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Homer Davenport

Homer Calvin Davenport est un caricaturiste, écrivain et éleveur de chevaux américain, né le à Silverton (Oregon) et mort le à New York.

Homer Davenport
Description de cette image, également commentée ci-après
Homer Davenport en 1912.
Nom de naissance Homer Calvin Davenport
Naissance
Silverton (Oregon, √Čtats-Unis)
Décès
New York (√Čtat de New York, √Čtats-Unis)
Nationalit√© Drapeau des √Čtats-Unis Am√©ricaine
Profession
Activité principale
Caricatures
Autres activités
Conjoint
Daisy Moor (épouse de 1893 à 1909, puis séparés)
Descendants
Homer Clyde, Mildred et Gloria

Compléments

Signature de Homer Davenport

Bien que n'ayant aucune formation en dessin, Davenport devient l'un des caricaturistes politiques les mieux pay√©s au monde, s'attaquant aux figures majeures du Gilded Age et de l'√®re progressiste, en particulier le grand patron d'industrie et homme politique Marcus Hanna. Il est √©galement l'un des premiers √©leveurs de chevaux arabes aux √Čtats-Unis et fait partie des fondateurs de l'Arabian Horse Association.

Apr√®s avoir exerc√© divers emplois, il se consacre au m√©tier de caricaturiste en travaillant pour plusieurs journaux de la c√īte ouest, dont The San Francisco Examiner qui appartient au magnat de la presse William Randolph Hearst. Transf√©r√© ensuite √† New York, il travaille avec l'une des plus prestigieuses √©quipes de journalistes de l'√©poque √† l'emploi d'un seul journal. Collaborateur du chroniqueur Alfred Henry Lewis, il dessine de nombreuses caricatures qui ciblent particuli√®rement le candidat r√©publicain √† l'√©lection pr√©sidentielle am√©ricaine de 1896, l'ancien gouverneur de l'Ohio William McKinley. Il continue ses satires durant l'√©lection pr√©sidentielle am√©ricaine de 1900, qui voit McKinley obtenir un nouveau mandat. En 1904, il s'√©loigne de Hearst et travaille pour un journal r√©publicain, le New York Evening Mail, dans lequel il publie quelques caricatures louant les m√©rites de Theodore Roosevelt, stimulant ainsi sa campagne √©lectorale. En 1906, le pr√©sident t√©moigne sa gratitude envers Davenport en lui d√©livrant un aval diplomatique qui lui permet de voyager au Moyen-Orient, afin d'acheter des chevaux arabes. En s'associant avec le millionnaire Peter Bradley, il c√ītoie durant ce voyage le peuple `Anizzah de Syrie et pr√™te un serment de fraternit√© avec le chef b√©douin qui lui sert de guide. Les 27 chevaux que Davenport ram√®ne aux √Čtats-Unis auront un impact profond et durable sur l'√©levage de chevaux arabes.

Les dernières années de l'existence d'Homer Davenport sont marquées par une baisse du succès de ses caricatures et une vie personnelle troublée. Après l'échec de son mariage, il consacre beaucoup de temps à ses activités d'élevage, voyage beaucoup et donne quelques conférences. Il aime les animaux et la vie de campagne ; en plus des chevaux, il élève des volailles et autres animaux domestiques. Il meurt en 1912 d'une pneumonie, qu'il avait contractée après s'être rendu sur les docks de New York afin de couvrir l'arrivée des survivants du naufrage du Titanic.

Enfance et famille

Photographie en noir et blanc d'une femme assise sur une chaise, devant laquelle se tient un petit gar√ßon. Au pied de la photo, une mention manuscrite indique : ¬ę My mother and I, 1870 Homer Davenport ¬Ľ.
Florinda Davenport et son fils Homer, en 1870.

Homer Davenport na√ģt en 1867 √† Silverton, dans le comt√© de Marion en Oregon[1]. Ses parents s'appellent Timothy Woodbridge et Florinda Willard Davenport[aur 1]. Sa famille a des profondes racines progressistes. Son grand-p√®re Benjamin, qui est m√©decin et abolitionniste, poss√®de une maison dans l'Ohio et l'utilise comme point de ravitaillement pour les esclaves parcourant le chemin de fer clandestin[aur 2]. Les parents de Davenport, qui se marient en 1854, perdent deux de leurs enfants en bas √Ęge, mais Homer et sa sŇďur a√ģn√©e, Orla, survivent jusqu'√† l'√Ęge adulte. Son p√®re Timothy suit une formation en m√©decine, mais devient finalement arpenteur puis √©crivain, surnomm√© The Sage of Silverton (¬ę le sage de Silverstone ¬Ľ) par ses lecteurs. Il devient agent du bureau des affaires indiennes en 1862, arpenteur du comt√© de Marion en 1864, et plus tard, agent foncier[aur 3]. Il est parmi les fondateurs du parti r√©publicain de l'Oregon et assure la fonction de repr√©sentant du m√™me √©tat de 1868 √† 1872. Il devient √©galement s√©nateur en 1882. Il se pr√©sente sans succ√®s √† la Chambre des repr√©sentants des √Čtats-Unis sur la liste du parti ind√©pendant en 1874[aur 1] - [aur 3].

La m√®re de Davenport appr√©cie les caricatures politiques de Thomas Nast qui paraissent dans Harper's Weekly. Alors qu'elle est enceinte d'Homer, elle voit dans une sorte de ¬ę proph√©tie ¬Ľ que son enfant deviendra un caricaturiste aussi c√©l√®bre que Nast. Elle commence d√®s lors √† suivre √† la lettre les recommandations de Russell Trall dans son essai How To Born [sic] A Genius (¬ę Comment engendrer un g√©nie ¬Ľ), en adaptant un r√©gime alimentaire et un comportement sp√©cifiques durant sa grossesse. Elle meurt de la variole en 1870, alors qu'Homer a tout juste trois ans. Sur son lit de mort, elle demande √† son mari de donner √† son fils ¬ę toutes les chances ¬Ľ de devenir caricaturiste[aur 4] - [aur 5].

Photographie représentant une intersection de rue d'une petite ville.
La petite ville de Silverton.

√Ä cause de l'√©pid√©mie de variole qui a tu√© Florinda, Homer et sa famille sont mis en quarantaine par les autorit√©s[aur 3] ; ils sont confin√©s √† l'int√©rieur de leur maison durant l'hiver 1870-1871[2]. C'est pendant cette p√©riode que Timothy commence √† raconter √† son fils Homer des histoires sur les B√©douins et leurs chevaux. Peu de temps apr√®s, √† l'√Ęge de trois ans et neuf mois, Homer utilise ses peintures, qu'il a re√ßues √† No√ęl, pour dessiner ce qu'il appelle des ¬ę chevaux arabes ¬Ľ[2]. Il apprend d√®s lors √† monter Old John, le cheval de la famille[3]. Apr√®s la mort de sa m√®re, ce sont les deux grands-m√®res de Davenport qui s'occupent de son √©ducation[4]. Son p√®re se remarie en 1872 avec Elizabeth ¬ę Nancy ¬Ľ Gilmour Wisner et, en 1873, la famille s'installe √† Silverton, une ville de 300 habitants qui se situe √† environ 64 kilom√®tres au sud de Portland[aur 3]. Le caricaturiste raconte plus tard que cette nouvelle vie lui a permis de ¬ę vivre dans le quartier latin de ce village afin d'absorber toute l'atmosph√®re artistique qui s'en d√©gage ¬Ľ[5].

Jeunesse et études

Caricature illustrant un porc.
Caricature d'un porc par Davenport.

Au d√©but de sa jeunesse, Davenport travaille dans le magasin et la petite ferme de sa famille, o√Ļ il se charge de traire les vaches[aur 4] - [6]. Durant son temps libre, il apprend √† jouer de la musique et, selon la volont√© de sa m√®re, ¬ę √©tudie les visages afin de pouvoir les dessiner ¬Ľ[aur 4] - [7]. Bien qu'appr√©ci√© de ses voisins, Homer est consid√©r√© par certains de son entourage comme un fain√©ant, car ils pensent que le m√©tier de dessinateur n'est pas un travail fiable. C'est durant cette p√©riode que le jeune Davenport d√©montre un int√©r√™t pour les animaux, en particulier les chevaux de course et les coqs de combat[5]. Il √©crit plus tard que sa fascination pour les chevaux arabes s'est √©veill√©e durant son adolescence lorsqu'il a vu par hasard l'image d'un cheval de type arabe sur une grande bo√ģte de liniment pour chevaux, qu'il nettoie et garde pr√©cieusement. Il consid√®re m√™me cet objet comme son ¬ę seul bien artistique ¬Ľ durant de nombreuses ann√©es[8]. Il joue √©galement avec l'orchestre local et effectue des tourn√©es jusqu'√† Portland[9].

Davenport ne rencontre gu√®re de succ√®s durant ses premi√®res ann√©es actives. Il obtient son premier travail en dehors de Silverton vers la fin de son adolescence, en suivant un petit cirque de passage dans la ville, o√Ļ il est engag√© comme clown et s'occupe du petit troupeau de chevaux de la troupe, qu'il ne manque pas de dessiner[10]. Cependant, il se d√©courage rapidement de son travail apr√®s qu'on lui a ordonn√© de brosser tout le corps d'un √©l√©phant avec de l'huile de lin. Il quitte tr√®s vite la troupe et essaye de se reconvertir dans l'hippisme en devenant cavalier professionnel, bien que sa grande taille soit plut√īt un handicap pour ce m√©tier[alpha 1]. Durant cette p√©riode d'¬ę errance ¬Ľ, Homer exerce √©galement le m√©tier de commis dans un magasin, pompier[5], mais aussi chauffeur sur le bateau √† roues √† aubes Multnomah[aur 7].

En 1889, Davenport fr√©quente le San Francisco Art Institute, en Californie, o√Ļ il est expuls√© apr√®s un mois d'√©tudes √† cause de ses caricatures ; il retourne toutefois dans l'√©tablissement durant une br√®ve p√©riode en 1892. Ensuite, il travaille ‚ÄĒ sans r√©mun√©ration ‚ÄĒ au journal Portland Telegram qui accepte de publier plusieurs de ses caricatures. En 1890, il fr√©quente durant quelques mois l'Armstrong Business College[aur 8].

Alors que son travail ne lui permet pas de revenir à Silverton, et cela, pour le reste de sa vie, Davenport n'oublie pas pour autant son Oregon natal. Il interdit en effet à ses parents de lui envoyer quoi que ce soit qui lui rappellerait la ville, de crainte de tomber dans une profonde mélancolie[12].

Carrière de caricaturiste

D√©buts sur la c√īte ouest

Davenport obtient son premier vrai travail en tant que caricaturiste en 1889, lorsqu'il est engag√© par le journal The Oregonian, bas√© √† Portland[aur 8]. D√©j√† √† l'√©poque, il se distingue par ses caricatures illustrant des √©v√©nements historiques. Cependant, il est cong√©di√© en 1890 pour avoir mal dessin√© un po√™le pour une affiche publicitaire, le jeune artiste ayant des difficult√©s √† dessiner les b√Ętiments et les appareils √©lectrom√©nagers[aur 5] - [13]. Il travaille ensuite pour le Portland Sunday Mercury, puis voyage √† la Nouvelle-Orl√©ans pour assister √† un combat de boxe entre Jack Dempsey, originaire de Portland, et Bob Fitzsimmons[aur 4]. √Ä son retour en Oregon, il gagne sa vie en vendant des cartes postales illustr√©es de ses dessins[aur 5] - [13].

Photographie en noir et blanc représentant un cavalier entouré de quatre personnes, dont une assise par terre.
Un cheval arabe et quelques dresseurs durant l'Exposition universelle de 1893.

Le talent de Davenport attire l'attention de C. W. Smith, directeur général de l'Associated Press, qui est également cousin germain du père d'Homer[aur 8]. En 1891, Smith obtient pour le jeune caricaturiste un laissez-passer gratuit pour un train à destination de San Francisco et écrit une lettre de recommandation en faveur de Davenport au directeur commercial du San Francisco Examiner[aur 8]. Lorsqu'il arrive au siège du journal, le directeur commercial est très impressionné par les gribouillis que Davenport dessine dans la salle d'attente[14]. Il obtient tout de suite un travail dans le journal, mais pas en tant que caricaturiste. Il est chargé d'illustrer les articles du journal avec ses dessins, car à l'époque, il est encore difficile et très compliqué d'incorporer directement des photographies dans les pages des journaux[15]. Au bout d'un an passé à l'Examiner, il est congédié après avoir demandé une augmentation de son maigre salaire de 10 dollars par semaine[16].

En 1892, il obtient un travail au San Francisco Chronicle et se fait remarquer des lecteurs par sa capacit√© √† bien dessiner les animaux[17] - [aur 8]. Il d√©missionne en et part pour Chicago afin d'assister √† l'Exposition universelle de 1893, d'autant plus que ses contacts lui permettent d'obtenir un poste au Chicago Herald[17]. Cette fois, Davenport a pour t√Ęche d'illustrer les courses de chevaux au Washington Park[18]. Le Herald le renvoie pour avoir ¬ę tous les jours visit√© et dessin√© les chevaux arabes expos√©s √† l'Exposition universelle ¬Ľ[19]. Il est plus probable que le motif de son renvoi est d'ordre financier, car la foire √©tant termin√©e, il n'y avait plus de travail. Davenport confirme cette hypoth√®se dans une entrevue de 1905[17] - [20].

Il retourne √† San Francisco et r√©cup√®re son poste au Chronicle[21]. Cette fois, il est autoris√© √† dessiner des caricatures de quelques personnalit√©s politiques californiennes. Pendant cette p√©riode, William Randolph Hearst est le propri√©taire du The San Francisco Examiner[22]. Au d√©but de sa carri√®re, Hearst suit de tr√®s pr√®s les caricatures de Davenport dans le Chronicle, si bien que lorsque le caricaturiste acquiert une certaine notori√©t√© pour ses satires durant la campagne californienne de 1894, il d√©cide de l'embaucher et lui propose plus du double de son ancien salaire[23]. Plus tard, pour illustrer un article concernant le d√©c√®s d'un cheval, Davenport, qui a vu l'animal l'ann√©e pr√©c√©dente, utilise uniquement ses souvenirs pour le dessiner (l'Examiner n'a aucune image de ce cheval dans ses archives). Impressionn√©, Hearst ach√®te le dessin original. Davenport prend alors au s√©rieux son m√©tier de caricaturiste politique et se rend √† Sacramento, la capitale de l'√Čtat, afin d'observer le processus l√©gislatif[15].

Transfert au New York Journal

Caricature illustrant un homme assis sur une chaise.
Caricature de William Randolph Hearst par Davenport, 1896.

Apr√®s son succ√®s en Californie avec l'Examiner, Davenport envisage d'√©tendre ses activit√©s √† New York, la plus grande ville du pays[aur 8]. √Ä l'√©poque, plusieurs journaux locaux sont mis en vente, dont le New York Times, mais Hearst n'a pas encore les ressources financi√®res n√©cessaires pour les acqu√©rir. En , apr√®s avoir perdu la plupart de ses annonceurs et diminu√© le tirage de son journal au cours de l'ann√©e pr√©c√©dente, l'√©diteur John R. McLean vend le New York Journal-American pour 180 000 dollars[24], une somme d√©sormais accessible pour le portefeuille de Hearst, qui l'ach√®te sans h√©sitation.

Une caricature en noir et blanc au milieu de textes d'un journal imprimé.
Une du New York Journal du . Sous la caricature, on lit ¬ę Wall Street Wishes a New Guardian of the Treasury. ¬Ľ (¬ę Wall Street souhaite un nouveau gardien du Tr√©sor am√©ricain. ¬Ľ) La caricature laisse croire que l'industriel Marcus Hanna a fait abattre une statue √©lev√©e √† la gloire de George Washington devant le Federal Hall National Memorial (au 26, rue Wall Street √† New York) pour la remplacer par une statue √† son image[aur 9] - [aur 10].

Il rebaptise son nouveau journal The New York Journal et commence √† rassembler ce que Ben Procter, le biographe de Hearst, consid√®re comme l'une des plus prestigieuses √©quipes de journalistes de l'histoire de la presse √©crite. Confortablement r√©mun√©r√©e, cette √©quipe men√©e par le r√©dacteur en chef Willis J. Abbot est compos√©e du journaliste et √©crivain Richard Harding Davis, du chroniqueur Alfred Henry Lewis ainsi que de l'humoriste Bill Nye. Mark Twain et Stephen Crane collaborent r√©guli√®rement au journal. C'est alors que Davenport est mut√© √† New York, o√Ļ il rejoint l'√©quipe du New York Journal, avec un salaire particuli√®rement √©lev√©[25].

En 1896, ann√©e de l'√©lection pr√©sidentielle, Davenport est envoy√© √† Washington, DC pour effectuer des entrevues avec quelques-uns des candidats potentiels du Parti r√©publicain, dont le pr√©sident de la Chambre des repr√©sentants Thomas Brackett Reed. √Čtant donn√© que le journal de Hearst soutient ouvertement le parti d√©mocrate, les lecteurs s'attendent √† ce que Davenport caricature durement le candidat r√©publicain √† la pr√©sidence. Les r√©publicains sont persuad√©s de remporter la victoire et succ√©der ainsi √† Grover Cleveland[26], d'autant plus que les d√©mocrates sont accus√©s de la panique de 1893 qui a engendr√© une r√©cession √©conomique aux √Čtats-Unis au cours des trois derni√®res ann√©es. Par ailleurs, le parti d√©mocrate ne semble pas avoir de candidat particuli√®rement redoutable, et le candidat r√©publicain William McKinley est largement donn√© favori[27].

Les reporters et les caricaturistes du New York Journal travaillent souvent en bin√īme. C'est ainsi que Davenport fait √©quipe avec Lewis et les deux hommes forgent rapidement une solide amiti√©. Au d√©but de l'ann√©e 1896, Lewis se rend en Ohio pour enqu√™ter sur le principal candidat √† l'investiture pr√©sidentielle r√©publicaine, l'ancien gouverneur William McKinley[aur 11]. Avant l'entrevue avec le candidat, Lewis a d√Ľ se soumettre √† un entretien avec le directeur de campagne de McKinley, l'industriel Marcus Hanna. Ce dernier a mis de c√īt√© sa carri√®re professionnelle pour g√©rer la campagne de McKinley, tout en assurant le financement de la machine politique qui a aid√© son ami √† devenir le chef de file dans la course r√©publicaine. Lewis obtient son entrevue avec McKinley et reste quelque temps dans l'Ohio afin d'enqu√™ter sur Hanna[aur 11]. Il d√©couvre alors qu'en 1893, le gouverneur McKinley a √©t√© appel√© √† payer les obligations d'un ami pour lequel il a cosign√© des pr√™ts ; Hanna et les autres partisans de McKinley ont √©t√© oblig√©s de payer ces dettes[aur 12]. Lewis pense qu'en finan√ßant la campagne de McKinley, Hanna esp√®re pouvoir manipuler √† sa guise le futur pr√©sident. Lewis commence alors √† populariser dans les pages du New York Journal l'id√©e selon laquelle Hanna veut s'approprier la Maison-Blanche en soutenant la campagne de McKinley. Ces articles sont illustr√©s par les caricatures de Davenport[28].

√Člections de 1896 et Marcus Hanna

Portrait en noir et blanc d'un homme au visage grave.
Marcus Hanna, photographié en 1896 par W. J. Root.

√Ä part la d√©b√Ęcle r√©sultant de la crise financi√®re de 1893, le pr√©sident McKinley a toujours su conserver une bonne image, ce qui le rend assez difficile √† attaquer. Marcus Hanna (surnomm√© Mark), par contre, s'av√®re √™tre une cible plus facile aux yeux de Davenport[29]. Avant la Convention nationale r√©publicaine de 1896, il n'a jamais rencontr√© Marcus Hanna et s'est toujours content√© de son imagination pour l'illustrer[30]. Il parvient √† le dessiner de mani√®re plus efficace apr√®s avoir pass√© trois jours √† observer ses moindres comportements[31]. Bien que tr√®s impressionn√© par le dynamisme d'Hanna, Davenport est assez s√©v√®re dans ses repr√©sentations : il le dessine en effet comme un g√©ant entour√© de petits nains. Il augmente √©galement son tour de taille d√©j√† important et rend ses mains plus rugueuses (Davenport les d√©crit plus tard comme une ¬ę planche de c√®dre non rabot√©e ¬Ľ). Il s'inspire √©galement du r√®gne animal pour sa cr√©ation, en dessinant les oreilles d'Hanna comme celles d'un singe et ses yeux comme ceux d'un perroquet et d'un √©l√©phant, capable de voir tout ce qui se passe autour de lui et scrutant la rue √† la recherche de cacahu√®tes[30].

Sur l'une des caricatures, Davenport incorpore des sacs d'or et des cr√Ęnes d'ouvriers sur lesquels reposent les pieds d'Hanna, ainsi que des boutons de manchette grav√©s du symbole du dollar qu'il porte avec ses costumes √† carreaux d'homme d'affaires. Il est souvent accompagn√© de William McKinley, repr√©sent√© par une petite silhouette domin√©e par le g√©ant Hanna. Davenport pense cependant qu'il manque quelque chose √† son dessin ; c'est alors qu'il enl√®ve les symboles de dollar du bouton de manchette et les utilise comme motifs ornant tous les costumes d'Hanna. Davenport s'est probablement inspir√© d'un dessin de son coll√®gue caricaturiste M. de Lipman, qui a d√©peint McKinley √† l'image de Siddhartha Gautama, v√™tu d'un pagne et accompagn√© par un √©norme Hanna portant une robe orn√©e de symboles de dollar. Selon Kenneth Whyte, le biographe de Hearst, cette caricature est un succ√®s, ¬ę quelle que soit l'origine de son inspiration ¬Ľ[32].

Caricature illustrant une √©norme main, tenant par une cha√ģne un petit homme
A Man of Mark[alpha 2], une des caricatures que Davenport produit durant l'élection présidentielle américaine de 1896. William McKinley est dépeint comme une marionnette de Marcus Hanna.

En , les d√©mocrates nomment comme candidat √† l'√©lection pr√©sidentielle William Jennings Bryan, ancien membre du Congr√®s[33]. Auparavant, il a fait une immense impression lors de la Convention nationale d√©mocrate avec son discours de la Croix d'or[34]. Il est √©galement un fervent partisan de la libre frappe de la monnaie, une politique qui permet √† n'importe quel citoyen de convertir un lingot d'argent en pi√®ces de monnaie, bien que la valeur intrins√®que d'un dollar Morgan soit d'environ la moiti√© de sa valeur d√©clar√©e[35]. Cependant, la candidature de Bryan divise au sein m√™me du parti d√©mocrate, et la plupart des journaux habituellement pro-d√©mocrates commencent √† le critiquer. Hearst convoque alors une r√©union de ses cadres sup√©rieurs pour d√©cider de la politique du journal concernant cette candidature ; bien que tr√®s peu de cadres apportent leur soutien aux d√©mocrates, Hearst d√©cide que son journal doit ¬ę se battre pour Bryan ¬Ľ[36].

Les caricatures de Davenport commencent √† ternir s√©rieusement l'image politique d'Hanna. Le s√©nateur de la Virginie-Occidentale Nathan B. Scott se souvient m√™me de la r√©action violente de ce dernier en voyant sa caricature portant un costume orn√© de symboles de dollar, pi√©tinant des femmes et des enfants, mais aussi un dessin de l'√Čtat de l'Ohio criant : ¬ę √ßa fait mal ! ¬Ľ[37] - [alpha 3]. Hanna ne peut plus alors faire des apparitions publiques sans avoir √† r√©pondre √† des questions concernant ces caricatures[38]. N√©anmoins, l'√©diteur J. B. Morrow, un ami commun de McKinley et de son directeur de campagne, d√©clare que ¬ę Hanna a bien fait son travail en d√©pit de toutes ces critiques ¬Ľ[alpha 4] - [39]. Cependant, McKinley ne se manifeste pas contre les critiques envers Hanna et conserve m√™me quelques caricatures de Davenport qui l'ont particuli√®rement amus√©. Malgr√© la d√©confiture d'Hanna, les deux hommes se r√©signent √† tol√©rer les satires de Davenport, tant que McKinley n'est pas personnellement attaqu√©[40].

Presque toutes les caricatures que Davenport dessine pendant la campagne de 1896 sont √† la fois simplistes et impr√©gn√©es d'un humour assez sombre. L'un de ces dessins, par exemple, repr√©sente Hanna avec un large sourire, marchant sur Wall Street et portant des sacs d'argent. Un autre montre sa main, tenant une cha√ģne au bout de laquelle est suspendu McKinley. Une autre caricature d√©peint McKinley comme un petit gar√ßon accompagn√© de sa nourrice, qui n'est autre qu'Hanna. Le petit gar√ßon semble vouloir se rendre dans un magasin o√Ļ le vote des travailleurs est √† vendre[38]. Il y a √©galement un dessin d'Hanna portant un chapeau similaire √† celui de Napol√©on Bonaparte, mettant un masque qu'il vient d'enlever du visage de McKinley[41].

Caricature illustrant un homme de forte corpulence assis sur une chaise.
I am confident the workingmen are with us (¬ę Je suis s√Ľr que les ouvriers sont avec nous ¬Ľ). Davenport r√©p√®te ici les propos de Marcus Hanna[aur 13]. Une jambe d'Hanna p√®se sur des sacs remplis de dollars, un des sacs portant l'inscription Campaign funds (¬ę fonds pour la campagne ¬Ľ), son bras droit tient un fouet qui touche un cr√Ęne sur lequel est inscrit labor (¬ę main d'Ňďuvre ¬Ľ) et son costume est orn√© de symboles de dollar.

Les caricatures de Davenport apparaissent plusieurs fois par semaine dans le New York Journal. Plus tard, elles sont largement r√©imprim√©es, notamment lors de la campagne de Bryan et, selon Whyte, ¬ę aucun autre journal n'a soutenu de mani√®re aussi efficace un candidat [√† la course √† la pr√©sidence] ¬Ľ[alpha 5] - [38]. William T. Horner, le biographe de Marcus Hanna, affirme que ¬ę la caricature d'Hanna portant un costume orn√© des symboles du dollar est devenu une v√©ritable ic√īne de cet homme jusqu'√† nos jours ¬Ľ[alpha 6] - [42].

En d√©pit de l'enthousiasme du public apr√®s sa nomination[43], William Jennings Bryan est incapable de surmonter les probl√®mes de financement et d'organisation de sa campagne, d'autant plus que des divergences apparaissent au sein m√™me du parti, sans parler de la m√©fiance des Am√©ricains √† l'√©gard des d√©mocrates. Tous ces facteurs conduisent √† la d√©faite sans surprise de Bryan lors de l'√©lection de . Quelques jours apr√®s l'√©lection, Davenport se rend au si√®ge du parti r√©publicain √† New York pour √™tre pr√©sent√© officiellement √† l'homme qu'il a si bien caricatur√©. Lors de cette rencontre, Hanna d√©clare √† Davenport : ¬ę J'admire votre g√©nie et vos talents, mais je n'ai pas aim√© vos repr√©sentations ! ¬Ľ[alpha 7].

La campagne de 1896 √©tant termin√©e, un journaliste demande √† Davenport quelle personnalit√© politique il choisira pour illustrer ses prochaines caricatures, ce √† quoi il r√©pond : ¬ę Je pense qu'Hanna sera encore un bon sujet pour mes dessins pendant un certain temps ¬Ľ[alpha 8]. Hanna, qui a refus√© le poste de Postmaster General (chef de l'United States Postal Service, le service postal aux √Čtats-Unis) obtient une nomination au S√©nat apr√®s que McKinley a d√©sign√© John Sherman, s√©nateur de l'Ohio, au poste de secr√©taire d'√Čtat. Jusqu'en 1913, les assembl√©es l√©gislatives des √Čtats √©lisent les s√©nateurs ; Hanna doit donc obtenir la majorit√© absolue √† l'assembl√©e g√©n√©rale de l'Ohio, pour pouvoir pr√©tendre au si√®ge de s√©nateur. Il est √©lu apr√®s un scrutin extr√™mement serr√©. Durant cette campagne s√©natoriale, Davenport ne manque pas de dessiner quelques caricatures qui ciblent √† nouveau Marcus Hanna. Cependant, lors de la r√©union de l'Assembl√©e l√©gislative √† Columbus, Davenport semble √™tre heureux du triomphe du candidat r√©publicain et porte m√™me un badge √† l'effigie de ce dernier. Quand un journaliste lui demande la raison de ce ¬ę changement ¬Ľ, il r√©pond : ¬ę Avec la victoire de Marcus Hanna, je suis s√Ľr d'avoir un bon sujet pour mes caricatures durant les six prochaines ann√©es ¬Ľ[alpha 9].

Entre 1897 et 1901

¬ę Il n'y a pas d'arme aussi puissante que le crayon de Nast et Davenport. Elle r√©veille la conscience de beaucoup de p√©cheurs chevronn√©s. Elle ne conna√ģt ni Dieu ni diable, ignore le ciel et l'enfer, n√©glige les sanctions de la loi humaine tant qu'elle peut √©chapper au p√©nitencier et au gibet. Mais elle s'√©loigne du pilori de caricature dans lequel elle n'est juste qu'un personnage immobile point√© du doigt par le m√©pris du public[alpha 10]. ¬Ľ

‚ÄĒ John James Ingalls, introduction de l'ouvrage Davenport's Cartoon[47].

Apr√®s la campagne de 1896, Davenport acquiert davantage de notori√©t√© et gagne d√©sormais 12 000 dollars par an, ce qui fait de lui, √† l'√©poque, le caricaturiste le mieux pay√© au monde. Hearst, qui a fait du New York Journal l'un des journaux les plus influents de New York, lui fait don d'une prime de 3 000 dollars qui lui permet de voyager en Europe avec sa femme Daisy. Arriv√© √† Londres, Davenport obtient une entrevue avec l'ancien premier ministre britannique William Ewart Gladstone et dessine quelques caricatures de l'homme. √Ä Venise, il tombe par hasard sur une statue de Samson[48]. Il a √©t√© tellement impressionn√© par cette Ňďuvre qu'il envisage tr√®s vite de la dessiner en tant que symbole de la puissance des grandes multinationales am√©ricaines, ce qu'il fait durant l'√©lection pr√©sidentielle de 1900, en dessinant un personnage ayant des traits similaires √† Samson, accompagn√© de McKinley et Hanna[48].

En 1897, Davenport est envoy√© √† Carson City, au Nevada, pour couvrir un combat de boxe qui s'inscrit dans le championnat du monde des poids lourds de l'√©poque, opposant les boxeurs Bob Fitzsimmons et Jim Corbett. Ce combat, qui est largement relay√© par le New York Journal, voit Fitzsimmons remporter la victoire. En se rendant au Nevada, Davenport passe pour la premi√®re fois, depuis qu'il est c√©l√®bre, dans la ville de Silverton. L'ann√©e suivante, il se rend √† Asbury Park, dans le New Jersey, pour interviewer Jim Corbett lors d'une s√©ance d'entra√ģnement. Il en profite √©galement pour dessiner quelques caricatures du boxeur, qui sont publi√©es dans le New York Journal[49].

Caricature d'un vieil homme.
Lors de son passage à Londres en 1897, Davenport dessine cette caricature de William Ewart Gladstone.

Avec ses caricatures, Davenport cible la plupart des personnalit√©s politiques de l'√©poque ; il ira m√™me jusqu'√† cr√©er quelques dessins satiriques de lui-m√™me et de son patron Hearst. D√®s lors, Davenport devient la b√™te noire des personnalit√©s politiques qu'il consid√®re comme corrompues et, en 1897, ses d√©tracteurs tentent d'adopter une loi interdisant les caricatures politiques dans l'√Čtat de New York. Ce projet de loi, pr√©sent√© √† l'assembl√©e l√©gislative de l'√Čtat avec le soutien du s√©nateur Thomas C. Platt, n'est pas adopt√©, mais inspire Davenport pour cr√©er l'une de ses Ňďuvres les plus c√©l√®bres, intitul√©e No Honest Man Need Fear Cartoons (¬ę Aucun homme honn√™te ne doit craindre les caricatures ¬Ľ)[50].

En 1897 et 1898, les journaux de Hearst soutiennent ouvertement la guerre contre l'Espagne. Durant cette p√©riode, Davenport dessine des caricatures d√©crivant le pr√©sident McKinley comme ¬ę l√Ęche et peu dispos√© √† faire la guerre, sous pr√©texte de prot√©ger l'√©quilibre boursier de Wall Street ¬Ľ[51]. L'amiral George Dewey, qui a contribu√© √† la victoire am√©ricaine lors de la bataille de la baie de Manille, est accueilli en h√©ros en 1899. Il b√©n√©ficie √©galement du don d'une maison, qu'il c√®de √† sa femme, une catholique, qu'il a r√©cemment √©pous√©e. L'opinion publique ‚ÄĒ surtout les protestants ‚ÄĒ se retourne contre lui. Cependant, ce ressentiment s'att√©nue apr√®s que Davenport dessine une caricature de Dewey au cŇďur de la bataille, avec la l√©gende ¬ę Nous nous souviendrons d'eux ¬Ľ[52].

En 1899, Davenport retourne en Europe afin de couvrir l'affaire Dreyfus, √† Rennes[48]. En 1900, √† l'occasion de l'√©lection pr√©sidentielle am√©ricaine qui voit de nouveau McKinley acc√©der √† la magistrature supr√™me, Davenport reprend ses satires de Mark Hanna, avec entre autres une caricature inspir√©e par la fameuse statue de Samson qu'il a vue √† Venise. L'autre sujet favori des caricaturistes de Hearst est le colistier de McKinley, le h√©ros de guerre et gouverneur de l'√Čtat de New York Theodore Roosevelt, qu'il d√©peint comme un enfant turbulent habill√© d'une tenue des Rough Riders[12] - [53] - [54].

De 1901 à 1912 : rupture avec les démocrates et déclin

Portrait en noir et blanc d'un homme au fine moustache.
Davenport en 1912.

En 1901, le New York Journal est rebaptis√© The American. Davenport, qui gagne √† l'√©poque 25 000 dollars par an, y travaille jusqu'en 1904. Suivant la politique de Hearst, il attaque sans rel√Ęche le pr√©sident Roosevelt, qui succ√®de √† McKinley apr√®s l'assassinat de ce dernier en [aur 14]. En plus d'√™tre le principal caricaturiste de l'American, Davenport participe √©galement √† la r√©daction des articles du journal. Il √©crit par exemple une colonne affirmant ‚ÄĒ non sans moquerie ‚ÄĒ que le nouveau pr√©sident avait cach√© tous les portraits des anciens pr√©sidents dans le sous-sol de la Maison-Blanche, pour que les visiteurs qui affluent dans le c√©l√®bre b√Ętiment ne puissent admirer que son propre portrait[55].

Entre-temps, les r√©publicains commencent √† courtiser Davenport, cherchant ainsi √† priver les d√©mocrates d'une de leurs armes de propagande. Le pr√©sident r√©ussit √† convaincre Davenport de le rencontrer[aur 15] et en 1904, le caricaturiste quitte The American pour le journal conservateur New York Evening Mail. Il est pay√© 25 000 dollars pour les six derniers mois de l'ann√©e 1904, mais par la suite, ses r√©mun√©rations ne sont pas divulgu√©es au grand public. Grand favori de l'√©lection pr√©sidentielle de 1904, Roosevelt a pour adversaire le candidat d√©mocrate Alton Parker, un juge originaire de New York. Encore une fois, Davenport marque la campagne avec ses caricatures, notamment avec un dessin de l'Oncle Sam s'appuyant sur l'√©paule de Roosevelt avec la l√©gende : ¬ę Il est assez bien pour moi ¬Ľ[55]. Les r√©publicains d√©pensent 200 000 dollars pour imprimer ce dessin[55], qui sert par ailleurs de couverture aux partitions musicales des marches √©crites pour soutenir la candidature de Theodore Roosevelt[aur 16] - [aur 17].

Caricature de deux hommes se tenant l'un devant l'autre.
Caricature de Davenport supportant la candidature de Theodore Roosevelt[aur 18] - [aur 19].

Apr√®s l'√©lection de Roosevelt, les dessins de Davenport au Evening Mail commencent √† perdre en popularit√©, d'autant plus que seules quelques-unes de ses Ňďuvres sont s√©lectionn√©es pour faire partie du Review of Reviews du journaliste britannique Albert Shaw[aur 20]. Il commence alors √† consacrer de plus en plus de temps √† d'autres activit√©s. C'est ainsi qu'en 1905, il passe des mois en Oregon, visitant d'abord la ville de Silverton avant de passer par l'exposition Lewis and Clark √† Portland[56].

En 1902, James Pond, un organisateur d'enseignement magistral, engage Davenport comme conférencier[aur 8]. À partir de 1905, il participe au projet Chatauqua, un programme de formation pour adultes, et y prodigue des conférences engageantes, au cours desquelles il dessine quelques caricatures. Il participe parfois au même atelier que William Jennings Bryan, suscitant l'intérêt de quelques milliers d'auditeurs[57]. En 1906, il se rend au Moyen-Orient pour acheter des chevaux arabes et, en 1908, écrit un livre relatant les péripéties de ce voyage[58]. Il écrit également un ouvrage autobiographique intitulé The Diary of a Country Boy, paru en 1910, ainsi que des recueils de ses caricatures, dont The Dollar or the Man et Cartoons by Davenport[aur 5]. Le caricaturiste propage une rumeur selon laquelle il aurait publié un livre intitulé The Belle of Silverton and Other Oregon Stories, ce qui s'avère un canular car aucun ouvrage de ce nom n'existe dans les archives. Certains pensent qu'il s'agit d'un titre provisoire pour The Country Boy[59].

Après l'échec de son mariage en 1909, Davenport traverse une période de dépression et arrête de dessiner. Au fur et à mesure de sa guérison, il annonce une série à venir qui sera disponible sous le titre Men I have sketched. Ce projet est abandonné en 1911 lorsqu'il est invité par Hearst à revenir travailler dans son journal The American[60].

√Čleveur de chevaux

Photo en noir et blanc d'un étalon et un dresseur de chevaux.
*Haleb[alpha 11], surnommé Pride of the Desert, importé par Davenport en 1906[aur 21].

En dehors de sa carri√®re de caricaturiste, Davenport est connu pour avoir jou√© un r√īle cl√© dans l'arriv√©e aux √Čtats-Unis de certains des premiers chevaux arabes de race pure, dits Al Khamsa[61] - [aur 22]. Amateur de chevaux de longue date, il d√©clare en 1905 : ¬ę J'ai r√™v√© de chevaux arabes toute ma vie ¬Ľ[alpha 12]. Il a √©t√© particuli√®rement impressionn√© par la beaut√© des chevaux arabes pr√©sents √† l'Exposition universelle de Chicago de 1893[63]. Lorsqu'il apprend que ces chevaux ont √©t√© mis en vente apr√®s l'exposition, il entame une recherche dans tout le pays afin de les racheter[58]. En 1898, il parvient √† trouver la plupart des animaux qui ont surv√©cu chez le millionnaire Peter Bradley √† Hingham dans le Massachusetts[62] - [64]. Davenport continue d'acheter des chevaux arabes entre 1898 et 1905, payant jusqu'√† 8 500 dollars pour un √©talon[62]. Il devient d√®s lors le principal associ√© de Bradley dans le commerce des chevaux[aur 23] et r√©ussit √† rassembler tous les chevaux de Chicago, √† l'exception d'un seul, qui est rest√© la propri√©t√© des organisateurs de l'exposition[65]. Selon sa compr√©hension de la dynamique de l'√©levage de race pure, les croisements fr√©quents de pur-sangs avec d'autres races conduisent, √† terme, √† la d√©g√©n√©rescence de toute une lign√©e[66].

Voyage au Moyen-Orient

En 1906, Davenport profite de ses relations avec le pr√©sident Theodore Roosevelt pour obtenir les autorisations diplomatiques n√©cessaires pour se rendre sur le territoire contr√īl√© par l'Empire ottoman[aur 24]. Roosevelt s'int√©resse √† l'√©levage de chevaux de cavalerie l√©g√®re ; il a essay√© en vain d'obtenir du Congr√®s le financement d'un haras de pur-sang arabes pour la cavalerie gouvernementale[66]. Au d√©but, Davenport pr√©voit de voyager seul, mais il est tr√®s vite rejoint par deux jeunes associ√©s enthousiastes : C. A. ¬ę Arthur ¬Ľ Moore, Jr. et John H. ¬ę Jack ¬Ľ Thompson, Jr[65]. Ensemble, ils parcourent le territoire qu'occupent de nos jours la Syrie et le Liban, et parviennent √† emmener 27 chevaux arabes aux √Čtats-Unis[aur 24]. Le voyage est financ√© par Peter Bradley[67].

Caricature d'un sultan de l'Empire ottoman.
Lorsqu'il arrive √† Constantinople en 1906, Davenport dessine cette caricature d'Abd√ľlhamid II.

Pour se rendre au Moyen-Orient, Davenport est oblig√© d'obtenir une autorisation du gouvernement de l'Empire ottoman et plus particuli√®rement du sultan Abd√ľlhamid II[aur 24] - [68]. En , il acquiert l'aide du pr√©sident Roosevelt et, en janvier de l'ann√©e suivante, obtient une lettre de soutien qu'il pr√©sente √† l'ambassadeur turc aux √Čtats-Unis, Chikeb Bey, qui √† son tour contacte le sultan. √Ä la surprise de Davenport et de l'ambassadeur, une autorisation appel√©e Hatt-i humayun permettant l'exportation de ¬ę six √† huit chevaux ¬Ľ est accord√©e par le sultan[69]. Davenport et ses compagnons de voyage quittent les √Čtats-Unis le pour se rendre en France par bateau ; ils empruntent ensuite le train jusqu'√† Constantinople[65]. Une fois sur place, le document, qui pr√©cise que Davenport est autoris√© √† exporter √† la fois des juments et des √©talons[70], est valid√© par les autorit√©s locales. Ce que le caricaturiste a accompli durant ce voyage est assez exceptionnel, pour plusieurs raisons : en effet, c'est la premi√®re fois depuis 35 ans que des chevaux arabes sont officiellement autoris√©s √† √™tre export√©s hors de l'Empire ottoman[71]. De plus, l'achat ne comprend pas seulement des √©talons[72] mais aussi des juments, qui sont extr√™mement ch√®res aux B√©douins : les meilleures juments de guerre ne sont g√©n√©ralement pas √† vendre, quel qu'en puisse √™tre le prix[aur 25].

Photographie en noir et blanc d'un vieil homme d'origine bédouin.
Achmet Haffez, le ¬ę fr√®re b√©douin ¬Ľ de Davenport, dont le soutien a √©t√© essentiel au succ√®s du voyage du caricaturiste.

Avant de quitter Constantinople pour se rendre √† Alep et dans le d√©sert, Davenport est autoris√© √† visiter les √©curies royales[73]. Il profite √©galement d'une occasion pour apercevoir le sultan lors d'une apparition publique de ce dernier[74]. Il d√©montre encore une fois ses capacit√©s artistiques et son sens du d√©tail en esquissant plusieurs portraits d'Abd√ľlhamid II, environ une demi-heure apr√®s l'avoir observ√© sous tous les angles. Davenport pr√©sume que le sultan ne souhaite pas se voir caricatur√©. Aussi cache-t-il le carnet contenant ses croquis dans une pochette secr√®te tout au long de son voyage[75] - [76]. L'impression ressentie, √† titre personnel, par Davenport √† l'√©gard du sultan est assez sympathique : il le d√©peint comme un homme fr√™le, √Ęg√©, alourdi par la charge de son office mais aimable et paternel envers ses enfants. Il d√©crit l'apparence du sultan comme un m√©lange de l'ancien membre du congr√®s Nelson Dingley et du philanthrope Nathan Straus. Il ajoute √©galement : ¬ę Je pense que peu importent les crimes qui lui ont √©t√© reproch√©s, ses soldats, son arm√©e et ses commandants sont peut-√™tre plus √† bl√Ęmer que lui ¬Ľ[alpha 13] - [77].

Par la suite, Davenport enfreint le protocole impos√© par les autorit√©s en rendant visite √† deux personnalit√©s importantes de la r√©gion : Akmet Haffez, un b√©douin qui sert d'interm√©diaire entre le gouvernement ottoman et le peuple tribal des `Anizzah, et le gouverneur de Syrie de l'√©poque, Nazim Pasha. Haffez consid√®re cette visite comme un grand honneur et fait don √† Davenport de sa plus belle jument, qui s'appelle *Wadduda[alpha 11]. Pour ne pas √™tre en reste, le gouverneur donne √† Davenport *Haleb[alpha 11], un √©talon tr√®s estim√© dans la r√©gion, connu √©galement sous le nom de ¬ę Pride of the Desert ¬Ľ (qui signifie ¬ę Fiert√© du d√©sert ¬Ľ)[aur 23] - [78]. *Haleb a √©t√© donn√© au gouverneur comme r√©compense pour avoir maintenu la taxe sur les chameaux √† un faible niveau[79]. Plus tard, Haffez escorte personnellement Davenport dans le d√©sert et les deux hommes pr√™tent un serment de fraternit√©[80] - [aur 27]. Il a veill√© √† ce que son ¬ę fr√®re ¬Ľ obtienne les plus beaux chevaux au meilleur prix, sans omettre de v√©rifier leur pedigree[aur 23]. Davenport relate les d√©tails de ce voyage dans le livre My Quest of the Arabian Horse, publi√© en 1908[81].

Les 17 √©talons et les 10 juments achet√©s par Davenport sont d'une importance majeure pour l'√©levage de chevaux arabes en Am√©rique, d'autant plus qu'il a bien veill√© √† ce que la lign√©e de ces chevaux demeure pure durant les g√©n√©rations √† venir. De nos jours, la ¬ę lign√©e Davenport ¬Ľ se trouve dans des milliers de pedigrees de chevaux arabes, et il existe m√™me en 2018 des √©leveurs qui ont su pr√©server la puret√© de la lign√©e des 27 chevaux import√©s en 1906[66] - [aur 28].

Retour aux √Čtats-Unis

Photographie en noir et blanc d'un étalon.
*Abu Zeyd[alpha 11], l'étalon que Davenport achète au Crabbet Arabian Stud.

√Ä son retour aux √Čtats-Unis, Davenport fonde √† Morris Plains, dans le New Jersey, un haras compos√© de ses chevaux arabes, qu'il baptise Desert Arabian Stud[58], qui est alors √©troitement li√© √† la Hingham Stock Farm de Peter Bradley[82]. En 1908, il fait partie des cinq fondateurs de l‚Ä≤Arabian Horse Club of America (aujourd'hui Arabian Horse Association)[83] - [aur 29] et l'ann√©e suivante, le d√©partement de l'Agriculture des √Čtats-Unis reconna√ģt le statut de registre officiel des chevaux arabes de l'organisation[aur 30]. Auparavant, c'est le Jockey Club, responsable des registres g√©n√©alogiques des Pur-sang du Royaume-Uni et des √Čtats-Unis, qui s'occupe de l'enregistrement des chevaux arabes[84]. L'id√©e de la fondation d'une nouvelle organisation ind√©pendante du Jockey Club provient en grande partie de Davenport.

Photographie en noir et blanc représentant le portrait d'un homme arborant une fine moustache.
Homer Davenport, photographie prise en 1912.

Au Moyen-Orient, il a méticuleusement cherché des chevaux de lignées pures et des souches d'élevage réputées avec l'aide de Haffez[aur 23] - [85], mais une fois sorti du désert, il ignore qu'il doit aussi obtenir des affidavits écrits et d'autres certifications importantes pour documenter les lignées[58]. De plus, étant donné que Davenport ne les a pas importés via la Grande-Bretagne, ses chevaux ne sont pas certifiés par le Jockey Club du Royaume-Uni avant leur arrivée en Amérique, et sans cette authentification, la filiale américaine du Jockey Club refuse de les enregistrer[84]. Une autre raison peut cependant avoir influencé la position du Jockey Club : Davenport a auparavant caricaturé August Belmont, Jr., le président de l'organisation[aur 31].

L'√©talon *Haleb est particuli√®rement admir√© par les √©leveurs am√©ricains, et en plus d'engendrer des Arabes, il est crois√© avec des juments Morgan et Standardbred[79]. En 1907, Davenport inscrit son √©talon √† la Justin Morgan Cup, un concours hippique qu'il remporte en battant 19 chevaux Morgan. En 1909, *Haleb meurt dans des circonstances myst√©rieuses[aur 32], ce qui fait croire au caricaturiste que son cheval a √©t√© empoisonn√©[aur 33]. Il fait pr√©parer le cr√Ęne et une partie du squelette de l'√©talon, et les envoie √† la Smithsonian Institution, o√Ļ certains de ces restes font partie de la collection priv√©e du mus√©e destin√©e aux recherches[aur 32]. Davenport ach√®te aussi des chevaux au Crabbet Arabian Stud en Angleterre, notamment l'√©talon *Abu Zeyd[alpha 11], qui est consid√©r√© comme le meilleur des √©talons engendr√©s par le c√©l√®bre Mesaoud[aur 34]. En 1911, Davenport d√©crit ainsi *Abu Zeyd : ¬ę c'est le plus grand cheval arabe que j'ai jamais vu. Je donnerai une coupe de 100 dollars au propri√©taire de n'importe quel cheval qui peut le battre ¬Ľ[alpha 14] - [86].

Après la mort de Davenport, un nombre important de ses chevaux, dont *Abu Zeyd et 10 juments, sont achetés par William Robinson Brown et son frère Herbert afin de produire une nouvelle lignée pure pour le haras Maynesboro de Brown à Berlin dans le New Hampshire[aur 34] - [87].

Autres centres d'intérêt

Caricature représentant un chien.
Caricature de Duff, le bull Terrier de Davenport.

Davenport poss√®de divers animaux. ¬ę Je suis n√© avec l'amour des chevaux et de tous ces animaux qui, je pense, ne font de mal √† personne. Je me sens heureux quand je suis avec eux. Je fais partie d'eux, voil√† tout ¬Ľ[alpha 15] - [88], avoue-t-il. Alors qu'il est surtout connu comme un √©leveur de chevaux, il poss√®de aussi beaucoup d'oiseaux[89]. En 1905, il met sur pied un √©levage de faisans[90], avec les oiseaux qu'il a rassembl√©s lorsqu'il travaillait sur la c√īte ouest, mais aussi avec d'autres import√©s de l'√©tranger gr√Ęce aux profits des ventes de son premier recueil de caricatures[88]. En 1908, il poss√®de la plus grande collection priv√©e de faisans et de sauvagines sur tout le territoire am√©ricain[91]. Davenport √©l√®ve √©galement des ch√®vres angora, des moutons √† queue grasse[90], des √Ęnes siciliens et des canards de Chine[92]. √Ä trois reprises, il a r√©ussi √† accumuler une collection de coqs de combat, qu'il met toutefois en vente lorsqu'il part s'installer √† San Francisco[90].

En plus de son intérêt pour les chevaux et les oiseaux, il apprécie aussi les chiens ; il possède un bull Terrier nommé Duff, qu'il dresse à faire des tours et du vaudeville[93]. En 1908, Davenport se lance dans une controverse concernant l'élevage de chiens d'exposition en déclarant, entre autres, que ce genre d'élevage ne produit que des spécimens de qualité inférieure[94]. Il reproche notamment aux éleveurs de Collie de race pure de produire des animaux peu intelligents et dotés d'un mauvais tempérament, pour ainsi dire presque inutiles. Il va jusqu'à dénoncer quelques éleveurs notoires qui, selon lui, prennent des décisions particulièrement néfastes pour les chiens de race[95].

Vie privée

Ancienne photographie représentant une ferme bordée d'un étang.
La ferme de Davenport à Morris Plains, dans le New Jersey.

Davenport épouse Daisy Moor, originaire de San Francisco, le à Chicago[89] - [91]. Ils ont trois enfants[aur 35] : Homer Clyde (né en 1896), Mildred (née en 1899) et Gloria Ward (née en 1904)[91] - [alpha 16] - [97]. Entre 1895 et 1901, la famille emménage dans un appartement à New York, mais on ne sait pas grand-chose sur les détails de leur quotidien, si ce n'est que les meubles de l'appartement sont assez luxueux[98]. En 1901, Davenport achète une maison à East Orange ainsi qu'une ferme à Morris Plains, toutes deux dans le New Jersey. Dans sa maison d'East Orange, il possède beaucoup d'animaux, dont des faisans et des chevaux. En 1906, il décide de s'installer avec sa famille et ses animaux dans sa ferme de Morris Plains, ce qui l'oblige à prendre chaque matin la ligne de chemin de fer appelée Millionaire's Special pour se rendre à son lieu de travail à New York[98] - [99]. Lorsqu'il quitte East Orange, il demeure le propriétaire de la maison jusqu'en 1909[98]. À Morris Plains, Davenport organise régulièrement des réceptions auxquelles participent des célébrités, des artistes, des écrivains et d'autres personnes influentes de l'époque, comme Ambrose Bierce, Lillian Russell, Thomas Edison, William Jennings Bryan, Buffalo Bill[aur 37], Frederic Remington ainsi que quelques-unes des actrices de l'opérette Florodora[92]. Au lieu d'utiliser un livre d'or, il demande à ses invités de signer le parement de sa maison afin de garder un souvenir de leurs visites[92].

Photographie en noir et blanc représentant une jeune femme à cheval.
Mildred, une des trois enfants de Davenport.

Le m√©nage Davenport ne dure pas : Daisy ne partage pas beaucoup les int√©r√™ts de son mari et d√©teste la ville de Silverton, pourtant si ch√®re au caricaturiste[100]. S'ensuit, en 1909, une s√©paration tr√®s p√©nible pour Davenport[101] - [102], qui d√©cide de retourner vivre √† New York[102]. Il tombe par la suite dans une profonde d√©pression et passe des mois √† r√©cup√©rer dans un motel de San Diego, aux frais de son ami, le journaliste sportif Albert Spalding (fondateur de l'√©quipementier Spalding)[aur 4] - [60]. Alors m√™me que Davenport lui a c√©d√© ses deux propri√©t√©s[101], Daisy le poursuit au tribunal de New York pour faute de paiement de pension alimentaire, Davenport ayant cess√© de travailler[aur 4]. Une fois r√©tabli, il retourne √† New York et acquiert une nouvelle ferme d'√©levage √† Holmdel, en 1910[101]. Bien que tr√®s affect√© par le d√©c√®s de son p√®re en 1911[aur 4], il d√©cide de se ressaisir et recommence √† dessiner des caricatures[60]. Il fait alors la rencontre d'une jeune femme, Zadah[alpha 17], qu'il pr√©voit d'√©pouser une fois son divorce prononc√©. Le , il se rend sur les docks de New York afin de couvrir pour le compte du The American l'arriv√©e du RMS Carpathia, qui transporte des survivants du naufrage du Titanic. De retour au si√®ge du journal, il dessine trois caricatures, mais en quittant son bureau, il sombre dans un ¬ę √©tat de nervosit√© ¬Ľ[aur 36]. Ce soir-l√†, sa sant√© se d√©grade dangereusement alors qu'il s√©journe dans l'appartement d'un ami, William Cochran, qui est m√©dium et spirite. Diagnostiqu√© d'une pneumonie, il meurt le , en d√©pit des efforts des huit m√©decins pay√©s par Hearst[aur 36], alors que le proc√®s de son divorce est pr√©vu en ao√Ľt de la m√™me ann√©e[101].

Hearst d√©cide de rapatrier le corps de Davenport √† Silverton et prend en charge tous les frais des fun√©railles[103]. La c√©r√©monie fun√®bre est dirig√©e par un spirite appel√© Jean Morris Ellis sous forme de libre-pens√©e[aur 8]. Addison Bennett, du journal The Oregonian, √©crit : ¬ę Oui, Homer est rentr√© √† la maison pour la derni√®re fois, pour ne plus jamais errer. ¬Ľ[alpha 18] - [103]

Postérité

Caricature illustrant un homme obèse mangeant une pomme, derrière lequel se tient un petit homme réclamant sa part.
Caricature de William McKinley et Marcus Hanna, ce dernier portant le fameux costume à motifs de dollars et tenant une pomme dans sa main gauche, de laquelle dépasse une affiche de deux mots (illisibles dans la reproduction)[alpha 19].

Les caricatures de Davenport ont marqu√© durablement l'image publique de Marcus Hanna, tant sur la fa√ßon dont il est per√ßu √† l'√©poque que sur la fa√ßon dont on se souvient de lui aujourd'hui[104]. Le biographe Herbert Croly consid√®re Hanna comme un ¬ę monstre produit par les caricatures puissantes et brutales d'Homer Davenport ¬Ľ[105] et, selon William T. Horner, le portrait d'Hanna qui a r√©sist√© √† l'√©preuve du temps est celui qui le d√©peint ¬ę c√īte √† c√īte avec une figure gigantesque repr√©sentant les multinationales et un petit William McKinley enfant ¬Ľ.

Il est surtout connu sous le nom de ¬ę Dollar Mark ¬Ľ[alpha 20], gr√Ęce √† Davenport et de nombreux autres chroniqueurs qui l'ont repr√©sent√© comme une personnalit√© malveillante[104]. Margaret Leech, biographe de McKinley, regrette l'effet qu'ont eu les dessins de Davenport sur l'image de l'ancien pr√©sident : ¬ę La repr√©sentation de McKinley comme √©tant une victime pitoyable a profond√©ment affect√© sa r√©putation. Il est ind√©niable que l'image de sa soumission absolue envers Hanna survivra longtemps aux mensonges d'Alfred Henry Lewis ¬Ľ[alpha 21] - [106].

Selon les biographes de Davenport, Leland Huot et Alfred Powers, ses chevaux arabes ¬ę perp√©tuent encore sa renomm√©e et davantage que ses caricatures politiques, ce qui fait qu'aujourd'hui, dans quelque dix mille √©curies, il est connu pour avoir √©t√© un grand homme ¬Ľ[alpha 22] - [89]. Aujourd'hui, le terme ¬ę CMK ¬Ľ, qui signifie Crabbet/Maynesboro/Kellogg, est devenu une √©tiquette pour des lign√©es sp√©cifiques de chevaux arabes dites Domestic ou American-bred, qui sont les descendants des chevaux import√©s du d√©sert ou du Crabbet Park Stud √† la fin des ann√©es 1800 et au d√©but des ann√©es 1900, puis √©lev√©s aux √Čtats-Unis par divers √©leveurs dont la Hamidie Society, Randolph Huntington, Spencer Borden, Homer Davenport, la Maynesboro Stud de Brown, la W. K. Kellogg, la San Simeon Stud de Hearst et le Traveler's Rest Stud de J. M. Dickinson[aur 38].

La ville de Silverton, en Oregon, rend hommage √† Davenport depuis 1980 lors du Homer Davenport Community Festival, qui a lieu chaque ann√©e au mois d'ao√Ľt[aur 39].

Galerie

  • Quelques caricatures d'Homer Davenport
  • Caricature repr√©sentant le visage de deux hommes.
    No Honest Man Need Fear Cartoons, 1897. Sous le titre ¬ę Anti-Cartoon Bill ¬Ľ sont d√©peints William Tweed et le s√©nateur Thomas C. Platt, deux membres du Tammany Hall[aur 40].
  • Caricature repr√©sentant un homme en train de se faire d√©valiser par deux brigands.
    Mr. Davenport's familiar conception of the trusts, vers 1903. Oncle Sam, au centre, est dévalisé par les chemins de fer (les trusts) qui le cernent.
  • Caricature d'un homme assis sur une chaise, vu de profil.
    Autoportrait, 1901.
  • Caricature repr√©sentant un ange entour√© de colombes.
    Caricature rendant hommage aux victimes du naufrage du Titanic, publié le [aur 41].
  • Caricature repr√©sentant un homme allong√© sur un lit, autor duquel se recueillent deux hommes
    In the Deepening Shadows, 1904. Dans les derniers instants de la vie de Marcus Hanna, Oncle Sam veille sur lui pendant que le fant√īme de William McKinley surveille la sc√®ne.
  • Caricature illustrant un homme s'adressant √† une assembl√©e.
    Eenie, meenie, minie, mo, 1905. Le futur président Theodore Roosevelt choisit son co-listier en récitant Eenie, meenie, minie, mo (Am stram gram en français).
  • Caricature illustrant deux hommes √Ęg√©s dont les apparences sont presque identiques.
    Lest we forget, 1893. L'Oncle Sam appara√ģt deux fois dans cette caricature, dans une belle tenue et dans une tenue d√©chir√©e, Davenport cherchant √† souligner le travail de l'amiral George Dewey. Le texte au-dessus se traduit par ¬ę Ne les oublions pas ¬Ľ.
  • Caricature illustrant un homme assis sur une chaise, s'adressant √† un petit gar√ßon.
    Une des nombreuses caricatures illustrant l'ouvrage America's National Game[107].
  • Caricature repr√©sentant un joueur de baseball.
    Page 348 d'America's National Game[108].
  • Caricature repr√©sentant un homme v√™tu de noir, pointant du doigt un joueur de baseball.
    Page 411 d'America's National Game[109].
  • Caricature repr√©sentant un joueur de cricket de forte corpulence.
    Page 187 d'America's National Game[110].
  • Caricature repr√©sentant trois personnes se tenant par la main.
    As they go to the polls, 1900. Marcus Hanna, les trusts et William McKinley se rendent au bureau de vote en se tenant les uns près des autres.

Ňíuvres

En plus de ses caricatures et cartes postales, Davenport a écrit ou fourni des illustrations pour les ouvrages suivants :

  • (en) Cartoons by Homer C. Davenport, CreateSpace Independent Publishing Platform, (ISBN 9781534777149)
  • (en) The Dollar Or the Man?: The Issue of to Day (Classic Reprint), FB&C Limited, (ISBN 9780259870852)
  • (en) Thomas D. Richardson, Wall Street by the Back Door, Wall Street Library Publishing Company, (lire en ligne)
  • (en) My Quest of the Arab Horse, B.W. Dodge, (lire en ligne)
  • (en) The Country Boy, the Story of His Own Early Life (Classic Reprint), Fb&c Limited, (ISBN 9780483477797)
  • (en) Albert Goodwill Spalding, America's National Game: Historic Facts Concerning the Beginning, Evolution, Development and Popularity of Base Ball, with Personal Reminiscences of Its Vicissitudes, Its Victories and Its Votaries, American Sports Publishing Company, (lire en ligne)

Notes et références

Notes

  1. En 1905, Davenport mesure 1,85 m√®tre et p√®se 86 kilogrammes, bien qu'il pr√©tende en peser 60 √† l'√Ęge adulte[11] - [aur 6].
  2. Cette expression se traduit de deux fa√ßons : ¬ę L'homme de Mark ¬Ľ et ¬ę Un homme de marque ¬Ľ.
  3. Citation originale : ¬ę It hurts! ¬Ľ
  4. Citation originale : ¬ę Hanna took his course regardless of local criticism. ¬Ľ
  5. Citation originale : ¬ę nothing in any paper came close to matching their impact [on the presidential race]. ¬Ľ
  6. Citation originale : ¬ę Davenport's image of Hanna in a suit covered with dollar signs remains an iconic view of the man to this day ¬Ľ
  7. Citation originale : ¬ę I admire your genius and execution, but damn your conception[44]. ¬Ľ
  8. Citation originale : ¬ę Hanna is by no means out of the way. He will probably continue a good subject for some time[45]. ¬Ľ
  9. Citation originale : ¬ę that insures me six more years at him, and he's a good subject[45] - [46]. ¬Ľ
  10. Texte original de l'introduction du livre : ¬ę There is no weapon so potential as the pencil of Nast and Davenport. It supplies the place of conscience to many a pachydermatous sinner. He may be indifferent to God and the devil; regardless of heaven and hell; careless of the sanctions of human law so long as be can escape the penitentiary or the gibbet; but he shrinks from the pillory of the cartoon in which he is a fixed figure to be pointed at by the slow unmoving finger of public scorn. ¬Ľ
  11. Un ast√©risque devant le nom d'un cheval arabe indique qu'il a √©t√© import√© aux √Čtats-Unis[aur 26].
  12. Citation originale : ¬ę I have dreamed of Arabian horses all my life[62]. ¬Ľ
  13. Citation originale : ¬ę I thought ... that no matter what crimes had been charged to him, his expressionless soldiers, his army and its leaders were possibly more to blame than he. ¬Ľ
  14. Citation originale : ¬ę the grandest specimen of the Arabian horse I have ever seen and I will give a $100 cup to the owner of any horse than can beat him. ¬Ľ
  15. Citation originale : ¬ę I was born with a love of horses and for all animals that do not hurt anything ... I feel happiest when I am with these birds and animals, I am a part of them without anything to explain. ¬Ľ
  16. Davenport d√©die le livre My Quest of the Arab Horse √† Mildred et The Country Boy √† Gloria, tandis qu'Homer Clyde s'est plut√īt rapproch√© de sa m√®re apr√®s le divorce[96] - [aur 36].
  17. Le nom de famille de cette femme demeure inconnu ; elle était en outre connue comme étant la propriétaire d'une ferme à New York[101].
  18. Citation originale : ¬ę Yes, Homer has come home for the last time, home to wander again never. ¬Ľ
  19. Les deux échangent quelques mots :
    - McKinley : ‚ÄúPlease, mister, may I have the core?‚ÄĚ
    - Hanna : ‚ÄúGit away, boy ; they ain't goin' to be no core.‚ÄĚ
    (- McKinley : ¬ę SVP, monsieur, puis-je avoir le trognon ? ¬Ľ
    - Hanna : ¬ę Va-t-en, gar√ßon ; y va pas y avoir de trognon. ¬Ľ)
  20. Cette expression anglaise peut se traduire de deux fa√ßons : ¬ę Signe du dollar ¬Ľ et ¬ę Mark Dollar ¬Ľ (Mark est le diminutif de son pr√©nom Marcus).
  21. Citation originale : ¬ę the representation of McKinley as pitiable and victimized was a poor service to his reputation. The graphic impression of his spineless subservience to Hanna would long outlive the lies of [Journal columnist] Alfred Henry Lewis. ¬Ľ
  22. Citation originale : ¬ę were to perpetuate his fame on and on into future years more than his political cartoons, so that in ten thousand stables today he is known as having been a great, great man ¬Ľ

Références bibliographiques

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Articles connexes

Liens externes

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