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Assemblée nationale (1871)

L'Assemblée nationale élue le 8 février 1871 est la première assemblée élue de la Troisième République en France. Les gouvernements qui en sont issus gouvernent le pays du 19 février 1871 au 31 décembre 1875. Elle est composée de 768 représentants, dont 15 pour l'outre-mer.

Troisième République
Assemblée nationale de 1871
5 ans et 24 jours
Informations générales
Type
Lieu
Dans le Grand Théâtre de Bordeaux puis après le , dans la salle de l’opéra royal du château de Versailles, puis après le , dans la Salle de l’aile du Midi.
RĂ©gime
Troisième République (1870–1940)
Chef de l'État
Élections
Cause
Mode d'Ă©lection
Suffrage universel masculin, scrutin de liste majoritaire départemental à un tour, en reprenant l'essentiel des dispositions de la loi électorale du .
Nombre de législatures
Composition de la Chambre
Président de l'Assemblée
Nombre de députés
Histoire et événements
Défaite française à Sedan. L'empereur Napoléon III est capturé et exilé hors de France.
A la convention d'armistice signée avec la France, Otto von Bismarck donne dix jours pour organiser des élections.
L'Assemblée se réunit dans le Grand Théâtre de Bordeaux.
L'assemblée vote la déchéance de Napoléon III.
L'Assemblé s'installe dans la salle de l’opéra royal du château de Versailles
février -
Les deux chambres se réunissent dans la Salle de l’aile du Midi du château de Versailles
L'Assemblée promulgue la Loi organique d'élection puis se dissout pour laisser place à une nouvelle Assemblée élue selon la Constitution.
20 février et

Origines

À la suite de la défaite française de Sedan, durant la guerre franco-allemande de 1870, les conditions de l'armistice signé le 28 janvier 1871 à Versailles par Jules Favre au nom du Gouvernement de la Défense nationale, prévoient la convocation d'une assemblée nationale, seule capable de ratifier un traité de paix entre la France vaincue et son vainqueur le nouvel Empire allemand.

La campagne Ă©lectorale est courte (Ă  peine 10 jours). Elle est tronquĂ©e. Dans 43 dĂ©partements occupĂ©s par les troupes allemandes les rĂ©unions Ă©lectorales sont impossibles. Près de 500 000 soldats sont prisonniers des Allemands ou sont internĂ©s en Belgique et en Suisse oĂą ils se sont rĂ©fugiĂ©s Ă  la fin des combats, ils ne peuvent voter. Les diffĂ©rentes opinions ne peuvent s'affronter sur les deux principaux enjeux de la consultation : la paix et l'avenir de la RĂ©publique proclamĂ©e Ă  Paris le 4 septembre 1870.

Le leader républicain, Léon Gambetta a obtenu du Gouvernement de la Défense nationale un décret sur l'interdiction de se présenter pour les personnalités ayant collaboré à la politique du Second Empire et pour les membres des familles ayant régné sur la France. Cela doit exclure les bonapartistes et les royalistes (légitimistes et orléanistes) et assurer la pérennité de la toute nouvelle République. Mais son collègue du gouvernement, Jules Simon, fait annuler le décret. Le personnel politique des régimes précédents peut donc se recycler. Gambetta démissionne le 6 février.

Les Ă©lus

Il y a 768 sièges Ă  pourvoir. Mais de nombreuses personnalitĂ©s sont Ă©lues dans plusieurs dĂ©partements (Adolphe Thiers dans 26 dĂ©partements, LĂ©on Gambetta dans 10). En fait, il n'y a que 675 sièges pourvus. De nouvelles Ă©lections devraient avoir lieu rapidement, mais le dĂ©clenchement du soulèvement de la Commune de Paris va les repousser en juillet. Près de 400 dĂ©putĂ©s, surtout des provinciaux, ceux qui seront appelĂ©s les « Ruraux Â», sont des partisans de la paix pour Ă©viter l'occupation ennemie et permettre le retour des soldats prisonniers. Pour la plupart, ils sont d'opinions monarchistes et très dĂ©favorables Ă  Paris. Sont Ă©lus plus de 200 rĂ©publicains de diverses tendances et 30 bonapartistes.

Les dĂ©partements de l'Est qui sont occupĂ©s et sont menacĂ©s d'annexion par l'Allemagne ne sont pas favorables Ă  une paix mutilante. Paris a votĂ© « rĂ©publicain Â». Sur 43 dĂ©putĂ©s, seuls 6, dont Adolphe Thiers, sont proches des « Ruraux Â». Il y a quatre socialistes rĂ©volutionnaires qui ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©s par le ComitĂ© central rĂ©publicain des Vingt arrondissements et l'Association internationale des travailleurs. Les autres sont des rĂ©publicains comme Louis Blanc, Georges Clemenceau, Henri Rochefort… Giuseppe Garibaldi est Ă©lu mais l'AssemblĂ©e le dĂ©clare inĂ©ligible car Ă©tranger. Victor Hugo, lui-mĂŞme Ă©lu, dĂ©missionne pour protester contre cette dĂ©cision.

Premières décisions

Référence numismatique des premières décisions de l'assemblée nationale à Bordeaux 1871, avers.
Référence numismatique des premières décisions de l'assemblée nationale à Bordeaux 1871, revers.

L'AssemblĂ©e a deux prioritĂ©s : conclure la Paix et soumettre Paris. Paris Ă©tant encerclĂ©e, l'AssemblĂ©e se rĂ©unit Ă  Bordeaux, au Grand Théâtre, le 13 fĂ©vrier 1871. Le 15, elle supprime la solde de la Garde nationale, privant plusieurs centaines de milliers de Parisiens de revenus assurĂ©s. Le 16, elle confie le pouvoir exĂ©cutif Ă  Adolphe Thiers « en attendant qu'il soit statuĂ© sur les institutions de la France Â» : la RĂ©publique n'est mĂŞme pas assurĂ©e de survivre. Jules GrĂ©vy est Ă©lu prĂ©sident de l'AssemblĂ©e. Le 17, les dĂ©putĂ©s d'Alsace et de Lorraine protestent, en vain, contre l'abandon programmĂ© de ces rĂ©gions aux Allemands. Le 19 fĂ©vrier, Thiers obtient l'investiture du nouveau gouvernement et part pour Versailles pour y nĂ©gocier avec Bismarck les conditions de la paix. Le 4 mars, l'AssemblĂ©e ratifie le traitĂ© prĂ©liminaire de paix (546 pour, 107 contre et 23 abstentions). Le mĂŞme jour, elle vote la dĂ©chĂ©ance de NapolĂ©on III et de sa dynastie.

Puis l'AssemblĂ©e prend des mesures provocatrices contre les Parisiens. Le 6 mars, le gĂ©nĂ©ral d'Aurelle de Paladines est nommĂ© commandant en chef de la Garde nationale. Le 10, l'AssemblĂ©e vote la fin du moratoire des loyers et des effets de commerce : plus de 150 000 Parisiens sont menacĂ©s d'expulsion, de faillite et de poursuites judiciaires. Le mĂŞme jour, l'AssemblĂ©e choisit Versailles comme son lieu de rĂ©union, oĂą il est prĂ©vu qu'elle s'installe le 20 mars. De fait, Paris perd son rĂ´le de capitale.

Pour rĂ©gler le « problème de Paris Â» avant l'arrivĂ©e de l'AssemblĂ©e, Thiers ordonne la confiscation des canons dĂ©tenus par les Parisiens. C'est alors le soulèvement du 18 mars 1871, et le dĂ©but de la Commune de Paris. Pendant la durĂ©e de la Commune, l'AssemblĂ©e refuse toutes les tentatives de conciliation entreprises par les maires, les dĂ©putĂ©s et les francs-maçons de Paris.

Contradictions dans la majorité

La Semaine sanglante ayant « libĂ©rĂ© Â» l'AssemblĂ©e de l'hypothèque parisienne, les dĂ©putĂ©s se mettent au travail. Il faut rĂ©gler les problèmes courants et dĂ©cider de l'avenir politique de la France. Il faut redonner une armature politico-administrative au pays. Les notables sont favorables Ă  la dĂ©centralisation qui leur octroierait une grande influence mais Thiers, plus centralisateur, veut s'appuyer sur les prĂ©fets. En avril 1871, une loi prĂ©voit que les maires (sauf dans les grandes villes) seront Ă©lus par les conseils municipaux et non plus nommĂ©s par les prĂ©fets. En aoĂ»t, les conseils gĂ©nĂ©raux voient leurs pouvoirs Ă©largis. La dĂ©bâcle de 1870 de l'armĂ©e impĂ©riale rend nĂ©cessaire une rĂ©organisation militaire. Pour nombre de notables il faut imiter le modèle prussien qui « a fait ses preuves Â». Ils souhaitent un service obligatoire court avec une rĂ©serve importante. Thiers est favorable Ă  un service long et inĂ©galitaire. La loi de 1872 maintient donc le tirage au sort parmi les conscrits : les « mauvais numĂ©ros Â» (la moitiĂ© du contingent annuel) Ă©copent de 5 ans (avec 4 annĂ©es supplĂ©mentaires de rĂ©serve), les « bons numĂ©ros Â» bĂ©nĂ©ficient de 6 mois Ă  un an. Les diplĂ´mĂ©s (Ă  partir de bachelier, tous fils de la bourgeoisie et de l'aristocratie) obtiennent un service volontaire d'un an, s'ils devancent l'appel et paient leur Ă©quipement. Les soutiens de famille, les professeurs et les ecclĂ©siastiques sont dispensĂ©s.

Dès juin 1871, l'Assemblée annule la loi d'exil qui frappait les anciennes familles régnantes. Aux élections complémentaires de juillet 1871, les 46 départements qui votent envoient à l'assemblée 100 républicains et 12 monarchistes.

L'Assemblée à cette date commençait à se constituer en groupes, de gauche à droite :

La majoritĂ© « rurale Â» constate que le pays ne lui est plus autant favorable, mais elle conserve une Ă©crasante supĂ©rioritĂ© numĂ©rique Ă  l'assemblĂ©e. Pourtant cette majoritĂ© est divisĂ©e. Certains conservateurs pensent qu'une fois la Commune Ă©crasĂ©e, il ne faut pas chercher querelle aux classes populaires urbaines sur le sujet de la RĂ©publique, si cette dernière est organisĂ©e de façon conservatrice; c'est l'idĂ©e, entre autres, de Thiers. Beaucoup, d'esprit voltairien et de tendance gallicane, voient d'un mauvais Ĺ“il la progression du catholicisme ultramontain et le soutien que les lĂ©gitimistes apportent au Syllabus du pape Pie IX.

Les monarchistes se querellent sur le nom du prĂ©tendant au trĂ´ne. Les lĂ©gitimistes, bien implantĂ©s dans les campagnes de l'ouest, partisans d’« Henri V Â», le « comte de Chambord », petit-fils en faveur duquel le roi Charles X a abdiquĂ© en 1830, sont eux-mĂŞmes divisĂ©s. Une partie d'entre eux soutiennent la prĂ©Ă©minence du droit du souverain et sont nostalgiques de l'organisation sociale de l'Ancien RĂ©gime. Ils sont le plus souvent ultramontains. Une autre partie se rapproche des orlĂ©anistes partisans de Philippe d'OrlĂ©ans, comte de Paris, petit-fils du roi Louis-Philippe. Ces derniers liĂ©s aux milieux d'affaires acceptent l'Ă©galitĂ© civile, le parlementarisme et sont plutĂ´t des catholiques libĂ©raux ; leur tĂŞte de file est le duc Albert de Broglie. Alors que l'assemblĂ©e est favorable Ă  la restauration de la royautĂ©, le « comte de Chambord Â» fait, le 5 juillet 1871, une dĂ©claration dite « du drapeau blanc Â» (comme drapeau national), qui heurte les orlĂ©anistes (partisans du drapeau tricolore) et ruine l'espoir d'un rĂ©tablissement rapide.

Aussi les royalistes veulent gagner du temps. En mai 1873, Thiers, abandonnĂ© par une partie de ses soutiens (et notamment les centristes du groupe Target) inquiets de sa position de plus en plus rĂ©publicaine et des progrès Ă©lectoraux des rĂ©publicains, doit dĂ©missionner. Pour le remplacer les royalistes Ă©lisent comme « chef du pouvoir exĂ©cutif Â» le marĂ©chal Mac-Mahon, qui doit occuper la place en attendant la restauration de la royautĂ©. Un accord semble trouvĂ© en 1873, le comte de Paris accepte de s'effacer devant le « comte de Chambord Â», qui n'a pas d'enfant, en espĂ©rant qu'il choisisse le comte de Paris comme son hĂ©ritier. Mais, le 23 octobre 1873, le « comte de Chambord Â» maintient son exigence du drapeau blanc. La restauration monarchique ne peut se faire tant que le prĂ©tendant lĂ©gitimiste sera en vie. En attendant l'assemblĂ©e vote en novembre le septennat pour durĂ©e du mandat de Mac-Mahon.

Le gouvernement de l'« Ordre moral »

Les progrès des rĂ©publicains inquiètent les conservateurs. Le monde rural change insensiblement de position politique. La peur d'un retour Ă  l'Ancien RĂ©gime et Ă  ses privilèges si la royautĂ© est rĂ©tablie inquiète les paysans. Par contre, dĂ©barrassĂ©e des idĂ©es socialement rĂ©volutionnaires depuis l'Ă©crasement de la Commune de Paris, la RĂ©publique, telle que la personnifie Gambetta qui se surnomme le « commis-voyageur de la RĂ©publique Â», rassure. Aux Ă©lections municipales de 1874, la poussĂ©e rĂ©publicaine est nette.

Pour faire face, les Conservateurs sous la direction d'Albert de Broglie imposent une politique d’« Ordre moral Â» (l'expression provient du message prĂ©sidentiel du nouveau prĂ©sident Mac-Mahon, le 26 mai 1873). Il s'agit d'abord de redonner de la visibilitĂ© et de l'influence Ă  la religion catholique. Du 27 au 28 mai, une cinquantaine de dĂ©putĂ©s participent au pèlerinage de Notre-Dame Ă  Chartres. D'autres en font de mĂŞme Ă  La Salette, Ă  Lourdes ou Ă  Paray-le-Monial. Le 20 juin, des dĂ©putĂ©s se vouent Ă  Notre-Dame. Le 24 juillet 1873 une loi dĂ©cide la construction de la basilique du SacrĂ©-CĹ“ur, Ă  Montmartre. Le 12 juillet 1875, l'assemblĂ©e vote la libertĂ© de l'Enseignement supĂ©rieur, demandĂ©e avec insistance par les catholiques. Plusieurs instituts catholiques vont voir le jour.

Les conservateurs veulent aussi museler l'opposition rĂ©publicaine. Le mot de RĂ©publique disparaĂ®t des actes officiels, la cĂ©lĂ©bration du 14 juillet est interdite. Le gouvernement dĂ©place ou remplace des prĂ©fets et des magistrats pour leur substituer des fidèles. La presse est Ă©troitement surveillĂ©e, dans les grandes villes elle parait sous le rĂ©gime de l'« Ă©tat de siège Â». Le 20 janvier 1874, une loi permet aux prĂ©fets de remplacer les maires rĂ©publicains par des partisans de l'Ordre moral. Cependant, Broglie ne parvient pas Ă  faire accepter son projet d'un Grand Conseil (assemblĂ©e de notables) ; il doit dĂ©missionner le 16 mai 1874. Ses successeurs Ernest Courtot de Cissey et Louis Buffet poursuivent inĂ©galement ses objectifs.

Les lois constitutionnelles de 1875

Sous la pression de Thiers, soucieux de stabiliser le régime conservateur, une commission de trente députés est créée le 28 novembre 1872, pour rédiger une constitution. Mais les incertitudes sur la restauration monarchique font traîner les travaux de cette commission. L’impossibilité d’une restauration rapide (voir plus haut : contradictions de la majorité) permet le rapprochement des orléanistes et des républicains modérés. Ces derniers acceptent la création d'une haute assemblée, le Sénat, jusque-là refusée, pourvu que la république soit enfin reconnue. Le 30 janvier 1875, l'amendement Wallon constitutionnalise le fait que la France est une République. Le 24 février une loi constitutionnelle organise le Sénat, le 25 février c'est le tour de l'organisation des pouvoirs publics, et le 16 juillet 1875 les rapports entre les pouvoirs publics sont déterminés. Ces trois lois forment ce que l'on appelle improprement la Constitution de la IIIe République.

Les conservateurs pensent pouvoir contrôler le régime mis en place. Le président de la République, élu pour sept ans par les deux assemblées réunies, dispose du pouvoir exécutif. Il nomme les ministres, nomme aux emplois, dispose de l’armée, négocie et ratifie les traités, et partage avec les deux chambres l’initiative des lois. Le président peut dissoudre la Chambre des députés après avis favorable du Sénat. Il n'est pas responsable, sauf cas de haute trahison. Le pouvoir exécutif est fort.

Le pouvoir législatif est détenu conjointement par deux assemblées. La Chambre des députés est élue, au scrutin d'arrondissement, au suffrage universel masculin pour quatre ans. Le Sénat est composé de 300 sénateurs. Parmi eux 75 sont inamovibles ; ils sont élus par l'Assemblée nationale élue en 1871 (à majorité monarchiste) puis se coopteront. Les 225 autres sénateurs sont élus dans chaque département par un collège formé des députés, des conseillers généraux et d'arrondissement et par les délégués communaux à raison de un délégué par municipalité, quelle que soit la taille de la commune (énorme prime pour les petites communes où l'influence des notables est forte). Les ruraux sont sûrs de contrôler le Sénat. Le Sénat peut se transformer en Haute-Cour de Justice pour juger le président ou les ministres, sur accusation de la Chambre des députés. Les deux assemblées votent, à égalité, les lois et le budget, ont le droit d'initiative des lois et les ministres sont solidairement responsables devant elles. Réunis pour former l'Assemblée nationale, députés et sénateurs peuvent voter une révision de la Constitution (les conservateurs peuvent espérer ainsi, le moment venu, rétablir la royauté).

Ayant ainsi pris ses précautions, l'assemblée élue en 1871, se dissout le 31 décembre 1875.

Notes et références

    Annexes

    Bibliographie

    Articles connexes

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