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Bataille de Malakoff

La bataille de Malakoff est un affrontement de la guerre de Crim√©e qui oppose les troupes russes aux corps exp√©ditionnaires fran√ßais et britanniques. Elle s'articule autour de deux assauts lanc√©s les et [n 1] et constitue l'affrontement d√©cisif du si√®ge de S√©bastopol. La victoire fran√ßaise contre les d√©fenseurs russes entra√ģne la chute de la ville et contribue √† h√Ęter la fin du conflit.

Bataille de Malakoff
Un drapeau français criblé de trous est dressé par cinq soldats sur un monticule de terre dont les pentes sont parsemées de cadavres.
La prise de Malakoff
Peinture d'Horace Vernet (1858).
Informations générales
Date (1er assaut)
(2d assaut)[n 1]
Lieu Sébastopol (Empire russe)
Issue Victoire russe (1er assaut)
Victoire française décisive (2d assaut)
Forces en présence
1er assaut[n 2] :
Drapeau de la France 24 000 hommes
Drapeau du Royaume-Uni 4 000 hommes

2d assaut[n 3] :
Drapeau de la France 50 000 hommes
Drapeau du Royaume-Uni 10 000 hommes
1er assaut[n 2] :
Drapeau de l'Empire russe 11 000 hommes


2d assaut[n 3] :
Drapeau de l'Empire russe 50 000 hommes
Pertes
1er assaut[n 4] :
Drapeau de la France 3 500 morts ou bless√©s
Drapeau du Royaume-Uni 1 500 morts ou bless√©s

2d assaut[n 5] :
Drapeau de la France 7 500 morts ou bless√©s
Drapeau du Royaume-Uni 2 500 morts ou bless√©s
1er assaut[n 4] :
Drapeau de l'Empire russe 1 500 morts ou bless√©s


2d assaut[n 5] :
Drapeau de l'Empire russe 12 000 morts ou bless√©s

Guerre de Crimée

Batailles

Chronologie de la guerre de Crimée

Coordonn√©es 44¬į 36‚Ä≤ 14‚Ä≥ nord, 33¬į 32‚Ä≤ 57‚Ä≥ est
Géolocalisation sur la carte : Europe
(Voir situation sur carte : Europe)
Bataille de Malakoff
Géolocalisation sur la carte : Crimée
(Voir situation sur carte : Crimée)
Bataille de Malakoff

Malakoff (en russe : –ú–į–Ľ–į—Ö–ĺ–≤[n 6]) est le nom d'une colline situ√©e √† proximit√© du port militaire de S√©bastopol en Crim√©e. Apr√®s le d√©but du si√®ge de la ville par les troupes fran√ßaises et britanniques en , les Russes √©rigent des d√©fenses qui finissent par former un vaste r√©duit large de 150 m√®tres et profond de 350 m√®tres au sommet de la colline. Point culminant de la ligne fortifi√©e d√©fendant S√©bastopol, Malakoff est l'√©l√©ment central du syst√®me d√©fensif russe et les Fran√ßais, qui sont d√©ploy√©s face √† lui, mettent tout en Ňďuvre pour le capturer. Le , les Fran√ßais s'emparent des redoutes que les Russes ont √©rig√©es en avant de Malakoff pour le prot√©ger et planifient un assaut direct pour le , jour anniversaire de la bataille de Waterloo.

Mal pr√©par√©e et coordonn√©e, cette attaque, concomitante avec un assaut britannique contre la fortification adjacente du Grand Redan, est un sanglant revers o√Ļ les Fran√ßais perdent au moins 3 500 hommes. D√©sireux de prendre la ville avant le retour de l'hiver, les Alli√©s redoublent d'efforts pour affaiblir les d√©fenseurs et les tranch√©es fran√ßaises se rapprochent jusqu'√† seulement 25 m√®tres du foss√© de Malakoff. Apr√®s une intense pr√©paration d'artillerie, les Alli√©s d√©clenchent un assaut g√©n√©ral contre l'ensemble de la ligne d√©fensive le . Les Russes sont surpris et abandonnent plusieurs positions cl√©s mais une violente contre-attaque leur permet de reprendre les redoutes perdues. √Ä la fin de la journ√©e, seul Malakoff est encore occup√© par les Fran√ßais, mais son importance est telle que les Russes d√©cident d'√©vacuer imm√©diatement S√©bastopol. Les Alli√©s entrent ainsi dans la ville abandonn√©e et en ruines le , tandis que les combats en Crim√©e se poursuivent de mani√®re sporadique jusqu'√† la signature du trait√© de Paris le .

En France, la victoire de Malakoff est c√©l√©br√©e par la construction de ¬ę tours Malakoff ¬Ľ dans tout le pays et son nom est donn√© √† une ville. En Russie, la bataille est associ√©e au r√©cit de la ¬ę d√©fense h√©ro√Įque de S√©bastopol ¬Ľ et la colline accueille aujourd'hui plusieurs m√©moriaux comm√©morant la bataille et le si√®ge.

Contexte

Guerre de Crimée

La politique agressive de la Russie √† l'encontre de l'Empire ottoman inqui√®te le Royaume-Uni et la France depuis de nombreuses ann√©es. Au , la Russie demande √† Constantinople de lui accorder le droit de prot√©ger l'importante minorit√© chr√©tienne orthodoxe r√©sidant dans l'Empire. Lorsque ce dernier refuse ce qui √©quivaut √† la cr√©ation d'un protectorat russe sur les provinces europ√©ennes de l'Empire, l'arm√©e russe envahit les principaut√©s danubiennes sous suzerainet√© ottomane en [18]. Les puissances europ√©ennes tentent de r√©gler la crise diplomatiquement mais l'Empire ottoman d√©clare la guerre √† la Russie le [19]. √Ä la fin du mois, la destruction d'une flottille ottomane dans le port de Sinope par la flotte russe de la mer Noire de l'amiral Pavel Nakhimov d√©clenche la col√®re de Londres et de Paris[20] ; les deux pays d√©clarent la guerre √† la Russie en [21]. Pour soutenir l'Empire ottoman et prot√©ger Constantinople, un corps exp√©ditionnaire est d√©ploy√© pr√®s de Varna non loin du front du Danube et en mai, 30 000 Fran√ßais et 20 000 Britanniques sont pr√©sents sur place[22]. Cette pr√©sence occidentale, l'attitude de plus en plus hostile de l'Autriche voisine et l'√©chec des assauts contre la forteresse ottomane de Silistra convainquent le tsar Nicolas Ier de la n√©cessit√© d'√©vacuer les principaut√©s danubiennes √† la fin du mois de [22]. Les principaut√©s sont occup√©es par l'Autriche ‚ÄĒ qui les rend √† l'Empire ottoman √† la fin de la guerre ‚ÄĒ mais avec la fin de la menace russe, les Fran√ßais et Britanniques se demandent si les efforts entrepris pour acheminer 50 000 hommes en mer Noire n'ont pas √©t√© inutiles[23]. Les troupes n'ont en effet pas combattu et le chol√©ra a fait plusieurs milliers de morts durant l'√©t√©[24]. Apr√®s avoir √©tudi√© plusieurs strat√©gies pour infliger une s√©v√®re d√©faite √† la Russie pour l'emp√™cher de menacer √† nouveau l'Empire ottoman, les Alli√©s d√©cident de d√©truire la flotte de la mer Noire et son port d'attache de S√©bastopol[25]. Le corps exp√©ditionnaire prend ainsi la mer en direction de la Crim√©e o√Ļ il d√©barque le √† Eupatoria, √† 45 kilom√®tres au nord de S√©bastopol[26].

Malakoff

Malakoff (en russe : –ú–į–Ľ–į—Ö–ĺ–≤[n 6]) est le nom d'une colline haute d'une centaine de m√®tres dans la partie est de la ville de S√©bastopol √©galement appel√©e ¬ę faubourg Korabelna√Įa ¬Ľ. Cette appellation viendrait d'un certain Mikha√Įl Malakhov, un marin dont la maison se trouvait sur le flanc de la colline qui porte aujourd'hui son nom[n 7]. Pour prot√©ger la ville contre une attaque terrestre, les Russes d√©cident en 1834 la construction d'une ligne fortifi√©e de sept kilom√®tres et compos√©e de huit bastions dispos√©s en arc de cercle sur les hauteurs au sud de S√©bastopol. La construction de la ligne fortifi√©e prend cependant beaucoup de retard et moins d'un quart des d√©fenses pr√©vues ont √©t√© cr√©√©es lors du d√©barquement des Alli√©s en Crim√©e en t. 1_42-0">[35]. √Čdouard Totleben, l'ing√©nieur en chef charg√© des d√©fenses, estime √† ce moment qu'¬ę il n'y a quasiment rien pour emp√™cher l'ennemi d'entrer dans la ville[36] - t. 1_44-0">[37] ¬Ľ. Au sommet du mamelon Malakoff, les d√©fenses se limitent √† une simple tour en pierre dont la construction a √©t√© financ√©e par les marchands de la ville. De forme circulaire avec l'arri√®re en queue d'aronde, la tour a un diam√®tre d'une quinzaine de m√®tres et est haute d'environ neuf m√®tres avec des murs d'une √©paisseur allant de 90 √† 150 centim√®tres. Elle compte deux √©tages dot√©s d'une cinquantaine d'embrasures et une terrasse sur le toit o√Ļ sont d√©ploy√©s cinq canons de 18 livreschap. 5_45-0">[38]. La tour abrite par ailleurs une chapelle, des magasins √† provisions et √† munitions, un h√īpital de campagne et l'√©tat-major de l'amiral Vladimir Istominechap. 5_45-1">[38]. Un remblai et un glacis prot√®gent l'approche de la fortification qui devient pour tous les bellig√©rants la ¬ę tour Malakoff[39]¬Ľ.

Début du siège

Carte d'ensemble du siège de Sébastopol.
Carte centrée sur le front de Malakoff.

Apr√®s la d√©faite de l'Alma le , la panique gagne le camp russe et toute la main d'Ňďuvre disponible ‚ÄĒ soldats, marins, prisonniers, civils et m√™me les prostitu√©es et les enfants ‚ÄĒ est mise √† contribution pour, jour et nuit, creuser des tranch√©es, construire des remparts, am√©nager les positions et d√©ployer les canons r√©cup√©r√©s sur les navires de la flotte[40]. Un bastion est ainsi construit autour de la tour Malakoff avec des tranch√©es le reliant aux positions voisines du Petit Redan et du Grand Redant. 1_48-0">[41]. Dans le m√™me temps, les troupes fran√ßaises et britanniques se d√©ploient sur les hauteurs au sud de S√©bastopol et le , elles d√©clenchent un violent bombardement qui d√©truit en partie l'√©tage sup√©rieur de la tour Malakoff[42]. Les bastions subissent √©galement d'importants d√©g√Ęts, mais il appara√ģt rapidement que les remblais en terre sans clayonnage ou fascinage absorbent l'√©nergie des boulets et peuvent facilement √™tre reconstitu√©s en remblayant les portions endommag√©es[43]. L'historien Camille Rousset note ainsi ¬ę l'aptitude singuli√®re des Russes √† remuer et √† fa√ßonner la terre ¬Ľ : les destructions du jour sont invariablement r√©par√©es et renforc√©es durant la nuit[44] - [45].

Voyant les faibles r√©sultats du bombardement alli√©, les Russes tentent √† deux reprises de briser l'encerclement de S√©bastopol mais leur tentative √† Balaklava le est peu concluante tandis que leur assaut √† Inkerman le est un d√©sastre[46] - [47] - [48]. Les pertes alli√©es sont √©galement lourdes et les deux camps √©puis√©s renoncent √† toute action majeure alors que l'hiver s'installe en Crim√©e[49] - [50]. L'incurie de la logistique associ√©e au climat hivernal provoque une h√©catombe chez les bellig√©rants[51]. Les Britanniques sont particuli√®rement touch√©s et au d√©but du mois de , 16 000 des 30 000 soldats britanniques sont hospitalis√©s[51]. Durant l'automne, les Britanniques occupent les positions √† l'est de la ville face au faubourg Korabelna√Įa et √† Malakoff, tandis que les Fran√ßais se trouvent sur les hauteurs √† l'ouest. Devant l'effondrement des capacit√©s militaires britanniques, il est d√©cid√© en que les Fran√ßais se d√©ploient sur l'int√©gralit√© des lignes d'attaque de la ville √† l'exception de celles face au Grand Redan que les Britanniques conservent[52].

√Ä l', les efforts fran√ßais se sont port√©s sur le bastion no 4 dit ¬ę du M√Ęt ¬Ľ mais au d√©but de l'ann√©e suivante, les Alli√©s comprennent que Malakoff repr√©sente l'√©l√©ment central du syst√®me d√©fensif russe car le bastion occupe le point le plus √©lev√© de la ligne fortifi√©e. En en prenant le contr√īle, les Alli√©s pourraient prendre √† revers toutes les autres d√©fenses russes et menacer l'approvisionnement des d√©fenseurs qui transite par le port[53]. Les Russes connaissent √©galement l'importance de la position et ils entreprennent de transformer Malakoff en un redoutable ouvrage d√©fensift. 1_61-0">[54]. L'√©tage sup√©rieur de la tour, d√©truit par le bombardement du est aras√© et recouvert de terre. La zone √† l'avant de la tour est remblay√©e sur plusieurs m√®tres de hauteur pour former un bastion dot√© d'un parapet haut de 3,6 m√®tres et large de 5, tandis que son approche est couverte par un foss√© d'une profondeur de 6 m√®tres et un large glacis d√©gag√©[55] - [56]. Ce foss√©, doubl√© d'une courtine, se prolonge sur la gauche jusqu'√† l'ouvrage du Petit Redan, et sur la droite jusqu'au ravin de Korabelna√Įa au-del√† duquel se trouve l'ouvrage du Grand Redan[55] - [56]. Une seconde courtine est construite √† environ 200 m√®tres en arri√®re de la premi√®re avec un large espace d√©gag√© entre les deux et forme l'enceinte de S√©bastopol. √Ä l'arri√®re de la tour Malakoff, les Russes am√©nagent des abris vo√Ľt√©s et blind√©s et des magasins recouverts de plusieurs m√®tres de terre pour prot√©ger les soldats et les munitions des bombardements alli√©s[57]. Des foss√©s et des parapets de 6 m√®tres de hauteur sont √©galement construits √† l'arri√®re pour former un vaste espace ferm√© profond de 350 m√®tres et large de 150[58]. Les Russes donnent √† cette fortification le nom de ¬ę bastion Kornilov ¬Ľ d'apr√®s l'amiral Vladimir Kornilov tu√© lors du bombardement du t. 1_66-0">[59]. Le , ce r√©duit accueille pr√®s de 3 000 hommes manŇďuvrant 39 canons, 31 caronades et 6 mortiers. Malakoff est par ailleurs soutenu sur la droite par la batterie Gervais dot√©e de 30 pi√®ces et sur la droite par la batterie Nikiforoff arm√©e de 17 bouches √† feu[5] - t. 2,_pi√®ces_justificatives_67-0">[60].

Prise du Mamelon vert

Un officier sabre au clair à la tête d'une une masse compacte de fantassins charge une tranchée
Attaque de la redoute de Selinghinsk par le général Monet
Peinture d'Edme-Adolphe Fontaine (1857).

Au d√©but du mois de f√©vrier, les Fran√ßais remplacent les Britanniques dans le secteur face √† Malakoff o√Ļ ces derniers n'ont √©rig√© qu'une redoute et une place d'armes inachev√©e[52]. Les terrassiers se mettent imm√©diatement √† l'Ňďuvre pour am√©nager des positions d'artillerie et creuser des tranch√©es mais cette activit√© ne passe pas inaper√ßue chez les Russes et Totleben d√©cide de prendre les devants[61] - [62]. Dans la nuit du au , les Russes √©rigent √† l'extr√©mit√© du plateau d'Inkerman une redoute qu'ils nomment ¬ę redoute Selenguinsk[n 8] - [n 9] ¬Ľ. Les Fran√ßais sont stup√©faits par cette construction qui prend de flanc tout le terrain devant Malakoff et ils lancent une attaque dans la soir√©e du . Malgr√© l'inach√®vement de la position, l'assaut est repouss√© et les assaillants perdent 200 hommes dans l'op√©ration[66]. Moins d'une semaine plus tard, les Russes construisent une seconde redoute appel√©e ¬ę redoute Volhynie ¬Ľ √† 250 m√®tres en avant de la premi√®re. Prot√©g√©s par ces ¬ę ouvrages du Car√©nage ¬Ľ, ils √©rigent le une troisi√®me redoute, nomm√©e ¬ę redoute Kamtchatka ¬Ľ, au sommet de la petite colline du Mamelon vert situ√©e √† 600 m√®tres de Malakoff et des premi√®res lignes fran√ßaises[69]. Le saillant de Malakoff est devenu un rentrant mais les trois ouvrages deviennent la cible d'intenses bombardements qui obligent l'√©tat-major russe √† n'y d√©ployer qu'un total de 800 hommes[70].

Combat rapproché autour d'un canon
Prise du Mamelon vert par Ivan Diagovtchenko (1872).

Durant le printemps, les Alli√©s creusent de nouvelles tranch√©es pour se rapprocher des ouvrages russes tandis que le , le commandant fran√ßais Fran√ßois de Canrobert, jug√© trop ind√©cis, donne sa d√©mission, officiellement pour raisons de sant√©. Il est remplac√© par Aimable P√©lissier qui d√©cide de concentrer ses efforts sur la prise de Malakoff[71]. Dans l'apr√®s-midi du , l'artillerie alli√©e ouvre le feu sur la redoute Kamtchatka au sommet du Mamelon vert et les ouvrages du Car√©nage ainsi que contre le bastion du M√Ęt pour masquer aux Russes le lieu de l'attaque[72]. Les tirs s'interrompent durant la nuit, ce qui permet aux Russes de r√©parer leurs positions, mais le feu reprend le lendemain de l'aube jusqu'√† 16 h. Les fortifications russes sont alors en ruine et √† 18 h 30, les Fran√ßais s'√©lancent √† l'assaut des redoutes du Car√©nage situ√©es √† environ 300 m√®tres de leurs lignes[73]. Les tirs russes font des ravages chez les assaillants et le 95e r√©giment de ligne compte 300 tu√©s ou bless√©s sur un effectif initial de 1 200 hommes. Les deux ouvrages ne sont cependant d√©fendus que par 450 hommes et ils sont pris au terme d'un bref combat[74]. Les Russes tentent une contre-attaque avec trois bataillons mais elle est rapidement repouss√©e[75].

Sc√®ne de bataille o√Ļ des milliers de soldats fran√ßais se lancent √† l'assaut des positions russes.
Vue générale de l'attaque du Mamelon vert le .
Tableau d'Alexandre Protais (1858).

Face au Mamelon vert, les Fran√ßais traversent les 450 m√®tres de terrain d√©couvert en huit et contournent la redoute Kamtchatka qui est prise √† revers[76]. La garnison de 350 hommes, bien qu'encourag√©e par la pr√©sence de l'amiral Pavel Nakhimov, n'est pas en mesure de r√©sister et elle se replie rapidement vers Malakoff et le Petit Redan[77]. Emport√©s par leur √©lan, les fantassins fran√ßais se lancent √† leur poursuite mais ils sont fauch√©s par les tirs crois√©s des deux ouvrages. Certains parviennent jusque dans le foss√© de Malakoff mais la panique gagne les assaillants quand les Russes lancent une contre-attaque avec six bataillons[78] - [76]. Ces derniers parviennent √† reprendre le Mamelon vert mais l'artillerie alli√©e d√©cime les troupes mass√©es dans la redoute en ruine et elles en sont chass√©s par un second assaut fran√ßais[78] - [76]. Dans le m√™me temps, les Britanniques s'emparent de l'ouvrage des Carri√®res situ√© devant le Grand Redan et repoussent deux contre-attaques russes[76]. La nuit met fin aux combats et le lendemain, une tr√™ve est organis√©e pour ramasser les corps[79].

Les pertes du s'√©l√®vent √† environ 5 500 Fran√ßais[n 10], autant chez les Russes et 700 chez les Britanniques mais les Alli√©s se sont empar√©s des positions couvrant l'acc√®s √† Malakoff[4]. En d√©pit de ces succ√®s, l'empereur Napol√©on III est irrit√© par le fait que P√©lissier n'ait pas tenu compte de ses demandes d'un encerclement complet de S√©bastopol avant tout nouvel assaut et son refus de f√©liciter le commandant en chef pour ces victoires est tr√®s mal per√ßu par ce dernier[80]. Les relations de P√©lissier se tendent √©galement avec ses subalternes. Devant les g√©n√©raux rassembl√©s, il r√©primande violemment le g√©n√©ral Joseph-Nicolas Mayran dont les troupes n'ont pas respect√© les ordres et se sont lanc√©es √† l'assaut de Malakoff ; un des officiers pr√©sents rapporte que ce dernier quitte la r√©union ¬ę les larmes aux yeux et une profonde douleur dans l'√Ęme[81] ¬Ľ.

Assaut du

Préparation

Flanc d'une colline aride recouverte de tranchées et de sacs de sables
Photographie de Malakoff réalisée par James Robertson depuis la base du Mamelon vert après la fin du siège.

Apr√®s la prise des ouvrages ext√©rieurs, P√©lissier planifie l'attaque contre Malakoff pour le . Cette date n'a pas √©t√© choisie au hasard car elle correspond au 40e anniversaire de la bataille de Waterloo et un succ√®s permettrait d'apaiser les tensions historiques entre Fran√ßais et Britanniques en leur offrant une victoire commune √† c√©l√©brer[82]. Cette d√©cision li√©e √† des consid√©rations de prestige est critiqu√©e par les subalternes de P√©lissier qui lui font remarquer que les bastions russes sont en grande partie intacts et que les assaillants devront parcourir √† d√©couvert plusieurs centaines de m√®tres avant d'atteindre les positions adverses. Le commandant en chef balaye toutes ces remarques et refuse toute modification du plan ; √† la sortie d'une r√©union le o√Ļ il n'est pas parvenu √† convaincre son sup√©rieur, le g√©n√©ral Mayran, dont la division doit attaquer le Petit Redan, d√©clare √† un de ses coll√®gues : ¬ę Maintenant, il n'y a plus qu'√† se faire tuer[83] ¬Ľ. De plus, plut√īt que de choisir l'exp√©riment√© Pierre Bosquet, pr√©sent en Crim√©e depuis le d√©barquement, pour commander l'attaque d√©cisive, P√©lissier nomme le commandant en chef de la garde imp√©riale, Regnault de Saint-Jean d'Ang√©ly, arriv√© en Crim√©e seulement quelques semaines auparavant. Ce choix, destin√© √† plaire √† l'empereur, ulc√®re le g√©n√©ral Louis Jules Trochu qui √©crit que cette d√©cision ¬ę est une honte et une trahison [‚Ķ] [On] renvoie [Bosquet], en le rempla√ßant par un g√©n√©ral dont l'inexp√©rience et l'incapacit√© notoire ne peuvent faire ombrage au g√©n√©ral en chef, qui se r√©serve personnellement la direction de l'entreprise ¬Ľ. Bosquet est ainsi envoy√© √† la t√™te des troupes d√©ploy√©es sur le mont Sapoune face √† l'arm√©e de secours russe tandis que d'Ang√©ly prend seulement son commandement le alors qu'il ignore tout de la situation[83] - [n 11]. Conform√©ment au plan d'attaque, les Alli√©s d√©clenchent, le √† 4 h du matin, une violente pr√©paration d'artillerie qui dure jusqu'au lendemain[86].

Le plan, arr√™t√© le , pr√©voit que la 1re division command√©e par le g√©n√©ral Charles d'Autemarre s'empare de la batterie Gervais jouxtant Malakoff avant de prendre la fortification √† revers. Dans le m√™me temps, la 3e division de Mayran doit franchir le ravin du Car√©nage pour prendre d'assaut le Petit Redan et le bastion no 1 tandis que la 5e division de Jean-Andr√©-Louis Brunet a pour objectif la courtine reliant Malakoff et le Petit Redan. Ces forces repr√©sentent environ 18 000 hommes auxquels s'ajoutent les 6 000 soldats de la garde imp√©riale d'√Čmile Mellinet qui sont gard√©s en r√©serve[87] - [2]. L'objectif des Britanniques est le Grand Redan dont les flancs doivent √™tre pris par deux colonnes de 500 hommes tandis que 2 000 autres doivent mener une attaque de diversion contre les positions russes entre le Grand Redan et le bastion du M√Ęt ; un millier de soldats sont gard√©s en r√©serve[88] - [89].

Les historiens notent que l'attaque britannique √©tait superflue car le Grand Redan aurait forc√©ment √©t√© √©vacu√© par les Russes si les Fran√ßais √©taient parvenus √† s'emparer de Malakoff ; de plus, la faiblesse des effectifs britanniques rendait les chances de succ√®s infimes. Ils sugg√®rent ainsi que le commandant britannique Lord Raglan estimait que ses troupes devaient participer √† l'attaque, m√™me au prix de pertes inutiles, pour le symbole d'une op√©ration conjointe le jour anniversaire de Waterloo[88] - [90]. Apr√®s la bataille, le g√©n√©ral √©crit : ¬ę Si les troupes [britanniques] √©taient rest√©es dans [leurs] tranch√©es, les Fran√ßais auraient attribu√© leur √©chec √† notre refus de participer √† l'op√©ration[91] - [11] ¬Ľ. Une attaque de diversion contre la ville est √©galement pr√©vue mais celle-ci est annul√©e le soir du car P√©lissier craint que les soldats, s'ils parviennent √† percer la ligne russe, se perdent dans la ville et soient √† la merci d'une contre-attaque[87]. Par ailleurs, le commandant fran√ßais avance l'heure de l'attaque de 6 h √† 3 h pour que l'obscurit√© masque la mont√©e des unit√©s en premi√®re ligne ; ce changement de derni√®re minute, pris sans consulter les Britanniques, s√®me la confusion et toutes les troupes ne sont pas pr√™tes √† l'heure pr√©vue[92] - [93].

Du c√īt√© russe, la signification du est √©galement connue et la pr√©paration d'artillerie ach√®ve de les convaincre que les Alli√©s vont tenter un coup de force ce jour-l√†[94]. De plus, des d√©serteurs ont donn√© des informations pr√©cises sur l'assaut √† venir et le mouvement des troupes alli√©es ne passe pas inaper√ßu[95]. Les Russes s'attendent donc √† une attaque imminente et les commandants des fortifications font avancer leurs r√©serves en premi√®re ligne malgr√© le bombardement alli√©[96].

Déroulement

Des centaines de soldats défendent une tour partiellement détruite
Détail du panorama réalisé par Franz Roubaud en 1904 sur l'assaut du 18 juin contre Malakoff.

Le pilonnage alli√© cesse en grande partie √† 1 h du matin le , un arr√™t que les Russes mettent imm√©diatement √† profit pour, comme √† leur habitude, r√©parer la nuit ce que l'artillerie avait d√©truit le jour[97]. Selon le plan alli√©, l'attaque devait √™tre d√©clench√©e vers 3 h apr√®s le tir de trois fus√©es √©clairantes depuis la redoute Victoria o√Ļ se trouvait l'√©tat-major. Peu avant l'heure pr√©vue, un projectile traverse le ciel. Mayran, impatient de rattraper son discr√©dit, l'interpr√®te √† tort comme le signal pr√©vu. √Ä ses subalternes qui s'opposent √† cette d√©cision, il d√©clare ¬ę C'est le signal. D'ailleurs quand on va √† l'ennemi, il vaut mieux √™tre en avance qu'en retard[98] ¬Ľ. Les 95e et 97e r√©giments d'infanterie quittent donc leurs tranch√©es en direction du Petit Redan distant de pr√®s de 800 m√®tres et tombent imm√©diatement sous un d√©luge de feu et de mitraille provenant des positions russes et des navires tirant en enfilade dans le ravin du Car√©nage ; le g√©n√©ral Mayran est l'un des premiers √† mourir apr√®s avoir re√ßu une balle dans la poitrine[99]. Subissant de lourdes pertes, les formations fran√ßaises se d√©sagr√®gent et la progression s'arr√™te alors que les soldats cherchent √† s'abriter des tirs adverses[100].

Arriv√© √† la redoute Victoria peu avant 3 h, P√©lissier lance le v√©ritable signal d'attaque en tirant ses trois fus√©es et la 1re division part √† l'assaut de Malakoff ; la 5e division ne s'est cependant pas encore compl√®tement d√©ploy√©e en premi√®re ligne et son attaque contre la courtine est lanc√©e avec retard et dans la confusion[2] - [101]. Par ailleurs, celle-ci devait lancer son attaque depuis le 2e parall√®le situ√© √† environ 400 m√®tres derri√®re le Mamelon vert et √† 800 m√®tres de la courtine russe. L'avanc√©e sous la mitraille russe est sanglante et Brunet succombe √† un projectile dans la poitrine tandis que le lieutenant-colonel de La Boussini√®re qui commandait l'artillerie face au faubourg Korabelna√Įa a la t√™te arrach√© par un boulet de canon[102]. La progression sur la droite contre le Petit Redan √©tant stopp√©e, P√©lissier lance quatre bataillons de la garde imp√©riale qui sont imm√©diatement arr√™t√©s par les tirs russes. De m√™me, les fantassins sont incapables de se rapprocher √† moins de cent m√®tres de la courtine reliant Malakoff au Petit Redan. En revanche, l'assaut contre le flanc droit de Malakoff conna√ģt plus de succ√®s car la progression s'√©tait faite sous la protection relative du ravin de Korabelna√Įa. Le 5e bataillon de chasseurs parvient ainsi au prix de lourdes pertes √† entrer dans la batterie Gervais et √† en chasser les d√©fenseurs du r√©giment de Poltava[103]. Les renforts commencent √† affluer et les sapeurs entreprennent de retourner les canons contre leurs anciens propri√©taires tandis que des unit√©s contournent Malakoff. Le g√©n√©ral Stepan Khrouleff, commandant la d√©fense du faubourg Korabelna√Įa, peut n√©anmoins constater l'√©chec de l'assaut contre le Petit Redan et il red√©ploie une partie de ses d√©fenseurs pour chasser les Fran√ßais de la batterie Gervais. √Čcras√©s par la pression russe, les Fran√ßais demandent des renforts mais les quatre messagers sont tu√©s et ils sont d√®s lors contraints de se replier[104] - [105].

Selon le plan √©tabli, l'attaque britannique contre le Grand Redan devait √™tre d√©clench√©e une fois la batterie Gervais neutralis√©e pour √©viter les tirs en enfilade. Les Britanniques pouvaient n√©anmoins clairement constater que l'assaut fran√ßais tournait au d√©sastre et que leurs propres chances de succ√®s √©taient infimes. Cependant Lord Raglan, craignant d'√™tre accus√© de l√Ęchet√© par ses alli√©s, ordonne √† 3 h 15[n 12] √† ses hommes de quitter leurs tranch√©es pour leur objectif situ√© √† 400 m√®tres. Comme les Fran√ßais, les Britanniques sont fauch√©s par un d√©luge de feu d√®s qu'ils quittent leurs tranch√©es[106]. Subissant de lourdes pertes, ils parviennent √† atteindre les abattis √† quelques dizaines de m√®tres de l'ouvrage russe mais sont incapables d'aller plus loin. Les assaillants demandent des renforts, mais de nombreux soldats refusent de sortir des tranch√©es. Les pertes sont telles que c'est un simple lieutenant qui donne le signal de la retraite[107]. Sur la gauche, les Britanniques parviennent √† s'emparer de plusieurs positions, mais dans l'ensemble l'attaque alli√©e constitue un d√©sastre et P√©lissier ordonne la retraite vers 5 h[108] - [12] - [n 13].

Conséquences

Des soldats tractent un canon en direction d'un rempart tandis que d'autres évacuent des blessés
Mise en batterie d'un canon dans un bastion russe par Ivan Diagovtchenko (1872).

Si l'assaut du avait eu pour objectif de rapprocher les Alli√©s, il produit l'effet inverse. Les Fran√ßais avancent qu'ils auraient pu se maintenir dans la batterie Gervais si les Britanniques avaient √©t√© plus agressifs dans leur attaque du Grand Redan et un officier fran√ßais indique que ¬ę leur arm√©e est √† pr√©sent comme un boulet accroch√© √† nos pieds[108] ¬Ľ. De son c√īt√©, Raglan reproche √† P√©lissier d'avoir renonc√© √† l'attaque du c√īt√© de la ville[110]. D√©j√† √©puis√© par une ann√©e d'un commandement √©prouvant, Raglan est profond√©ment affect√© par le sentiment d'avoir envoy√© ses hommes √† l'abattoir. Gravement d√©prim√©, il meurt du chol√©ra le [111] - [112]. √Ä l'inverse, leur succ√®s rend confiance aux Russes dont le moral avait √©t√© √©branl√© par la perte du Mamelon vert et les bombardements[113]. Dans le camp fran√ßais, les critiques se dirigent contre P√©lissier qui s'efforce rapidement de se disculper de toute responsabilit√©. Dans son compte-rendu au ministre de la Guerre Jean-Baptiste Vaillant, il accuse Mayran d'avoir attaqu√© trop t√īt sans avoir attendu son signal et Brunet ‚ÄĒ √©galement tu√© lors de l'attaque ‚ÄĒ de ne pas avoir respect√© ses consignes et d'avoir soutenu tardivement son coll√®gue[114]. Le revers du et les circonstances de l'√©chec incitent Napol√©on III √† limoger P√©lissier, mais il se ravise apr√®s avoir appris de plusieurs g√©n√©raux que la troupe continuait √† avoir confiance en leur chef. P√©lissier reste donc √† son poste, mais Vaillant lui fait bien comprendre que s'il ne soumet pas des plans d√©taill√©s de ses projets √† l'empereur et s'il ne coop√®re pas avec ses officiers, il sera remplac√©[115]. Bien conscient d'avoir √©chapp√© de peu √† la disgr√Ęce, P√©lissier s'efforce de contenir son temp√©rament et de prendre en compte les remarques tant de ses subalternes que de l'empereur[116]. Tirant les le√ßons du , il renvoie Saint-Ang√©ly en France et nomme de nouveau Bosquet √† la t√™te des troupes d√©ploy√©es contre le faubourg Korabelna√Įa ; il d√©cide par ailleurs de prolonger les tranch√©es jusqu'au plus pr√®s des ouvrages russes avant tout nouvel assaut et d'installer une batterie d'artillerie √† l'extr√©mit√© du plateau d'Inkerman pour neutraliser les navires d√©ploy√©s dans la baie du Car√©nage[116] - [117].

Assaut du

Préparation

Des soldats soutiennent un officier s'effondrant derrière un parapet
Mort de l'amiral Pavel Nakhimov par Ivan Diagovtchenko (1872).

Apr√®s la mort de Raglan, le commandement des forces britanniques est confi√© √† James Simpson, mais le pessimisme de ce dernier incite le gouvernement britannique √† le remplacer par William Codrington en ao√Ľt[118] - [119]. Du c√īt√© fran√ßais, Canrobert est renvoy√© en France pour raisons de sant√© et le commandement de la 1re division est confi√© au g√©n√©ral Patrice de Mac Mahon, un v√©t√©ran de l'Alg√©rie[120]. Pour √©viter une r√©√©dition du d√©sastre du , les Alli√©s entreprennent de se rapprocher au plus pr√®s des d√©fenses russes. La distance entre les tranch√©es fran√ßaises et Malakoff passe d√®s lors de 400 m√®tres le , √† 110 m√®tres le , puis √† 40 m√®tres le et enfin √† 25 m√®tres le [121]. La progression des tranch√©es britanniques s'av√®re plus lente, leur secteur √©tant plus rocheux et donc plus difficile √† creuser ; au d√©but du mois de septembre, leurs lignes se trouvent √† environ 200 m√®tres du Grand Redan[122]. Dans le m√™me temps, les Alli√©s lancent un intense bombardement √† partir du dans le but, selon P√©lissier, de tenir ¬ę la garnison sur pied pour la fatiguer, lui tuer du monde[123] ¬Ľ. Craignant qu'une attaque soit lanc√©e √† tout instant, les Russes maintiennent de nombreuses forces en premi√®re ligne et le pilonnage cause jusqu'√† un millier de victimes par jour[123]; parmi les victimes figurent Totleben bless√© le et l'amiral Pavel Nakhimov tu√© dans le bastion du M√Ęt le [124].

Ce bombardement ne demeure cependant pas sans r√©ponse : le , un projectile russe fait exploser plusieurs tonnes de poudre entrepos√©es dans le magasin du Mamelon vert tuant ou blessant plus d'une centaine de Fran√ßais[125]. Devant l'accroissement de la pression alli√©e, les Russes lancent une tentative d√©sesp√©r√©e pour briser le si√®ge et le , l'arm√©e de secours command√©e par le g√©n√©ral Mikha√Įl Gortchakov attaque les positions tenues par les troupes fran√ßaises et pi√©montaises le long de la rivi√®re Tcherna√Įa. Mal pr√©par√© et men√© dans la confusion, l'assaut tourne rapidement au d√©sastre et les pertes russes s‚Äô√©l√®vent √† plus de 8 000 contre 2 000 pour les d√©fenseurs[126]. La chute de S√©bastopol devenant de plus en plus certaine, les Russes d√©cident la construction d'un pont flottant en travers de la rade pour relier la rive sud √† la rive nord et l'ouvrage fut achev√© le ou le lendemain[127] - [128].

Le , les Alli√©s consid√®rent qu'un assaut devrait √™tre lanc√© prochainement car plus les tranch√©es se rapprochent des positions adverses, plus le risque est grand de voir les Russes lancer une attaque contre elles ; la date de l'assaut final est ainsi fix√©e au . Pour d√©molir les d√©fenses, le pilonnage redouble d'intensit√© √† partir du jusqu'√† atteindre 400 projectiles par minute le matin du [129]. Durant les trois jours de cette pr√©paration d'artillerie, les Russes perdent 7 500 hommes et Tolsto√Į rapporte que ¬ę d√®s le second jour du bombardement, on n'arrivait pas, sur les bastions, √† enlever les morts. On les lan√ßait dans les foss√©s pour d√©gager les batteries[130] ¬Ľ. Le bombardement est tellement intense que dans la nuit du au , les Russes sont, pour la premi√®re fois du si√®ge, incapables de r√©parer leurs ouvrages[131]. Les Russes savent que cet accroissement signifie qu'un nouvel assaut est pr√©vu, mais ils pensent qu'il aura lieu le , jour anniversaire de la bataille de Borodino ; constatant que cela n'est pas le cas, ils baissent leur garde[129].

Intérieur d'une pièce voutée et aux murs percés d'embrasures. Un homme portant des documents descend un escalier en direction de blessés allongés au sol.
Intérieur de la tour Malakoff durant un bombardement allié par Ivan Diagovtchenko (1872).

Selon le plan initial, seule une manŇďuvre de diversion devait √™tre organis√©e du c√īt√© de la ville mais sous la pression de Bosquet, il est d√©cid√© que l'assaut porterait sur l'ensemble de la ligne pour emp√™cher les Russes de red√©ployer leurs forces[132]. Au total, les Fran√ßais d√©ploient huit divisions soutenues par une brigade sarde pour l'attaque du . Du c√īt√© de la ville, la 2e division du g√©n√©ral Charles Levaillant doit prendre le bastion no 5 tandis que la 1re d'Autemarre, soutenue par la brigade sarde du g√©n√©ral Enrico Cialdini, a pour objectif le bastion du M√Ęt. Les 3e et 4e divisions sont gard√©es en r√©serve. Contre le faubourg Korabelna√Įa, la 1re division du g√©n√©ral Mac Mahon est d√©ploy√©e contre Malakoff, la 4e division du g√©n√©ral Joseph Dulac doit s'emparer du Petit Redan et la 5e division du g√©n√©ral Joseph de La Motte-Rouge a pour objectif la courtine s√©parant les deux ouvrages ; la division de la garde imp√©riale est en r√©serve[132]. Au total, les Fran√ßais d√©ploient 20 000 hommes soutenus par 5 000 Sardes face √† la ville et 25 000 hommes sur le front de Malakoff[7]. Pour permettre √† ces forces nombreuses de submerger les d√©fenseurs russes, le g√©nie ouvre de vastes places d'armes o√Ļ doivent se regrouper les unit√©s, ainsi que des tranch√©es larges de vingt m√®tres entre les parall√®les pour faciliter la mont√©e en premi√®re ligne des troupes d'assaut[10]. Dans le m√™me temps, le corps d'observation d√©ploy√© sur les hauteurs √† l'est doit se tenir pr√™t √† repousser toute tentative russe de rompre le si√®ge[132]. Face au Grand Redan, les Britanniques n'alignent que 1 500 soldats soutenus par une r√©serve de 3 000 hommes[133] - [n 14].

Pour √©viter une r√©√©dition du , les Fran√ßais mettent tout en Ňďuvre pour prendre les Russes par surprise. Les artilleurs alli√©s interrompent ainsi r√©guli√®rement leurs tirs pour faire croire aux d√©fenseurs que l'assaut va √™tre lanc√©. Les Russes se ruent hors de leurs abris pour rejoindre leurs positions et les Alli√©s reprennent le pilonnage qui cause de lourdes pertes. Ces manŇďuvres trompeuses expliquent pourquoi les Russes rechignent √† quitter leurs abris √† l'arr√™t du bombardement car aucun assaut n'est jamais r√©ellement lanc√©[135] - [136]. Par ailleurs, il est ainsi d√©cid√© que l'assaut final sera lanc√© √† midi pr√©cise alors que la plupart des batailles depuis le d√©but du si√®ge avaient d√©but√© √† l'aube. Le choix de cet horaire est destin√© √† surprendre les Russes au moment de leur repas et de la rel√®ve[137]. De plus, les Russes profitent de l'obscurit√© nocturne pour r√©parer les d√©g√Ęts caus√©s par l'artillerie durant la journ√©e et les fortifications sont g√©n√©ralement reconstitu√©es √† l'aube. Une attaque √† midi offre une matin√©e de bombardement pour d√©truire ces r√©parations, causer l'effondrement des parapets pour combler les foss√©s et ainsi faciliter l'assaut des fantassins[138]. L'heure de l'attaque fait l'objet du plus grand secret pour √©viter que des d√©serteurs n'en informent les Russes. Les commandants des divisions et des brigades ne sont mis dans la confidence que lors d'un conseil de guerre dans l'apr√®s-midi du qui s'ach√®ve par l'annonce par P√©lissier que ¬ę Demain, Malakoff et S√©bastopol seront n√ītres[131] ¬Ľ.

Déroulement

Masse de soldats avec des vestes bleues et des pantalons rouges montant une colline o√Ļ un officier tient un drapeau fran√ßais
L'Attaque de Malakoff par William Simpson (1855).

Comme les jours pr√©c√©dents, le bombardement se poursuit le matin du , ponctu√© de quelques interruptions. Vers 8 h, les sapeurs fran√ßais font exploser trois mines contenant chacune 500 kilogrammes d'explosifs entre les tranch√©es et Malakoff pour d√©truire les sapes russes[9]. √Ä midi pr√©cise, le pilonnage s'interrompt soudainement et au son des clairons et des tambours, le 1er r√©giment de zouaves et le 7e r√©giment d'infanterie s'√©lancent √† l'assaut de Malakoff au cri de ¬ę Vive l'empereur ! ¬Ľ[139] - [140]. Comme pr√©vu, les Russes sont compl√®tement pris par surprise, d'autant plus que les tranch√©es adverses se trouvent √† seulement quelques dizaines de m√®tres et que le foss√© combl√© et le parapet d√©moli n'offrent qu'un faible obstacle aux assaillants. Depuis le Grand Redan, un soldat note que ¬ę les Fran√ßais √©taient dans Malakoff avant m√™me que nos gars aient eu le temps de prendre leurs armes[8] ¬Ľ. Les artilleurs russes sont imm√©diatement neutralis√©s et les assaillants prennent rapidement pied dans l'ouvrage et la batterie Gervais adjacente. √Ä midi, les soldats des 4e et 5e divisions quittent √©galement leurs tranch√©es, mais ils doivent parcourir une plus grande distance et les Russes alert√©s ont le temps de tirer. Cela n'est cependant pas suffisant pour arr√™ter les Fran√ßais qui s'emparent du Petit Redan et traversent la premi√®re courtine en direction de la seconde[141]. Pris par surprise, les Russes se ressaisissent rapidement et lancent une contre-attaque d'autant plus violente que chacun sait qu'il s'agit de la bataille d√©cisive. Dans Malakoff, les combats se d√©roulent au niveau des traverses coupant l'ouvrage ; dans les passages exigus, les soldats s'affrontent au corps √† corps √† la ba√Įonnette, mais √©galement √† coup de crosse, de hache, de morceaux de bois ou de pierre[142]. Apr√®s de terribles combats, les Fran√ßais parviennent √† prendre le contr√īle de la premi√®re traverse, tandis que les 65 Russes barricad√©s dans la tour Malakoff ne se rendent qu'apr√®s que la porte a √©t√© d√©truite par un petit mortier[143] - [144] - [n 15].

Tableau montrant une scène de guerre, au premier plan un officier sur une civière, à l'arrière-plan, un officier mène l'assaut en brandissant son sabre
L'assaut des Français sur la courtine de Malakoff, le 8 septembre. Tableau d'Adolphe Yvon (1859).
Monticules de terre et de gravats renforcés par des clayonnages à leur base.
Photographie de l'intérieur de Malakoff réalisée après sa chute par James Robertson. Le sommet de la tour Malakoff est visible sur la droite de la photographie.

Dans le m√™me temps, P√©lissier fait hisser les drapeaux fran√ßais et britanniques au-dessus de la redoute du Mamelon vert o√Ļ il se trouve, tandis que les fantassins hissent le drapeau tricolore au sommet de la tour Malakoff vers 12 h 10[146]. Il s'agit du signal pour les Britanniques qui se lancent en direction du Grand Redan. Les Russes ont eu le temps de se pr√©parer mais les assaillants parviennent √† s'emparer de l'extr√©mit√© de l'ouvrage. Les Britanniques manquent cependant d'effectifs et les Russes se sont red√©ploy√©s √† l'arri√®re du Grand Redan o√Ļ ils forment une seconde ligne contr√īlant de ses feux l'espace d√©gag√© √† l'int√©rieur de la fortification[147]. Par ailleurs, de nombreux soldats britanniques refusent de franchir le parapet et restent √† l'abri dans le foss√© malgr√© les exhortations de leurs officiers. Les quelques assaillants parvenus √† l'int√©rieur de la fortification sont progressivement chass√©s et les Russes, d√©ploy√©s sur le parapet, ouvrent le feu √† bout portant sur les Britanniques abrit√©s dans le foss√©[148]. Ces derniers se replient en d√©sordre et Codrington renonce √† un nouvel assaut qui n'aurait aucune chance de r√©ussite[149]. √Ä 14 h, P√©lissier donne le signal pour l'attaque du c√īt√© de la ville et les Fran√ßais parviennent √† s'emparer des positions adjacentes au bastion central. Les Russes contre-attaquent rapidement et reprennent les deux ouvrages[150]. Apr√®s s'√™tre regroup√©s, les Fran√ßais repartent √† l'assaut, mais ils sont bloqu√©s au niveau du parapet tandis qu'une troisi√®me attaque ne conna√ģt pas davantage de succ√®s. Vers 15 h, P√©lissier constatant que Malakoff est solidement entre ses mains, il renonce √† un quatri√®me assaut contre le bastion central et annule l'attaque pr√©vue contre le bastion du M√Ęt pour ne pas sacrifier des vies suppl√©mentaire dans ce qui ne constituait qu'une op√©ration secondaire[151] - [152] - [153].

Sur le front de Malakoff, la situation commence cependant √† tourner √† l'avantage des Russes dont les renforts affluent. Les occupants fran√ßais du Petit Redan sont progressivement repouss√©s jusque dans leurs tranch√©es de d√©part. Apr√®s s'√™tre r√©organis√©es, les deux brigades lancent une contre-attaque qui leur permet de reprendre le Petit Redan, mais sans pouvoir s'y maintenir[154]. Les Russes parviennent √©galement √† reprendre l'espace entre les deux courtines, m√™me si les Fran√ßais r√©ussissent √† conserver l'essentiel de la premi√®re[155]. La situation dans Malakoff est diff√©rente car dans les autres bastions, un vaste espace d√©gag√© ferm√© par une barricade se pr√©sente aux assaillants qui √©taient parvenus √† franchir le parapet. Les Russes d√©ploy√©s √† la base de l'ouvrage pouvaient ainsi ais√©ment contr√īler cet espace d√©gag√© et repousser l'adversaire. Un tel glacis n'existe pas dans Malakoff dont l'int√©rieur est occup√© par des abris, des magasins √† poudre et trois traverses coupant l'ouvrage dans sa largeur. Les Fran√ßais peuvent de la sorte se retrancher derri√®re la premi√®re traverse qu'ils contr√īlent et repousser les contre-attaques russes[156]. Adoss√©s sur cette position, les Fran√ßais parviennent √† contourner et √† prendre les deux autres traverses et √† chasser les Russes de Malakoff. Vers 15 h, le g√©n√©ral Khrouleff qui s'√©tait pr√©cipit√© sur le front √† l'annonce de l'attaque lance ses r√©serves pour reprendre l'ouvrage √† l'importance capitale, mais les seuls acc√®s ‚ÄĒ par la gorge et au niveau de la batterie Gervais ‚ÄĒ ont √©t√© h√Ętivement barricad√©s par les Fran√ßais avec des sacs de sable, des gabions et des cadavres[156]. Les combats pour reprendre la gorge durent pr√®s de deux heures dans des conditions √©pouvantables ; un officier russe note que les hommes se battent sur ¬ę un tas de corps [‚Ķ] l'air √©tait rempli d'une √©paisse poussi√®re rouge√Ętre venant du sol couvert de sang[157] ¬Ľ. Les Russes parviennent bri√®vement √† p√©n√©trer dans la gorge mais en sont rapidement chass√©s, tandis que la colonne attaquant la batterie Gervais est d√©cim√©e par les tirs de flanquement venant de Malakoff[158] - [159].

Conséquences

Intérieur d'une fortification en ruines. Des dizaines de cadavres sont dispersés au milieu des décombres et des canons détruits tandis que des blessés attendent d'être évacués.
L'intérieur de Malakoff et les restes de la tour ronde par William Simpson (1855).
Fortification semi-enterrée et entourée de remblais en ruines
La tour Malakoff après l'assaut du 8 septembre 1855 par James Robertson.

Vers 17 h, les Russes ont repris toutes les positions captur√©es par les Fran√ßais √† l'exception de Malakoff. L'ouvrage est cependant la cl√© de la d√©fense de la ville et P√©lissier estime que sa prise porte un ¬ę coup mortel ¬Ľ aux Russes[160]. De fait, les canons que les Alli√©s n'auraient pas manqu√© de d√©ployer sur la colline auraient pu prendre √† revers l'ensemble de la ligne russe et d√©truire le pont flottant. Par cons√©quent, Gortchakov ordonne l'√©vacuation de la ville d√©sormais intenable et les civils rejoignent la rive nord de la rade par le pont flottant ou par navire. √Ä 20 h, les soldats commencent progressivement √† se replier, non sans avoir incendi√© ou dynamit√© les d√©p√īts, les batteries et les forts[161]. Depuis la rive nord, L√©on Tolsto√Į, dont c'est l'anniversaire, √©crit : ¬ę J'ai pleur√© quand j'ai vu la ville en flammes et les drapeaux fran√ßais sur nos bastions [‚Ķ] Ce fut une tr√®s triste journ√©e[162] ¬Ľ. De leur c√īt√©, les Alli√©s √©puis√©s ne tentent rien pour s'opposer au d√©part des Russes et Mac Mahon fait √©vacuer une grande partie de ses troupes de Malakoff de peur qu'il soit min√©[163]. Cette crainte explique que seuls des √©claireurs sont envoy√©s dans la ville le lendemain et les Alli√©s ne prennent formellement la ville que le ; il n'y reste plus que quatorze b√Ętiments debout sur les 2 000 d'avant-guerre[164].

L'annonce de la victoire de Malakoff et de la chute de S√©bastopol sont c√©l√©br√©es avec faste en France et en Grande-Bretagne tandis qu'en Crim√©e, P√©lissier d√©clare √† ses hommes qu'ils ¬ę avaient offert √† leurs aigles une gloire nouvelle et imp√©rissable[165] ¬Ľ. P√©lissier lui-m√™me est fait mar√©chal le et Napol√©on III l'anoblit ¬ę duc de Malakoff ¬Ľ le [166]. La chute de S√©bastopol ne marque cependant pas la fin de la guerre et les Alli√©s doivent passer un second hiver en Crim√©e. Contrairement √† l'ann√©e pr√©c√©dente, ce sont les Fran√ßais qui sont les victimes d'une logistique d√©faillante et entre 24 000 et 40 000 soldats meurent de maladie durant les premiers mois de l'ann√©e 1856[167].

La paix est finalement sign√© le et l'√©vacuation des hommes et du mat√©riel dure officiellement jusqu'au suivant, m√™me si quelques troupes restent en Crim√©e jusqu'au [168]. √Ä ce moment, les 80 kilom√®tres de tranch√©es ont √©t√© combl√©s, les bastions ont √©t√© nivel√©s, tandis que les Alli√©s ont dynamit√© les fortifications, les bassins de radoub et les casernes. Un t√©moin rapporte que S√©bastopol n'est plus que ¬ę la carcasse de S√©bastopol[169] ¬Ľ. La ville met plusieurs d√©cennies √† se remettre du si√®ge, mais au d√©but du XXe si√®cle, elle est redevenue la principale base navale russe en mer Noire[170].

Durant la Seconde Guerre mondiale, S√©bastopol est assi√©g√© par l'arm√©e allemande d' √† et la tour Malakoff est utilis√©e comme poste de commandement. L'essentiel des combats initiaux se d√©roule cependant plus au nord entre les rivi√®res Katcha et Belbek. De mani√®re similaire √† ce qui s'√©tait pass√© durant la guerre de Crim√©e pr√®s de 90 ans plus t√īt, le premier assaut allemand en et ne permet pas de rompre le front russe et les deux camps passent l'hiver sur leurs positions avec les d√©fenseurs sovi√©tiques ravitaill√©s par la mer. Au printemps 1942, deux canons de 130 mm pris sur un destroyer de la flotte de la mer Noire sont install√©s dans des emplacements b√©tonn√©s au sommet de Malakoffchap. 5_186-0">[171]. Les d√©fenses sovi√©tiques s'effondrent √† la fin du mois de et S√©bastopol tombe aux mains des Allemands le chap. 5_186-1">[171]. L'Arm√©e rouge reprend la ville en ruines en chap. 9_187-0">[172].

Héritage

En France, la victoire de Malakoff conna√ģt un retentissement consid√©rable et le nom est donn√© non seulement √† des rues et des parcs, mais √©galement √† un type de dessert, √† des beignets au fromage, √† une friandise au chocolat[173], ainsi qu'√† une esp√®ce de rosier[174]. L'int√©r√™t que suscite le si√®ge de S√©bastopol inspire les architectes qui construisent des b√Ętiments de style n√©o-m√©di√©val surnomm√©s ¬ę tours Malakoff ¬Ľ, mais dont l'apparence est souvent assez √©loign√©e de la construction originale ; certaines de ces structures ont √©t√© d√©truites comme celle de Marcillac-Vallon dans l'Aveyron[175] mais d'autres existent encore √† Sermizelles dans l'Yonne[176] ou √† Trouville-sur-Mer dans le Calvados[177]. La mode s'√©tend √©galement hors de France avec des exemples √† Luxembourg, √† Cologne en Allemagne et jusqu'√† Recife au Br√©sil[178]. Le nom de Malakoff est √©galement donn√© √† un type de chevalement de style n√©o-m√©di√©val comme ceux des mines du Sarteau en France[179] ou de Cheratte en Belgique[180].

La plus connue de ces tours Malakoff est cependant celle construite en 1858 par le promoteur immobilier Alexandre Chauvelot pour faire conna√ģtre son lotissement de ¬ę Nouvelle Californie ¬Ľ au sud de Paris. Profitant de l'engouement suscit√© par la victoire de S√©bastopol, il am√©nage au cŇďur du nouveau quartier un parc √† th√®me avec en son centre une tour d'une cinquantaine de m√®tres de haut accueillant un mus√©e comm√©morant la bataille ; autour de cet √©difice, les d√©fenses de S√©bastopol sont reconstitu√©es de mani√®re tr√®s approximatives avec des foss√©s et des fortifications portant les noms √©vocateurs de ¬ę Grand Redan ¬Ľ, ¬ę Petit Redan ¬Ľ ou ¬ę Vall√©e d'Inkerman[n 16] ¬Ľ. Le site conna√ģt un grand succ√®s avec pr√®s de 12 000 visiteurs les jours de f√™tes et en 1860, l'empereur Napol√©on III autorise Chauvelot √† renommer son lotissement en ¬ę Malakoff ¬Ľ. La mort du promoteur en 1861 entra√ģne cependant le d√©clin du parc et en 1870, la tour est dynamit√©e pour ne pas servir de rep√®re √† l'artillerie allemande qui assi√®ge alors Paris. La disparition du parc n'emp√™che pas le d√©veloppement du quartier et Malakoff est s√©par√© de la ville voisine de Vanves pour devenir une commune de plein droit en 1883[181] - [182] - [183] - [184].

Structure fortifiée blanche au bord d'une place pavée
La tour Malakoff en 2008.

En Russie, le nom de Malakoff reste √©troitement associ√© avec ce qui est commun√©ment appel√© la ¬ę d√©fense h√©ro√Įque de S√©bastopol[185] ¬Ľ. Les R√©cits de S√©bastopol de L√©on Tolsto√Į pour qui ¬ę la Russie conservera longtemps les traces sublimes de l'√©pop√©e de S√©bastopol dont le peuple russe a √©t√© le h√©ros[186] ¬Ľ ont fortement contribu√© √† ce que le si√®ge de la ville ne soit pas consid√©r√© comme une d√©faite mais comme une victoire morale[185] - [187]. La c√©l√©bration des h√©ros de S√©bastopol est initialement organis√©e par des particuliers, mais le cinquantenaire du si√®ge de S√©bastopol est l'occasion pour le gouvernement de construire plusieurs monuments comm√©morant le si√®ge. Le peintre Franz Roubaud r√©alise notamment un panorama haut de 14 m√®tres et large de 115 repr√©sentant l'assaut du 18 juin contre Malakoff. La peinture, endommag√©e durant la Seconde Guerre mondiale, est accroch√©e aujourd'hui dans un b√Ętiment sp√©cial construit √† l'emplacement o√Ļ l'amiral Nakhimov a succomb√© √† ses blessures dans le bastion du M√Ęt[188]. La tour Malakoff fait √©galement l'objet d'une restauration tandis que la colline est transform√©e en un parc accueillant divers monuments et statueschap. 5_45-2">[38] - [189] - [190].

Le site est en partie d√©truit durant la Seconde Guerre mondiale et des travaux de reconstruction des monuments endommag√©s sont organis√©s dans les ann√©es 1950 et 1960. La tour est notamment restaur√©e pour le centenaire de la bataille et elle abrite depuis 1963 un mus√©e o√Ļ sont expos√©s des uniformes, des outils et des armes utilis√©s par les d√©fenseurs lors des deux si√®ges. En 1958, une colonne est √©rig√©e devant la tour Malakoff pour accueillir une flamme √©ternelle qui n'est cependant, depuis 1984, allum√©e que pour les c√©l√©brationschap. 5_45-3">[38] - [189]. De son c√īt√©, le parc accueille plusieurs m√©moriaux dont ceux honorant Kornilov, les aviateurs de la 8e arm√©e de l'air et les artilleurs de la Seconde Guerre mondiale tandis qu'un ob√©lisque de marbre construit sur l'emplacement d'une fosse commune o√Ļ furent inhum√©es ensemble les victimes fran√ßaises et russes de l'assaut du 8 septembre porte l'inscription suivante dans les deux langues :

Unis pour la victoire
Réunis par la mort
Du soldat, c'est la gloire
Des braves c'est le sort[190]

Notes et références

Notes

  1. Le et le correspondent aux deux assauts français contre Malakoff mais les Alliés bombardèrent la position tout au long du siège d' à . Lors de la guerre de Crimée, les Alliés utilisaient le calendrier grégorien tandis que les Russes employaient le calendrier julien. En raison du décalage de douze jours entre les deux calendriers, certaines sources indiquent que la bataille de Malakoff s'est déroulée le .
  2. Fletcher et Ishchenko indiquent que pour l'assaut du , les Fran√ßais avaient rassembl√© trois divisions de 6 000 hommes avec une quatri√®me en r√©serve tandis que les Britanniques avaient d√©ploy√© 3 000 hommes pour l'assaut contre le Grand Redan et 1 000 autres en r√©serve ; les Russes disposaient quant √† eux de 35 bataillons d'infanterie derri√®re Malakoff et le Petit Redan[1]. Guillemin avance que 11 000 Russes d√©fendaient le faubourg Korabelna√Įa[2]. √Čdouard Totleben indique qu'√† ce moment du si√®ge, S√©bastopol √©tait d√©fendu par environ 53 000 hommes soutenus par 22 000 soldats d√©ploy√©s sur les hauteurs √† l'est de la ville. De leur c√īt√©, les effectifs alli√©s s'√©levaient √† 100 000 Fran√ßais, 45 000 Britanniques 15 000 Sardes et 7 000 Ottomanst. 2_4-0">[3] - [4].
  3. Selon Skorikov, le , Malakoff abritait 1 400 fantassins, 500 artilleurs, 900 terrassiers et 100 sapeurs[5]. Fletcher et Ishchenko indiquent que S√©bastopol √©tait d√©fendu par environ 50 000 soldats[6] et que les Fran√ßais avaient align√© 25 000 hommes contre le faubourg Korabelna√Įa et 20 000 contre la ville ; ils √©taient par ailleurs soutenus par 5 000 Sardes d√©ploy√©s contre le bastion du M√Ęt[7]. Figes note que les Fran√ßais d√©ploy√®rent pour l'attaque dix divisions et demi repr√©sentant 35 000 Fran√ßais et 2 000 Sardes[8]. Guillemin avance que 50 000 Russes tenaient la ville et que les Britanniques avaient d√©ploy√© 10 700 hommes[9]. Gouttman √©voque 50 000 Russes attaqu√©s par 20 500 Fran√ßais du c√īt√© de la ville, 25 500 Fran√ßais du c√īt√© du faubourg Korabelna√Įa, 10 700 Britanniques et une brigade sarde[10].
  4. Gooch rapporte que les pertes fran√ßaises pour le furent de 3 500 hommes contre 1 500 pour les Britanniques et les Russes[11]. Fletcher et Ishchenko avancent les m√™mes chiffres en ajoutant que le bombardement du avait caus√© 4 000 victimes chez les Russes[1]. Guillemin indique que les Russes perdirent 5 500 hommes dont 4 000 dans le bombardement du , que les Britanniques eurent 1 700 victimes et que les Fran√ßais d√©plor√®rent 1 400 tu√©s, 1 800 bless√©s et 400 prisonniers[12]. Gouttman estime que les Fran√ßais eurent 1 600 tu√©s et 2 200 bless√©s tandis que les Russes et les Britanniques eurent chacun 1 500 tu√©s et bless√©s[13]. Figes rapporte que les Britanniques perdirent environ 1 000 hommes et les Fran√ßais, ¬ę peut-√™tre six fois plus mais le nombre exact fut censur√©[14] ¬Ľ.
  5. Fletcher et Ishchenko notent que les pertes fran√ßaises du furent de 1 634 tu√©s, 4 513 bless√©s et 1 410 disparus ; celles des Russes de 2 684 tu√©s, 7 243 bless√©s et 1 739 disparus et celles des Britanniques de 390 tu√©s, 2 043 bless√©s et 177 disparus ; ils notent que les disparus peuvent √™tre consid√©r√©s comme tu√©s[15]. Guillemin rapporte que les Fran√ßais perdirent 7 600 hommes dont 1 900 tu√©s, les Russes 12 900 hommes dont 3 000 tu√©s, les Britanniques 2 400 hommes dont 400 tu√©s et les Sardes 40 hommes[16]. Gouttman avance que les Russes perdirent 13 000 hommes, les Fran√ßais 7 500 et les Britanniques 2 500[17].
  6. Les sources donnent plusieurs transcriptions du mot –ú–į–Ľ–į—Ö–ĺ–≤ : ¬ę Malakhow[27] ¬Ľ, ¬ę Malakof[28] - [29] ¬Ľ, ¬ę Malakoff[30] ¬Ľ, ¬ę Malakov[31] ¬Ľ et ¬ę Malakhov[32] ¬Ľ.
  7. Fletcher et Ishchenko indiquent que le nom ¬ę colline Malakoff ¬Ľ est apparu pour la premi√®re fois sur une carte de S√©bastopol de 1851. Ils citent par ailleurs un article de 1868 du journal russe Nicolaevsky Vestnik indiquant que Michel Malakoff √©tait un capitaine ¬ę grandement respect√© par les marins et les pauvres en raison de son honn√™tet√© et de son int√©grit√©[33] ¬Ľ. De son c√īt√©, Mark Schrad reprend un article britannique de 1897 r√©dig√© par le correspondant de guerre William Simpson pour The English Illustrated Magazine rapportant que Mikha√Įl Malakhov √©tait un commissaire de bord qui se livrait √† la contrebande d'alcool et dont le bar clandestin se trouvait sur la colline qui porte aujourd'hui son nom[34].
  8. Les Alli√©s ne disposent d'aucune carte de S√©bastopol √† leur arriv√©e en Crim√©e et la plupart des fortifications sont construites durant le si√®ge. Par cons√©quent, les Russes et les Alli√©s donnent des noms diff√©rents aux reliefs et aux ouvrages d√©fensifs et la terminologie √©volue selon la progression du si√®ge. Par exemple, les redoutes que les Russes nomment Selenguinsk, Volhynie et Kamtchatka ‚ÄĒ d‚Äôapr√®s les r√©giments qui les ont √©rig√©s ‚ÄĒ sont respectivement les ouvrages du , du et du Mamelon vert pour les Fran√ßais. Les deux premiers ouvrages sont √©galement appel√©s ¬ę Ouvrages blancs ¬Ľ en raison de la couleur blanch√Ętre de la terre qui a servi √† les construire mais √©galement ¬ę Ouvrages du Car√©nage ¬Ľ d'apr√®s le nom du ravin √† proximit√©[63]. Apr√®s la prise de ces positions, l'ouvrage du est renomm√© ¬ę redoute Lavarande ¬Ľ du nom du g√©n√©ral Louis L√©opold de Pecqueult de Lavarande qui a √©t√© tu√© en menant l'assaut tandis que l'¬ę ouvrage du Mamelon vert ¬Ľ re√ßoit le nom de ¬ę redoute Brancion ¬Ľ d'apr√®s un colonel tu√© pendant l'attaque[64]. De m√™me, Malakoff est appel√© ¬ę bastion Kornilov ¬Ľ par les Russes en l'honneur de l'amiral Vladimir Kornilov tu√© lors du bombardement du . Un comparatif de la terminologie utilis√©e par les bellig√©rants est fournie par le g√©n√©ral Adolphe Niel qui dirige le g√©nie fran√ßais durant le si√®ge[65].
  9. Gouttman note que la redoute est construite dans la nuit du au mais les autres auteurs donnent la nuit précédente comme date de construction de la position russe[66] - [67] - [62] - [68].
  10. Orlando Figes indique que les Fran√ßais perdent 7 500 hommes le [79].
  11. Le choix d'écarter Bosquet est également lié au fait que ce dernier s'est mal accommodé de la discipline imposée par Pélissier. Il a par exemple remis avec plusieurs jours de retard et sous la menace d'un limogeage son plan d'attaque contre le Mamelon vert et a par la suite omis de transmettre à Pélissier un plan de Malakoff trouvé sur le corps d'un officier russe[84] - [85].
  12. Figes indique que l'attaque britannique fut lancée à 5 h 30[91].
  13. Gouttman note que Pélissier n'ordonna la retraite qu'à 8 h 30[109].
  14. Fletcher et Ishchenko notent que ce nombre était insuffisant pour s'emparer de la position et ajoutent que la plupart des soldats manquaient d'expérience. Ils suggèrent par ailleurs que le choix du 97e régiment d'infanterie pour mener l'assaut était destiné à punir l'unité dont certaines recrues s'étaient enfuies lors d'une attaque russe[134].
  15. Lors de l'attaque de Malakoff, un d√©p√īt de munitions de la fortification explosa et fit craindre aux Fran√ßais que l'ouvrage tout entier √©tait min√©. Un officier britannique aurait alors invit√© Mac Mahon √† se retirer mais ce dernier aurait d√©clar√© ¬ę J'y suis, j'y reste ¬Ľ. Selon d'autres versions, l'officier, pas n√©cessairement britannique, aurait demand√© √† Mac Mahon s'il pensait pouvoir se maintenir dans Malakoff[145]. Guillemin consid√®re que cette phrase est vraisemblablement apocryphe et indique que l'historien Camille Rousset, auteur d'une √©tude d√©taill√©e et riche en anecdotes sur le conflit, n'en fait pas mention[144].
  16. Un plan et un guide de visite du parc sont disponibles sur Gallica.

Références

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Bibliographie

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