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Agathocle de Syracuse

Agathocle ou Agathocl√®s (grec ancien : Šľąő≥őĪőłőŅőļőĽŠŅÜŌā), n√© en 361 av. J.-C. √† Therm√¶ (ancienne Him√®re) et d√©c√©d√© en 289 av. J.-C. √† Syracuse, est tyran puis roi de Syracuse de 304 av. J.-C. √† sa mort.

Agathocle de Syracuse
Aire de jeu d'Agathocle : la Sicile et la Grande-Grèce
Biographie
Naissance
Décès
Nom dans la langue maternelle
Šľąő≥őĪőłőŅőļőĽŠŅÜŌā
Activités
Fratrie
Antandre (en)
Conjoints
Alkia (d)
Théoxène de Syracuse (en)
Veuve de Damas (d)
Enfants
Lanassa
Héracléidès (en)
Archagathos (en)
Th√©ox√®ne d'√Čgypte (en)
Archagathos de Libye (en)
Agathoclès II (d)

Pr√©sent√© par la plupart des sources antiques comme un tyran particuli√®rement cruel, n'h√©sitant pas √† faire massacrer par ses troupes les habitants des cit√©s d√©sireuses d'√©chapper √† son emprise, Agathocle est le seul tyran de Syracuse qui soit devenu roi de Sicile. Son ambition ne se limita d'ailleurs pas √† cette √ģle, mais avait une dimension m√©diterran√©enne. Agathocle se posa nettement comme un imitateur d'Alexandre le Grand en Occident, d√©sireux de lutter contre les barbares ‚ÄĒ les Carthaginois dans son cas ‚ÄĒ au point d'entreprendre la premi√®re exp√©dition militaire en Afrique du Nord, sur le territoire m√™me de Carthage.

Biographie

Sur l'enfance d'Agathocle, deux traditions s'affrontent, l'une le présentant comme un enfant destiné au pouvoir (Diodore de Sicile[1]), l'autre comme un être voué au vice (Timée, Trogue Pompée et Justin[2]). Selon la deuxième version, fils d'un potier venu s'installer à Syracuse au temps de Timoléon, il aurait appris lui-même le métier et aurait accru ses revenus par la prostitution[3]. Il se fait remarquer d'un riche Syracusain, Damas, dont il devient l'éromène. À la mort de ce dernier, il épouse sa veuve. La version de Diodore évoque d'abord son métissage : son père était citoyen de Crotone, exilé à Thermae, une colonie de Carthage située en Sicile ; sa mère était d'origine carthaginoise. Un oracle ayant prédit qu'Agathocle serait un danger pour les Carthaginois et qu'il régnerait en Sicile, son père le cache pour éviter que l'enfant ne soit assassiné et l'envoie à Syracuse. Les deux versions concordent sur le fait que c'est dans cette cité qu'Agathocle passa son adolescence.

En Grande-Gr√®ce, vers 325, la cit√© de Crotone est attaqu√©e par les Bruttiens et demande l'aide de Syracuse. Agathocle fait partie du corps de troupe syracusain. Mais, une fois la cit√© lib√©r√©e et l'oligarchie locale r√©install√©e au pouvoir, Agathocle s'engage aupr√®s de Rh√©gion pour lutter contre l'aristocratie crotoniate. Ayant trahi √† la fois l'oligarchie syracusaine et l'oligarchie de Crotone, Agathocle ne peut plus rentrer chez lui : il reste en Italie o√Ļ il se met au service de Tarente, sans doute vers 323[4].

Agathocle, tyran de Syracuse

En 317, les oligarques syracusains concluent une paix avec les Carthaginois (même si l'on ne sait rien du conflit qui a précédé). Agathocle quitte alors le service de Tarente et se constitue une petite armée de mercenaires qu'il amène à Syracuse sous le prétexte d'y restaurer la démocratie[5]. Son intervention déclenche une guerre civile au cours de laquelle il s'empare du pouvoir, fait exécuter une partie des oligarques syracusains et de leurs alliés, les survivants préférant l'exil à la mort[6]. Certains se réfugient même dans la partie punique de la Sicile, et notamment à Agrigente, cité grecque soumise à Carthage ; d'autres s'enfuient à Messine ou à Rhégion. Agathocle prétend alors redevenir simple citoyen mais les Syracusains le nomment stratège avec les pleins pouvoirs. Il promet d'abolir les dettes (ce qui est d'autant plus facile que les créanciers, des oligarques, sont morts ou exilés) et de distribuer les terres aux pauvres. On retrouve ici un schéma classique de la prise de pouvoir par un tyran. Puis, il renforce son armée pour soumettre d'autres cités siciliennes : Messine et Gela. En réalité, ces expéditions ont moins pour but d'établir une domination administrative ou même militaire que de retrouver les exilés syracusains pour les éliminer[7].

Carte de la Sicile à l'époque d'Agathocle.

Le si√®ge de Messine d√©clenche l'intervention des Carthaginois : la prise de cette cit√© libre constitue en effet une violation du trait√© conclu en 338 entre les Carthaginois et Timol√©on ; les Puniques ne souhaitent pas voir Syracuse prendre l'h√©g√©monie en Sicile. Alors qu'Agrigente vient de voter l'entr√©e en guerre contre Agathocle, avec Gela et Messine, Hamilcar, le g√©n√©ral punique charg√© des troupes de Sicile, sert de m√©diateur pour la conclusion d'un trait√© de paix. Agathocle sera le chef supr√™me de la partie grecque de l'√ģle o√Ļ les cit√©s devront former un gouvernement favorable au tyran de Syracuse ; en contrepartie, la fronti√®re entre l'√©picratie punique et le territoire domin√© par Agathocle reste inchang√©e par rapport √† 338. C'est un recul carthaginois que le S√©nat de Carthage ne pardonne pas √† Hamilcar.

Guerre contre Carthage (312-306)

En 312, Agathocle attaque Messine et Agrigente, cette dernière se trouvant dans l'éparchie carthaginoise[8]. La flotte punique intervient mais des navires carthaginois sont arraisonnés par les stratèges d'Agathocle[9]. Le traité de 313 est ainsi rompu.

Les Carthaginois envoient en Sicile une arm√©e compos√©e de 2 000 citoyens et mercenaires libyens, √©trusques et bal√©ares. Ils remportent une victoire en 311-310 √† Him√®re, ce qui leur vaut le soutien de plusieurs cit√©s grecques d√©pendant de Syracuse (Camarina, Leontinoi, Catane, Tauromenion et Messine). Agathocle est assi√©g√© dans sa cit√© et la guerre semble donc perdue pour lui.

Première expédition en Afrique (311-308)

C'est alors qu'il d√©cide de porter la guerre en Afrique. Une telle exp√©dition est in√©dite : aucun tyran sicilien luttant contre les Carthaginois n'aurait os√© conduire la guerre outre-mer, ne serait-ce que parce que les Carthaginois ont la ma√ģtrise maritime. Mais Agathocle compte justement sur l'inexp√©rience des Carthaginois √† lutter sur leur propre territoire et esp√®re la d√©fection des populations libyennes soumises √† Carthage[10]. Le 14 ao√Ľt 310[11], il d√©barque au cap Bon et conduit ses troupes vers une cit√© nomm√©e M√©galopolis apr√®s avoir travers√© un paysage idyllique :

¬ę Le territoire qu'ils devaient traverser avait √©t√© divis√© tout du long en petits jardins et en plantations diverses, de nombreux ruisseaux mis en conduite irriguant tout le lieu. Les r√©sidences de campagne, attenantes les unes aux autres, avaient √©t√© construites somptueusement et orn√©es avec soin par un enduit de chaux ; elles indiquaient clairement la richesse de leurs propri√©taires. Les villae √©taient pleines de toutes les choses pour qu'ils en profitent, car les habitants, durant la longue p√©riode de paix, avaient mis de c√īt√© une abondance de productions. Le territoire √©tait pour partie plant√© de vignes, pour partie d'oliviers, et plein d'autres arbres fruitiers. Partout des troupeaux de bŇďufs et de moutons broutaient et les plaines humides environnantes √©taient emplies de chevaux qui paissaient. De fa√ßon g√©n√©rale, il y avait dans ces lieux une abondance de biens de toutes sortes car les Carthaginois les plus illustres y avaient diss√©min√© leurs domaines et s'en √©taient occup√©s avec soin, gr√Ęce √† leurs richesses, afin d'en retirer du plaisir[12]. ¬Ľ

Carte de la Tunisie punique au moment de l'expédition d'Agathocle
Les cités prises par Agathocle sont indiquées en bleu ; celles faisant partie du parcours d'Eumachos lors de sa première expédition sont marquées en vert.
Le territoire de Carthage est indiqué en rouge (tracé des frontières, parfois inconnu, restitué par L. I. Manfredi, La politica amministrativa di Cartagine in Africa, Rome, 2003).

Puis, Agathocle s'empare d'une cité appelée Tynes la blanche[13] (à distinguer de l'actuelle Tunis occupée un peu plus tard par le tyran syracusain[14] - [15] - [16]), dresse son campement et se met à ravager les campagnes alentour[17].

Devant cette avanc√©e fulgurante, les Carthaginois nomment comme g√©n√©raux Hannon et Bomilcar et l√®vent une arm√©e compos√©e principalement de citoyens. La rencontre entre troupes puniques et grecques a lieu peu de temps apr√®s. Hannon est charg√© du commandement et se trouve √† la t√™te du bataillon sacr√© form√© de 2 000 soldats d'√©lite, citoyens carthaginois. Mais l'arm√©e punique est balay√©e par Agathocle[18]. Hannon meurt lors de l'affrontement ; les Carthaginois sont d'autant plus paniqu√©s que l'autre g√©n√©ral, Bomilcar, est soup√ßonn√© de vouloir ouvrir la cit√© au Syracusain[19] - [note 1], voire de vouloir prendre le pouvoir dans la cit√©[20]. Ils envoient alors des offrandes √† Tyr, leur m√©tropole, tout en pratiquant des sacrifices d'enfants pour attirer la bienveillance du dieu Ba'al Hammon[21]. Le r√©cit que fait Diodore de ces √©v√©nements est n√©anmoins sujet √† caution : on y reconna√ģt l'hostilit√© sicilienne face aux Carthaginois et le texte de l'historien reprend mot pour mot celui d'un auteur ayant √©crit ant√©rieurement √† l'exp√©dition d'Agathocle en Afrique, Clitarque d'Alexandrie.

Il n'en reste pas moins qu'Agathocle a remporté une victoire qu'il exploite immédiatement par la mise à sac du territoire de Carthage : plusieurs cités soumises à Carthage passent dans son camp et il entreprend une expédition vers le sud, prenant Neapolis (actuelle Nabeul) et Hadrumète (actuelle Sousse), signant une alliance avec le roi numide Ailymas[14], pillant enfin Thapsus avant de se tourner vers l'intérieur du pays. Il dut arrêter sa progression devant la mobilisation carthaginoise qui menaçait son camp à Tunis et la trahison de son allié Ailymas. En Sicile, le général Hamilcar est vaincu et sa tête rapportée à Agathocle qui ne se prive pas de la montrer aux Carthaginois montés sur les murailles de leur cité[22]. Malgré ces succès, des dissensions apparaissent dans le camp d'Agathocle : celui-ci, pour ne pas s'aliéner les habitants des campagnes, se refuse à livrer les exploitations agricoles au pillage, privant ses hommes de butin ; son commandement est alors critiqué par des officiers[23].

Ptol√©m√©e Ier S√īter (mus√©e du Louvre).

Le tyran est mis sous surveillance dans son propre camp et ne se tire de cette difficult√© qu'en faisant mine de se suicider. √Čmus, ses hommes le lib√®rent et lui rendent son commandement. Les quelques escarmouches qui s'ensuivent avec l'arm√©e punique apportent √† nouveau leur lot de victoires. N√©anmoins, Carthage est toujours debout et Agathocle doit trouver un alli√© pour venir √† bout de la r√©sistance punique.

Son action prend alors une dimension m√©diterran√©enne : d'autant plus conscient de sa faiblesse navale qu'il a fait br√Ľler ses vaisseaux lors du d√©barquement en Afrique, pour montrer sa d√©termination √† ses hommes[24], le tyran demande l'appui d'Ophellas, ancien tri√©rarque d'Alexandre et gouverneur de la Cyr√©na√Įque pour le compte du satrape d'√Čgypte Ptol√©m√©e Ier S√īter. En cas de victoire, Ptol√©m√©e r√©cup√©rerait le territoire de Carthage en Afrique et y fonderait une colonie, Agathocle prenant possession de la Sicile tout enti√®re[25]. Agathocle a en effet besoin de la flotte √©gyptienne pour faire le si√®ge de Carthage : dans son esprit, il doit assumer le commandement sur terre, Ophellas g√©rant les affaires maritimes. Mais la flotte √©gyptienne n'arrive pas, Ophellas exerce un commandement terrestre et rien ne se d√©roule selon les plans d'Agathocle.

En 308, tandis que les d√©fections se multiplient dans l'un et l'autre camp, le tyran fait assassiner Ophellas[26] - [27], sans que cela n'entame ses bonnes relations avec Ptol√©m√©e, puisque celui-ci lui donne sa fille Th√©ox√®ne en mariage. Les victoires d'Agathocle en Afrique sont connues en Sicile o√Ļ la cit√© d'Agrigente d√©cide de reconqu√©rir son ind√©pendance et lib√®re Gela et Enna de leurs garnisons puniques. Carthage est alors en mauvaise posture en Sicile comme en Afrique : Agathocle prend de mani√®re brutale Utique[28] et Hippou Acra (actuelle Bizerte)[29] - [30] mais, au lieu de marcher sur Carthage, il pr√©f√®re rentrer en Sicile o√Ļ les Carthaginois, calquant leur strat√©gie sur la sienne, ont envoy√© une nouvelle arm√©e et menacent Syracuse.

Il laisse en Afrique son lieutenant Eumachos, qui part en exp√©dition √† l'int√©rieur des terres, et ses deux fils, Archagathos et H√©raclide, charg√©s de poursuivre la lutte contre Carthage. L'exp√©dition d'Eumachos est l'occasion pour Diodore de Sicile, peut-√™tre d'apr√®s le r√©cit de Douris de Samos, de d√©crire une Libye semi-l√©gendaire : Eumachos prend des cit√©s dont on ignore parfois la position exacte (Tocai ‚ÄĒ sans doute Thugga ‚ÄĒ et Phellin√©) puis arrive au pays des Asphod√©lodes dont les habitants ont la peau noire[31]. Il arrive ensuite dans une cit√© nomm√©e Meschela, qui aurait √©t√© fond√©e par les Grecs de retour de Troie (ce qui implique qu'il s'agisse d'une cit√© du littoral), et parvient enfin √† Acra Hippou, dans laquelle il faut peut-√™tre reconna√ģtre Hippo Regius (Hippone)[32]. Il prend enfin une cit√© libre, Acris, dont il r√©duit les habitants en esclavage[33]. Puis, Eumachos se lance dans une deuxi√®me exp√©dition vers la Haute Libye. Il est vaincu dans des combats de rue √† Miltine, se perd dans des montagnes o√Ļ les chats sont si nombreux qu'il n'y a plus d'oiseaux et arrive enfin dans une r√©gion o√Ļ les singes vivent au milieu des hommes, √† tel point que l'une des cit√©s de cette r√©gion s'appelait Pith√©cussai, la cit√© des singes[34]. L√†, il d√©cide de repartir vers Carthage.

Ces deux exp√©ditions doivent √™tre nettement diff√©renci√©es : la premi√®re a pour but de contr√īle le territoire qui d√©pend de Carthage, en intimidant √©galement les populations voisines (Acris). La seconde est plut√īt une mission d'exploration, peut-√™tre vers l'actuelle Alg√©rie orientale ; la description qui en est faite est celle d'une contr√©e barbare (comme l'atteste le m√©lange d'hommes et d'animaux vivant en bonne intelligence). On touche l√† aux fronti√®res du monde connu, dans une r√©gion qui n'est sous la d√©pendance d'aucune autorit√© politique aux yeux d'un Grec. Il n'y avait donc aucun int√©r√™t √† poursuivre l'exp√©dition. D'autant que les Carthaginois, ayant constat√© le d√©part d'Eumachos et de ses hommes, ont d√©cid√© d'envoyer plusieurs arm√©es √† travers leur territoire[35], d'abord pour diminuer le nombre des habitants dans leurs murailles ‚ÄĒ ils √©taient alors soumis √† un si√®ge et par cons√©quent coup√©s des campagnes qui approvisionnaient la ville en temps normal ‚ÄĒ, ensuite pour r√©cup√©rer leurs anciens alli√©s pass√©s √† l'ennemi. Trois arm√©es sortent alors de Carthage, l'une vers l'int√©rieur, l'autre vers la Haute Libye, la troisi√®me vers le littoral. Les deux premi√®res sont victorieuses d'Archagathos et d'Eumachos. Le fils d'Agathocle d√©cide alors de demander secours √† son p√®re.

Celui-ci, alors en Sicile, a pris le titre de roi de l'√ģle[36]. En effet, en 307, il a fait tomber H√©racl√©e et s'est alli√© √† Thermae (sa cit√© d'origine d'apr√®s Diodore de Sicile). √Ä Syracuse, il a √©limin√© une partie de ses adversaires politiques. Le port est n√©anmoins bloqu√© par une trentaine de navires carthaginois et Agathocle ne peut sortir qu'avec l'aide de 18 bateaux √©trusques venus √† son secours[37] - [note 2].

Seconde expédition et règlement du conflit (307-306)

En Afrique, la situation s'est encore d√©t√©rior√©e : Archagathos n'a pas pay√© leur solde aux mercenaires et les Carthaginois ont d√©j√† remport√© quelques petites victoires militaires. Agathocle, pour calmer le m√©contentement de ses soldats, leur promet un √©norme butin s'ils remportent la victoire d√©cisive contre Carthage ; les hommes acceptent alors de le suivre. Mais seule la d√©faite les attend. De retour au camp, le roi d√©cide de partir pour la Sicile avec le plus jeune de ses fils pr√©sents, H√©raclide ; il soup√ßonne en effet Archagathos, l'a√ģn√©, d'√™tre li√© √† sa belle-m√®re et de vouloir l'√©liminer. M√©fiant, Archagathos pr√©vient les officiers des plans de son p√®re ; celui-ci est enferm√© dans le camp et ne peut s'en √©chapper qu'√† l'occasion d'un mouvement de panique, abandonnant alors ses deux fils au pouvoir des soldats qui les massacrent avant d'offrir leurs services aux Carthaginois[38]. Cette version romanesque est donn√©e par Diodore mais ne correspond pas au texte de Justin[39] selon lequel Agathocle aurait voulu emmener Archagathos que les soldats auraient captur√© au dernier moment. La tradition transmise par Justin est nettement plus favorable au roi de Sicile. Cependant, il est difficile de d√©terminer si cette tradition visait √† amoindrir les m√©faits d'Agathocle ou au contraire si c'est la version transmise par Diodore qui visait √† noircir l'image du roi. Il reste certain qu'Agathocle repart d'Afrique d√®s 307.

Les Carthaginois, affaiblis en Sicile ‚ÄĒ S√©geste a √©t√© prise et refond√©e par Agathocle et S√©linonte est pass√©e du c√īt√© du tyran ‚ÄĒ mais redevenus ma√ģtres de l'Afrique gr√Ęce au d√©part du roi, proposent un trait√© de paix en 306 : moyennant le paiement de 300 talents et 200 000 m√©dimnes de bl√©, ils peuvent r√©cup√©rer l'int√©gralit√© de leur √©parchie[40]. Les deux exp√©ditions d'Agathocle n'auront servi √† rien d'autre qu'√† r√©affirmer la pr√©sence carthaginoise dans la partie occidentale de la Sicile.

Contest√© apr√®s cette d√©faite, Agathocle assure sa domination sur la partie orientale de l'√ģle : il installe des garnisons dans les cit√©s sujettes, pr√©l√®ve des tributs[41] et punit les cit√©s rebelles comme S√©geste[42]. Une fois les territoires grecs sous son contr√īle, il change de strat√©gie : le champion malheureux de la lutte contre Carthage va se lancer dans une v√©ritable politique hell√©nistique, √† l'√©gal des diadoques orientaux.

Adoption du titre royal

L'adoption par Agathocle du titre de roi, basileus, t√©moignait d√©j√† de son choix d'intervenir en M√©diterran√©e avec le m√™me rang que les anciens compagnons d'Alexandre le Grand. √Ä partir de 306, ceux-ci prennent eux aussi ce titre notamment sous l'impulsion d'Antigone le Borgne. En effet ce dernier √©tait suffisamment puissant et l√©gitime pour prendre le titre puisque depuis l'ann√©e 310 av. J.-C, Cassandre avait fait mettre √† mort Roxane et Alexandre IV, le fils l√©gitime d'Alexandre le grand qui de fait n'avait plus d'h√©ritiers l√©gitimes[43]. Mais aussi puisque son fils D√©m√©trios Poliorc√®te venait de remporter une importante victoire contre la flotte de Ptol√©m√©e √† Salamine en Chypre[44]. Puis le ph√©nom√®ne ne propagea √† tous les autres diadoques qui suivirent l'exemple d'Antigone. Agathocle suivit le mouvement et il s'empara alors du titre royal. La pr√©cocit√© de ce geste fut particuli√®rement √©tonnante √† tel point que Diodore le place √† la fin de sa premi√®re exp√©dition sur les Carthaginois, c'est-√†-dire en 308 ; ne s'agirait-il pas d'une erreur de l'historien, l'√©v√©nement devant √™tre plac√© en 306, √† la fin de la deuxi√®me exp√©dition, dans un mouvement d'imitation par rapport √† l'√©volution orientale ? Cette hypoth√®se semble confort√©e par le r√©cit de Justin qui n'√©voque le ¬ę roi de Sicile Agathocle ¬Ľ qu'apr√®s le trait√© de paix avec Carthage conclu en 306[45]. L'ann√©e 306 et la prise du titre royal marque la fin de la p√©riode dont nous connaissons le mieux les √©v√®nements en ce qui concerne le r√®gne d'Agathocle, puisqu'√† partir de cette date les sources √† disposition sont incompl√®tes et les seuls fragments du livre XXI de Diodore ne renseigne que tr√®s peu sur la politique du roi de Syracuse qui est suivie.

Politique avec les autres monarchies hellénistiques

Corcyre et l'espace maritime contr√īl√© par Agathocle.

La prise du titre royal nourrit l'ambition d'Agathocle qui est de se hausser au niveau m√©diterran√©en comme un √©gal par rapport aux autres monarchies hell√©nistiques, et cela est particuli√®rement perceptible dans les relations diplomatiques de ces derniers avec le roi de Syracuse. Agathocle m√®ne ainsi une politique d'alliances matrimoniales, d'abord avec Ptol√©m√©e dont il √©pousa en 300 av. J.-C. la fille Th√©ox√®n√®, affili√©e √† la dynastie lagide[46] ou encore avec le roi d'√Čpire, Pyrrhos Ier, auquel il marie sa propre fille Lanassa. Cependant, si Diodore a raison, Agathocle serait un pr√©curseur par rapport aux diadoques, le premier √† prendre le titre qu'avait Alexandre en Mac√©doine. Ce qui ne serait pas si aberrant : en tentant une exp√©dition en Afrique, Agathocle avait d√©pass√© la dimension traditionnelle des tyrans de Syracuse, remparts contre la barbarie punique en Sicile, pour rejoindre, avec plus ou moins de succ√®s, celle d'un Alexandre occidental. L'exp√©rience avait d√©j√† √©t√© tent√©e contre d'autres barbares, en l'occurrence les Romains, par Alexandre le Molosse, oncle d'Alexandre le Grand.

Alexandre le Grand, inspirateur d'Agathocle ?

Mais Agathocle, peu intéressé par ce qui se déroulait en Italie centrale, avait préféré se tourner contre un peuple qu'Alexandre le Grand lui-même avait peut-être projeté de combattre : les Carthaginois[47].

Pour restaurer le prestige de cet ¬ę Alexandre au petit pied ¬Ľ, l'√©chec de l'exp√©dition africaine devait par cons√©quent √™tre effac√© par un exploit qui mettrait Agathocle en contact plus √©troit avec l'Orient. L'objectif du roi de Sicile est alors de prendre Corcyre tenue par Cassandre de Mac√©doine. Il a sans doute le soutien de Ptol√©m√©e dans son entreprise mais ce dernier ne lui envoie aucune aide car il est en lutte depuis 306 contre Antigone le Borgne qui r√®gne sur la Syrie-Ph√©nicie. Pour parvenir jusqu'√† Corcyre, Agathocle doit s'assurer de l'Adriatique et donc de l'Italie du Sud. Il part en exp√©dition en Grande-Gr√®ce d√®s 304 : il laisse une arm√©e de mercenaires dans le Bruttium et intervient √† Corcyre entre 301 et 299/298. Son exp√©dition est un succ√®s : il prend Corcyre qui constitue alors la dot de sa fille Lanassa pour son mariage avec Pyrrhos.

Monnaie de Syracuse frappée sous le règne d'Agathocle ; sous Pégase est figuré le triskélès que l'on retrouve sur des monnaies d'Italie du Sud[note 3].

√Ä son retour dans le Bruttium, les mercenaires impay√©s se r√©voltent ; Agathocle les massacre et entre en conflit avec les Bruttiens[48] - [49]. Il √©tend ensuite son influence sur toute la Grande-Gr√®ce en √©tablissant une garnison √† Crotone pour surveiller le trajet vers l'Adriatique et en s'alliant avec deux peuples de la c√īte adriatique, les Iapyges et les Peuc√®tes, auxquels il pr√™te des bateaux pour qu'ils pratiquent la piraterie (c'est-√†-dire, en r√©alit√©, pour qu'ils surveillent l'Adriatique √† son profit). Enfin, il prend Hippone o√Ļ il fait construire un port[50].

Cette domination sur l'Italie du Sud permet au basileus de tenir la for√™t de la Sila, dans le Bruttium, qui √©tait la principale source de bois pour la construction navale des cit√©s de Grande-Gr√®ce. Agathocle s'√©tait en effet rendu compte durant l'exp√©dition contre Carthage que sa flotte n'√©tait pas assez puissante. Utiliser la for√™t de la Sila et les ports de Grande-Gr√®ce lui permet d√©sormais de pallier cette faiblesse, tout en contr√īlant le d√©troit de Messine et la route vers l'Adriatique.

Aux yeux des diadoques d'Orient, dont la fortune reposait en grande partie sur le commerce, notamment maritime, Agathocle devenait le garant de la s√©curit√© des mers en M√©diterran√©e occidentale. Sa nouvelle puissance lui permettait d'envisager avec s√©r√©nit√© une nouvelle exp√©dition en Afrique. Pourtant, en 289, alors que les pr√©paratifs en √©taient presque termin√©s, Agathocle mourut, peut-√™tre assassin√© par son petit-fils Archagathos[51]. Celui-ci √©tait le fils d'Archagathos qu'Agathocle avait abandonn√© en Afrique en 306 et aurait d√Ľ h√©riter du pouvoir de son grand-p√®re. Toutefois, celui-ci d√©cida de confier son royaume √† son troisi√®me fils, pr√©nomm√© lui aussi Agathocle. Archagathos aurait √©gorg√© son oncle √† la fin d'un banquet et fait empoisonner son grand-p√®re[52]. Selon Justin, Agathocle serait tomb√© malade au tout d√©but de son exp√©dition contre Carthage[53]. Diodore de Sicile, √† la suite de Tim√©e sans doute, d√©crit la subtilit√© avec laquelle aurait agi l'assassin, un certain M√¶non : celui-ci trempa dans du poison la plume avec laquelle le roi se curait les dents ; le poison agit si lentement qu'Agathocle eut le temps de renvoyer sa femme Th√©ox√®ne en √Čgypte avec leurs deux enfants[54] ; Diodore pr√©tend m√™me que le roi aurait √©t√© plac√© vivant sur son b√Ľcher fun√©raire, paralys√© par le venin qui lui avait √©t√© inocul√©.

Les diverses traditions quant √† la mort du roi-tyran refl√®tent les h√©sitations de l'historiographie antique. Le contexte √©tait celui d'une opposition entre les h√©ritiers d'Agathocle. Chez Diodore de Sicile, Archagathos est d√©peint comme son grand-p√®re : sanguinaire, inflexible, pr√™t √† tout pour parvenir au pouvoir. Cette description caract√©rise le mauvais chef chez un historien comme Tim√©e. La version de Justin, beaucoup plus mesur√©e, n'√©voque pas un assassinat mais souligne la peur d'Agathocle face √† son fils, puisqu'il insiste pour prot√©ger ses enfants survivants. Le d√©part de ces derniers pour l'√Čgypte et la mort d'Archagathos emp√™chait la poursuite d'un processus dynastique √† Syracuse ; Agathocle aurait de fait promis aux Syracusains de leur rendre la libert√©[52], c'est-√†-dire de redonner le pouvoir au peuple.

Les dernières volontés d'Agathocle ne furent pas exaucées : la cité connut après sa mort près de vingt années de troubles politiques jusqu'à l'arrivée de Hiéron, stratège puis roi de la cité.

Image d'Agathocle

Dans l'Antiquité…

Toute la vie d'Agathocle est pr√©sent√©e de fa√ßon ambivalente par les sources : parvenu et tyran sanguinaire pour les uns, il est l'un des plus grands g√©n√©raux grecs pour les autres. La l√©gende noire d'Agathocl√®s doit beaucoup √† Tim√©e de Taurom√©nion, fils d'un adversaire du tyran syracusain. Tim√©e discr√©dite Agathocle pour des raisons morales : prostitu√© dans sa jeunesse, Agathocl√®s aurait √©t√© particuli√®rement cruel lors de sa prise de pouvoir puis lors des attaques men√©es contre les cit√©s grecques lui tenant t√™te. Favorable au r√©gime oligarchique[55], Tim√©e est profond√©ment hostile √† Agathocle en raison des institutions qu'il a impos√©es √† Syracuse mais aussi, sans doute, √† cause de la restauration d√©mocratique qu'il encourage juste avant de mourir. Le lien entre les tyrans et le peuple est toujours √©troit et d√©nonc√© par les oligarques. Pourtant, pour les philosophes grecs comme Platon ou Aristote[56], favorables √† un r√©gime o√Ļ les plus riches doivent obtenir les charges √† plus forte responsabilit√©, la tyrannie en Sicile se justifiait par la lutte contre la barbarie carthaginoise. Tim√©e, r√©fugi√© pendant cinquante ans √† Ath√®nes et ayant fr√©quent√© le Lyc√©e, connaissait parfaitement cette position sur la tyrannie. Aussi devait-il discr√©diter Agathocle sur ce point, d'o√Ļ les attaques concernant ses mŇďurs mais aussi et surtout les insinuations concernant ses collusions avec les Puniques et notamment avec Hamilcar en 314[57] - [58]. Tim√©e √©tait √©galement hostile au pouvoir autocratique mis en place par les diadoques mais il ne semble pas avoir per√ßu la dimension hell√©nistique d'Agathocle, ni m√™me son importance √† l'√©chelle de la M√©diterran√©e.

Il ne serait pas √©tonnant que Tim√©e soit √† l'origine de la seule description physique que nous poss√©dions du roi-tyran, √† la fin de sa vie, et qui nous a √©t√© transmise par √Člien :

¬ę Rien n'√©tait √† la fois plus risible et moins d√©cent que la coiffure d'Agathocle, tyran de Sicile. Agathocle, ayant perdu insensiblement tous ses cheveux, s'imagina qu'en portant une couronne de myrte, il masquerait la difformit√© dont il √©tait honteux. Mais les Syracusains ne s'y m√©prirent pas : ils savaient qu'Agathocle √©tait devenu chauve. Cependant, retenus par la crainte des fureurs et des cruaut√©s du tyran, ils n'osaient en rien dire[59]. ¬Ľ

La tradition transmise par Tim√©e, puis Diodore de Sicile, n'a pas √©t√© suivie par l'historiographie romaine. Ainsi, selon Polybe[60], Scipion l'Africain tenait Agathocle en grande estime, le consid√©rant comme l'un des plus grands g√©n√©raux du pass√©, √† l'instar de Denys de Syracuse ; il le cite m√™me comme mod√®le pour une exp√©dition en Afrique[61]. Peut-√™tre cette image positive du roi de Sicile provenait-elle des √©crits d'Antander, le fr√®re d'Agathocle, qui avait r√©dig√© une histoire du r√®gne de ce dernier, ou bien de Callias de Syracuse, historien du r√®gne d'Agathocle[52] - [note 4]. Ce type de discours met en avant son r√īle de d√©fenseur de la Sicile contre le p√©ril carthaginois mais, pas plus que Tim√©e, ne prend en compte sa dimension m√©diterran√©enne. Polybe connaissait bien la l√©gende noire d'Agathocle, par l'interm√©diaire de Tim√©e, mais selon lui l'historien sicilien avait largement d√©form√© la r√©alit√© en d√©crivant le tyran[62] dont les qualit√©s personnelles √©taient ind√©niables :

¬ę Il faut bien reconna√ģtre que la nature avait dou√© Agathocle de qualit√©s exceptionnelles, ainsi qu'il appara√ģt par le r√©cit m√™me de Tim√©e. Pour qu'il ait pu, apr√®s √™tre arriv√© √† Syracuse vers l'√Ęge de 18 ans, fuyant le tour, la fum√©e et la glaise, s'√©lever de l√† jusqu'√† devenir le ma√ģtre de toute la Sicile, faire courir √† Carthage les pires dangers, vieillir dans le pouvoir et finir sa vie avec le titre de roi, ne fallait-il pas qu'Agathocle e√Ľt en lui quelque chose de grand et d'extraordinaire, qu'il poss√©d√Ęt √† profusion les dons et les capacit√©s qui font l'homme d'√Čtat[63] ? ¬Ľ

…et au-delà

Nicolas Machiavel, discutant de ses moyens d'élévation à la dignité suprême en Sicile, semble approuver le courage politique en même temps qu'il réprouve la scélératesse qui en est, selon lui, indissociable[64] :

¬ę V√©ritablement on ne peut pas dire qu'il y ait de la valeur √† massacrer ses concitoyens, √† trahir ses amis, √† √™tre sans foi, sans piti√©, sans religion : on peut, par de tels moyens, acqu√©rir du pouvoir, mais non de la gloire. Mais si l'on consid√®re avec quel courage Agathocle sut se pr√©cipiter dans les dangers et en sortir, avec quelle force d'√Ęme il sut et souffrir et surmonter l'adversit√©, on ne voit pas pourquoi il devrait √™tre plac√© au-dessous des meilleurs capitaines. On doit reconna√ģtre seulement que sa cruaut√©, son inhumanit√© et ses nombreuses sc√©l√©ratesses, ne permettent pas de le compter au nombre des grands hommes. ¬Ľ

Voltaire, auteur d'un Agathocle à l'extrême fin de sa vie. La pièce ne connut que quatre représentations.

Agathocle connut ensuite les honneurs du th√©√Ętre : un po√®te du nom de Jean-Baptiste Aubry √©crivit une pi√®ce portant son nom mais qui ne fut donn√©e que deux fois au Th√©√Ętre fran√ßais √† la fin du XVIIe si√®cle[65]. La pi√®ce n'ayant pas √©t√© imprim√©e, il est impossible d'en conna√ģtre ne serait-ce que l'argument.

Un demi-siècle plus tard, Voltaire offrit du tyran une image nuancée : sa dernière tragédie, justement nommée Agathocle[66] et dont l'argument concerne l'opposition entre deux de ses fils à propos d'une prisonnière carthaginoise, montre le roi-tyran léguant son royaume au plus vertueux de ses enfants. Les discours des protagonistes sur Agathocle font alterner admiration[67] et dénigrement :

¬ę Et la guerre civile aura, dans ses horreurs,
mis ce fils de la terre au fa√ģte des grandeurs. ¬Ľ

Le récit de Voltaire n'est pas historique, des écrits antiques seuls subsistent ici les lieux communs sur Agathocle. Le dernier vers prononcé par celui-ci ne renvoie pas à sa mort, mais à la libération que constitue l'abandon du pouvoir[68] :

¬ę Le prince a disparu ; l'homme commence √† vivre. ¬Ľ

Avant sa mort, Voltaire avait eu le temps de distribuer les r√īles :

¬ę Je crois que Larive et Mol√© joueront bien les r√īles des enfants d'Agathocle, qu'Ydasan convient fort √† Monvel, que les cheveux blancs et la voix de Brizard suffiront pour Agathocle, et que le r√īle d'Ydace est beaucoup plus dans le caract√®re de Mme Vestris que celui d'Ir√®ne, pourvu qu'elle se d√©fasse de l'√©norme multitude de ses gestes (20 avril 1778)[69]. ¬Ľ

La pi√®ce est repr√©sent√©e le pour le premier anniversaire de la mort de Voltaire : Mme Denis fit √† la Com√©die une cession de tous les honoraires qui pourraient √™tre dus pour les repr√©sentations de son oncle. Toutefois, le public ne se dissimula pas la faiblesse de l'Ňďuvre :

¬ę Agathocle, dit Laharpe, n'est qu'une esquisse extr√™mement imparfaite, dont Voltaire aurait pu faire un tableau, s'il e√Ľt tenu encore d'une main assez ferme et assez vigoureuse le pinceau tragique qui, tremblant entre les doigts glac√©s d'un vieillard, n'a dessin√© que des figures ind√©cises, sans expression, sans couleur et sans vie[69]. ¬Ľ

Dans son uchronie Alejandro Magno y las águilas de Roma, Javier Negrete place en 317 Agathocle devenu roi de Syracuse comme allié d'Alexandre dans son combat contre Rome.

Aujourd'hui, Agathocle a si bien disparu de l'histoire qu'il est oubli√© par les historiens fran√ßais. Au d√©but du XXe si√®cle, St√©phane Gsell consid√©rait Agathocle comme ¬ę un joueur qui risque sa derni√®re chance ¬Ľ en allant en Afrique et non comme un imitateur d'Alexandre[70]. Sans doute ce jugement du savant africaniste a-t-il contribu√© √† l'absence d'√©tudes concernant ce personnage. Les ouvrages sur l'√©poque hell√©nistique (par exemple E. Will, dans l'Histoire politique du monde hell√©nistique) ne traitent de son parcours qu'en quelques pages. Depuis une vingtaine d'ann√©es n√©anmoins, une chercheuse italienne, Sebastiana Consolo-Langher, a publi√© une s√©rie d'√©tudes sur Agathocle. Prenant le contre-pied du jugement de Gsell, elle estime au contraire qu'Agathocle est bien un imitateur d'Alexandre. Gr√Ęce √† ses recherches, le prince recommence √† vivre, et s'affirme comme le premier et le seul souverain hell√©nistique en M√©diterran√©e occidentale.

Notes et références

Notes

  1. Justin place l'épisode plus tard, après l'assassinat d'Ophellas par Agathocle.
  2. Ces navires lui am√®nent peut-√™tre de nouveaux mercenaires recrut√©s en √Čtrurie.
  3. Le trisk√©l√®s, embl√®me de la Sicile (donc d'Agathocle) appara√ģt sur les monnaies d'Hippone, M√©taponte et V√©lia ; les frappes mon√©taires d'H√©racl√©e, Thourio√Į et Crotone alignent l'aloi des pi√®ces sur le mod√®le syracusain.
  4. Callias a été l'une des sources de Diodore, ce qui explique sans doute les jugements parfois positifs que l'on trouve chez cet historien concernant Agathocle.

Références

  1. Diodore de Sicile, 19.2.
  2. Justin, 22.1.
  3. Plutarque, Ňíuvres morales [d√©tail des √©ditions] [lire en ligne] : ¬ę Comment se louer soi-m√™me sans exciter l'envie ¬Ľ (en grec ancien ő†őĶŌĀőĮ ŌĄőŅŌÖ őĶőĪŌÖŌĄŌĆőĹ őĶŌÄőĪőĻőĹőĶőĮőĹ őĪőĹőĶŌÄőĻŌÜőłŌĆőĹŌČŌā).
  4. (it) Gianpaolo Urso, Taranto e gli xenikoì strategoi, Rome, , p. 59-61.
  5. Diodore de Sicile, 19.5.4-5.
  6. Il y aurait eu 4 000 ex√©cutions et 6 000 exil√©s selon Diodore de Sicile, 19.6-8, mais le chiffre para√ģt exag√©r√© ; il se pourrait que Tim√©e, touch√© par une mesure d'exil, ait volontairement gonfl√© les chiffres pour ternir la r√©putation d'Agathocle.
  7. (en) Shlomo Berger, Revolution and Society in Greek Sicily and Southern Italy, Stuttgart, Franz Steiner Verlag, , 128 p. (ISBN 978-3515059596, lire en ligne), p. 50-56.
  8. Diodore de Sicile, 19.102.8.
  9. Diodore de Sicile, 19.103.5.
  10. Diodore de Sicile, 20.3.3.
  11. La date précise est connue parce qu'une éclipse de soleil eut lieu le lendemain de son départ de Syracuse (Gsell 1918, p. 24).
  12. Diodore de Sicile, 20.8.3-4.
  13. Diodore de Sicile, 20.8.7.
  14. Diodore de Sicile, 20.17.1.
  15. Justin, 22.6.9.
  16. Sur les difficult√©s √† retrouver l'itin√©raire exact d'Agathocle en raison de la disparition des toponymes cit√©s, on peut se reporter √† (it) Sebastiana Consolo-Langher, ¬ę Cartagine e Siracusa : Due imperialismi a confronto, problemi archeologici e storici della spedizione agatoclea nella Libye ¬Ľ, Kokalos, no 42,‚Äé , p. 237-262.
  17. Justin, 22.6.5.
  18. Les chiffres relatifs aux pertes humaines varient selon les sources : Justin, 22.34, √©voque 2 000 morts grecs et 3 000 Africains et Diodore de Sicile, 10.13.1, indique 200 Grecs et 1 000 √† 6 000 Africains.
  19. Justin, 22.7.7 [lire en ligne].
  20. Diodore de Sicile, 20.43.1-44.6.
  21. Diodore de Sicile, 20.14.1-6.
  22. Diodore de Sicile, 20.30.3.
  23. Un √©pisode rapport√© par Diodore rappelle le banquet au cours duquel Alexandre avait tu√© l'un de ses amis : lors d'un d√ģner trop arros√©, un certain Lyciscos insulte Agathocle et son fils Archagathos ; ce dernier l'accuse alors d'avoir une relation avec la nouvelle femme d'Agathocle, Alcia, et le tue (Diodore de Sicile, 20.33).
  24. Diodore de Sicile, 20.7.
  25. (it) Sebastiana Consolo-Langher, ¬ę Tra grecit√† occidentale, Cartagine e Macedonia : la politica di Tolomeo nel vasto ambito mediterraneo ¬Ľ, Kokalos, no 45,‚Äé , p. 279-282.
  26. Diodore de Sicile, 20.42.
  27. Justin, 22.7.5 [lire en ligne].
  28. Diodore de Sicile, 20.54, dit que les habitants furent massacrés en raison de la résistance qu'ils avaient opposée au tyran. Celui-ci fit construire une tour de surveillance près de la cité dont Appien (Libyca, 14) mentionne encore l'existence au IIIe siècle av. J.-C.
  29. Diodore de Sicile, 20.55.
  30. Toujours selon Appien, le tyran de Syracuse y aurait ordonné de grands travaux : construction d'un port et d'une citadelle. Il voulait vraisemblablement en faire un point de débarquement depuis la Sicile, l'arrière-pays de Bizerte étant une région de céréaliculture pouvant ravitailler Syracuse.
  31. Diodore de Sicile, 20.57.
  32. Ces identifications sont propos√©es par Gsell 1918, p. 50-51, et discut√©es par (it) Sebastiana Consolo-Langher, ¬ę Cartagine e Siracusa : Due imperialismi a confronto, problemi archeologici e storici della spedizione agatoclea nella Libye ¬Ľ, Kokalos, no 42,‚Äé , p. 237-262.
  33. Diodore de Sicile, 20.57.5-6.
  34. Diodore de Sicile, 22.58.
  35. Diodore de Sicile, 20.59.60.
  36. Diodore de Sicile, 20.54.1.
  37. Diodore de Sicile, 20.61.5-8.
  38. Diodore de Sicile, 20.68-69.
  39. Justin, 22.5.8-11.
  40. Diodore de Sicile, 20.79.5.
  41. Diodore de Sicile, 20.77.1.
  42. Diodore de Sicile, 20.71.1-5.
  43. Diodore de Sicile, 19, 105.1.
  44. Diodore de Sicile, 20, 52.1-53.1.
  45. Rex Siciliae selon Justin, 23.1.1 [lire en ligne].
  46. (it) √Čdouard Will, Histoire politique du monde hell√©nistique (323-30 av. J.-C), Paris, Seuil, , 960 p., p. 118.
  47. Aujourd'hui encore, on d√©bat sur la r√©alit√© du ¬ę projet occidental d'Alexandre ¬Ľ, fiction historique ou exp√©dition r√©ellement envisag√©e par le Conqu√©rant. Pour un point bibliographique sur cette question, le dernier article paru est celui de Michel Humm, ¬ę Rome face √† la menace d'Alexandre le Grand ¬Ľ, dans Guerre et diplomatie romaines, IVe‚ÄČ‚Äď‚ÄČIIIe si√®cles, av. J.-C. Pour un r√©examen des sources, PUP, Aix-en-Provence, coll. ¬ę Textes et documents ¬Ľ, , p. 175-196.
  48. Justin, 23.1.17 [lire en ligne].
  49. Diodore de Sicile, 21.4 [lire en ligne].
  50. Strabon, 6.1.5.
  51. Diodore de Sicile, 21.12 [lire en ligne].
  52. Diodore de Sicile, 22.12 [lire en ligne].
  53. Justin, 23.2 [lire en ligne].
  54. Justin, 23.2.6 [lire en ligne].
  55. (it) Riccardo Vattuone, ¬ę Timeo di Tauromenion ¬Ľ, dans Storici greci d'Occidente, Bologne, Il Mulino, , p. 212.
  56. Platon, Lettre VII, 335 E-336 A.
  57. (it) Sebastiana Consolo-Langher, ¬ę Diodoro, Giustino e la storiografia del III sec. a.C. su Agatocle ¬Ľ, dans Diodoro, Trogo-Giustino e Timeo, Messine, , p. 180.
  58. Justin, 22.3.1-3 [lire en ligne].
  59. √Člien, Histoires diverses, 11.4.
  60. Polybe, 15.35.6-7.
  61. Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXVIII, 43.
  62. Polybe, 12.15.1-10.
  63. Polybe, 12.15.5-8.
  64. Machiavel, Le Prince, chap. VIII, [(fr + it) lire en ligne].
  65. Notices Leris pour l'Ňďuvre et pour l'auteur.
  66. Pi√®ce Agathocle de Voltaire (Ňíuvres compl√®tes de Voltaire).
  67. Voltaire, Agathocle, acte I, scène 1 :
    ¬ę Agathocle est compt√© parmi les plus grands rois. ¬Ľ
  68. Voltaire, Agathocle, acte V, scène 3.
  69. Cahiers Voltaire, no 1 à 6, 2002-2007.
  70. Gsell 1918, p. 60.

Annexes

Sources antiques

Sources modernes

Sur Agathocle, il n'existe aucune étude scientifique en français depuis celle de Stéphane Gsell. Les ouvrages et articles de Sebastiana Consolo-Langher ne sont accessibles qu'en italien.

  • (it) Sebastiana Consolo-Langher, ¬ę Diodoro, Giustino e la storiografia del III sec. a.C. su Agatocle ¬Ľ, dans Diodoro, Trogo-Giustino e Timeo, Messine, , p. 127-193.
  • (it) Sebastiana Consolo-Langher, ¬ę La politica di Siracusa verso Bruzi, Italioti e Punici nell'et√† di Agatocle ¬Ľ, dans I Bruttii, Atti del 1¬į corso seminariale, Rossano (20-26 feb. 1992), Messine, , p. 93-108.
  • (it) Sebastiana Consolo-Langher, Agatocle, Da capoparte a monarca fondatore di un regno tra Cartagine e i Diodochi, Messine, .
  • (it) Sebastiana Consolo-Langher, ¬ę Tra grecit√† occidentale, Cartagine e Macedonia : la politica di Tolomeo nel vasto ambito mediterraneo ¬Ľ, Kokalos, no 45,‚Äé , p. 273-291.
  • (en) Moses Finley, Ancient Sicily to the Arab Conquest, Londres, Viking Press, .
  • St√©phane Gsell, Histoire ancienne de l'Afrique du Nord, t. III : Histoire militaire de Carthage, Paris, Hachette, (lire en ligne).

L'article ¬ę Agatocle ¬Ľ dans L'esprit de l'Encyclop√©die ou Choix des articles les plus agr√©ables de l'abb√© Bourlet de Vauxcelles pr√©sente la vision qu'on avait d'Agathocle au XIXe si√®cle.

Articles connexes

Liens externes

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