mĂ©moires-roman ». Il finit par estimer que le livre dĂ©fie toute catĂ©gorisation, citant Irving Abrahamson : « La Nuit est un livre sans prĂ©cĂ©dent, le commencement de quelque chose de nouveau en littĂ©rature, voire en religion[92]. » C'Ă©tait dĂ©jĂ  ce qu'Ă©crivait François Mauriac dans la prĂ©face Ă  la premiĂšre Ă©dition française de La Nuit: « ce livre est diffĂ©rent, distinct, unique [
] un livre auquel nul autre ne pourrait ĂȘtre comparĂ©, » bien qu'il l'ait lui aussi considĂ©rĂ© comme un « roman[87] » C'Ă©tait aussi l'opinion d'A. Alverez dans son Commentaire Ă  la premiĂšre Ă©dition amĂ©ricaine, qui Ă©crivait que ce livre Ă©tait « douloureux de façon presque insoutenable, et certainement au-delĂ  de toute critique[93]. »

Version yiddish et version française

Revenant sur le processus de création littéraire de son récit[94], Elie Wiesel mentionne quantité de passages supprimés par l'éditeur de la traduction française de son manuscrit yiddish, qui était pourtant passé de 862 pages à 245. Parmi ces passages, le début du récit,

« Au commencement fut la foi, puérile ; et la confiance, vaine, et l'illusion, dangereuse.
Nous croyions en Dieu, avions confiance en l'homme, et vivions dans l'illusion qu’en chacun de nous est dĂ©posĂ©e une Ă©tincelle sacrĂ©e de la flamme de la Shekhina, que chacun de nous porte, dans ses yeux et en son Ăąme, un reflet de l'image de Dieu.
Ce fut la source – sinon la cause – de tous nos malheurs[95]. »

Cette entrĂ©e en matiĂšre Ă©tait suivie de deux pages retraçant le dĂ©cret de refoulement des Juifs incapables de prouver leur nationalitĂ© hongroise en 1942, dans lesquelles le narrateur dĂ©plore que l'« illusion, la maudite, avait conquis nos cƓurs », et empĂȘcha les Juifs de Hongrie d'imaginer leur destin. Figurait aussi l'agonie de son pĂšre, qui l'appelle en vain. Le livre ne finissait pas par le reflet dans la glace, mais par la colĂšre du narrateur, qui se demande s'il a bien fait de casser le miroir car :

« Aujourd'hui, l'Allemagne est un État souverain. L'armĂ©e allemande a Ă©tĂ© ressuscitĂ©e... Les criminels de guerre dĂ©ambulent dans les rues de Hambourg ou de Munich... Allemands et antisĂ©mites dĂ©clarent au monde que l'« histoire » des six millions de victimes juives n'est qu'un mythe et le monde, dans sa naĂŻvetĂ©, y croira, sinon aujourd'hui, demain ou aprĂšs-demain[95]. »

Il y eut d'autres coupures, puisqu'on arriva Ă  178 pages. Selon Elie Wiesel, JĂ©rĂŽme Lindon eut raison d'effectuer ces raccourcissements et remaniements, lui-mĂȘme « redout[ant] tout ce qui pouvait paraĂźtre superflu » : « raconter trop m'effrayait plus que de dire moins », expliquerait-il dans la prĂ©face Ă  l'Ă©dition amĂ©ricaine de La Nuit (2006[96]). Cependant, « Les passages supprimĂ©s [du texte] n'en sont pas absents. Dans le cas d'Auschwitz, le non-dit pĂšse plus que le reste[97]. »

Ce n'est cependant pas l'avis de Naomi Seidman, professeur de culture juive Ă  la Graduate Theological Union de Berkeley : elle Ă©crit, dans un article du Jewish Social Studies paru en 1996, que contrairement Ă  la version yiddish, Ɠuvre d'un tĂ©moin-survivant, La Nuit est celle d'un Ă©crivain-thĂ©ologien. Le survivant rejetait la Kabbale, le thĂ©ologien fait de la Shoah un « Ă©vĂšnement religieux thĂ©ologique », oĂč « suite Ă  l'abdication de Dieu, le site et l'occasion de cette abdication – la Shoah – prend une tournure thĂ©ologique, et le “tĂ©moin” devient “prĂȘtre et prophĂšte de cette nouvelle religion”. (Elie Wiesel avait dit qu'« Auschwitz est aussi important que le SinaĂŻ[3]. ») ». La conclusion de Naomi Seidman, qu'il y avait non un mais deux survivants de la Shoah, « un Yiddish et un Français, [...] chacun racontant sa propre histoire » fut repris par des nĂ©gationnistes pour suggĂ©rer qu'Elie Wiesel ne rapportait pas fidĂšlement certaines scĂšnes[5] et valut Ă  Naomi Seidman elle-mĂȘme d'ĂȘtre accusĂ©e de rĂ©visionnisme dans des lettres Ă  l'Ă©diteur[98].
InterviewĂ©e par le Jewish Daily Forward, Naomi Seidman prĂ©cisa donc son point de vue : selon elle, la Nuit est une rĂ©Ă©criture et non une simple traduction d’... Un di Velt Hot Geshvign, une adaptation en vue de la publication en France. Elie Wiesel y aurait substituĂ© Ă  un « survivant en colĂšre [...] qui voit son tĂ©moignage comme une rĂ©futation de ce qu'ont fait les Nazis aux Juifs », un autre, « hantĂ© par la mort, dont la plainte principale est dirigĂ©e contre Dieu, et non le monde [ou] les Nazis[98]. » Elle compare les textes ayant « survĂ©cu Ă  la purge Ă©ditoriale » et pointe ce qu'elle considĂšre comme des diffĂ©rences significatives : par exemple, dans la version yiddish, MoĂŻshele ne joue qu'un rĂŽle de tĂ©moin, alors que dans la version française, ses enseignements kabbalistiques prĂ©figurent les camps, selon un procĂ©dĂ© littĂ©raire. Ailleurs, Elie Wiesel Ă©crit qu'aprĂšs la libĂ©ration de Buchenwald, certains survivants des camps, les « garçons juifs », s'Ă©taient prĂ©cipitĂ©s pour « fargvaldikn daytshe shikses » (« violer les shiksas allemandes »), tandis que le texte français ne mentionne que des « jeunes gens » qui vont « coucher avec des filles[62] - [3]. » Elle rĂ©itĂšre donc sa conclusion : il y a eu « deux versions (yiddish et française) Ă©crites pour des publics diffĂ©rents », la version yiddish Ă©tant destinĂ©e Ă  un lectorat juif avide de vengeance, tandis que pour le reste du monde — largement chrĂ©tien — la colĂšre est retirĂ©e, ce ne sont que des jeunes hommes dormant avec des filles[3]. Elie Wiesel, conclut-elle, a dĂ©libĂ©rĂ©ment supprimĂ©, suivant peut-ĂȘtre les conseils de François Mauriac, un catholique, ce que son lectorat juif voulait lire : le besoin de vengeance ; mais « cela valait-il la peine de traduire la Shoah hors de la langue de la majeure partie de ses victimes, et dans la langue de ceux qui furent, au mieux, absents et, au pire, complices du gĂ©nocide[3] ? »
Son point de vue est cependant considéré comme « absolument minoritaire[99]. »

Ruth Franklin estime elle aussi que du fait de cette rĂ©Ă©dition qui a prĂ©cisĂ©ment donnĂ© au livre cette structure « exquise », La Nuit ne peut ĂȘtre qu'un roman : son impact est tributaire de son langage, qui est franc, mais dont « chaque phrase semble pesĂ©e et dĂ©libĂ©rĂ©e, chaque Ă©pisode soigneusement choisi et dĂ©limitĂ©. Sa briĂšvetĂ© choque Ă©galement ; il peut ĂȘtre lu en une heure, et portĂ© en poche. On a le sentiment d'une expĂ©rience distillĂ©e sans pitiĂ© jusque dans son essence
 Le lire, c'est perdre sa propre innocence Ă  propos de l'Holocauste une fois de plus[5] » ; cette simplicitĂ© et ce pouvoir de narration se sont faits au dĂ©triment de la vĂ©ritĂ© littĂ©rale : la version yiddish Ă©tait plus historique que littĂ©raire, elle Ă©tait politique et emplie de colĂšre. La Nuit n'Ă©voque pas ces considĂ©rations, et le matĂ©riel a Ă©tĂ©, afin de procĂ©der Ă  la publication du livre en France, expurgĂ© par Elie Wiesel et son Ă©diteur de tout ce qui n'Ă©tait pas entiĂšrement nĂ©cessaire ; il en a Ă©mergĂ©, conclut Ruth Franklin, une Ɠuvre d'art plutĂŽt qu'un rĂ©cit fidĂšle[5].

Date de la premiĂšre version

Une autre rĂ©ticence provient de la confusion Ă  propos du moment oĂč la premiĂšre version fut Ă©crite. Werner Kelber de l'universitĂ© Rice Ă©crit que cette question dĂ©bouche immanquablement sur une autre, savoir si La Nuit est un « cri du cƓur », un « Ă©lan primal suivant une dĂ©cennie de silence », comme le prĂ©sente Elie Wiesel, ou un texte « littĂ©rairement mĂ©diĂ© » avec une « composition Ă©laborĂ©e, une histoire Ă©ditoriale et traduite[100] ».

Elie Wiesel a dĂ©clarĂ© dans des interviews que c'est sa rencontre en 1955 avec François Mauriac qui l'a poussĂ© Ă  briser son vƓu de silence. Dans une telle interview publiĂ©e par l’American Academy of Achievement, il dit : « [Mauriac] me prit dans l'ascenseur et m'embrassa. Et cette annĂ©e, la dixiĂšme annĂ©e, je commençai Ă  Ă©crire mon rĂ©cit. AprĂšs qu'il fut traduit du yiddish en français, je le lui envoyai. Nous fĂ»mes des amis trĂšs, trĂšs proches jusqu'Ă  sa mort. Cela me fit non publier, mais Ă©crire[69]. »

Toutefois, Elie Wiesel avait Ă©crit[67], ainsi que le note Naomi Seidman, que Mark Turkov, l'Ă©diteur argentin avait reçu le manuscrit yiddish en 1954 — un an avant la rencontre d'Elie Wiesel avec François Mauriac[3]. Il Ă©crit en outre qu'il avait donnĂ© le manuscrit original de 862 pages Ă  Mark Turkov. Bien que celui-ci lui ait promis de lui remettre le manuscrit original, Elie Wiesel ne l'aurait plus revu, mais il explique plus tard avoir coupĂ© le manuscrit original de 862 pages aux 245 de la version yiddish publiĂ©e[66]. Naomi Seidman Ă©crit que « ces rapports embrouillĂ©s et peut-ĂȘtre contradictoires des diffĂ©rentes versions de La Nuit ont gĂ©nĂ©rĂ© une chaĂźne de commentaires critiques tout aussi embrouillĂ©s[3] ». Toutefois, l'une de ces « contradictions » se rĂ©sout lorsqu'Elie Wiesel Ă©crit avoir reçu une Ă©preuve de son livre en [68].

Vérité et mémoire

Gary Weisman rapporte un dialogue entre Elie Wiesel et le Rebbe (rabbin hassidique) de Wishnitz, qu'il n'avait pas vu depuis 20 ans. Celui-ci veut savoir si les histoires que raconte Elie Wiesel sont vraies, c'est-à-dire si elles sont vraiment arrivées. Comme il lui dit que certaines ont été pratiquement inventées du début à la fin, le rabbin soupire, avec plus de tristesse que de colÚre : « Alors, tu écris des mensonges ! »
« Je n'ai pas immĂ©diatement rĂ©pondu. L'enfant grondĂ© en moi n'avait rien Ă  dire pour sa dĂ©fense. Cependant, je devais me justifier : “Les choses ne sont pas si simples, Rebbe. Certaines choses sont arrivĂ©es mais elles ne sont pas vraies ; d'autres sont vraies, et pourtant, elles ne sont jamais arrivĂ©es[101].” »

Selon Ruth Franklin, la remise Ă  l'honneur de La Nuit par Oprah Winfrey survint Ă  un moment dĂ©licat pour le genre des mĂ©moires, lorsqu'il fut dĂ©montrĂ© que James Frey, prĂ©cĂ©demment choisi par l'Oprah's Book Club, avait falsifiĂ© son autobiographie, A Million Little Pieces. Choisir La Nuit Ă©tait dans ce contexte un « geste osĂ© » d'Oprah Winfrey, peut-ĂȘtre dans le but de restaurer le crĂ©dibilitĂ© de son book club avec un livre considĂ©rĂ© comme « au-delĂ  de la critique ».

La Nuit, ajoute-t-elle, a une importante leçon Ă  donner sur les « complexitĂ©s des mĂ©moires et de la mĂ©moire. » L'histoire mĂȘme de sa rĂ©daction « rĂ©vĂšle combien de facteurs entrent en jeu dans la crĂ©ation de mĂ©moires – l'obligation de se souvenir et de tĂ©moigner, certainement, mais aussi l'obligation artistique et mĂȘme morale de construire une persona crĂ©dible et de façonner une belle Ɠuvre. Les faits, nous le savons, peuvent ĂȘtre plus Ă©tranges que la fiction ; mais la vĂ©ritĂ© en prose, tel qu'il apparaĂźt, n'est pas toujours la mĂȘme chose que la vĂ©ritĂ© dans la vie[5] ».

Dans le tome 3 de son ouvrage intitulé Les juifs, la mémoire et le présent (1995), l'historien Pierre Vidal-Naquet signale l'importance que La Nuit a eue dans sa réflexion sur l'Holocauste :

« Si je prends maintenant ma propre expĂ©rience de fils de deux Français juifs qui trouvĂšrent la mort Ă  Auschwitz, je dirai que pendant plusieurs annĂ©es, je n'ai pas fait de vraie distinction entre camps de concentration et camps d'extermination. Le premier livre qui m'ait vraiment appris ce qu'Ă©tait le camp d'Auschwitz fut La Nuit, d'Elie Wiesel, livre publiĂ© en 1958 aux Éditions de Minuit. J'avais dĂ©jĂ  vingt-huit ans. Il se trouve que je dĂ©teste l'Ɠuvre d'Elie Wiesel, Ă  la seule exception de ce livre. C'Ă©tait pour moi une raison supplĂ©mentaire de le mentionner[102]. »

De son cĂŽtĂ©, le professeur d'histoire Jean-François Forges, dans son livre Éduquer contre Auschwitz. Histoire et mĂ©moire[103], conseille aux enseignants de chercher la vĂ©ritĂ© historique chez Primo Levi, Claude Lanzmann, Serge Klarsfeld ou Jean-Claude Pressac plutĂŽt que chez Martin Gray, Christian Bernadac, Jean-François Steiner ou Elie Wiesel[104].

Livre audio

Notes et références

  1. Elie Wiesel, La Nuit, p.78-79, Les Éditions de Minuit, Ă©d. 2007 (ISBN 978-2-7073-1992-0)
  2. « Winfrey selects Wiesel’s ‘Night’ for book club », Associated Press, 16 janvier 2006. Bien que La Nuit soit couramment considĂ©rĂ© comme un roman, Elie Wiesel a clairement affirmĂ© l'inverse ; cf. Tous les fleuves vont Ă  la mer, pp. 377-378.
  3. Naomi Seidman, « Elie Wiesel and the Scandal of Jewish Rage », Jewish Social Studies, décembre 1996.
  4. 200 avec l'avant-propos de François Mauriac et la préface de l'auteur dans la nouvelle édition de 2006.
  5. Ruth Franklin, « A Thousand Darknesses », The New Republic, 23 mars 2006 - accédé le 4 septembre 2007, nécessite une souscription.
  6. « Jewish holidays », Judaism 101.
  7. Elie Wiesel, cité par Morton Reichek, « Elie Wiesel: Out of the Night », Present Tense, 3 (1976), p. 46.
  8. Tous les fleuves vont Ă  la mer, p. 12
  9. Chlomo dans l'Ă©dition de 1958
  10. Tous les fleuves vont Ă  la mer, p.27
  11. Ellen S. Fine, Legacy of Night: The Literary Universe of Elie Wiesel, State University of New York Press, 1982, p. 5.
  12. Elie Wiesel, Tous les fleuves vont à la mer, Mémoires tome 1, 1996, éd. Le Seuil, collection « Points », 622 pages, (ISBN 2-02-028521-5)
  13. Nuit, p. 37.
  14. La Nuit, p. 32.
  15. La Nuit, p. 31.
  16. La Nuit, p. 35.
  17. La Nuit, p. 38.
  18. La Nuit, p. 36.
  19. « Elie Wiesel: First person singular », Public Broadcasting Service, accédé le 11 juin 2006.
  20. La Nuit, p. 42.
  21. La Nuit, p. 43-44.
  22. La Nuit, pp. 44-45.
  23. Entre le 16 mai et le 27 juin 1944, 131 641 Juifs furent dĂ©portĂ©s depuis la Transylvanie du Nord vers Auschwitz-Birkenau. Au cours de la mĂȘme pĂ©riode (15 mai-9 juillet), un total de 438 000 Juifs dans 147 trains furent dĂ©portĂ©s de la Hongrie vers Auschwitz, oĂč quatre trains sur cinq Ă©taient directement destinĂ©s aux chambres Ă  gaz (« Transylvanie », Shoah Resource Center, The International School for Holocaust Studies, accĂ©dĂ© le 11 juin 2006).
  24. La Nuit, p. 56-57.
  25. La Nuit, p. 53.
  26. La Nuit, pp. 64-65
  27. Revenant sur ces faits dans Tous les fleuves vont à la mer, Élie Wiesel ajoute :
    « Mon pĂšre a raison : restons ensemble. Comme tout le monde. La sauvegarde de l'unitĂ© familiale fait partie de nos traditions ancestrales. Et l'ennemi le sait bien. Aujourd'hui, il s'en est servi en faisant rĂ©pandre dans le ghetto le bruit que la population juive serait transfĂ©rĂ©e dans un camp oĂč, c'Ă©tait l'essentiel, les familles resteraient ensemble... Et nous l'avons cru. Ainsi, ce qui contribua pendant des siĂšcles Ă  la survie de notre peuple – la soliditĂ© du lien familial – devint instrument entre les mains de son exterminateur. » – Elie Wiesel, Tous les Fleuves vont Ă  la mer, MĂ©moires I, p. 100, Ă©ditions du Seuil, septembre 1994, (ISBN 2-02-021598-5)
  28. La Nuit, p. 61
  29. La Nuit, p. 69.
  30. La Nuit, p. 71.
  31. La Nuit, p. 77.
  32. Entre 1940 et 1945, environ 1,1 million de Juifs, 75 000 Polonais, 18 000 Roms, et 15 000 prisonniers de guerre soviĂ©tiques y furent tuĂ©s (« Auschwitz », United States Holocaust Memorial Museum, accĂ©dĂ© le 1er aoĂ»t 2006)
  33. Tous les fleuves vont Ă  la mer, p. 139.
  34. Car Rudolf Vrba et Alfred Wetzler ont réussi à s'évader d'Auschwitz, et ont dressé un rapport sur le camp ; les Juifs de Hongrie auraient donc dû « savoir » - Tous les fleuves vont à la mer, p. 110.
  35. La Nuit, p. 75.
  36. « Je n'ai pas prĂ©cisĂ© s'ils Ă©taient vivants [...] Puis je me disais : non, ils Ă©taient morts, autrement j'aurais perdu la raison. Et pourtant [...], ils Ă©taient vivants lorsqu'on les jetait dans les flammes », et le fait a Ă©tĂ© confirmĂ© par des historiens, dont Telford Taylor — PrĂ©face d'Elie Wiesel Ă  la nouvelle Ă©dition, La Nuit, p. 20.
  37. La Nuit, p. 83.
  38. La Nuit, p. 97
  39. La Nuit, p. 106.
  40. Elie Wiesel, Tous les fleuves vont Ă  la mer, pp. 115 & 135-136.
  41. La Nuit, p. 109.
  42. La Nuit, pp. 141-143.
  43. La Nuit, p. 118.
  44. La Nuit, p. 122-125.
  45. Son nom Ă©tait LĂ©o-Yehuda Diamond. Les deux autres condamnĂ©s Ă©taient Nathan Weisman et Yanek Grossfeld — Tous les fleuves vont Ă  la mer, p. 481.
  46. La Nuit, pp. 128-129
  47. La Nuit, pp.178-179
  48. Dans le passage parallĂšle de Tous les fleuves vont Ă  la mer, pp. 128-129, il s'agit cependant du genou.
  49. La Nuit, p. 148.
  50. Dont Primo Levi ; voir Si c'est un homme, Pocket, 1988 (ISBN 978-2-266-02250-7)
  51. La Nuit, pp. 155-156.
  52. La Nuit, pp. 163-164.
  53. La Nuit, p. 165.
  54. La Nuit, p. 172.
  55. La Nuit, p. 176.
  56. La Nuit, pp. 194-195.
  57. La Nuit, p. 185.
  58. La Nuit, p. 186.
  59. La Nuit p. 188
  60. La Nuit, p. 192.
  61. La Nuit, p. 191.
  62. La Nuit, pp. 199-200.
  63. Elie Wiesel Interview - Academy of Achievment
  64. Wiesel 1979, p. 15.
  65. Tous les fleuves vont Ă  la mer, p. 333.
  66. Tous les fleuves vont Ă  la mer, p. 451
  67. Tous les fleuves vont Ă  la mer, p. 335.
  68. Tous les fleuves vont Ă  la mer, p.386
  69. "Elie Wiesel", interview with Weisel, Academy of Achievement, récupéré le 11 juin 2006.
  70. Tous les fleuves vont Ă  la mer, p. 463.
  71. Tous les fleuves vont Ă  la mer, p. 464.
  72. Gary Weissman, Fantasies of Witnessing: Postwar Efforts to Experience the Holocaust, Cornell University Press, p. 65.
  73. Carol Memmott, « Oprah picks 'Night' », USA Today, 16 janvier 2006.
  74. La Nuit, p. 2
  75. Ellen S. Fine, Legacy of Night: The Literary Universe of Elie Wiesel. State University of New York Press, 1982, p. 7.
  76. Elie Wiesel, Tous les fleuves vont Ă  la mer, p. 457, Ă©d. du Seuil, Coll. Points - 1994.
  77. Elie Wiesel, 1983 - quatriĂšme de couverture de La Nuit, Ă©ditions de Minuit, 2006.
  78. cheela.org, responsum 12530
  79. Tous les fleuves vont Ă  la mer, p. 13.
  80. Tous les fleuves vont Ă  la mer, p. 120.
  81. Ellen S. Fine, Legacy of Night: The Literary Universe of Elie Wiesel, State University of New York Press, 1982, p. 15-16.
  82. Alfred Kazin, Contemporaries, Boston: Little, Brown & Co., 1962, pp. 297-298, cité dans Fine, 1982, p. 28.
  83. Ellen S. Fine, Legacy of Night: The Literary Universe of Elie Wiesel, State University of New York Press, 1982, p. 28.
  84. SparkNotes: Night: Analysis of Major Characters
  85. Tous les fleuves vont Ă  la mer, p. 186.
  86. Tous les fleuves vont Ă  la mer, p.121.
  87. Tous les fleuves vont Ă  la mer, pp. 377-378.
  88. Tous les fleuves vont Ă  la mer, p. 114.
  89. Tous les fleuves vont Ă  la mer, p. 336.
  90. Analysis of Major Characters - Eliezer
  91. Edward Wyatt, "The Translation of Wiesel's 'Night' Is New, but Old Questions Are Raised", The New York Times, 19 janvier 2006
  92. Gary Weissman, Fantasies of Witnessing: Postwar Efforts to Experience the Holocaust, Cornell University Press, p. 67.
  93. A. Alverez, Commentary, cité dans R. Franklin, 2006.
  94. Tous les fleuves vont à la mer, chap. Écrire, pp. 451-456.
  95. Elie Wiesel, ... Un di velt hot geshvign, Buenos Aires, 1956, cité dans Tous les fleuves vont à la mer, pp. 451-456 et R. Franklin, 2006.
  96. PrĂ©face Ă  La Nuit, nouvelle Ă©dition, Ă©ditĂ© en français aux Éditions de Minuit en 2007
  97. Tous les fleuves vont Ă  la mer, p. 456.
  98. Peter Manseau, « Revising Night: Elie Wiesel and the Hazards of Holocaust Theology », Killing the Buddha, non daté, consulté le .
  99. Analyse de la préface de François Mauriac sur Sparknotes
  100. Werner H. Kelber, « Memory's Desire or the Ordeal of Remembering: Judaism and Christianity », Bulletin for Contextual Theology, University of Natal.
  101. Gary Weissman, Fantasies of Witnessing: Postwar Efforts to Experience the Holocaust, Cornell University Press, pp. 67-68.
    Voir aussi Tous les fleuves vont Ă  la mer, p. 384.
  102. Pierre Vidal-Naquet, « Qui sont les assassins de la mémoire ? » in Réflexions sur le génocide. Les juifs, la mémoire et le présent, tome III. La Découverte. 1995. (ISBN 2-7071-2501-6)
  103. Esf, 1997, consultable par fragments sur Google livres.
  104. Compte rendu du livre de Jean-François Forges par Éric Conan, « La Shoah Ă  l'Ă©cole », L'Express, 13 novembre 1997, en ligne

Voir aussi

Articles connexes

Les second et troisiĂšme livres de la trilogie :

Liens externes

Livres

  • (en) Harry James Cargas, In Conversation with Elie Wiesel. Diamond Communications, 1992. (ISBN 0-912083-58-1)
  • (en) Harry James Cargas (ed.) Telling the Tale: A Tribute to Elie Wiesel, Saint Louis : Time Being Books, 1993. (ISBN 1-56809-007-2)
  • (en) Ellen S Fine, Legacy of Night: The Literary Universe of Elie Wiesel, State University of New York Press, 1982. (ISBN 0-87395-590-0)
  • (en) Alfred Kazin. Contemporaries. Boston: Little, Brown & Co., 1962.
  • (en) Gary Weissman, Fantasies of Witnessing: Postwar Efforts to Experience the Holocaust, Cornell University Press, . (ISBN 0-8014-4253-2)
  • (fr) Elie Wiesel, La Nuit, Les Éditions de Minuit, collection Double, Ă©d. 2007 (ISBN 978-2-7073-1992-0)
  • (fr) Elie Wiesel, Tous les fleuves vont Ă  la mer, MĂ©moires tome 1, Ă©d. Le Seuil 1996, collection Points, 622 pages (ISBN 2-02-028521-5)
  • (en) « Elie Wiesel », Holocaust Literature: An Encyclopedia of Writers and Their Work, Routledge, 2002, pp. 1321-23. (ISBN 0-415-92983-0)

Articles

Lectures supplémentaires

  • (fr) Lucy S. Dawidowicz, La Guerre contre les Juifs, Ă©d. Hachette, 1977
  • (en) Irving Greenberg et Alvin H. Rosenfeld, (dir.), Confronting the Holocaust: The Impact of Elie Wiesel. Bloomington: Indiana University Press, 1978.
  • (en) Simon P. Sibelman, Silence in the Novels of Elie Wiesel. New York: St. Martin’s Press, 1995.
  • (en) Leon Wieseltier, Kaddish. New York: Random House, 1998.
  • (en) James E. Young, Writing and Rewriting the Holocaust. Bloomington: Indiana University Press, 1988.
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