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Centre d'extermination de CheƂmno

Le centre d'extermination de CheƂmno (en allemand Kulmhof) est le premier centre d'extermination nazi destinĂ© Ă  l'assassinat de Juifs au moyen de gaz asphyxiants[alpha 1].

Centre d'extermination nazi de CheƂmno
Chelmno-fosse-commune.jpg
Emplacement d'une fosse commune à CheƂmno.
Présentation
Type Centre d'extermination
Gestion
Date de création
Dirigé par Christian Wirth
Date de fermeture
Victimes
Type de détenus Juifs, essentiellement polonais
Morts Entre 150 000 et 170 000
GĂ©ographie
Pays Drapeau de la Pologne Pologne
Gmina CheƂmno nad Nerem
CoordonnĂ©es 52° 09â€Č 14,45″ nord, 18° 43â€Č 22,74″ est
GĂ©olocalisation sur la carte : Pologne
(Voir situation sur carte : Pologne)
Centre d'extermination nazi de CheƂmno

Localisation des camps d'extermination nazis.

SituĂ© dans le village polonais de CheƂmno nad Nerem[alpha 2] Ă  60 kilomĂštres au nord-ouest de ƁódĆș dans le Warthegau, partie de la Pologne annexĂ©e au Reich, il est utilisĂ© de Ă  , puis en et , faisant plus de 150 000 victimes, essentiellement des Juifs originaires du Warthegau. CaractĂ©risĂ©e par l'emploi de camions Ă  gaz, sa premiĂšre phase d'activitĂ© est dans la continuitĂ© des meurtres commis dans le cadre du programme Aktion T4 ou par les Einsatzgruppen et constitue une Ă©tape vers la mise en place des grands centres d'extermination, comme SobibĂłr, Treblinka, Maidanek, BeĆ‚ĆŒec et Auschwitz. « Plus qu'un « laboratoire », CheƂmno fut une « Ă©cole » formant le personnel des autres centres de mise Ă  mort[1]. »

Outre le caractĂšre prĂ©coce du dĂ©but de ses activitĂ©s, CheƂmno se distingue des autres centres d'extermination par l'absence de chambre Ă  gaz et par son indĂ©pendance Ă  l'Ă©gard de l'Office central SS pour l'Ă©conomie et l'administration et de l’Aktion Reinhard.

Création et organisation

Origine

En 1941, le gauleiter du Reichsgau Wartheland (Warthegau), Arthur Greiser sollicite et obtient l'autorisation de Heinrich Himmler d'assassiner 100 000 Juifs rĂ©sidant dans le Gau[2], oĂč ils reprĂ©sentent une population totale de 420 000 personnes[3]. Greiser souhaite « dĂ©sengorger » les ghettos du Warthegau en assassinant les Juifs incapables de travailler, afin de libĂ©rer de la place pour les Juifs dĂ©portĂ©s d'Allemagne[4]. Pour l'historien Christopher Browning, « si Chelmno est peut-ĂȘtre un camp d'extermination local pour les Juifs du Warthegau, sa rapide Ă©mergence Ă  l'automne 1941 a lieu en grande partie parce que les perceptions et dĂ©sirs des responsables locaux sur place concordent parfaitement avec les conceptions et les objectifs du centre »[5] ; Saul FriedlĂ€nder attribue Ă©galement une fonction locale au camp d'extermination de Chelmno[6], ce qui explique que ses activitĂ©s ne sont pas reprises dans le cadre de l'opĂ©ration Reinhard, dĂ©cidĂ©e postĂ©rieurement et centrĂ©e sur la population juive du Gouvernement gĂ©nĂ©ral, et qu'elles ne relĂšvent pas de l'Office central SS pour l'Ă©conomie et l'administration[7].

Le site de CheƂmno, situĂ© Ă  mi-chemin entre Varsovie et PoznaƄ, est choisi[alpha 3] parce qu'il est reliĂ© par une voie secondaire Ă  la ligne ferroviaire ƁódĆș-PoznaƄ, et par une route en bon Ă©tat avec ƁódĆș, Ă  soixante kilomĂštres au sud-est du village ; de plus, le village dispose d'un parc clĂŽturĂ© et d'un petit chĂąteau inoccupĂ©, avec des bĂątiments de ferme et une Ă©glise[9]. Le village compte environ 250 habitants, dont une majoritĂ© de Polonais et des Allemands originaires de Volhynie[10].

Le , le SS-SturmbannfĂŒhrer Rolf-Heinz Höppner de l'Ă©tat-major du chef supĂ©rieur de la SS et de la police dans le Warthegau, Wilhelm Koppe, Ă©crit Ă  Adolf Eichmann :

« Au cours de discussions [...] diverses administrations ont abordé la solution de la question juive dans la région. On propose la solution suivante :
1) Tous les Juifs du Warthegau sont rassemblĂ©s dans un camp de 300 000 personnes qui sera construit le plus prĂšs de la grande ligne ferroviaire charbonniĂšre (Gdynia - SilĂ©sie) [...].
2) Dans ce camp sont rassemblĂ©s tous les Juifs du Warthegau. Ceux qui sont aptes au travail pourraient ĂȘtre affectĂ©s Ă  des commandos de travail et dĂ©tachĂ©s du camp.
3) Selon le SS-BrigadefĂŒhrer Albert, un camp de ce genre pourrait ĂȘtre gardĂ© avec beaucoup moins de forces de police qu'actuellement. De plus le danger d'Ă©pidĂ©mie qui menace la population voisine des ghettos de Litzmannstadt (ƁódĆș) et d'autres lieux serait rĂ©duit au minimum.
4) Les Juifs courent le risque, cet hiver, de ne pouvoir ĂȘtre tous nourris. Il y a lieu de considĂ©rer sĂ©rieusement si la solution la plus humaine ne serait pas de liquider les Juifs inaptes au travail par un moyen quelconque Ă  action rapide. En tout cas, ce serait plus agrĂ©able que de les laisser mourir de faim.
5) On a proposé de stériliser dans ce camp toutes les Juives en état de procréer de façon que le problÚme juif soit totalement liquidé avec cette génération.[...] »

— Rolf-Heinz Höppner[11].

Le , Höppner interroge Ă  nouveau les autoritĂ©s centrales Ă  propos du sort Ă  rĂ©server aux Juifs : « Le but est-il de leur assurer un certain niveau de vie Ă  long terme ou doivent-ils ĂȘtre totalement Ă©radiquĂ©s[12] ? »

Pendant ce temps, et avant la fin des travaux de construction du nouveau camp, Herbert Lange et ses hommes commencent l'extermination des Juifs du Warthegau. De fin [13] Ă  fin , ils gazent plusieurs centaines de Juifs dans la rĂ©gion de Konin et de Kalisz, au moyen d'un camion Ă©quipĂ© de bouteilles de monoxyde de carbone[10] ; au total, ces diverses opĂ©rations font plus de 2 000 victimes[13].

Construction

Plan gĂ©nĂ©ral du centre d'extermination de CheƂmno. Le nord se trouve vers la gauche du croquis.

Fin , le SS-Sonderkommando[alpha 4] arrive Ă  CheƂmno dont le chĂąteau, en ruines et inoccupĂ©, est rĂ©quisitionnĂ© : en quelques semaines, le centre d'extermination est amĂ©nagĂ©[14]. La population polonaise du village, d’environ 250 personnes[15], est expulsĂ©e, Ă  l'exception de quelques hommes que l'on oblige Ă  participer aux travaux d'amĂ©nagement[4]. Elle est remplacĂ©e par des Volksdeutsche provenant de Volhynie : ainsi, fin 1941, le village compte 300 habitants, essentiellement d'origine allemande[15].

Le « camp » se compose de deux parties distinctes, distantes de quatre kilomĂštres environ, reliĂ©es par une route rectiligne orientĂ©e nord-nord-ouest : la premiĂšre partie se trouve dans le chĂąteau du village oĂč on met Ă  mort les victimes ; la seconde, le « camp de la forĂȘt », dans le bois de RzuchĂłw[alpha 5], oĂč les cadavres sont d’abord enterrĂ©s, puis Ă  partir de l'Ă©tĂ© 1942 incinĂ©rĂ©s.

Le chùteau a un parc ceinturé par une simple clÎture de fil, qui ne dissimule pas les opérations d'extermination, puis, un mois aprÚs le début des tueries, par une palissade de planches[10].

Le camp de la forĂȘt se compose de trois clairiĂšres, l'une de 80 mĂštres sur 80, une autre de 70 mĂštres sur 20 et une derniĂšre de 50 mĂštres sur 15, oĂč sont creusĂ©es des fosses communes[16], puis construits des fours crĂ©matoires. SituĂ©es au cƓur d'un ensemble trĂšs dense de pins, les diffĂ©rentes clairiĂšres sont reliĂ©es, par plusieurs percĂ©es, Ă  la route principale qui leur est distante d'une Ă  plusieurs centaines de mĂštres[17].

Outre ces deux « camps », de nombreux bùtiments du village sont confisqués et servent directement ou indirectement au processus d'extermination : sont notamment réquisitionnées l'église (et son presbytÚre), la mairie, l'école, la Deustches Haus (la Maison allemande), vaste bùtiment situé en face du chùteau et des maisons ayant appartenu à des familles polonaises expulsées. Y sont installées la résidence du commandant du centre, celle des gardiens, la cuisine, la cantine[17].

Les amĂ©nagements Ă©tant terminĂ©s aprĂšs environ cinq semaines[18], trois camions Ă  gaz sont amenĂ©s de Berlin : ils sont carrossĂ©s avec une caisse Ă©tanche munie d'une grande double porte Ă  l'arriĂšre, comme une voiture de dĂ©mĂ©nagement ; Ă  l'intĂ©rieur de la caisse, un caillebotis de bois recouvre le sol de tĂŽle ; sous ce caillebotis, un tuyau percĂ© de trous qui peut ĂȘtre raccordĂ© au pot d'Ă©chappement[alpha 6] afin d'asphyxier les personnes enfermĂ©es dans la caisse[16].

Les exécuteurs

Photographie montrant deux enfants, une fille à gauche et un garçon à droite remettant un bouquet de fleurs à Heinrich Himmler au centre de la photographie ; le personnage de gauche est Wilhelm Koppe, celui de droite Fritz Bracht.
De face au premier plan, de gauche Ă  droite, Wilhelm Koppe, Heinrich Himmler et Fritz Bracht (vers 1941)[alpha 7].

Le personnel de CheƂmno est constituĂ© d'un petit groupe de membres du RSHA qui a participĂ© aux gazages dans le cadre de l'euthanasie des malades mentaux[alpha 8] - [alpha 9]. Ce noyau est complĂ©tĂ© par des membres de la Gestapo de PoznaƄ et de ƁódĆș, et de l'Ordnungspolizei (police rĂ©guliĂšre) de Lodz[20], dĂ©tachĂ©s auprĂšs du Kommando Lange[alpha 10] par le chef supĂ©rieur de la SS et de la police (HSSPf) Wilhelm Koppe[10] - [alpha 11]. Certains membres de la police rĂ©guliĂšre sont affectĂ©s Ă  CheƂmno aprĂšs s'ĂȘtre portĂ©s volontaires pour une mission Ă  l'extĂ©rieur, sans connaĂźtre au prĂ©alable la teneur de cette mission[23]. Les exĂ©cuteurs sont commandĂ©s par Herbert Lange[alpha 12] choisi en raison de son expĂ©rience, puis, Ă  partir de , par le SS-HauptsturmfĂŒhrer Hans Bothmann[25]. L'effectif total comporte 100 Ă  120 SS, dont 10 Ă  15 membres de la Sicherheitspolizei, qui en constituent le « noyau » et 80 Ă  100 membres de la police rĂ©guliĂšre qui assurent la garde du camp (Wachtkommando)[26].

Lange a Ă©tĂ© le premier, ou l'un des premiers utilisateurs d'un camion Ă  gaz en Pologne, le , dans le cadre de la poursuite de l’Aktion T4[14]. Entre la fin de 1939 et le printemps 1940, il dirige une unitĂ© chargĂ©e « de nettoyer les asiles des malades polonais », notamment au moyen d'un Ă©norme fourgon ressemblant Ă  une voiture de dĂ©mĂ©nagement et dans lequel est injectĂ© de l'oxyde de carbone en bouteille[27]. Ce procĂ©dĂ© posant des problĂšmes logistiques pour les Einsatzgruppen, des camions sont adaptĂ©s pour utiliser directement les gaz d'Ă©chappement, fin 1941[28]. Le processus mis en place par Lange est donc l'un des maillons de la chaĂźne qui relie les chambres Ă  gaz fixes de l’Aktion T4, alimentĂ©es par du monoxyde de carbone en bouteilles, aux camions itinĂ©rants des Einsatzgruppen, puis aux chambres Ă  gaz fixes de l’Aktion Reinhard oĂč le gazage est effectuĂ© au moyen de gaz d'Ă©chappement de moteurs (Belzec Ă©tant une Ă©tape de transition), avant l'utilisation du Zyklon B, essentiellement Ă  Auschwitz.

Si l'essentiel du personnel du camp est fourni par le HSSPF Koppe, Lange reçoit ses ordres directement de Heinrich Himmler ou d'Arthur Greiser à qui Himmler a délégué une autorité considérable[10]. Les exécuteurs allemands sont assistés par sept auxiliaires polonais[29].

Les membres du RSHA occupent toutes les fonctions importantes au sein du camp ; quant aux membres de la police rĂ©guliĂšre, ils sont rĂ©partis en trois sections affectĂ©es au transport, au chĂąteau et au camp de la forĂȘt[23]. L'affectation des membres du premier groupe au camp d'extermination est plutĂŽt stable, alors que certains policiers chargĂ©s de la garde du camp ne sont en poste Ă  CheƂmno que pour une pĂ©riode limitĂ©e Ă  l'issue de laquelle ils regagnent leurs unitĂ©s d'origine oĂč ils « transmettent Ă  leurs camarades des informations sur le gazage des Juifs[30] ».

L'Ă©quipe du transport a pour tĂąche d'amener les victimes de la gare au village, en transitant, de Ă  , par le moulin de Zawadki ; l'Ă©quipe du chĂąteau est chargĂ©e de la surveillance, mais ses membres participent Ă©galement au dĂ©shabillage des victimes et aux gazages ; l'Ă©quipe de la forĂȘt est divisĂ©e en deux sections, l'une montant la garde Ă  l'extĂ©rieur du camp, l'autre, Ă  l'intĂ©rieur, Ă©tant chargĂ©e de diriger et surveiller les activitĂ©s des Arbeitsjuden[23].

Tous les membres du Kommando bĂ©nĂ©ficient d'un complĂ©ment de solde variant, selon le grade, de 10 Ă  15 reichsmarks par jour, soit mensuellement, plus du double de la solde normale[23], ce complĂ©ment provenant d'un fonds spĂ©cial de l'administration du Reichsgau Wartheland[10]. D'aprĂšs les tĂ©moignages recueillis lors de leur procĂšs, le moral des exĂ©cuteurs est bon ; ils passent des soirĂ©es dĂ©tendues Ă  jouer aux cartes et Ă  boire de l'eau-de-vie ou de la biĂšre ; ils vont au cinĂ©ma Ă  KoƂo, et ils ont presque tous une petite amie, avec laquelle ils peuvent passer la nuit dans leur cantonnement[31].

Les Arbeitsjuden

« Ils ont choisi environ cinq personnes parmi celles qui se trouvaient dans la cave. Nous devions prendre les bagages et les effets, les chaussures qui Ă©taient restĂ©s lĂ  et les apporter dans une des piĂšces de cette maison qui Ă©tait dĂ©jĂ  pleine d'effets et de chaussures. [
] Je travaillais lĂ  [aux fosses communes] depuis plusieurs jours dĂ©jĂ  [
] lorsque sont arrivĂ©s tous les gens de la ville oĂč j'habitais. [
] Il y avait lĂ  ma femme et mes deux enfants. [
] Je me suis couchĂ© Ă  cĂŽtĂ© des corps de ma femme et de mes enfants et je voulais qu'on me tue. Un des SS s'est approchĂ© de moi et m'a dit : Tu as encore des forces, tu peux continuer Ă  travailler. Il m'a donnĂ© des coups de fouet et m'a obligĂ© Ă  continuer de travailler »

— TĂ©moignage d'un survivant des Arbeitsjuden au procĂšs d'Adolf Eichmann[32].

Au dĂ©but des activitĂ©s du centre, les tĂąches annexes au processus de tuerie sont assurĂ©es par des prisonniers polonais. Mais rapidement, et au plus tard dĂ©but [33] - [alpha 13], les Allemands mettent en place un Sonderkommando composĂ© de dĂ©portĂ©s juifs, Ă©galement connus sous l'appellation d'Arbeitsjuden[alpha 14]. Ces hommes « Ă©taient responsables de l’avant. Ils nettoyaient l’aprĂšs. En aucun cas, ils n'ont participĂ© Ă  l'assassinat de masse[34] ». Cette mĂ©thode est utilisĂ©e par la suite dans tous les centres d'extermination nazis : des dĂ©tenus polonais ou juifs sont forcĂ©s par les SS d'accomplir « les diverses corvĂ©es attenantes Ă  leur basse besogne[4] ».

Les Arbeitsjuden comptent une quarantaine d'hommes, frĂ©quemment renouvelĂ©s, aprĂšs des assassinats quotidiens[35]. Les hommes portent des chaĂźnes aux pieds et logent dans le grenier aux grains ; au chĂąteau, ils ramassent les vĂȘtements des victimes, nettoient la cour[35], ou travaillent comme artisans, tailleurs ou cordonniers, pour les besoins de leurs bourreaux, ce qui leur vaut un sursis[35]. D'autres Arbeitsjuden sont affectĂ©s Ă  l'enfouissement, puis Ă  l'incinĂ©ration des corps des victimes[35]. Huit Ă  dix prisonniers sont utilisĂ©s comme artisans, une quinzaine est affectĂ©e au tri des vĂȘtements et effets personnels des victimes, et au moins trente Juifs sont chargĂ©s d'effectuer « le terrible travail qui consiste Ă  dĂ©charger et Ă  nettoyer les camions et Ă  mettre les corps dans de grandes fosses communes »[36].

Les opérations de tuerie

L'arrivée des convois

Embarquement en camions de Juifs Ă  KoƂo en direction de CheƂmno, en vue de leur extermination (1942). Il s'agit de Juifs venus par train du ghetto de ƁódĆș. Des bagages sont Ă©parpillĂ©s au sol ; une femme dans un fossĂ© au premier plan semble se protĂ©ger le visage. Un policier allemand la regarde, une canne Ă  la main.

Dans une premiĂšre phase, les premiĂšres victimes proviennent des villes environnantes de CheƂmno, comme Konin, KoƂo et KƂodawa d'oĂč elles sont directement amenĂ©es au centre par camion[37]. À partir de , dĂ©butent les dĂ©portations en provenance du ghetto de ƁódĆș ; le premier convoi, qui part entre le et le [38] - [39], est composĂ© d'Ă©lĂ©ments jugĂ©s « indĂ©sirables » ou « nuisibles » par une commission composĂ©e de membres de l'administration juive du ghetto[39].

Les trains en provenance du ghetto s'arrĂȘtent Ă  la gare de KoƂo, oĂč les dĂ©portĂ©s passent parfois la nuit dans la synagogue, avant d'ĂȘtre transportĂ©s vers le lieu de leur assassinat en camion : cette procĂ©dure manquant de discrĂ©tion, par la suite, les victimes sont acheminĂ©es Ă  l'Ă©cart de la ville par une ligne ferroviaire Ă  voie Ă©troite, et gardĂ©es la nuit dans un moulin Ă  Zawadki[40]. À leur arrivĂ©e Ă  CheƂmno, on annonce aux victimes qu'elles vont ĂȘtre envoyĂ©es travailler en Allemagne[41] et « que la poursuite du voyage nĂ©cessitait cependant [...] une douche et un Ă©pouillage contre le risque d'Ă©pidĂ©mies[42] » ; « certains membres du SS-Sonderkommando portaient dans la cour du chĂąteau une blouse blanche et un stĂ©thoscope, afin de donner corps au mensonge du camp de transit[43] ».

Les tĂ©moignages citĂ©s notamment par Eugen Kogon et Sila Cehreli permettent de dĂ©crire l'arrivĂ©e des convois. Les premiĂšres victimes, amenĂ©es par camion, sont dĂ©barquĂ©es Ă  l'extĂ©rieur de la clĂŽture ceinturant le chĂąteau, Ă  l'intĂ©rieur de laquelle elles sont chassĂ©es Ă  coups de fouet ; par la suite, les camions reliant la gare de KoƂo Ă  CheƂmno pĂ©nĂštrent directement dans l'enceinte du chĂąteau[23]. Les transports par camion de la gare de KoƂo puis du moulin de Zawadki vers le camp d'extermination sont effectuĂ©s par des employĂ©s civils allemands, qui ne font pas partie de l'Ă©quipe du centre de mise Ă  mort et auxquels il est interdit de pĂ©nĂ©trer dans le site d'extermination ; Ă  l'arrivĂ©e Ă  l'enceinte du camp du chĂąteau le camion est conduit, pour la derniĂšre partie du trajet, par un membre du SS-Sonderkommando, qui ramĂšne ensuite le vĂ©hicule vide au portail[44]. « Seuls trois camions contenant approximativement 100 Ă  150 victimes Ă©taient admis en une seule fois dans le camp, ce qui correspondait, en d'autres termes, Ă  la capacitĂ© de mise Ă  mort d'une seule opĂ©ration de gazage. Pendant le dĂ©roulement de cette opĂ©ration, les autres camions devaient attendre devant le portail, sous le regard de tous les habitants du village[44] ».

D'importance diverse, les convois ferroviaires peuvent compter jusqu'Ă  1 500 dĂ©portĂ©s et comporter plus d'une dizaine de wagons. L'arrivĂ©e Ă  la gare de KoƂo est marquĂ©e par une grande violence : arrachĂ© Ă  sa mĂšre, un enfant en larmes est tuĂ© devant celle-ci ; un jeune homme est tuĂ© Ă  coups de bĂątons, un homme ĂągĂ© jetĂ© du train en marche ; les plus faibles, les malades, ceux qui traĂźnent ou protestent sont battus Ă  mort[45].

La majoritĂ© des convois se compose de Juifs polonais, mais au nombre des victimes, on compte Ă©galement des Juifs originaires d'Autriche, d'Allemagne, de TchĂ©coslovaquie et du Luxembourg, des Tsiganes, des enfants non-juifs du protectorat de BohĂȘme-Moravie, provenant notamment de Lidice[46], des Polonais non-juifs[alpha 15] dont des religieuses, et des prisonniers de guerre soviĂ©tiques[48].

L'extermination

La photographie montre un groupe d'enfants du ghetto de Lodz en rangs le long d'une clÎture grillagée, en attente de leur déportation au camp de Chelmno.
Enfants du ghetto de Lodz regroupés pour leur déportation en vue de leur assassinat à Chelmno.

« On les fit se déshabiller et un camion arriva, un camion complÚtement fermé. On ouvrit les portes du camion et il vint se placer contre une rampe d'accÚs. On fit alors monter ces Juifs tout nus dans le camion. Puis on referma les portes et le camion démarra. »

— Adolf Eichmann[49].

Les gazages dĂ©butent Ă  CheƂmno le [4] - [10] - [alpha 16] : les premiĂšres victimes sont des Juifs provenant des villes et villages du voisinage immĂ©diat, suivis par les survivants d'un groupe de 5 000 Tsiganes autrichiens dĂ©portĂ©s Ă  ƁódĆș, dĂ©jĂ  dĂ©cimĂ©s par le typhus[50]. Dans un premier temps est utilisĂ© le modĂšle de camion associĂ© Ă  des bouteilles de monoxyde de carbone. Ces premiers gazages servent d'essais pour mettre au point le processus d'extermination[14] : fin dĂ©cembre[alpha 17], Adolf Eichmann[alpha 18] - [alpha 19] effectue une visite d'inspection Ă  CheƂmno[14], Ă  la demande du chef de la Gestapo, Heinrich MĂŒller[53], visite qu'il mentionne lors des interrogatoires avant son procĂšs[54]. Une de ses tĂąches consistait Ă  mesurer avec un chronomĂštre la durĂ©e prĂ©cise de mise Ă  mort des victimes dans un camion Ă  gaz.

Courant , deux camions Ă  gaz supplĂ©mentaires, utilisant non plus des bouteilles de monoxyde de carbone mais les gaz d'Ă©chappement et adaptĂ©s Ă  cet effet Ă  Berlin par la division technique du RSHA, sur le modĂšle de ceux utilisĂ©s par les Einsatzgruppen, complĂštent le dispositif d'extermination[55] et permettent d'en augmenter la capacitĂ© : entre le et le , 10 103 Juifs du ghetto de Lodz sont dĂ©portĂ©s Ă  CheƂmno, oĂč ils sont gazĂ©s[56]. L'efficacitĂ© des nouveaux camions est soulignĂ©e dans un rapport du RSHA du qui « n'en suggĂ©rait pas moins une sĂ©rie de six grandes amĂ©liorations techniques pour traiter plus efficacement le « nombre de piĂšces » (StĂŒckzahl) habituellement chargĂ©es dans chaque vĂ©hicule »[57]. Ces demandes d'amĂ©lioration sont peut-ĂȘtre la consĂ©quence des problĂšmes techniques rencontrĂ©s avec l'un des camions, qui ont briĂšvement interrompu les opĂ©rations d'extermination fin mai[58].

Les dĂ©portĂ©s doivent se dĂ©shabiller dans une piĂšce situĂ©e Ă  l'arriĂšre du chĂąteau[14], officiellement afin de prendre une douche et de permettre la dĂ©sinfection de leurs vĂȘtements[59] ; ils dĂ©posent leurs effets personnels et de valeur dans des boĂźtes remises Ă  des auxiliaires polonais au dĂ©but des activitĂ©s du camp, puis Ă  des Arbeitsjuden, qui notent les noms des propriĂ©taires dans un carnet afin de rendre la situation plausible[59] ; ils empruntent ensuite un escalier menant Ă  une cave, puis un long couloir, dont les entrĂ©es comportent un panneau vivement Ă©clairĂ© et indiquant « Vers les douches »[59]. Le couloir dĂ©bouche sur une rampe entourĂ©e d'une haute palissade, au bout de laquelle stationne un camion gris[14]. C'est Ă  cet endroit, Ă  ce moment, que les dĂ©portĂ©s sentent le danger : ceux qui hĂ©sitent Ă  emprunter la rampe y sont forcĂ©s par la violence[59]. Lorsque trente Ă  quarante personnes sont entrĂ©es dans le camion, les portes sont refermĂ©es et un ouvrier polonais, remplacĂ© plus tard par un Arbeitsjude, raccorde le pot d'Ă©chappement Ă  l'intĂ©rieur du camion via un tuyau souple : le chauffeur SS met ensuite le moteur en route pendant dix Ă  quinze minutes, le camion restant Ă  l'arrĂȘt[14].

Plan du sous-sol du chñteau à CheƂmno.

Le processus est mis au point et rodĂ© par Herbert Lange, puis appliquĂ© par son successeur Hans Bothmann, au prix de sĂ©rieux incidents[25]. En , un camion explose[25] ; Ă  une autre occasion, lors d'un gazage, un travailleur polonais est enfermĂ© par erreur avec les victimes : alors qu'il se dĂ©bat pour qu'on le laisse ressortir, les SS jugent qu'il est trop tard pour rouvrir les portes[60]. Si Ă  l'arrivĂ©e des camions aux fosses communes, les gardiens SS dĂ©couvrent des enfants en bas Ăąge encore vivants, ils leur fracassent la tĂȘte sur les arbres, les tuant sur-le-champ[61].

Un camion Ă  gaz endommagĂ© est inspectĂ© en 1945 Ă  KoƂo prĂšs de CheƂmno.

Les témoignages des survivants des Arbeitsjuden et des membres du Kommando Lange sont concordants sur les circonstances des assassinats.

« Un camion les attendait dehors. Les gens ont vu le camion et n'ont pas voulu monter, mais il y avait lĂ  des SS qui les ont frappĂ©s, et les ont obligĂ©s Ă  monter dans les camions. [
] C'Ă©taient des camions fermĂ©s hermĂ©tiquement. [
] On enfermait les gens dans les camions, on mettait en marche, et des gaz y pĂ©nĂ©traient, des gaz d'Ă©chappement. [
] Nous avons entendu des cris qui montaient des camions et lorsqu'ils ont mis en marche les moteurs, les gaz sont entrĂ©s. Les cris se sont tus »

— TĂ©moignage de l'un des survivants des Arbeitsjuden lors du procĂšs d'Adolf Eichmann[62].

« Les nouveaux arrivants se dĂ©shabillaient dans le hall du chĂąteau et dĂ©posaient leurs affaires dans des corbeilles. [
] La rampe avait Ă©tĂ© construite et installĂ©e de façon que ses dimensions soient parfaitement adaptĂ©es Ă  celles du camion Ă  gaz ; les gens qui sortaient de la cave n'avaient pas d'autre possibilitĂ© que de monter dans le camion ; [
] depuis le moment de la descente du camion de transport devant la cour du chĂąteau jusqu'Ă  la montĂ©e dans le camion Ă  gaz il s'Ă©coulait un peu moins d'une heure. [
]

Une fois que tous les Juifs furent montés dans le camion à gaz, le chauffeur ferma et verrouilla les portes, puis il mit le moteur en marche ; bientÎt se firent entendre des rùles et des cris venant de l'intérieur ; on tapait aussi contre les parois ; je voyais bien que les gens à l'intérieur étaient asphyxiés par le gaz ; aprÚs environ dix minutes ils se turent ; je compris qu'ils étaient morts ; le chauffeur laissa tourner le moteur quelques minutes de plus puis fit démarrer le camion »

— TĂ©moignages de membres du Kommando Lange lors de leur procĂšs[63].

L'opĂ©ration de mise Ă  mort se dĂ©roule cinq Ă  sept fois par jour, de 8 h Ă  14 h ou 16 h, en fonction du nombre des victimes[64]. Lors des tueries les plus importantes, qui culminent en [65], les camions effectuent une dizaine de navettes quotidiennes entre le chĂąteau et la forĂȘt[25] et la capacitĂ© de tuerie est de 1 000 personnes par jour[66].
Plus de 44 000 victimes sont dĂ©portĂ©es du ghetto de ƁódĆș de Ă  , 11 000 du au , dont une majoritĂ© de Juifs d'Allemagne[67]. De 180 000 habitants environ en , la population du ghetto a Ă©tĂ© rĂ©duite Ă  environ 100 000 fin [68]. Au moins 15 849 personnes sont dĂ©portĂ©es du au [69] : cette vague de dĂ©portation est marquĂ©e par celle de tous les enfants de moins de 10 ans, annoncĂ©e Ă  la population par Rumkowski lors d'un discours prononcĂ© le , des personnes ĂągĂ©es et des malades[70].
Au moins 145 500 victimes pĂ©rissent lors de cette premiĂšre phase d'activitĂ©[25] - [alpha 20].

L'arrĂȘt provisoire du processus d'extermination

En , il n'y a plus de convois vers CheƂmno : tous les habitants des ghettos du Warthegau ont Ă©tĂ© exterminĂ©s ; seul subsiste celui de ƁódĆș, utilisĂ© comme centre de rassemblement[71]. Le , le gauleiter Arthur Greiser adresse Ă  Himmler un rapport Ă©logieux sur les hommes du Kommando : « Les hommes n'ont pas seulement accompli leur difficile tĂąche complĂštement, loyalement et courageusement, ils ont aussi fait preuve d'un esprit de solidaritĂ© militaire exemplaire ». Dans ce mĂȘme rapport, Greiser relaie le souhait des exĂ©cuteurs de ne pas ĂȘtre dispersĂ©s dans diffĂ©rentes unitĂ©s et de continuer Ă  servir sous le commandement de Hans Bothmann, demande acceptĂ©e par Himmler[72]. Pour « fĂȘter » la fin des opĂ©rations d'extermination, Greiser invite les officiers du camp dans un restaurant Ă  KoƂo, leur octroie des rĂ©compenses et leur accorde des vacances dans ses propriĂ©tĂ©s[73].

Le [73], les derniers Arbeitsjuden sont fusillĂ©s[alpha 21] et les crĂ©matoires dĂ©truits Ă  l'explosif[25] ou dĂ©montĂ©s, leurs briques Ă©tant rĂ©utilisĂ©es pour construire un canal alimentant une orangerie Ă  proximitĂ© de Powierce[74] ; la palissade de la rampe est abattue, et les SS font sauter le chĂąteau vidĂ© de son mobilier ; dans la forĂȘt, du gazon est semĂ© sur les fosses communes[71].

Le , les SS quittent le camp et confient la garde des lieux à une unité de gendarmerie locale[71]. Les travaux de destruction des preuves du massacre se poursuivent jusqu'en [75].

La deuxiĂšme vague d'extermination

En , Arthur Greiser dĂ©cide de remettre le camp en activitĂ©, en prĂ©vision de l'extermination de la population du ghetto de ƁódĆș qui avait Ă©chappĂ© aux dĂ©portations de 1942. Hans Bothmann est rappelĂ© de Croatie pour superviser les tueries[76].

Les installations d'extermination sont sommairement reconstruites dans la forĂȘt, oĂč se dĂ©roulent toutes les opĂ©rations afin de « rationaliser » le processus[25]. Deux baraques sont construites dans la forĂȘt pour le dĂ©shabillage des victimes, puis deux fours crĂ©matoires[77]. Les matĂ©riaux sont fournis par l'administration allemande du ghetto, au sein duquel une cinquantaine de travailleurs juifs sont arrĂȘtĂ©s et affectĂ©s Ă  la reconstruction du camp[78]. MaltraitĂ©s, enchainĂ©s, battus Ă  mort, les quarante dĂ©tenus chargĂ©s de construire les fours crĂ©matoires connaissent un taux de mortalitĂ© particuliĂšrement Ă©levĂ© qui peut atteindre 50 % certains jours ; l'effectif initial, rapidement rĂ©duit Ă  18 dĂ©tenus, est renforcĂ© au fur et Ă  mesure des besoins par huit transports de trente ouvriers, soit un total de 240 dĂ©portĂ©s[78].

Les convois de dĂ©portĂ©s comportent gĂ©nĂ©ralement une quinzaine de wagons ; le processus d'extermination ne pouvant ĂȘtre rĂ©alisĂ© qu'entre 7 Ă  8 heures et 14 heures, une partie des victimes passent une nuit supplĂ©mentaire Ă  l'Ă©glise du village[79]. MĂȘme au cours de cette seconde phase d'extermination, alors que les rumeurs sur l'annihilation des Juifs sont largement rĂ©pandues, le SS tentent de maintenir le mensonge du camp de transit et tiennent aux victimes un discours rassurant : ce mensonge est renforcĂ© par le fait que les victimes reçoivent Ă  leur dĂ©part du ghetto la pseudo destination, Leipzig, Cologne ou Munich, oĂč ils seraient prĂ©tendument « rĂ©-installĂ©s » et affectĂ©s au travail[79]. « Cette procĂ©dure visait Ă  garder une certaine cohĂ©rence entre les informations donnĂ©es aux victimes dans le ghetto et le discours mensonger qui leur serait ultĂ©rieurement prononcĂ© Ă  CheƂmno[79]. »

StĂšle sur l'emplacement d'un bĂ»cher dans la forĂȘt Ă  CheƂmno.

« C'est dĂ©but que commença l'extermination des Juifs du ghetto de Litzmannstadt, elle dura jusqu'Ă  mi-. [...] ArrivĂ©s Ă  Kulmhoff (CheƂmno) les Juifs descendaient avec leurs bagages, ils Ă©taient logĂ©s dans l'Ă©glise oĂč ils restaient jusqu'au lendemain ; [
] on les menait devant une des baraques en bois ; elles faisaient vingt mĂštres de long et dix mĂštres de large.
Chacune comptait deux piĂšces, une pour les hommes, une pour les femmes, avec des crochets pour pendre les vĂȘtements. Pour donner l'illusion que c'Ă©tait un camp de transit, il y avait un Ă©criteau avec un numĂ©ro dessus : une porte de la palissade portait l'inscription « vers l'Ă©tablissement de bains » ; une fois complĂštement nus, les femmes d'abord, les hommes ensuite passaient en file indienne par la porte Ă©tablissement de bains, puis suivaient un couloir de vingt mĂštres de long large d'un mĂštre et demi, entre des palissades en lattis ; Ă  la fin le couloir tournait Ă  angle droit et dĂ©bouchait sur une rampe ; au bout de la rampe se tenait un camion fermĂ© oĂč les Juifs devaient monter.
Lorsque soixante-dix Ă  quatre-vingt-dix personnes Ă©taient montĂ©es, on fermait la porte et le camion se mettait en marche vers le four crĂ©matoire situĂ© Ă  deux cents mĂštres. [
] Le camion arrivĂ© prĂšs des fours, la porte Ă©tait ouverte [
] et les cadavres jetĂ©s dans le four crĂ©matoire pour ĂȘtre rĂ©duits en cendres en quinze minutes environ[77]. »

Du au , dix convois en provenance du ghetto arrivent au camp d'extermination[80] : en trois semaines, 7 196 personnes sont dĂ©portĂ©es et assassinĂ©es Ă  CheƂmno[80] ce qui ramĂšne la population du ghetto Ă  68 561 habitants[81], qui seront dĂ©portĂ©s vers Auschwitz pour y ĂȘtre gazĂ©s Ă  partir du [82].

Le sort des cadavres

« On me fit suivre le camion et ce fut alors le spectacle le plus horrible auquel il m'ait jamais été donné jusque-là d'assister. Le camion se rangea le long d'une fosse tout en longueur. On ouvrit les portes et on jeta les cadavres du haut du camion. On aurait dit qu'ils étaient encore vivants tellement les membres restaient souples. On les jetait dans la fosse. Je revois encore un civil arracher les dents avec des tenailles. »

— Adolf Eichmann lors de son procùs[49].

Dans un premier temps, comme dans les autres camps d'extermination, les cadavres sont enterrés dans des fosses communes par les Arbeitsjuden, procédé qui soulÚve des problÚmes d'hygiÚne et qui nuit au caractÚre secret des massacres[83].

« Le camion en marche, le policier qui Ă©tait Ă  cĂŽtĂ© de moi me dirigeait, aprĂšs trois kilomĂštres, nous sommes arrivĂ©s dans la clairiĂšre d'une rĂ©gion boisĂ©e ; dans la clairiĂšre, le policier me fit arrĂȘter devant une fosse commune, oĂč travaillait une corvĂ©e de travailleurs juifs sous la surveillance d'un fonctionnaire de police [
] qui m'ordonna de conduire le camion en marche arriĂšre jusqu'au bord de la fosse. [
] Puis un policier ouvrit le cadenas par lequel Ă©tait assurĂ©e la fermeture des portes ; des travailleurs de la corvĂ©e spĂ©ciale reçurent l'ordre d'ouvrir la double porte ; de huit Ă  dix cadavres tombĂšrent sur le sol et le reste fut jetĂ© hors du camion par les hommes de corvĂ©e ; le camion une fois vide je suis retournĂ© au chĂąteau, en chemin j'ai croisĂ© un autre camion Ă  gaz avec son chargement [
] ; au chĂąteau, des membres de la corvĂ©e durent nettoyer l'intĂ©rieur du camion avec de l'eau et des dĂ©sinfectants. [
] Le camion une fois nettoyĂ©, le responsable m'ordonna de conduire de nouveau le camion jusqu'Ă  la rampe et trĂšs vite le processus que j'ai dĂ©crit se reproduisit ; [
] de retour dans la clairiĂšre, j'ai vu alors que les cadavres que j'avais prĂ©cĂ©demment amenĂ©s avaient Ă©tĂ© empilĂ©s. Je retournai au chĂąteau ; mon travail Ă©tait terminĂ© il n'y avait Ă©videmment plus de Juifs dans le chĂąteau »

— TĂ©moignage d'un membre du Kommando Lange lors de son procĂšs[84].

À l'Ă©tĂ© 1942, la putrĂ©faction massive des cadavres enterrĂ©s dans les fosses communes du bois de Rzuchow dĂ©clenche une Ă©pidĂ©mie, ce qui entraĂźne un arrĂȘt provisoire des dĂ©portations d'environ deux mois[85]. Dans un premier temps, Hans Bothmann tente de faire disparaĂźtre le corps des victimes au moyen d'explosifs ; cette expĂ©rimentation cause des incendies dans la forĂȘt, qui font rapidement abandonner cette tentative[85].
À partir de l'automne 1942, un commando spĂ©cial, dirigĂ© par le SS-StandartenfĂŒhrer Paul Blobel, est chargĂ© d'exhumer et de dĂ©truire les cadavres Ă  CheƂmno, dans le cadre de la Sonderaktion 1005 ; Blobel se rend Ă  CheƂmno pour y dĂ©truire les cadavres au moyen de bĂ»chers enterrĂ©s.

Ces bĂ»chers, larges d'environ dix mĂštres et longs de cinq Ă  six mĂštres, sont creusĂ©s dans le sol, munis de parois en briques[74] mais dĂ©pourvus de cheminĂ©e ; au fond, ils sont munis d'un gril constituĂ© par des rails de chemin de fer, sur lequel on entasse alternativement des couches de cadavres et de bĂ»ches, avant d'y mettre le feu[86]. Les os qui ne sont pas entiĂšrement consumĂ©s sont sĂ©parĂ©s des cendres au moyen d'un crible puis broyĂ©s avec des outils en bois sur une dalle de ciment[87] ; dans une seconde phase, CheƂmno est dotĂ© d'un moulin pour broyer les os[83] alimentĂ© par un moteur Ă  essence[87]. Les cendres des victimes sont mĂȘlĂ©es Ă  la terre et enterrĂ©es dans des fosses sur laquelle sont plantĂ©s des arbres ; plus tard, elles sont mises dans des sacs et dĂ©versĂ©es dans la Warta, du haut d'un pont prĂšs du moulin de Zawadki[87].

À la demande d'Eichmann, le commandant du camp d'Auschwitz, Rudolf Höss, se rend sur place le , afin de prendre connaissance des mĂ©thodes utilisĂ©es pour l'Ă©limination des cadavres[88].

Le pillage des biens des victimes

Contrairement aux autres camps d'extermination, CheƂmno ne dispose pas d'entrepĂŽt permanent destinĂ© Ă  recueillir les biens confisquĂ©s aux victimes. Dans un premier temps, les vĂȘtements et autres effets personnels sont stockĂ©s dans un entrepĂŽt Ă  cĂ©rĂ©ales, situĂ© dans le parc du chĂąteau, qui sera par la suite affectĂ© au logement des Arbeitsjuden[17]. Les bagages, que les victimes ont dĂ» abandonner avant leur arrivĂ©e au camp, Ă  la gare de Powiercie, Ă  la synagogue de Kolo ou au moulin de Zawadki seront par la suite amassĂ©s avec les autres biens dans l'Ă©glise du village[89]. Les objets de valeurs sont confisquĂ©s lors du dĂ©shabillage des victimes, au cours duquel trois dĂ©tenus polonais circulent un panier Ă  la main pour les recueillir « pour qu'ils ne soient pas volĂ©s ou perdus durant la soi-disant douche[43] ». Quant aux vĂȘtements, ils sont rĂ©cupĂ©rĂ©s par des Arbeitsjuden aprĂšs les opĂ©rations de gazage, lors du nettoyage de la salle de dĂ©shabillage : ils sont jetĂ©s par les fenĂȘtres et s'accumulent dans la cour du chĂąteau, oĂč ils forment un amas qui peut atteindre 3 Ă  4 mĂštres de haut et 10 Ă  15 mĂštres de largeur, amas qui a attirĂ© l'attention de nombreux habitants du village[90].
L'or et les bijoux sont acheminĂ©s par camion Ă  l'administration allemande (Ghetto-Verwaltung) du ghetto de ƁódĆș dans des caisses revĂȘtues de zinc et fermĂ©es par un cadenas, l'argent y est transfĂ©rĂ© sĂ©parĂ©ment par automobile[90]. Les biens non rĂ©cupĂ©rĂ©s, comme les documents personnels, photos et piĂšces d'identitĂ© ainsi que de menus objets sont brĂ»lĂ©s dans le parc du chĂąteau[90]. Afin de limiter les vols, qui existent cependant, les SS affectĂ©s au tri et Ă  l'inventaire des biens confisquĂ©s bĂ©nĂ©ficient d'une prime de 6 Reichsmarks par jour[91].
Si durant cette premiĂšre phase, les opĂ©rations de tri sont effectuĂ©es sur place par des dĂ©tenus Arbeitsjuden dirigĂ©s par un SS du camp, elles sont placĂ©es sous l'autoritĂ© de la Ghetto-Verwaltung de ƁódĆș[92].

DĂ©but [93], Hans Biebow (en), qui dirige la Ghetto-Verwaltung de ƁódĆș prend, en Ă©troite concertation avec Lange, les dispositions nĂ©cessaires Ă  la crĂ©ation d'un centre de tri, de stockage et de rĂ©cupĂ©ration des biens des victimes, Ă  l'exception des biens de valeur, Ă  Pabianice, le tri effectuĂ© Ă  l'intĂ©rieur du camp s'avĂ©rant inefficace[13]. Ce centre relĂšve de la Ghetto-Verwaltung et est placĂ© sous l'autoritĂ© du gauleiter Greiser et non de l'Office central SS pour l'Ă©conomie et l'administration[94]. Il nĂ©cessite une abondante main d'Ɠuvre, constituĂ©e de travailleurs forcĂ©s du ghetto de ƁódĆș, dont l'effectif est estimĂ© de 100 Ă  250 personnes, selon les auteurs et la pĂ©riode considĂ©rĂ©e[95]. Sa crĂ©ation impose la mise en place d'un important dispositif logistique : fin , le transport des biens accumulĂ©s Ă  CheƂmno et qui doivent ĂȘtre transfĂ©rĂ©s Ă  Pabianice reprĂ©sente l'Ă©quivalent de 900 camions[95]. En , un atelier de fabrication de couvertures complĂšte les installations du centre de tri[96].
À l'exception des fourrures, envoyĂ©es Ă  RavensbrĂŒck pour confectionner les tenues d'hiver de la Waffen-SS, les biens sont vendus par la Ghetto-Verwaltung Ă  divers organismes et administrations allemandes, dont le Winterhilfswerk (Secours d'hiver)[97] - [alpha 22].

De la fin du camp à la création d'un lieu de mémoire

L'arrĂȘt dĂ©finitif

En raison de l'avancée de l'Armée rouge, qui se rapproche de l'installation, le camp est détruit les et , par les hommes de Hans Bothmann, à son initiative ; les quelques installations subsistantes[alpha 23] sont incendiées et les quarante à quarante-cinq détenus restants[99] des Arbeitsjuden sont fusillés ou abattus d'une balle dans la nuque[76].

Au cours de la nuit du au , deux déportés réussissent à s'enfuir[100]. Une vingtaine d'Arbeitsjuden se révoltent, attirent un gardien dans leur cellule et s'emparent de son arme. Tous périssent dans l'incendie du bùtiment, que les SS n'essaient pas d'éteindre, malgré la présence d'un des leurs dans le brasier. Au matin du , les SS détruisent les derniers documents et quittent définitivement le camp[99].

Bilan

Habitants du ghetto de ƁódĆș lors de leur dĂ©portation vers CheƂmno.

Le bilan des activitĂ©s exterminatrices Ă  CheƂmno varie selon les Ă©poques et les auteurs.

Selon l'enquĂȘte menĂ©e par les autoritĂ©s polonaises en 1946-1947, le nombre des victimes assassinĂ©es Ă  CheƂmno s'Ă©lĂšve Ă  340 000 personnes[101]. En 1961, l'historien Raul Hilberg, dans la premiĂšre Ă©dition de La Destruction des Juifs d'Europe, revoit ce chiffre Ă  la baisse, avec 150 000 victimes[102]. Les tĂ©moignages des membres du Kommando Lange lors de leur procĂšs Ă  Bonn en 1962-1963, font Ă©tat d'un mĂȘme ordre de grandeur, retenu par les juges[103] : le tribunal prĂ©cise qu'il s'agit lĂ  d'un chiffre minimum incontestable qui peut ĂȘtre retenu contre les accusĂ©s[103].

En 1977, Lucy S. Dawidowicz retient le chiffre de 250 000 victimes[104], chiffre Ă©galement retenu en 2013 comme un minimum par Sila Cehreli[105] ; l'estimation d'Annette Wieviorka, en 2011, est d'au moins 150 000 victimes juives[62] ; quant au musĂ©e de CheƂmno, il avance le chiffre de 160 000 Ă  170 000 morts[73].

Survivants et témoignages

Mordechaï Podchlebnik (1907-1985), photo de 1940 environ. Il a réussi à s'échapper début 1942. Il a témoigné dans le film Shoah[19].

Seuls quatre dĂ©portĂ©s arrivent Ă  s'Ă©chapper. Parmi les Arbeitsjuden chargĂ©s de l'enfouissement des cadavres, MordechaĂŻ Podchlebnik s'Ă©vade dĂ©but et Jacob Grojanowski[alpha 24], le [106], sur le chemin qui mĂšne au camp de la forĂȘt[73]. Lors de la destruction dĂ©finitive du camp et de l'assassinat des derniers Arbeitsjuden, deux autres dĂ©portĂ©s, MordechaĂŻ Zurawski et Simon Srebnik[alpha 25] s'Ă©vadent Ă  leur tour[100].

Simon Srebnik (1930-2006), également des Arbeitsjuden, a par miracle survécu à son exécution d'une balle dans la nuque en . Il a témoigné dans le film Shoah[19].

Réfugié au ghetto de Varsovie, Grojanowski livre son témoignage à l'Oyneg Shabbos dirigée par Emanuel Ringelblum. Retranscrit par l'équipe de Ringelblum, en polonais et en allemand, ce témoignage est notamment transmis par la résistance au gouvernement polonais en exil[73].

Un rapport dĂ©taillĂ© sur les opĂ©rations d'extermination Ă  CheƂmno est Ă©galement envoyĂ© Ă  Londres par un dirigeant du Bund en et reçoit une large publicitĂ© dans la presse britannique[107].

Les trois survivants Ă  la fin de la guerre, MordechaĂŻ Zurawski, MordechaĂŻ Podchlebnik et Simon Srebnik[alpha 26] sont entendus dans le cadre des travaux de la Commission centrale d'enquĂȘte sur les crimes allemands en Pologne[108] ; en 1961, ils tĂ©moignent Ă©galement lors du procĂšs d'Adolf Eichmann[62].

Outre ces quatre tĂ©moignages, on dispose Ă©galement d'un tĂ©moignage Ă©crit collectif connu sous le nom de « Testament des prisonniers de CheƂmno ». Il s'agit d'un carnet de dix-sept pages confiĂ© par un dĂ©portĂ© Ă  un paysan polonais qui l'a remis Ă  l'ArmĂ©e rouge. RĂ©digĂ© par un des Arbeitsjuden, il a Ă©tĂ© signĂ© le , soit une semaine avant la liquidation dĂ©finitive du camp[109].

Le sort des exécuteurs

Capturé par les troupes américaines, Arthur Greiser est remis aux autorités polonaises et jugé à Poznan : il est condamné à mort le et exécuté douze jours plus tard[110]. Wilhelm Koppe se cache en Allemagne de l'Ouest sous un faux nom, et sa réelle identité n'est découverte qu'en 1960. Il est incarcéré jusqu'en , puis libéré sous caution ; en 1966, les poursuites à son encontre sont abandonnées en raison de son mauvais état de santé[110].

Le premier commandant du camp Herbert Lange meurt en lors de la bataille de Berlin ; son successeur, Hans Bothmann, est capturĂ© par les troupes britanniques et se suicide par pendaison lors de sa captivitĂ©, le [111]. Deux gardiens du camp sont condamnĂ©s Ă  mort[73] par des tribunaux polonais en 1948 et 1950 et exĂ©cutĂ©s[112]. Le service central d'enquĂȘtes sur les crimes nationaux-socialistes de Ludwigsbourg estime que 160 Allemands ont participĂ© aux opĂ©rations d'extermination Ă  Chelmno ou collaborĂ© Ă  celles-ci : il ne rĂ©ussit Ă  en localiser que trente-trois[112]. Onze gardiens sont traduits devant la cour d'assises de Bonn[113] en ; trois sont condamnĂ©s Ă  treize annĂ©es de prison, un Ă  huit ans de prison, un Ă  sept ans de prison, trois Ă  treize mois et deux semaines de prison[112], et trois sont acquittĂ©s[73]. Au cours de la mĂȘme annĂ©e, un autre gardien est condamnĂ© Ă  Kiel Ă  treize mois et deux semaines de prison[112].

Les enquĂȘtes menĂ©es de 1962 Ă  1964 par la police et la justice de Poznan sur la participation de Polonais aux opĂ©rations d'extermination n'ont dĂ©bouchĂ© sur aucune poursuite[112].

Un lieu de mémoire

Le monument commĂ©moratif du « camp de la forĂȘt », en fait l’endroit oĂč les camions Ă  gaz dĂ©posaient les cadavres pour enfouissement en fosse commune puis crĂ©mation. L'inscription en polonais signifie « ne pas oublier ».
Le mur commĂ©moratif sur le site du musĂ©e. L'inscription en polonais Pamięci Ć»ydĂłw pomordowanych w CheƂmnie peut ĂȘtre traduite par « En mĂ©moire des Juifs assassinĂ©s Ă  CheƂmno ».

En 1957, des membres des communautĂ©s juives de ƁódĆș et de WƂocƂawek organisent une commĂ©moration, prĂšs des vestiges du chĂąteau ; un petit monument est Ă©rigĂ©, portant l'inscription, en yiddish et en polonais : « Ce site a Ă©tĂ© sanctifiĂ© par le sang de milliers de victimes du gĂ©nocide nazi. Honorez leur mĂ©moire »[alpha 27]. Le , une cĂ©rĂ©monie organisĂ©e par les autoritĂ©s polonaises lors de l'inauguration du monument situĂ© dans le camp de la forĂȘt rassemble 10 000 personnes : sur ce monument, seule figure une inscription en polonais « Pamiętamy » (Nous nous souvenons), sans autre explication[112]. Pour Shmuel Krakowski, tout est fait pour « obscurcir la vĂ©ritĂ© historique et cacher le fait que la grande majoritĂ© de ceux qui ont pĂ©ri sur le site Ă©tait juive » ; jusqu'aux annĂ©es 1980, rien n'est fait pour prĂ©server les vestiges du camp situĂ© dans le village, ou sauvegarder le camion Ă  gaz laissĂ© sur place par les Allemands[111].

En 1987, le gouverneur de la province de Konin dĂ©cide de la crĂ©ation d'un musĂ©e du camp d'extermination de CheƂmno, dĂ©pendant du musĂ©e provincial de Konin. AprĂšs la rĂ©alisation d'un inventaire des vestiges subsistants, notamment Ă  partir de l'analyse de photographies aĂ©riennes, des campagnes de fouilles archĂ©ologiques et des recherches de documents et de tĂ©moignages, le musĂ©e est inaugurĂ© le . Il devient Ă  la fois un centre scientifique, avec l'organisation de confĂ©rences et la poursuite des fouilles archĂ©ologiques, et un lieu de mĂ©moire avec plus de 50 000 visiteurs par an, l'organisation de nombreuses commĂ©morations et l'Ă©rection de plusieurs monuments. En 1995, un colloque universitaire consacrĂ© Ă  l'histoire du camp d'extermination de CheƂmno est organisĂ© Ă  Konin, colloque dont les actes sont publiĂ©s en polonais en 1996[111].

Notes et références

Notes

  1. En l'occurrence, ce sont les gaz d’échappement de moteurs de camion qui ont principalement Ă©tĂ© utilisĂ©s Ă  CheƂmno.
  2. Les coordonnĂ©es figurant, ci-dessus, Ă  droite sur la ligne du titre de l’article — lesquelles permettent l'affichage d’une carte — ont Ă©tĂ© reprises du WikipĂ©dia anglophone et pointent sur ce qui semble ĂȘtre un mĂ©morial situĂ© dans une forĂȘt ; en empruntant un sentier orientĂ© vers le sud-ouest, ce premier site permet de rejoindre une clairiĂšre plus vaste ; tous ces Ă©lĂ©ments peuvent ĂȘtre distinguĂ©s grĂące Ă  une vue satellite de type Google Maps ou, mieux, correctement dĂ©signĂ©s sur p. ex. le plan Opensteetmap (effectuer Ă©ventuellement un zoom pour une dĂ©signation — en polonais – de ces emplacements en forĂȘt). D'aprĂšs le plan prĂ©sent dans l'article (voir infra), ces deux emplacements en forĂȘt correspondent Ă  l'endroit oĂč se trouvaient : 1° prĂšs de la route, les fosses communes ; 2° au bout du sentier orientĂ© sud-ouest, le site de crĂ©mation.
  3. Par Herbert Lange, selon Christopher Browning[8].
  4. Le terme de Sonderkommando recouvre plusieurs acceptions ; sous la dĂ©nomination SS-Sonderkommando, il dĂ©signe l'Ă©quipe des exĂ©cuteurs ; il dĂ©signe Ă©galement des unitĂ©s faisant partie des Einsatzgruppen. Dans un sens antinomique, il est aussi utilisĂ© dans la littĂ©rature consacrĂ©e Ă  la Shoah, pour dĂ©signer les dĂ©portĂ©s juifs forcĂ©s de participer Ă  certaines Ă©tapes du processus d'extermination, alors Ă©galement connus sous l'appellation d’Arbeitsjuden, notamment utilisĂ© par Sila Cehreli. Afin d'Ă©viter toute ambiguĂŻtĂ© dans le prĂ©sent article, le terme Sonderkommando ou Kommando sera utilisĂ© pour qualifier les bourreaux et celui d’Arbeitsjuden pour les dĂ©portĂ©s contraints de participer aux opĂ©rations annexes au processus d'extermination, suivant le vocabulaire adoptĂ© par Cehreli sur ce point.
  5. Cette seconde partie du centre d’extermination se trouve ainsi à mi-chemin du trajet de dix kilomùtres environ qui mùne du village de CheƂmno à la petite ville de KoƂo.
  6. Le raccordement s’effectue Ă  l'aide d’un tuyau souple manipulĂ© par un opĂ©rateur, alors contraint de se coucher sous le camion pour effectuer le branchement ; celui-ci a lieu aprĂšs le dĂ©marrage du moteur du camion, lequel reste ensuite immobile tant que des cris ou des bruits sont entendus dans la « caisse » Ă©tanche[19].
  7. Probablement en Haute-SilĂ©sie, province dont Fritz Bracht Ă©tait le gauleiter, et dans laquelle se situait le camp d’Auschwitz.
  8. En 1940, ces hommes ont notamment assassinĂ©, en utilisant des camions Ă  gaz, 1 558 patients originaires de Prusse-Orientale et 250 Ă  300 patients polonais Ă  Soldau[20].
  9. Cette composition amĂšne Gitta Sereny Ă  avancer l'hypothĂšse selon laquelle CheƂmno aurait initialement Ă©tĂ© conçu comme centre d'euthanasie dans le cadre de l'Aktion T4[21].
  10. Selon les sources, le SS-Sonderkommando de CheƂmno est mentionnĂ© sous diffĂ©rentes dĂ©nominations : Sonderkommando Kulmhof, Sonderkommando Lange, Sonderkommando Bothmann ; un tĂ©moin polonais fait Ă©galement Ă©tat de l’appellation Himmelfahrtskommando ou commando du voyage au ciel, qui aurait Ă©tĂ© utilisĂ©e par les Allemands[22].
  11. Pendant l'interruption des activités du camp d'extermination, ils sont transférés dans la 7e division SS Prinz Eugen[20].
  12. Gitta Sereny affirme que c'est Christian Wirth qui fut chargĂ© d'entreprendre l'extermination des Juifs Ă  CheƂmno, mais cette hypothĂšse n'est pas Ă©tayĂ©e par une source primaire ou secondaire[24].
  13. La date du est mentionnée par deux témoignages, mais il est vraisemblable que cette organisation a été mise en place plus tÎt, la décision d'enchaßner les Arbeitsjuden prise début faisant suite à une évasion d'un détenu juif[1].
  14. Le terme de Sonderkommando recouvre plusieurs acceptions ; sous la dĂ©nomination SS-Sonderkommando, il dĂ©signe l'Ă©quipe des exĂ©cuteurs ; il dĂ©signe Ă©galement des unitĂ©s faisant partie des Einsatzgruppen. Dans un sens antinomique, il est aussi utilisĂ© dans la littĂ©rature consacrĂ©e Ă  la Shoah, pour dĂ©signer les dĂ©portĂ©s juifs forcĂ©s de participer Ă  certaines Ă©tapes du processus d'extermination, Ă©galement connus sous l'appellation d’Arbeitsjuden, notamment utilisĂ©e par Sila Cehreli. Afin d'Ă©viter toute ambiguĂŻtĂ© dans le prĂ©sent article, le terme Sonderkommando ou Kommando sera utilisĂ© pour qualifier les bourreaux et celui d'Arbeitsjuden pour les dĂ©portĂ©s forcĂ©s de participer aux opĂ©rations annexes au processus d'extermination, suivant Cehreli sur ce point.
  15. Le , Arthur Greiser demande Ă  Heinrich Himmler l'autorisation de gazer Ă  CheƂmno 35 000 Polonais tuberculeux, autorisation accordĂ©e puis annulĂ©e par Hitler qui souhaite Ă©viter des rumeurs sur la reprise de l'euthanasie[47].
  16. Le selon U. D. Adam[14].
  17. Christopher Browning situe cette visite courant [38].
  18. Une telle visite fut peut-ĂȘtre aussi effectuĂ©e par Heinrich Himmler le [51].
  19. Ce fut peut-ĂȘtre aussi le cas de Wilhelm Frick, courant [52].
  20. La date exacte de l'arrĂȘt de cette premiĂšre pĂ©riode d'activitĂ© n'est prĂ©cisĂ©e par aucun auteur.
  21. Fin d'aprĂšs Cehreli[74].
  22. Lors de la vente de vĂȘtements au Secours d'hiver de PoznaƄ, cette organisation proteste parce que des vĂȘtements portent encore l'Ă©toile juive ou sont souillĂ©s de boue et de sang. La rĂ©ponse de l'administration du ghetto qui impute les taches Ă  de la rouille suscite un nouveau courrier du Secours d'hiver, qui admet que les taches de rouille peuvent ĂȘtre indĂ©lĂ©biles mais regrette que les Ă©toiles juives n'aient pas Ă©tĂ© enlevĂ©es[97].
  23. Les fours crématoires avaient déjà été démontés en et en [98].
  24. Ou Grojnowski. Son témoignage, conservé dans les archives Ringelbum est signé sous son pseudonyme, Szlamek[1].
  25. On peut voir Simon Srebnik témoigner dans la séquence d'introduction de Shoah de Claude Lanzmann.
  26. EnvoyĂ©, pour sa sĂ©curitĂ© du ghetto de Varsovie Ă  celui de Zamosc, d'oĂč il est dĂ©portĂ© le ou au camp d'extermination de Belzec[33].
  27. Sauf mention contraire, cette section se fonde sur le site Internet du musée de Chelmno[73].

Références

  1. Cehreli, p. 51.
  2. Hilberg, p. 1067-1068.
  3. Krakowski, p. 14.
  4. Mayer, p. 437.
  5. Browning, p. 388.
  6. FriedlÀnder, p. 365.
  7. FriedlÀnder, p. 437.
  8. Browning, p. 438.
  9. Mayer, p. 436-437.
  10. Browning, p. 439.
  11. Kogon, p. 98-99.
  12. Browning, p. 395.
  13. Krakowski, p. 23-29.
  14. Adam, p. 244.
  15. Krakowski, p. 32.
  16. Kogon, p. 102-103.
  17. Cehreli, p. 38.
  18. Cehreli, p. 33.
  19. Lanzmann 1985.
  20. Hilberg, p. 1657-1658.
  21. Sereny, p. 90-91.
  22. Cehreli, p. 35.
  23. Kogon, p. 104-106.
  24. Sereny, p. 58.
  25. Adam, p. 245.
  26. Cehreli, p. 36-37.
  27. Kogon, p. 56.
  28. Kogon, p. 73.
  29. Krakowski, p. 34.
  30. Cehreli, p. 36.
  31. Krakowski, p. 40-41.
  32. Wieviorka, p. 152-153.
  33. Cehreli, p. 55.
  34. Cehreli, p. 33-34.
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  36. Browning, p. 440.
  37. Cehreli, p. 40.
  38. Browning, p. 441.
  39. Horwitz, p. 146.
  40. Hilberg, p. 1786-1787.
  41. Hilberg, p. 1789.
  42. Cehreli, p. 43.
  43. Cehreli, p. 44.
  44. Cehreli, p. 42.
  45. Kogon, p. 106-110.
  46. FriedlÀnder, p. 441.
  47. FriedlÀnder, p. 458.
  48. Kogon, p. 118-120.
  49. Wieviorka, p. 153.
  50. Mayer, p. 437-438.
  51. Husson, p. 358.
  52. Krakowski, p. 101.
  53. Wieviorka, p. 154.
  54. Cesarini, p. 358.
  55. Browning, p. 440-441.
  56. FriedlÀnder, p. 400.
  57. FriedlÀnder, p. 457.
  58. Krakowski, p. 100.
  59. Krakowski, p. 38.
  60. Hilberg, p. 1796.
  61. FriedlÀnder, p. 404.
  62. Wieviorka, p. 152.
  63. Kogon, p. 110-113.
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  67. Horwitz, p. 156.
  68. Horwitz, p. 114 et 193.
  69. Horwitz, p. 218.
  70. Horwitz, p. 203-204.
  71. Kogon, p. 122.
  72. Krakowski, p. 147.
  73. Musée.
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  77. Kogon, p. 124-128.
  78. Horwitz, p. 262-263.
  79. Cehreli, p. 49-50.
  80. Horwitz, p. 272.
  81. Horwitz, p. 281.
  82. Horwitz, p. 276.
  83. Hilberg, p. 1798-1799.
  84. Kogon, p. 115-116.
  85. Cehreli, p. 50-51.
  86. Kogon, p. 103-104.
  87. Cehreli, p. 52.
  88. Krakowski, p. 139-140.
  89. Cehreli, p. 41-42.
  90. Cehreli, p. 46-47.
  91. Hilberg, p. 1755.
  92. Krakowski, p. 185.
  93. Horwitz, p. 158.
  94. Hilberg, p. 1750.
  95. Krakowski, p. 186-187.
  96. Krakowski, p. 188.
  97. Hilberg, p. 1757-1758.
  98. Kogon, p. 130.
  99. Kogon, p. 130-131.
  100. Krakowski, p. 203-204.
  101. Commission d'enquĂȘte.
  102. Hilberg, p. 1654.
  103. Kogon, p. 131-132.
  104. Dawidowicz, p. 241.
  105. Cehreli, p. 53.
  106. Krakowski, p. 69.
  107. FriedlÀnder, p. 491.
  108. Krakowski, p. 60 et 203-205.
  109. Cehreli, p. 56.
  110. Krakowski, p. 216-217.
  111. Krakowski, p. 234-235.
  112. Krakowski, p. 215-216.
  113. Kogon, p. 282.

Annexes

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Bibliographie

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  • David Cesarini (trad. de l'anglais), Adolf Eichmann, Paris, Tallandier, , 556 p. (ISBN 978-2-84734-484-4).
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  • Eugen Kogon, Hermann Langbein, Adalbert Ruckerl, Les Chambres Ă  gaz, secret d'État, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Arguments », , 300 p. (ISBN 978-2-7073-0691-3, lire en ligne). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
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  • Arno J. Mayer, La « Solution finale » dans l'histoire, Paris, La DĂ©couverte, coll. « Poche », , 566 p. (ISBN 978-2-7071-3680-0). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Patrick Montague (trad. de l'anglais), Chelmno : Prologue Ă  l'industrie du meurtre de masse, Paris, Calmann-LĂ©vy/MĂ©morial de la Shoah, , 360 p. (ISBN 978-2-7021-5377-2).
  • Gitta Sereny, Au fond des tĂ©nĂšbres, Paris, .
  • Annette Wieviorka, Eichmann : De la traque au procĂšs, Paris, AndrĂ© Versaille Ă©diteur, , 287 p. (ISBN 978-2-87495-139-8). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article

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