Accueil🇫🇷Chercher

Église Saint-Nazaire de Barbadell

L'église Saint-Nazaire de Barbadell (catalan : Sant Nazari de Barbadell) est une église catholique désaffectée de styles préroman et roman située à Bouleternère, dans le département français des Pyrénées-Orientales.

Église Saint-Nazaire de Barbadell
Vue générale de l'édifice.
Vue générale de l'édifice.
Présentation
Nom local Sant Nazari de Barbadell
Culte Catholique
DĂ©dicataire Saint Nazaire
Type Chapelle (ancienne paroissiale, ancien ermitage)
Début de la construction Xe siècle ?
Fin des travaux XIIe siècle
Style dominant Art préroman, art roman
GĂ©ographie
Pays Drapeau de la France France
RĂ©gion Occitanie
Département Pyrénées-Orientales
Ville Bouleternère
CoordonnĂ©es 42° 38′ 18″ nord, 2° 35′ 00″ est
Géolocalisation sur la carte : Pyrénées-Orientales
(Voir situation sur carte : Pyrénées-Orientales)
Église Saint-Nazaire de Barbadell
GĂ©olocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Église Saint-Nazaire de Barbadell

Bâtie sans doute avant l'an mille, l'église Saint-Nazaire se développe du XIe au XIIIe siècles avec le village de Barbadell, dont elle est l'église paroissiale. Au XIVe siècle, Barbadell, pour des raisons mal connues (inondations, guerres, peste ou un ensemble de plusieurs de ces facteurs) connaît un fort dépeuplement, jusqu'à disparaitre complètement au cours du XVIe siècle. L'église Saint-Nazaire, devenue simple chapelle isolée, n'est pas oubliée par les habitants de Bouleternère qui continuent à lui faire des dons par testament.

Au XVIIIe siècle, des ermites se succèdent à Saint-Nazaire, l'entretiennent et y maintiennent un culte, lui évitant l'abandon connu par de nombreuses églises rurales à la Révolution française. Cet abandon n'est cependant que repoussé : au cours du XIXe siècle, l'ancienne église change plusieurs fois de propriétaire, puis se voit partagée entre plusieurs propriétés. Elle est transformée pour devenir un bâtiment à usage agricole, puis une habitation, ce qui la dégrade fortement.

L'ancienne église est complètement rénovée depuis 1997, année où les trois propriétaires fondent une association de sauvegarde à laquelle ils lèguent le bâtiment.

Au XXIe siècle, l'église retrouve son aspect médiéval. Elle est constituée d'une nef rectangulaire orientée ouest-est prolongée d'un chevet plat dont l'axe est légèrement décalé vers le sud. Les murs de la nef sont renforcés d'arcs doubleaux et formerets soutenant un voûte en berceau. Le bâtiment est surmonté d'un clocher-mur et couvert d'un toit en lauzes. Des traces d'un décor peint au XVIIIe siècle subsistent sur les parois intérieures.

L'église Saint-Nazaire est entourée de murets et de canaux anciens, montrant que les habitants de Barbadell ont dû maintes fois, au cours des siècles, lutter contre les inondations et les crues de la rivière Boulès au bord de laquelle est construit ce bâtiment.

Situation

Le massif du Canigou est le plus oriental des massifs des PyrĂ©nĂ©es dĂ©passant les 2 000 m d'altitude. SituĂ© dans le dĂ©partement français des PyrĂ©nĂ©es-Orientales, il sĂ©pare les rĂ©gions naturelles et historiques de tradition catalane du Vallespir, au sud, et du Conflent au nord. Entre le Canigou et la mer MĂ©diterranĂ©e se trouve le massif des Aspres, contrefort pyrĂ©nĂ©en constituĂ© de collines couvertes de forĂŞt mĂ©diterranĂ©enne, puis la plaine du Roussillon. Cette rĂ©gion est soumise Ă  un climat mĂ©diterranĂ©en, chaud et sec l'Ă©tĂ©, mais parfois marquĂ© par de très fortes pluies[1].

Cours d'eau né dans le massif du Canigou, le Boulès traverse les Aspres du sud vers le nord à travers des gorges escarpées avant de se jeter, en Conflent, dans le fleuve Têt. Comme les autres rivières de la région, le Boulès connait un régime très irrégulier, soumis à d'importantes crues pouvant être dévastatrices[2].

L'Ă©glise Saint-Nazaire de Barbadell se trouve au bord du Boulès, Ă  un endroit oĂą les gorges s'Ă©largissent pour former une petite plaine entourĂ©e de montagnes escarpĂ©es mais de faible altitude. Le bâtiment est construit sur un cĂ´ne alluvial issu d'un ruisseau appelĂ© ravin de Saint-Nazaire qui conflue dans le Boulès Ă  quelques mètres de l'Ă©glise[3], Ă  une altitude de 200 m. L'Ă©glise dĂ©pend de la commune française de Bouleternère, dans le dĂ©partement des PyrĂ©nĂ©es-Orientales.

  • Vue aĂ©rienne d'une petite Ă©glise entourĂ©e d'arbres.
    L'Ă©glise Saint-Nazaire dans son environnement.

La chapelle est accessible depuis Bouleternère par la route dĂ©partementale D618 qui serpente le long de la vallĂ©e du Boulès et traverse les Aspres de part en part pour relier le Conflent au Vallespir (Ă  AmĂ©lie-les-Bains-Palalda). Cette route permet Ă©galement de rejoindre le prieurĂ© de Serrabone, autre Ă©glise romane situĂ©e Ă  quelques kilomètres au sud de l'Ă©glise de Barbadell. Le trajet du village chef-lieu de la commune Ă  l'Ă©glise Saint-Nazaire est long d'environ 1,5 km[4] - [5].

  • Vue aĂ©rienne d'une petite Ă©glise aperçue par une trouĂ©e dans des arbres.
    La chapelle vue depuis la RD618.
  • Petite Ă©glise dans l'ombre. Ă€ l'arrière plan, une petite montagne Ă©clairĂ©e par le soleil rasant.
    La chapelle dans son environnement.
  • Tronc d'un arbre derrière lequel s'Ă©coule une rivière, puis plage de galets et flanc de montagne.
    Le Boulès derrière l'église.
  • Petite prairie verdoyante plantĂ©e d'oliviers. Au fond, des arbres.
    Le terrain sur lequel est bâtie l'église.

Toponymie

Bouquet de petites fleurs blanches avec des feuilles d'un vert vernissé.
« Barbadell » (Viorne lantane) en fleurs.

Barbadell est un nom catalan qui, selon Lluís Basseda, tire son origine du latin Barbatellus, diminutif de Barbatus. Barbatus est sans doute le nom d'un propriétaire d'une villa, propriété agricole médiévale qui se trouvait en ce lieu. Ce nom a été donné ensuite à un village, aujourd'hui disparu, et à l'église paroissiale de ce village, qui est maintenant l'église Saint-Nazaire[6].

D'autres origines ont été proposées : le nom catalan barbada qui peut notamment désigner un terrain sablonneux entouré de rochers, ou l'adjectif de la même langue barbat, désignant une plante enracinée, un plant transplanté qui a pris racine. Jean Reynal fait également remarquer que barbadell est un des noms catalans de la Viorne lantane (Viburnum Lantana)[7].

Quoi qu'il en soit, on retrouve une famille nommée Barbadell dans le village voisin de Glorianes et à Sofrunys (village maintenant intégré à la commune de Glorianes) dès le début du XIVe siècle, dans deux actes, pour un mariage en 1319 et une vente de domaine agricole en 1342[7].

En catalan, le double l est mouillé.

Un homme brandit son sabre, visiblement pour décapiter un saint agenouillé. Deux têtes sans corps gisent à ses pieds. Un quatrième saint attend, les mains, peut-être liées, dans le dos.
Décapitation de Nazaire et ses compagnons Celse, Protais et Gervais. Ménologe de Basile II, fin du Xe siècle - début du XIe siècle, Bibliothèque apostolique vaticane.

Saint-Nazaire (catalan : Sant Nazari) provient d'un surnom d'origine hébreu qui signifie « le Nazaréen »[8], personne originaire de Nazareth, comme Jésus-Christ.

L'église doit son nom à Nazaire de Milan, Romain chrétien du Ier siècle. Parti prêcher la nouvelle religion en Gaule, il fut persécuté par les autorités pour avoir tenté de propager sa foi. Il a, selon la tradition chrétienne, été condamné à la noyade, à laquelle il a échappé par miracle, avant de finir décapité[9], avec ses compagnons Celse, Protais et Gervais, tous devenus saints catholiques par la suite.

L'édifice est mentionné sous les noms « Chapelle St-Nazaire » ou « Sant Nazari » sur les cartes IGN[4].

Histoire

Construction et paroisse

Même si le plan de la chapelle et certains éléments architecturaux sont typiques des églises préromanes rurales de Catalogne, donc d'une construction du IXe ou du Xe siècle, la date à laquelle elle a été construite n'est pas connue avec certitude[5] - [10]. À l'origine, l'église est couverte d'une charpente, qui est remplacée par une voûte à une époque non datée qui pourrait être le XIe siècle. Le clocher-mur actuel a peut-être été construit en même temps que la voûte[11].

L'église Saint-Nazaire est pour la première fois mentionnée, le 25 octobre 1151, dans l'acte de consécration de l'église Sainte-Marie de Serrabone, dont elle est une dépendance, sous le nom « Ecclesia de Barbadello »[11] - [3], sans mention de dédicace de l'église à quelque saint que ce soit. Les autres églises citées dans ce texte sont celles d'Arsus, de Villela, de Joch et de Marynians[12]. Ce texte est également la première mention connue du toponyme Barbadell, déjà sous sa forme actuelle[7].

Un texte de 1265 signale l'église comme étant paroissiale, dans le village de Barbadell (« parrochia Sancti Nazarii de Barbadello »)[13]. Il s'agit de la première mention connue de la dédicace de l'église à saint Nazaire[14].

À partir de 1260, et pendant un siècle, un nombre relativement important de documents attestent que des habitants de Bouleternère, dans leur testament, lèguent de l'argent au prêtre responsable de l'église de Barbadell[15].

DĂ©peuplement

En 1346, une bulle du pape Clément VI signale que l'église Saint-Nazaire de Barbadell est laissée sans soins (« sine cura ») et nomme un prêtre pour s'en occuper[16].

Le statut d'église paroissiale semble avoir été perdu peu après : en 1358, Saint-Nazaire est nommée en tant que simple chapelle[16], en 1389 (ou 1390[17]), l'église est une « Ecclesia ruralis » (église rurale, située dans la campagne)[3].

La paroisse de Barbadell n'a jamais pu se développer et est restée une zone d'habitat rural dispersé, peu peuplée donc fragile. Trois raisons peuvent expliquer pourquoi elle a disparu vers le milieu du XIVe siècle plutôt qu'à une autre époque. Tout d'abord, les inondations, qui ont pu se faire plus fréquentes à cette période. Ensuite, les guerres. Le comté de Roussillon est l'objet de guerres entre les royaumes d'Aragon et de Majorque, en particulier quand, en 1344, le roi d'Aragon Pierre le Cérémonieux prend le Roussillon à Jacques III de Majorque. En 1365, le futur Connétable de France Bertrand Du Guesclin envoie les « grandes compagnies » (des mercenaires qui, en période de paix, pillent les régions où ils se trouvent) participer aux guerres d'Espagne. Elles passent par le Roussillon, dans lequel elles pillent de nombreux villages, ainsi que notamment le prieuré de Serrabone, qui est en partie détruit. Enfin, la peste, qui atteint Perpignan en 1348, fait de très nombreuses victimes en Roussillon comme dans le reste de l'Europe. Si aucun texte ne mentionne ces ravages précisément à Barbadell, il n'est pas douteux que le village ait subi plus ou moins directement leurs conséquences[18].

MalgrĂ© tout, Saint-Nazaire continue Ă  ĂŞtre un lieu de culte et Ă  recevoir, jusqu'en 1413 au moins, des dons de villageois de Bouleternère. Le prieur de Serrabonne est qualifiĂ© de « capellano » (chapelain, prĂŞtre officiant dans une chapelle) de Saint-Nazaire de Barbadell dans un texte de 1424. En 1529, un acte confirme la possession de Saint-Nazaire de Barbadell par Serrabonne, qui perd son statut de prieurĂ© en 1592. En 1611, les Ă©glises de Serrabonne (devenue paroissiale) et Barbadell passent sous l'autoritĂ© de l'Ă©vĂŞchĂ© de Solsona[19], dont le chef-lieu est situĂ© au sud des PyrĂ©nĂ©es. La distance de Barbadell Ă  Solsona par la route moderne est de plus de 160 km[20].

Le temps des ermites

Dessin de carte ancienne sur laquelle on peut lire Boule ternère, St Nazaire Hermitage et Boulès R.
« St Nazaire Hermitage » sur la carte de Cassini Mont-Louis - Mousset, vers 1780.
Arc en pierre replâtré de frais au-dessus duquel on aperçoit des traces de peinture ancienne.
Arc-doubleau de Saint-Nazaire avec restes de peinture du XVIIIe siècle.

Au cours du XVIIe siècle, le village de Barbadell est totalement abandonné[3]. L'église Saint-Nazaire n'est pas oubliée des habitants de Bouleternère et devient un ermitage.

Le sort de Saint-Nazaire de Barbadell est partagé par de nombreuses églises isolées, rurales ou anciennes paroissiales de villages désertés de la province de Roussillon. Victimes d'un abandon relatif, elles deviennent souvent, au cours du XVIIe siècle, des ermitages. Un ouvrage publié en 1688 compte quarante-quatre ermitages dans la province, mais Barbadell n'y est pas mentionnée[21].

Le premier ermite attesté à Saint-Nazaire de Barbadell, en 1734, se nomme Pere Vaquer. Il meurt le 28 avril 1739 et est inhumé dans la chapelle de Barbadell[22]. Deux autres ermites sont mentionnés dans des textes : Isidore Bonacasa le 8 août 1753[13] et en 1756[22] (mort le 19 octobre 1779) et Joseph Escande en 1797[13].

L'originalité de l'ermitage de Barbadell tient à sa situation et à son confort relatif : les ermitages roussillonnais se trouvent dans des lieux abandonnés, donc en général peu hospitaliers, incultes, sujets à la sécheresse. Saint-Nazaire de Barbadell bénéficie d'une terre fertile et se trouve tout près d'un cours d'eau dans une vallée abritée de la tramontane[21]. Mise à part cette caractéristique, l'ermite de Barbadell mène la même vie que ses homologues roussillonnais : il cultive la terre autour de l'église pour se nourrir, assiste aux offices religieux de Bouleternère, pendant lesquels il lui arrive d'aider le prêtre. Aux beaux jours, il visite les habitants de Bouleternère et des fermes des alentours afin de faire la quête en récitant des prières qu'il connaît par cœur (les ermites étant généralement illettrés). Il est également chargé d'entretenir la chapelle, près de laquelle il bénéficie d'un petit logement. L'ermite organise l'aplec (fête traditionnelle religieuse catalane) pour la fête de saint Nazaire, le 28 juillet[23].

Ainsi la chapelle Saint-Nazaire de Barbadell, malgré la perte de son statut de siège paroissial et la désertification de son territoire, continue à vivre. L'office religieux y est toujours célébré le 28 juillet, elle est régulièrement entretenue et, vers 1760, la peinture intérieure est refaite, avec des décors peints par la technique de la détrempe[23].

Pendant la Révolution française, le décret des biens du clergé mis à la disposition de la Nation du 2 novembre 1789 dispose que les biens de l'Église doivent être vendus, les bénéfices servant à rembourser les dettes de l'État. En Roussillon, devenu département des Pyrénées-Orientales, la mesure prend du retard. Le 17 mai 1792 est décidé que « la direction du département arrête que les églises des ermitages seront évacuées et fermées, et que tous les objets qui peuvent servir à faire de la monnaie seront portés à la monnaie de Perpignan et les autres au dépôt ». À cette occasion, la cloche de Saint-Nazaire et le mobilier liturgique qu'elle contient sont confisqués, puis disparaissent. De nombreux ermitages deviennent des bâtiments à usage agricole. Saint-Nazaire de Barbadell échappe provisoirement à ce sort[24].

En 1797, l'ermitage est acheté par Joseph Escande pour le prix de 450 francs. Selon Roland Serres-Bria, il pourrait être un ancien curé de Bouleternère, né dans ce village en 1731. Celui-ci semble s'être installé comme ermite à Barbadell, peu avant de mourir[25].

Déchéance

La déchéance de l'église Saint-Nazaire de Barbadell s'accélère avec la mort de Joseph Escande. Marie Angélique Escande (sans doute sa sœur) hérite de ses biens, dont la chapelle ; elle meurt en 1803. Elle compte de nombreux héritiers, ses neveux. La chapelle et le terrain attenant reviennent à Bazelice Lloses, qui les vend (340 francs) à un cultivateur possédant des terres contiguës. Celui-ci l'échange en 1811 à Jacques Glori qui partage le lot entre ses trois enfants[26].

L'acte d'échange de 1811 mentionne déjà « l'hermitage de Saint-Nazaire, aujourd'hui très délabré et en très mauvais état »[27].

L'ancien ermitage est mentionné dans le cadastre de 1832 sous la mention « grange », rayée et corrigée par « maison ». Il montre que, contre la nef, au sud, deux extensions ont été bâties perpendiculairement à l'église, les trois corps de bâtiments formant une cour[27].

Après 1832[27] la chapelle est fortement remaniée pour servir d'habitation : l'arc triomphal est muré[11], le bâtiment est surélevé (l'ouverture du clocher servant de fenêtre pour l'étage) et muni d'un plancher qui le sépare en deux niveaux, la voûte percée d'une cheminée, les murs de deux fenêtres[28]. Un escalier est accolé à la façade sud afin de permettre l'accès à l'étage. Le mur au-dessus de l'arc triomphal est percé d'une porte permettant de rejoindre une pièce bâtie au-dessus du chevet. La paroi ouest est également modifiée : on y perce une fenêtre, un évier et un four à pain[29]. Tous ces travaux dégradent encore l'ancien bâtiment.

À la fin du XXe siècle, la chapelle est en ruines, noyée sous les ajouts d'époque moderne et partagée en trois propriétés différentes[30].

Sauvegarde

Ancienne église aperçue derrière un arbre qui a perdu ses feuilles pour l'hiver. Sur la façade, un échafaudage artisanal.
Hiver 2014 : des échafaudages masquent la façade sud de la chapelle.

Peu à peu, au cours des XIXe et XXe siècles, avec l'exode rural et la baisse du nombre de catholiques pratiquants, de nombreuses églises isolées du département des Pyrénées-Orientales sont désaffectées, abandonnées et parfois tombent en ruines. Une prise de conscience de l'intérêt de sauvegarder ce patrimoine architectural se forme, d'abord avec les abbayes emblématiques comme Saint-Martin du Canigou (dès 1902) et Saint-Michel de Cuxa (à partir des années 1920). À partir des années 1980, le processus s'accélère avec la création de multiples associations de sauvegarde destinées à rénover ces bâtiments anciens.

Image externe
Photos de la restauration de la chapelle sur le blog de l'association Els amics de Sant Nazari de Barbadell.

Pour Saint-Nazaire de Barbadell, le processus s'enclenche en 1997. Le 28 avril de cette année une association de sauvegarde, Els amics de Sant Nazari de Barbadell, est créée par les trois propriétaires du bâtiment. Ceux-ci, possédant le site en indivision, acceptent d'en faire don à l'association afin qu'elle puisse se lancer dans une restauration complète. Ce don est acté en décembre 1997. L'acte notarié mentionne que, si l'association devait être dissoute, l'église deviendrait propriété de la commune de Bouleternère[29].

Dès le mois d'octobre 1997, les travaux commencent. Les membres de l'association se réunissent une fois par mois, le dimanche, aidés par d'autres bénévoles de la région. Il faut d'abord débroussailler le site, libérer l'église des ajouts du XIXe siècle, consolider les murs. L'église est de nouveau visible. Le premier mai 1998, une fête est organisée pour faire découvrir au public les premiers résultats de la rénovation. L'association se lance dans la recherche d'aides et de subvention pour la réfection du toit[29].

Les années suivantes, le travail continue : le plancher et les ajouts déposés, la toiture est refaite en lauzes par un artisan spécialisé. Les murs sont également rejointoyés[30]. L'église est dégagée du sol dans lequel elle s'était peu à peu enchâssée, les ouvertures refaites pour correspondre au nouveau niveau du sol[3].

Architecture

Église

L'église Saint-Nazaire de Barbadell est bâtie suivant un plan habituel pour les églises préromanes de la région : l'édifice est composé d'une nef rectangulaire prolongée par un chevet carré dont l'axe est légèrement décalé par rapport à celui de la nef. Dans le cas de Barbadell, le décalage du chevet est dirigé vers le sud[11]. L'église est orientée, ce qui signifie que le chœur et le chevet sont à l'est (orient). Une autre caractéristique préromane est l'emplacement de la porte : dans le mur dirigé vers le sud[31].

Les dimensions extérieures de l'édifice sont d'environ m de large et m de long pour la nef et m de côté pour le chevet[32].

  • Mur aveugle en pierres surmontĂ© d'un toit.
    Façade nord.
  • Mur aveugle en pierres surmontĂ© d'un toit.
    Façade ouest.
  • Mur en pierres percĂ© d'une petite fenĂŞtre en arc, surmontĂ© d'un toit. Plus haut derrière, autre mur surmontĂ© d'un clocher-mur.
    Façade est, chevet.
  • SymĂ©trique de la première image, mais ici le mur est percĂ© d'une porte, dont seul le haut est visible, dĂ» au sol plus haut.
    Façade sud, avec entrée.

La nef est séparée de l'abside par un arc triomphal dont les pieds-droits sont resserrés, ce qui est une autre caractéristique des constructions préromanes que l'on retrouve par exemple dans l'église de l'abbaye Saint-Michel de Cuxa. La nef est voûtée d'un berceau s'appuyant sur des arcs doubleaux et formerets[11].

L'appareil est formé de moellons équarris au marteau et reliés par une grande quantité de mortier. Quelques parties de mur sont en opus spicatum. Au niveau de la séparation entre la nef et le chevet, l'église est surmontée d'un clocher-mur[11].

  • Mur aveugle en pierres percĂ© de petits trous carrĂ©s.
    Maçonnerie de la façade nord.
  • Portail en pierres surmontĂ© d'un arc en plein cintre.
    Le portail.
  • Toit de lauzes neuf puis clocher-mur Ă  son extrĂ©mitĂ©.
    Toiture rénovée et clocher.

À l'intérieur reste une partie de la peinture du XVIIIe siècle, sur la paroi nord, près l'arc triomphal[29]. Les lettres LONG (début du nom de Longin le Centurion, le soldat romain qui a percé le flanc du Christ sur la croix), ainsi qu'un décor floral accompagné de part et d'autre par des volutes stylisées peuvent être aperçus sur cette peinture[33].

L'ensemble est couvert d'un toit de lauzes[29].

Aménagements hydrauliques

La chapelle se trouvant dans une zone inondable sur un cĂ´ne alluvial issu du ravin de Saint-Nazaire, des travaux de protection ont Ă©tĂ© effectuĂ©s Ă  une Ă©poque ancienne. En amont, vers le ravin, plusieurs murets perpendiculaires au courant Ă©taient sans doute destinĂ©s Ă  briser sa force lors des crues. Un canal en dalles de schiste et de section losangique connecte le lit du ravin Ă  celui du Boulès en passant Ă  proximitĂ© de la chapelle. Ce canal est doublĂ©, du cĂ´tĂ© de l'Ă©glise, par une digue, ce qui montre qu'il est de taille insuffisante lors des fortes crues. Des fouilles archĂ©ologiques ont avĂ©rĂ© que les fondations de l'Ă©glise s'enfoncent de 2,30 m dans le sol, ce qui montre que celui-ci s'est Ă©levĂ© par l'apport d'alluvions lors de crues après la construction de la chapelle, et que celle-ci a sans doute Ă©tĂ© remaniĂ©e pour ĂŞtre adaptĂ©e au nouveau niveau du sol. Un autre canal, destinĂ© Ă  l'irrigation cette fois, longe l'Ă©glise, cĂ´tĂ© Boulès. L'Ă©glise est entourĂ©e de murets formant des terrasses ayant deux fonctions : les terrasses devaient servir de terrains agricoles, et les murets permettaient de complĂ©ter la protection du bâtiment contre les inondations[3].

  • Filet d'eau coulant entre des friches.
    Le ravin de Saint-Nazaire.
  • Petit pont sous lequel coule un filet d'eau. Au loin après un prĂ©, l'Ă©glise, dans l'ombre, puis un flanc de montagne ensoleillĂ©.
    Ruisseau et Ă©glise de Saint-Nazaire.
  • Canal en pierre, sec, de section rectangulaire, envahi de vĂ©gĂ©tation.
    Canal doublant le ruisseau de Saint-Nazaire.
  • Petit canal en eau. Sur sa droite, bâtiment en pierre surmontĂ© d'un toit de lauzes.
    Canal longeant le chevet.
  • Mur de l'Ă©glise encadrĂ©e de murets. Le sol près de l'Ă©glise est plus bas que celui d'après les murets.
    L'église entourée de murets.

Notes et références

  1. (ca) « Canigó », Gran Enciclopèdia Catalana, sur enciclopedia.cat, Barcelone, Edicions 62..
  2. Serres-Bria 2001, p. 140.
  3. Carozza et al. 2009.
  4. « Carte IGN 2448 OT » sur Géoportail (consulté le 9 mars 2015).
  5. Vivier et Lapique 2011, p. 298.
  6. Basseda 1990, p. 340.
  7. Serres-Bria 2001, p. 143.
  8. Basseda 1990, p. 244.
  9. Serres-Bria 2001, p. 147, 148.
  10. Serres-Bria 2001, p. 142.
  11. Mallet 2003, p. 166.
  12. Aymat Catafau, « Serrabone : (C. de Boule-d'Amont), Roussillon », dans Les Celleres et la naissance du village en Roussillon : Xe-XVe siècles, Perpignan, Presses universitaires de Perpignan, (ISBN 9782354121969, lire en ligne).
  13. Serres-Bria 2003, p. 167.
  14. Serres-Bria 2001, p. 146, 147.
  15. Serres-Bria 2001, p. 150, 151.
  16. Serres-Bria 2001, p. 155.
  17. Serres-Bria 2001, p. 156, 157.
  18. Serres-Bria 2001, p. 157-159.
  19. Serres-Bria 2001, p. 160.
  20. Distance donnée par Google Maps.
  21. Serres-Bria 2001, p. 162.
  22. Serres-Bria 2001, p. 163.
  23. Serres-Bria 2001, p. 164, 165.
  24. Serres-Bria 2001, p. 167.
  25. Serres-Bria 2001, p. 167, 169.
  26. Serres-Bria 2001, p. 169-170.
  27. Serres-Bria 2001, p. 170.
  28. Serres-Bria 2001, p. 171.
  29. Teisseire-Dufour 1998.
  30. Noëll mediterranees.net.
  31. Plan de l'Ă©glise sur la base MĂ©moire.
  32. « Plan de Saint-Nazaire de Barbadell », base Mémoire, ministère français de la Culture.
  33. Serres-Bria 2001, p. 165.

Annexes

Bibliographie

  • LluĂ­s Basseda, Toponymie historique de Catalunya Nord, t. 1, Prades, Revista Terra Nostra, , 796 p.
  • Jean-Michel Carozza, Thierry Odiot, Philippe Valette, Carole Puig, Claire Pequinot, Patrice Alessandri et Olivier Passarius, « RĂ©ponse des bassins versants du Roussillon entre le XIIe et le XIXe siècle : un impact du Petit Ă‚ge Glaciaire ? », ArchĂ©ologie du Midi mĂ©diĂ©val, t. 27,‎ , p. 207-215 (DOI 10.3406/amime.2009.1898)
  • GĂ©raldine Mallet, Églises romanes oubliĂ©es du Roussillon, Montpellier, Les Presses du Languedoc, , 334 p. (ISBN 978-2-8599-8244-7)
  • Francis NoĂ«ll, « Une restauration particulière : l'Ă©glise de Sant Nazari de Barbadell Ă  Bouleternère », Cahiers des Amis du Vieil Ille et des villages voisins, no 168,‎ , p. 13-18
  • Francis NoĂ«ll, « La restauration de Sant Nazari de Barbadell un exemple de sauvegarde du patrimoine », mediterranees.net
  • Roland Serres-Bria, « LocalitĂ©s disparues du bassin du Bulès : Barbadell, Ministrol, Arsos », SociĂ©tĂ© agricole, scientifique et littĂ©raire des PyrĂ©nĂ©es-Orientales, vol. 108,‎
  • Roland Serres-Bria, Les Ermitages du Roussillon et leurs ermites, vol. CX, Perpignan, SociĂ©tĂ© agricole, scientifique et littĂ©raire des PyrĂ©nĂ©es-Orientales, , 191 p.
  • Julie Vivier et Sylvain Lapique (prĂ©f. Virginie Czerniak), Guide des PyrĂ©nĂ©es romanes, Toulouse, Éditions Privat, , 365 p. (ISBN 978-2-7089-6902-5)
  • Patrice Teisseire-Dufour, « La renaissance de Sant Nazari de Barbadell : une association au secours d'une chapelle », La semaine du Roussillon, no 106,‎ , p. 23

Articles connexes

Liens externes

Cet article est issu de wikipedia. Text licence: CC BY-SA 4.0, Des conditions supplémentaires peuvent s’appliquer aux fichiers multimédias.