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Menelik II

Menelik II (en ge'ez : Šč≥ŠĆ抹õŠčä ŠąĚŠä특ćŠä≠, dagmawi Menilek ) ( - ), n√© sous le nom de Sahle Maryam (en ge'ez : Šą≥ŠąÖŠąą ŠąõŠą≠ŠčꊹĚ), est prince, negus du Choa, puis roi des rois (negusse negest) d'√Čthiopie. Il est √©galement connu sous son nom de cavalier Abba Dagnew (ge'ez : Šä†ŠČ£ Šč≥ŠäėŠčć).

Menelik II
Šč≥ŠĆ抹õŠčä ŠąĚŠä특ćŠä≠
Illustration.
Titre
Roi des rois d'√Čthiopie
‚Äď
(24 ans, 1 mois et 9 jours)
Couronnement
(Entoto Mariam)
Prédécesseur Yohannes IV
Successeur Iyasou V
Negus du Choa
‚Äď [Note 1]
(47 ans et 4 mois)
Prédécesseur Bezabeh
Successeur aucun
Dirigeant du Choa
‚Äď
(1 an)
Prédécesseur Haile Melekot
Successeur Haile Mikaél Sahle Selassié
Biographie
Dynastie Dynastie salomonide
Nom de naissance Sahle Maryam
Date de naissance
Lieu de naissance Ankober, royaume du Choa
Date de décès
Lieu de décès Addis-Abeba,
Empire d'√Čthiopie
Père Haile Melekot
Mère Woizero Atitegeb Wondbewossen
Conjoint Taytu Betul
Enfants Zewditou
Shoaregga
Wossen Seged
Héritier Iyasou

Menelik II
Monarques d'√Čthiopie

Le règne de Menelik II est essentiellement marqué par une politique de modernisation intérieure et d’extension territoriale de l'empire éthiopien donnant au pays sa forme contemporaine. Dans un contexte de menaces par des puissances étrangères, celles-ci visent à constituer un glacis de protection autour des hauts plateaux face au colonialisme. À cet égard, il est notamment connu à l’étranger pour avoir mené les troupes éthiopiennes à la bataille d'Adoua repoussant la pénétration italienne.

Attach√© aux traditions √©thiopiennes et int√©ress√© par les technologies occidentales, il adopte une s√©rie de r√©formes √©conomiques, politiques et sociales afin de pr√©parer l'√Čthiopie au nouveau si√®cle. Les premi√®res √©coles publiques et les premiers h√īpitaux sont construits, des produits europ√©ens apparaissent dans la nouvelle capitale Addis-Abeba qu‚Äôil fonde en 1886 et le pays se dote d'un chemin de fer.

H√©ritier du negus du Choa, Menelik est fait prisonnier et est emmen√© √† l‚Äô√Ęge de douze ans √† la forteresse de Magdala o√Ļ il grandit √† la cour de Tewodros II ; il s'enfuit √† 21 ans pour retourner dans son royaume natal o√Ļ il est couronn√© negus l'ann√©e suivante. √Ä la suite du d√©c√®s de Tewodros II en 1868, Menelik d√©cide d'entreprendre une longue marche vers le tr√īne imp√©rial. Il refuse ainsi de reconna√ģtre le negusse negest Tekle Giyorgis II comme l√©gitime et s'attelle √† renverser son successeur Yohannes IV, mais celui-ci le contraint √† se soumettre en 1878. Limit√© au contr√īle du Choa, Menelik agrandit son royaume et cr√©e une v√©ritable force arm√©e moderne capable de soutenir ses projets imp√©riaux. Il noue des contacts avec des Europ√©ens afin d'importer un mat√©riel militaire performant, une sup√©riorit√© technologique facilitant les premi√®res campagnes lanc√©es en 1879. Dix ann√©es lui suffisent pour repousser les limites du Choa aussi loin que l'Arsi, le Kaffa, le pays Welayta et la ville de Harer ; il remporte notamment les batailles d'Embabo et Chelenqo.

√Ä la suite du d√©c√®s de Yohannes IV √† la bataille de Metemma et apr√®s quelques mois de confrontation avec Mengesha Yohannes, Menelik II, gr√Ęce au soutien de la noblesse √©thiopienne, se fait couronner negusse negest le . Pendant le d√©but de son r√®gne, il poursuit les campagnes d'expansion territoriale qui ne prennent fin qu'en 1900. Ses exp√©ditions sont interrompues en 1895-1896, durant la Premi√®re Guerre italo-√©thiopienne qui l'oppose √† l'Italie. Celle-ci se termine le avec la bataille d'Adoua qui, relat√©e dans la presse internationale, consacre sa stature internationale et fait de son empire le symbole du maintien d'une ind√©pendance africaine face au colonialisme europ√©en.

En 1909, Menelik II est frappé par une grave maladie et se retrouve hors d'état de gouverner. Le pouvoir passe progressivement entre les mains de son épouse, Taytu Betul. Il désigne son petit-fils, ledj Iyasu, comme successeur afin d'éviter un affrontement entre factions politiques. Menelik II décède dans la nuit du 12 au .

Vie privée et familiale

Taytu Betul, épouse de Menelik

Au cours de sa vie Menelik a eu plusieurs √©pouses ; son premier mariage, √† vingt ans avec la princesse Alitash, lui est impos√© par le p√®re de celle-ci, T√©wodros II[1]. Apr√®s s'√™tre √©chapp√© de la forteresse de Magdala, il la quitte et √©pouse une princesse oromo ; leurs deux fils meurent en bas √Ęge[1]. Par la suite, il se marie avec Baffana, une noble shewanne qui tente de le renverser pour placer un de ses fils sur le tr√īne de son mari ; un conseil exige son exil en 1877[1]. Pendant quelques ann√©es, il a diverses liaisons temporaires parmi lesquelles une nouvelle Baffana et une princesse nomm√©e Govet√©[2].

C'est en 1883, lors de la semaine de P√Ęques, que Menelik √©pouse sa femme la plus c√©l√®bre et influente : Taytu Betul, membre de la noblesse et descendante des familles r√©gnantes du Semien, du Godjam et du B√©gemder[3]. Son oncle, le dejazmatch Wube Hayle Maryam a √©t√© le souverain du Tigray et de la majeure partie du Nord de l'√Čthiopie. D√©crite par Harold G. Marcus, comme anim√©e d'un sinc√®re patriotisme √©thiopien, s√Ľre d'elle-m√™me, elle m√®ne le front conservateur strictement attach√© aux traditions nationales et m√©fiante des relations avec les √Čtats √©trangers[3]. Par ailleurs, tant par son style vestimentaire que par son comportement politique, elle donne un poids politique au Gonder et plus g√©n√©ralement au Nord de l'√Čthiopie[3]. Mari√©e pour la quatri√®me fois, elle ne donne aucune descendance √† Menelik[2]. Celui-ci a n√©anmoins deux filles de mariages pr√©c√©dents : Zaoditou Ire (negiste negest de 1917 √† 1930) et Shoaregga, qui √©pouse le ras Mika√©l du Wello[2], union dont na√ģt le lij Iyassou. Un fils, le prince Wossen Seged d√©c√®de durant l'enfance. En 1886, Menelik marie sa fille Zaoditou Ire au fils du negusse negest, le ras Araya Sellassie mais il d√©c√®de, en , sans enfant.

Tout au long de son r√®gne, Menelik est tr√®s proche de son cousin, Mekonnen Welde Mika√©l ; ensemble les deux hommes collaborent sur tous les sujets. P√©trid√®s les consid√®re comme ¬ę les constructeurs de l'√Čthiopie du XXe ¬Ľ[4]. Menelik lui confie plusieurs r√©formes √©conomiques ainsi que la charge de dossiers diplomatiques. La vie familiale de Menelik a des cons√©quences politiques puisque Taytou n'appr√©cie gu√®re la proximit√© de son mari avec son cousin, repr√©sentant de la branche progressiste √©thiopienne. Ainsi, lors de la fin de r√®gne de Menelik, lorsque celui-ci se voit forc√© de choisir un successeur, elle fait pression pour emp√™cher l'arriv√©e sur le tr√īne imp√©rial de Teferi Mekonnen, fils de Mekonnen[5].

Jeunesse de Menelik

Naissance de Menelik et le départ vers Magdala

L'√Čthiopie vers 1850.
Palais de Ménélik, Addis-Ababa, vers 1900.

Le prince Sahle Maryam na√ģt le [Note 2] √† Ankober, dans le Royaume du Shewa (Choa). D√©sign√© comme h√©ritier de la branche shewanne de la dynastie salomonide, il est le fils de Haile Melekot, negus du Shewa, et de Ijigayehu, qui aurait √©t√© une jeune femme travaillant pour Bezabesh, m√®re du souverain. Bezabesh apercevant l'employ√©e du palais enceinte, elle interroge Haile qui reconna√ģt la relation qu'il a eu avec Ijigayehu, lui faisant ainsi esp√©rer la possibilit√© que son fils donne naissance √† un h√©ritier.

√Ä la naissance de Sahle Maryam, un mariage est c√©l√©br√© lors d'une c√©r√©monie civile et Sahle Selassie, heureux d'apprendre cette nouvelle, d√©cide de donner √† son petit-fils le nom de Menelik, lui proph√©tisant un r√®gne glorieux pendant lequel l'Empire √©thiopien serait reconstitu√©[6] - [Note 3]. Initialement, Haile Melekot refuse de reconna√ģtre Menelik, mais Bezabesh intervient en le faisant l√©gitimer par un conseil de parents qui conclut que la ressemblance entre le fils et le p√®re est √©vidente. Une autre version indique que, lors de la naissance de Menelik, Haile Melekot s'est mari√© temporairement avec la jeune femme afin de l√©gitimer la naissance[7]. L'enfant re√ßoit la m√™me √©ducation que son p√®re ; son tuteur est Ato Nadew, qui reste toute sa vie tr√®s proche de Menelik[6].

En , des combats opposent les forces du negusse negest T√©wodros II √† celles de Haile Melekot ; ce dernier se trouve √† Debre Berhan qu'il fait √©vacuer et br√Ľler. Afin de prot√©ger son fils, il ordonne √† un groupe de chefs loyaux shewans, parmi lesquels Darge Sahle Selassie, de fuir avec Menelik vers le plateau de Minjar, situ√© entre les rivi√®res Awash et Kesem. Les troupes de T√©wodros II font pression sur la position occup√©e par les Shewans et obtiennent l'abdication de Darge. En , le negusse negest annexe le Shewa √† l'Empire. Menelik, alors √Ęg√© de 12 ans, Nadaw, Darge et d'autres chefs sont alors captur√©s et emmen√©s au palais de T√©wodros √† Maqdala[8].

La captivité à la forteresse de Magdala

√Ä son arriv√©e √† la cour, Menelik est re√ßu avec tous les honneurs dus √† un prince ; T√©wodros II le traite ¬ę comme un fils ¬Ľ[9], les officiers se montrent respectueux et affichent une certaine admiration[9]. Plus tard, lorsqu'il √©voque cette captivit√©, il d√©clare : ¬ę Bien qu'il ait tu√© mon p√®re et qu'il m'ait emmen√© √† sa cour, il m'a toujours aim√© comme un fils ; il m'√©duquait avec la plus grande attention, et me montrait presque plus d'affection qu'envers son propre fils ¬Ľ ; toujours selon Menelik, T√©wodros II lui a dit ¬ę plus qu'une fois‚Ķ que je r√®gnerais apr√®s lui ¬Ľ[10]. √Ä la cour, Menelik rencontre plusieurs personnalit√©s avec lesquelles il entretient une longue amiti√©, en particulier Ledj Wale, membre de la famille Yejjou et fr√®re de Taytu Betul.

Forteresse de Magdala o√Ļ Menelik √©tait retenu captif.

L'√©ducation de Menelik est assur√©e par l'√Čglise √©thiopienne orthodoxe. En parall√®le, il suit des cours de strat√©gie militaire et d'√©quitation. Sa proximit√© avec les hautes sph√®res de l'administration et du pouvoir lui permet d'acqu√©rir une exp√©rience politique d√®s son plus jeune √Ęge. Il remarque probablement √† cette √©poque certaines erreurs de T√©wodros II, notamment ses relations tendues avec les musulmans qui provoquent une instabilit√© dans le Wello, r√©gion devenue ingouvernable. Il est √©galement marqu√© par les politiques d'unification et de centralisation men√©es par T√©wodros II ; plus tard, il lance une s√©rie de campagnes visant √† constituer un vaste empire. Malgr√© ses d√©saccords avec la conduite des affaires, Menelik se montre serviable envers le negusse negest qui l'√©l√®ve √† la dignit√© de Dejazmatch[11] et √† qui il offre la main de la princesse Alitash[12].

La fuite de Magdala et le retour dans le Choa

Durant son s√©jour √† la cour, Menelik maintient sa volont√© de retourner dans le Choa bien qu'il n'envisage pas cette action tant que T√©wodros II contr√īle la totalit√© de l'Empire. En 1864, l'influence du negusse negest commence √† s'affaiblir ; son exp√©dition punitive contre Ato Bezabeh, qui s'est proclam√© negus du Choa, √©choue[13]. Menelik s'inqui√®te de ce changement malgr√© une d√©claration pass√©e de Bezabeh :

¬ę Si le fils de [mon ancien] ma√ģtre retourne, je devrai lui remettre les r√™nes du pouvoir, mais si quelqu'un d'autre revendiquait le poste, je ne l'abandonnerais pas[14]. ¬Ľ

Le negusse negest Tewodros II entouré de ses lions.

Un retour dans son royaume au moment o√Ļ Bezabeh est solidement install√© au pouvoir pourrait cr√©er des tensions ; par ailleurs, les partisans de son p√®re, Haile Melekot, l'appellent √† revenir le plus rapidement possible[15]. La seule solution semble √™tre la fuite de la forteresse de Magdala ; or certains membres de la cour se doutent de cette d√©cision et en informent T√©wodros II. Celui-ci ne prend aucune mesure sp√©cifique en raison de sa confiance envers Menelik[16].

Le , au milieu de la nuit, Menelik, alors √Ęg√© de 21 ans, et quelques partisans s'√©chappent de la forteresse en passant par le large gouffre entre l'Amba Magdala et le Wello. Au moment du d√©part, Menelik charge une personne de transmettre le message suivant √† la reine Worqitu du Wello, ennemie de T√©wodros II : ¬ę Je suis arriv√©. Envoyez-moi des hommes afin de me recevoir ¬Ľ[17]. √Ä l'aube, il arrive dans le Wello o√Ļ Worqitu a probablement pr√©vu de le capturer afin de l'√©changer contre son fils, un imam, emprisonn√© √† Magdala. La reine du Wello envoie un messager √† T√©wodros II afin de lui pr√©senter la proposition mais le negusse negest a pris connaissance de la fuite et d√©clare : ¬ę la Reine a trouv√© un fils libre ; elle peut se passer de celui qui est encha√ģn√© ¬Ľ[18] et ordonne l'ex√©cution de son fils.

√Ä partir de 1865, une s√©rie d'√©v√©nements provoquent une d√©stabilisation de l'autorit√© de T√©wodros II dont il est lui-m√™me en partie responsable[19]. Une famine frappe les r√©gions du Tigr√© et du B√©gemder[19] ; au d√©but de l'ann√©e 1866, il lance une exp√©dition punitive dont les victimes sont essentiellement civiles[19]. En , il d√©cide de piller Gonder en r√©ponse √† une r√©bellion[19] et, vers la mi-1867, craignant la d√©sertion de ses troupes, il ordonne le massacre de 800 soldats[19] ; ces actions conduisent de nombreux militaires √† rejoindre l'arm√©e de Menelik. √Ä la suite de l'ex√©cution du fils de Worqitu du Wello, celle-ci comprend que la pr√©sence de Menelik est inutile dans sa province mais que s'il monte sur le tr√īne du Shewa, il pourrait √™tre un alli√© important. Elle demande donc √† ses soldats de l'escorter afin qu'il puisse retourner dans son royaume natal[19].

Menelik, negus du Choa

La lutte contre Bezabeh

En , Menelik arrive dans l'Est du Choa avec le noyau de sa nouvelle arm√©e et se proclame Negus[19]. Ato Bezabeh, alors souverain de la province, tente de trouver une alliance aupr√®s de la reine du Wello, Worqitu, en lui disant qu'une fois au pouvoir, Menelik les ferait capturer pour les remettre √† T√©wodros II[19]. Une confrontation a lieu entre Menelik et Bezabeh, lors de la bataille de Qewet[20], la plupart des soldats choisissent de se joindre au camp du premier[21] et le second fuit vers Amba Afqara[22] ; cette victoire rapporte √† Menelik 1 000 mousquets auxquels s'ajoutent 1 000 armes √† feu et 3 canons trouv√©s √† Kebrat Amba[21]. Lorsqu'il arrive √† Ankober, il est accueilli par une population en liesse et un clerg√© heureux de sa venue[23]. Bezabeh d√©cide de demander pardon, sa requ√™te, soutenue par des pr√™tres et d'influentes personnalit√©s politiques[21], est accept√©e par Menelik qui lui offre le fief d'Abba Motti en √©change de cette soumission[24].

Portrait de Menelik II.

D√®s le d√©but de son r√®gne, Menelik se veut conciliateur et magnanime envers ses ennemis[21] ; il travaille pacifiquement avec l'administration choanne d√©j√† en fonction. Par la suite, m√™me lorsqu'il acc√®de au tr√īne imp√©rial, il privil√©gie toujours le dialogue afin d'√©viter la guerre et les effusions de sang[21]. La priorit√© est alors √† la consolidation de son autorit√© en raison des menaces externes que repr√©sentent les offensives oromos toujours plus nombreuses[25]. Au pouvoir, il abolit diverses r√©formes de Tewodros II[25], son attitude conciliatrice se retrouve dans sa tol√©rance religieuse envers les musulmans et les animistes[26]. Afin d'assurer ce respect, l'√©dit suivant est promulgu√© :

¬ę Tout d√©bat religieux est interdit dans le Choa o√Ļ tous les cultes sont libres ; tout pr√™tre √©thiopien reconnu coupable d'avoir provoqu√© une controverse religieuse sera puni de mort[27]. ¬Ľ

Ce texte vise √©galement √† mettre fin au d√©bat entre les religieux favorables √† la th√©orie de la double naissance du Christ et ceux favorables √† la th√©orie de la triple naissance[26]. Une fois son autorit√© bien √©tablie, Menelik veut en finir avec Bezabeh qui continue √† troubler le royaume dont il se pr√©tend toujours negus ; par ailleurs, on apprend qu'il conspire avec les Oromos[26]. Menelik porte l'affaire devant un tribunal estimant que les preuves de tra√ģtrise sont suffisantes[26] et, malgr√© son refus d'√©vacuer son arm√©e d'Amba Afqara, Bezabeh se pr√©sente devant la justice. Devant le conseil convoqu√© pour l'occasion, Menelik commence la s√©ance avec la d√©claration suivante :

  • ¬ę Je d√©pose trois plaintes contre Bezabeh : 1, il m'a attaqu√© lorsqu'√† mon retour d'exil, il refusa de me remettre l'alga [tr√īne] de mon p√®re ; 2, apr√®s l'avoir pardonn√© pour l'amour de Dieu, on a d√©couvert qu'il complotait contre mon alga, dans ma ville o√Ļ il est rest√© ; 3, en accord avec son peuple, il refuse maintenant d'abandonner mon amba [mont] et il a tu√© mes soldats. Et maintenant, sages et chefs, examinez son cas et jugez entre lui et moi ¬Ľ[28].

Par la suite, Bezabeh est condamn√© √† mort et abattu, ses soldats rejoignent l'arm√©e du negus[26] : en 1866, Menelik contr√īle la totalit√© du royaume, au moment m√™me o√Ļ Tewodros II pille Gonder et voit la fin de son r√®gne approcher.

La chute de Téwodros II

D√®s son arriv√©e sur le tr√īne du Choa, Menelik affirme clairement ses ambitions imp√©riales. Ainsi, lorsque, vers septembre/[29], il √©crit une lettre au p√®re Guglielmo Massaia, un missionnaire italien catholique √† Aden, il se pr√©sente comme le ¬ę Roi des Rois ¬Ľ[30]. Dans deux autres lettres pr√©c√©demment envoy√©es √† la reine Victoria[31], il se pr√©sente, selon les Britanniques, sous le titre de ¬ę Sultan Negus ¬Ľ[29], une interpr√©tation incorrecte du titre ¬ę Roi des Rois ¬Ľ. Dans les deux lettres, il annonce sa succession au tr√īne de son p√®re ; dans celle adress√©e √† Victoria, il demande la r√©ouverture des relations entre la Grande-Bretagne et le Choa[29] pour √™tre reconnu par Londres avant d'entreprendre toute action √† l'encontre de T√©wodros II. Menelik compte lib√©rer les Europ√©ens emprisonn√©s √† Magdala par T√©wodros afin d'obtenir un soutien mat√©riel (notamment des armes modernes) de la France et de la Grande-Bretagne[29]. En coop√©ration avec la reine Worqitu qui cherche √† contr√īler le Wello, Menelik lance une exp√©dition et arrive, le , avec 30 000 soldats pr√®s de Magdala[29]. Sous pr√©texte de l'√©puisement des troupes, il se retire le [29] sans avoir livr√© bataille ; en r√©alit√©, il a appris l'arriv√©e de T√©wodros II et les manŇďuvres d'un autre pr√©tendant au tr√īne : Wagshum Gobaze, post√© avec ses troupes √† environ 50 km de Magdala[32]. Ce dernier quitte la r√©gion apr√®s avoir pris connaissance du d√©part de Menelik ; tous deux craignent l'arm√©e de T√©wodros II, malgr√© son r√©cent affaiblissement[33].

L'incendie de la forteresse de Magdala par les troupes de Napier (au premier plan), London Illustrated News, 1868

Lors de l'exp√©dition de Napier, celui-ci envoie une lettre √† Menelik dans le but d'expliquer la pr√©sence britannique : ¬ę Nous ne venons pas pour la [l'√Čthiopie] conqu√©rir, ni pour la soumettre √† notre gouvernement, mais uniquement pour lib√©rer nos fr√®res injustement d√©tenus par Th√©odore ¬Ľ[34]. Robert Napier, commandant de l'exp√©dition, avertit le negus du Choa que si T√©wodros II se r√©fugie dans son royaume ou s'il re√ßoit une quelconque aide de sa part, les troupes britanniques p√©n√®trent dans son territoire[35]. Menelik d√©cide de recevoir le missionnaire Massaia afin d'√©couter ses conseils et celui-ci confirme que les Britanniques s'en sortent vainqueurs m√™me si l'ensemble de l'√Čthiopie s'unit et se tient pr√™te √† d√©fendre T√©wodros II[36]. Menelik r√©pond que la majorit√© des √Čthiopiens ne soutient plus le negusse negest bien qu'une intervention √©trang√®re puisse rallier bon nombre de seigneurs locaux √† la cause du souverain[35] ; par ailleurs, en tant que prince √©thiopien, il est personnellement oblig√© de d√©fendre toute violation des fronti√®res de l'Empire. La semaine suivante, Menelik et ses troupes quittent Warra Hailu pour le Wello et rejoignent l'arm√©e de Worqitu[35] pour se diriger vers Magdala. Alors qu'il a assur√© aux Britanniques l'aide du Choa, Menelik d√©cide finalement de retourner dans le Wello, apparemment pour f√™ter P√Ęques[35], sans avoir soutenu la Grande-Bretagne[37]. Outre la volont√© de ne pas prendre un trop grand risque en s'alliant avec les Britanniques[38], Menelik se sent incapable d'an√©antir l'homme qui l'a trait√© comme un fils[38]. Finalement, au cours de l'exp√©dition, T√©wodros II, refusant l'id√©e d'√™tre prisonnier des Anglais, se donne la mort.

Menelik avoue plus tard √† Massaia avoir √©t√© attrist√© par cet √©v√©nement. Le missionnaire, √©tonn√©, l'interroge sur l'organisation du jour de c√©l√©bration √† la suite du d√©c√®s. Menelik r√©pond qu'il a souhait√© ¬ę satisfaire les passions du peuple ¬Ľ[38] et rappelle qu'il n'a pas particip√© aux festivit√©s mais qu'il s'est rendu dans une for√™t pour y pleurer la mort pr√©matur√©e de l'homme qui l'a √©duqu√© et envers qui il a toujours √©prouv√© un sentiment d'affction filiale[39] ; l'id√©e de trahir Tewodros lui a v√©ritablement r√©pugn√©[38]. Son unique pr√©occupation a √©t√© la d√©fense des int√©r√™ts du Choa ; toutefois, lorsqu'il apprend que Dejazmach Kassa, plus tard Yohannes IV, a apport√© une aide essentielle aux Britanniques, Menelik dissimule mal sa col√®re en voyant le tr√īne imp√©rial s'√©loigner[38]. La mort de T√©wodros II marque le d√©but d'une phase de confrontation entre Wagshum Gobaze, Dejazmach Kassa et Menelik.

Le combat entre Tekle Giyorgis II et Yohannes IV
Yohannes IV (à gauche).

Pouss√©s tous deux par leurs ambitions imp√©riales, Menelik entre indirectement en conflit avec Kassa Mercha, futur empereur Yohannes IV ; or ce dernier a tir√© profit de l'exp√©dition de Napier puisqu'il dispose d'un avantage militaire consid√©rable gr√Ęce aux armes offertes par les Britanniques en √©change de l'aide qu'il leur a apport√©e. Apr√®s le couronnement ill√©gal de Wagshum Gobaze √† la mi-[40] sous le nom de Tekle Giyorgis II, Menelik revendique √† son tour le titre de negusse negest[41] ; un geste tout symbolique lui permettant d'exprimer des aspirations plut√īt que d'affirmer une situation r√©elle[42].

La véritable lutte se joue pour l'instant entre Kassa et Tekle Giyorgis II qui recherche l'appui du negus du Choa[43] et de son importante armée bien équipée[44]. Menelik comprend qu'un conflit entre les deux principaux prétendants pourrait les affaiblir voir amener à leur anéantissement et choisit de n'apporter aucun soutien au negusse negest[43]. Celui-ci marche avec ses troupes vers le Choa, sans aucune volonté d'attaquer, il stationne dans le Wello et reçoit des lettres et présents de la part de Menelik[43]. Bien que non satisfait de ces gestes, Tekle Giyorgis II quitte la province après avoir appris que Kassa marche vers le nord[43], il compte affronter la menace que ce dernier représente. Après deux batailles, le [43] et le [45], Tekle Giyorgis est capturé et emprisonné ; Kassa sort grandement renforcé en hommes et en armes et, le , il est couronné negusse negest à Aksoum sous le nom de Yohannes IV[45].

Pendant que les deux pr√©tendants s'affrontent, Menelik ne reste pas inactif ; √† la fin de l'ann√©e 1868[45], apr√®s la mort de Worqitu, il commence la pacification du Wello, la province tampon entre le Choa et le Tigr√©. Il fonde les ketemas (villes de garnison) strat√©giques de Were Ilu et Enawari[45] qui servent de bases √† des offensives dans les zones toujours sous contr√īle de la nouvelle reine Mestewat, jug√©e non fiable[45], et son fils Abba Wato. Pour le poste de gouverneur du Wello, Menelik apporte son soutien √† un parent de Mestewat et Worqitu : Mahammad Ali, plus tard ras Mikael ; le negus du Choa obtient par ailleurs le soutien du Dejazmatch Wale qu'il nomme gouverneur du Yejju[45]. L'influence politique de Menelik se rapproche du Tigr√© au nord[46]. √Ä la mi-, alors que Kassa et Tekle Giyorgis s'affrontent, Menelik se trouve √† la fronti√®re du B√©gemder √† la t√™te d'une arm√©e constitu√©e de soldats choans et du Wello[47] ; il s'est d√©plac√© afin de ¬ę profiter de toute √©ventualit√© ¬Ľ[48]. N√©anmoins, ses plans √©chouent en raison d'une r√©bellion de la reine Mestewat[47] ; son fils, commandant dans l'arm√©e de Menelik, quitte les rangs avec ses hommes et se dirige vers Magdala[47]. Affaibli par ce retrait, Menelik retourne dans le Choa, d√©vaste par la suite le Wello[47] mais ne parvient pas √† d√©loger Abba Wato de Magdala[49].

√Ä la suite de ces interventions, Menelik ne peut se permettre d'affronter Yohannes IV. Ce dernier a grandement b√©n√©fici√© de sa victoire sur Tekle Giyorgis : il dispose de nouvelles armes et les soldats captur√©s sont int√©gr√©s √† son arm√©e[47]. La priorit√© pour le nouveau negusse negest est la stabilisation du B√©gemder et du Godjam ; le Choa ne constitue pas, pour l'instant, un √©l√©ment essentiel pour Yohannes IV[47]. Par ailleurs, Menelik dispose d'une bonne arm√©e[47] dont la cavalerie est le point fort. N√©anmoins, le couronnement de Yohannes IV est une v√©ritable preuve de l'√©chec des politiques et de la diplomatie de Menelik : il ne re√ßoit aucune aide militaire de la part des Britanniques, l'affrontement entre Yohannes IV et Tekle Giyorgis ne lui a rien apport√©, pire encore, il a assist√© √† l'arriv√©e sur le tr√īne d'un nouveau souverain. Bien qu'oblig√© de lutter contre un negusse negest l√©gitime, les ambitions imp√©riales de Menelik ne sont pas affect√©es[47]. Il re√ßoit tout d'abord le ras Wolde Maryam, auparavant partisan de Yohannes IV, et l'envoie dans le B√©gemder o√Ļ il doit lever une arm√©e et organiser une r√©bellion[47]. Il se met √©galement √† participer √† des festins qu'il pr√©pare et o√Ļ des nobles de la ville de Liche, des militaires et des membres du clerg√© sont invit√©s ; des chefs viennent m√™me du Godjam, de Gonder ou du Tigr√©[50]. Un vaste festin a co√Ľt√©, selon un officiel, plus de 15 000 thalers[50], une somme consid√©rable pour l'√©poque. Menelik confie : ¬ę Kassa‚Ķ a battu Tekle Giyorgis avec des canons ; je l'ai combattu avec des thalers, du tej et du brindo [viande crue], et je suis certain de le vaincre ¬Ľ[51].

Cependant, il sait que d√ģners et r√©ceptions ne peuvent suffire et souhaite acqu√©rir des armes au moins aussi performantes que celles de Yohannes IV ; pour cela, il doit accro√ģtre ses ressources financi√®res. Le negus du Choa est riche en cheptel et terres, mais annuellement, le million de thalers disponible[50] est utilis√© pour le fonctionnement de l'administration et l'arm√©e[52]. Le difficile acc√®s √† la mer l'emp√™che de vendre les richesses du Sud-Ouest (dont le musc et l'ivoire)[53]. Le d√©veloppement du commerce est largement frein√© par les lois et coutumes archa√Įques[50] du Royaume, il est difficile pour les marchands europ√©ens de faire des affaires face √† une population et un clerg√© conservateurs[54]. Dans ces conditions, une hausse des revenus commerciaux n'est pas envisag√©e comme une ressource suffisante afin de moderniser son arm√©e[50].

La guerre avec l'√Čgypte, la tentative de renversement Yohannes IV
Le kh√©dive Isma√Įl Pacha aupr√®s de qui Menelik tente de trouver une alliance pour renverser Yohannes IV.

Avec l'arriv√©e de l'√Čgypte dans la Corne de l'Afrique, une occasion de se d√©barrasser de Yohannes IV se pr√©sente ; les premiers contacts sont √©tablis par alaqa Birru, un dissident ayant fui les provinces contr√īl√©es par le negusse negest[55] et qui sugg√®re √† Menelik de coop√©rer avec les √Čgyptiens alors install√©s sur le bord de la mer Rouge[56]. Menelik s'adresse aux fils d'Abu Parka Pasha qu'il envoie au Caire pour y n√©gocier une alliance avec le kh√©dive Isma√Įl Pacha ; toutefois, les archives √©gyptiennes n'√©voquent pas cet accord. Certaines sources[Note 4] affirment qu'alaqa Birru a servi d'interm√©diaire entre Menelik et Munzinger et plus tard le kh√©dive[57].

Un plan d'encerclement militaire de Yohannes IV aurait alors √©t√© √©labor√© ; celui-ci, forc√© de se rendre, aurait alors √©t√© contraint de laisser le tr√īne imp√©rial √† Menelik, les √Čgyptiens auraient en √©change quant √† eux pris possession d'une partie du Tigr√©[58]. L'existence de tels arrangements semble confirm√©e par l'attitude du kh√©dive Isma√Įl Pacha, puisqu'au d√©but des ann√©es 1870, celui-ci n'a toujours pas reconnu Yohannes IV comme negusse negest[59], une d√©faite de celui-ci face aux √Čgyptiens aurait constitu√© une occasion unique pour le negus du Choa.

En 1873, Menelik l√®ve une importante arm√©e pour en finir avec les r√©voltes d'Abba Wato qui demande le soutien de Yohannes IV ; en 1874-1875, celui-ci a √©tabli son autorit√© sur tout le Nord[59] et est m√™me parvenu √† obtenir le soutien de Dejazmatch Adal[59] du Godjam. Yohannes IV profite de l'appel d'Abba Wato pour tenter de forcer Menelik √† le reconna√ģtre negusse negest[60].

N√©anmoins, apprenant que les √Čgyptiens avancent de Mitsiwa vers l'int√©rieur des terres, Menelik se d√©tourne d'Abba Wato. Ce dernier est finalement emprisonn√© par Menelik qui prend la forteresse de Magdala[60]. Il nomme Mahammad Ali, gouverneur du Wello √† qui les chefs locaux font all√©geance ainsi qu'au negus du Choa en [60], lors de la f√™te de Mesqel[61]. Pendant la c√©r√©monie, Menelik appelle √† la tol√©rance religieuse :

¬ę Les populations du Wello, bien qu'elles soient aujourd'hui musulmanes, deviendront dans deux ou trois ans nos fr√®res par le bapt√™me ou la communion‚Ķ Ne les ha√Įssez pas‚Ķ ne soyez pas irrit√©s si des musulmans viennent √† vos domiciles[62]. ¬Ľ

Par ailleurs, le nouveau gouverneur du Wello et le negus du Choa partagent leur repas, rompant ainsi les traditions religieuses[60] - [Note 5] ; cette volont√© de cohabitation et de tol√©rance religieuse caract√©rise la position de Menelik par rapport √† Tewodros et facilite l'unification de l'Empire sur lequel il r√®gne[60]. N√©anmoins, ces ¬ę beaux plans et fervents espoirs ¬Ľ d'√™tre negusse negest ¬ę partent en fum√©e ¬Ľ[63] √† la suite des victoires de Yohannes IV lors des batailles de Gundet et de Gura. La d√©faite √©gyptienne convainc la majorit√© des √Čthiopiens, notamment des Choans, de la supr√©matie militaire du negusse negest qui profite des victoires pour accro√ģtre son arsenal[64]. Menelik pr√©pare une marche vers le nord, l'absence de soutien de la part des populations l'am√®ne √† retourner dans son royaume[64]. Cet √©chec est partiellement d√Ľ √† son incapacit√© √† se procurer des armes et munitions malgr√© plusieurs tentatives ; c'est l'occasion de cr√©er des premiers contacts avec des pays europ√©ens[64].

Les raisons de l'échec

Outre la sup√©riorit√© en armes de son rival, l'√©chec de Menelik est la cons√©quence des troubles internes au Choa[65]. En 1877[65], une r√©bellion, provoqu√©e par Baffana, √©pouse de Menelik, d√©bute dans le royaume. Baffana souhaite voir un de ses fils succ√©der √† son p√®re sur le tr√īne du Choa mais Menelik tente d'imposer Mesheshe Seyfu[65], son premier cousin. Apr√®s avoir bri√®vement quitt√© le Royaume, ce dernier revient et se r√©concilie avec Baffana en √©change de ses terres ; n√©anmoins, apr√®s l'intervention d'un conseil, elles lui sont √† nouveau remises[66]. Enfin, le , Menelik fait emprisonner Meshesha √† Gontcho dans l'Argobba, son √©pouse Baffana lui a d√©clar√© que son premier cousin pourrait √™tre un tra√ģtre ; √† la suite de cette sanction √† l'encontre de Meshesha, Menelik perd d'importants soutiens[66]. √Ä cette question de succession, s'ajoute une pol√©mique religieuse : Baffana, tout comme Yohannes IV, est partisane de la doctrine de la double naissance du Christ, appel√©e Qarra Haymanot, selon laquelle, il ne faut pas diviser la nature humaine et la nature divine du Christ[66] (une nature venant du P√®re et une autre de la Sainte Vierge). Menelik est quant √† lui favorable √† la doctrine de la triple naissance, nomm√©e Sost Lidat[66], de Debre Lebanos[67], qui soutient que le Christ est n√© du P√®re, de l'op√©ration du Saint-Esprit et apr√®s neuf mois de la Vierge Marie[67]. En qu√™te d'unit√© nationale, Yohannes IV doit n√©cessairement unifier religieusement le pays ; Baffana propose au negusse negest de renverser Menelik[67]. Son plan consiste √† profiter du d√©part de son √©poux vers le nord, d√©part auquel elle l'aurait pouss√©, pour placer Meridazmatch Haile sur le tr√īne pendant la saison des pluies afin que Menelik ne puisse retourner dans le Choa[67]. Celui-ci aurait √©t√© battu par Yohannes IV qui aurait √† son tour renvers√© Haile pour le remplacer par un des fils de Baffana, alors r√©gente jusqu'√† la majorit√© d'un des h√©ritiers[67].

Elle pousse Menelik √† lancer une campagne vers le nord contre Yohannes IV, or cette exp√©dition est mal v√©cue par des troupes choannes fatigu√©es des conqu√™tes et peu enthousiastes √† l'id√©e de traverser des territoires ennemis pour ensuite d√©fier des forces mieux √©quip√©es[67]. La campagne est tout de m√™me lanc√©e et Menelik quitte le Choa. Au m√™me moment, Haile entre √† Ankober o√Ļ il se fait proclamer negus du Choa[68]. Un affrontement s'ensuit entre les troupes d'Azzaj Wolde Tsadeq et le Dejazmatch Germame, les officiels √† qui Menelik avaient d√©l√©gu√© provisoirement le pouvoir et les forces du roi nouvellement proclam√©[68]. Apr√®s deux confrontations, Haile est captur√© apr√®s la bataille du [68] et emprisonn√© √† Ankober[68]. Menelik ne suspecte aucune complicit√© de Baffana dans cette tentative et la nomme r√©gente par un √©dit jusqu'√† son retour[68], il lui remet le pouvoir afin qu'elle r√©tablisse l'ordre dans son royaume[69]. La tentative ayant √©chou√©, Meshesha est lib√©r√© et s'empare du mont Tamo, une position strat√©gique[69]. Le retour dans le Choa de Menelik, le [69] n'est pas la cons√©quence des activit√©s de son √©pouse, il a quitt√© le Godjam lorsqu'il a appris que Yohannes IV s'y avance pour soutenir le ras Adal Tessema[69]. Une fois dans le Choa, Menelik croit encore en son √©pouse et, apr√®s un bref si√®ge sur Tamo, il demande √† Massaia de conduire une m√©diation avec Meshesha[69]. Un conseil exige entre autres l'exil de Baffana, une d√©cision refus√©e par Menelik alors qu'il part en campagne contre Mahammad Ali, r√©cemment alli√© avec Yohannes IV[70]. Apr√®s une victoire de Menelik sur les troupes du gouverneur du Wello, une c√©r√©monie de r√©conciliation est organis√©e le √† Liche pendant laquelle Meshesha est pardonn√©[70]. Par ailleurs, il autorise l'exil de Baffana[70] dans un village lointain bien qu'il ne croie toujours pas qu'elle l'a trahi et qu'elle s'est rebell√©e.

Le traité de Wadara
Le ras Mekonnen, cousin de Menelik II.
Palais du Ras Mäkonnen, principal chef de l'armée éthiopienne, vers1900.

Au d√©but de l'ann√©e 1878, Yohannes IV marche vers le Choa ; Menelik tente d'obtenir la paix mais les conditions pos√©es par le negusse negest sont trop nombreuses : la d√©portation de Massaia, l'obligation de ravitailler l'arm√©e imp√©riale lors de l'occupation du Choa, un tribut annuel de 500 esclaves, 50 000 thalers, 500 mulets, 1 000 chevaux, 50 000 t√™tes de b√©tail ainsi que d'importantes quantit√©s de grains, de viande et de beurre[70]. Par ailleurs, Menelik doit accorder √† l'arm√©e imp√©riale le libre passage sur son territoire vers Debre Lebanos ; enfin, il doit se pr√©senter, d√©v√™tu jusqu'√† la taille avec une pierre √† son cou devant le negusse negest afin d'implorer son pardon et pr√™ter serment de fid√©lit√©[70]. Dans ces conditions, une confrontation arm√©e semble √™tre la seule issue.

√Ä la fin du mois de janvier 1878, Yohannes IV entre dans le Menz et Menelik publie un d√©cret de mobilisation : les soldats doivent se trouver sur le champ de bataille avant le [70]. Les enfants et personnes √Ęg√©es sont √©vacu√©s de l'√©ventuelle zone de guerre et la totalit√© du tr√©sor du Choa est envoy√© √† Feqra Gemb[71].

Le [71], Menelik et son arm√©e quittent Liche pour se rendre dans la r√©gion entre les rivi√®res Engolla et Facho[71]. Entre le 6 et le , les troupes s'affrontent sporadiquement puis Menelik se retire vers Liche o√Ļ un conseil est tenu le . Trois jours plus tard, les repr√©sentants des deux parties commencent les n√©gociations[71]. Une s√©rie de gestes r√©conciliateurs des deux camps s'ensuivent et un trait√© est sign√© le [71] : le trait√© de Wadara[72].

Parmi les principales conditions pour la paix, Menelik doit de se soumettre formellement, une pierre autour du cou comme le veut la tradition[72], devant le negusse negest, renon√ßant ainsi √† ses ambitions imp√©riales. En √©change, le negus du Choa obtient une partie consid√©rable du Wello[71]. Apr√®s avoir fait acte de soumission, Menelik discute seul avec Yohannes IV et est couronn√© quelques jours plus tard negus du Choa[72]. Le [73], Yohannes IV annonce officiellement la c√©l√©bration du couronnement de Menelik en tant que negus du Choa devenant ainsi le premier de sa dynastie √† recevoir le consentement officiel du negusse negest pour porter le titre de Negus ; la c√©r√©monie se d√©roule dans une large tente, devant de nombreux officiels[73]. Le negusse negest reconna√ģt, selon ses propres paroles, Menelik comme ¬ę roi et ma√ģtre d'une terre conquise et poss√©d√©e par vos anc√™tres ¬Ľ. Il d√©clare √©galement que quiconque ¬ę s'attaque √† votre royaume s'attaque √† moi, quiconque vous fait la guerre la fait √† moi. Vous √™tes par cons√©quent mon fils a√ģn√© ¬Ľ[74]. Quelques mois plus tard, Menelik envoie un magnifique tribut √† Yohannes IV qui aurait pleur√© et d√©clar√© : ¬ę C'est seulement aujourd'hui que je suis Empereur ¬Ľ[73] - [75]. Malgr√© cette soumission et le tribut √† payer, le negus du Choa et son royaume n'ont subi aucun dommage important, l'arm√©e est rest√©e intacte, tout comme sa volont√© de devenir le prochain negusse negest[73].

La première phase d'extension territoriale

Negus Tekle Haimanot du Gojam, défait par Menelik à la bataille d'Embabo.

Menelik, restreint √† l'administration du Choa, a trois objectifs en t√™te : √©tendre le domaine de la couronne, le d√©fendre face au colonialisme et am√©liorer les structures du royaume en le menant vers la modernisation. Si sa d√©faite face √† Yohannes IV l'a contraint √† patienter avant l'acc√®s au tr√īne imp√©rial, elle ne lui a gu√®re emp√™ch√© de viser les territoires √† l'ouest, au sud et √† l'est. L'organisation de campagnes s'explique par des besoins financiers (augmenter les recettes fiscales en conqu√©rant de nouveaux territoires) et commerciaux : le Choa souhaite contr√īler le Sud, riche en ressources naturelles et dominer les routes menant vers les march√©s portuaires de Zeilah, Obock et Tadjourah[76].

Enfin, la menace coloniale européenne constitue un argument supplémentaire pour que Menelik II se lance à la conquête des provinces visées par les puissances étrangères afin de constituer un glacis de protection tout autour du haut plateau ; lors de ces campagnes, les détracteurs de Menelik n'hésitent pas l'accuser de colonialisme à rebours[76].

Première phase d'extension territoriale jusqu'à la mort de Yohannes IV

Durant ces premières campagnes, de 1879 à 1884, les conquêtes se déroulent sur trois axes :

  • le premier, le long de la vall√©e du Rift : le royaume Hadiya, les territoires habit√©s par les Kambata, les Silt√©, et les Welaytas ;
  • le second axe, en direction de l'Arsi et du plateau du Bal√© : la conqu√™te d√©bute vers 1881 mais ne s'ach√®ve qu'en 1890. En 1881, le Ras Gobena Dachi force le Kaffa √† payer un tribut ; Jimma, Limmu, Gera et Guma deviennent des r√©gions tributaires. Les troupes du Ras Darge Sahle Selassi√© font face √† la r√©sistance des Arsis qui c√®dent provisoirement en 1883 puis totalement en 1886, lorsque leur territoire passe sous contr√īle choan. Le plateau du Harar, occup√© √† partir de 1887, et l'ensemble des terres somalis constituent les derniers territoires conquis ;
  • le troisi√®me axe, en direction de l'ouest, vers le Soudan : en 1886, alors que Menelik d√©place sa capitale vers Addis-Abeba, Ras Gobena Dachi occupe le Wollega et l'ann√©e suivante, l'arm√©e choanne int√®gre l'Illubabor. Les fronti√®res occidentales sont repouss√©es jusqu'√† la rivi√®re Gibe.

Deux grandes batailles se déroulent durant cette première phase d'expansion :

  • la bataille d'Embabo a lieu le 6[77] ou [78] 1882, d'apr√®s les sources : elle voit la d√©faite et le renvoi des terres oromos du negus Tekle Haimanot du Gojam. La victoire choanne est en r√©alit√© double puisque outre le fait qu'elle assure √† Menelik la domination du Sud-Ouest, une zone travers√©e par les marchands √©trangers (principalement fran√ßais), elle envoie un message indirect mais clair √† Yohannes IV, soutien de Tekle Haimanot : le negus du Choa maintient des ambitions imp√©riales ;
  • le , √† la suite de la d√©faite de l'√©mir Abd Allah II ibn Ali Abd ash-Shakur √† la bataille de Chelenqo, Harar est annex√©e au royaume du Choa. Il s'agit d'une victoire importante au niveau commercial en raison de la pr√©sence de commer√ßants √©trangers et de la proximit√© de la ville avec les ports de Zeilah et Berbera. Par ailleurs, Chelenqo constitue un succ√®s strat√©gique puisque Harar constitue le point de d√©part des campagnes durant la conqu√™te de l'Ogaden.

Menelik II, negusse negest d'√Čthiopie

Menelik II en costume impérial.

√Ä la suite du d√©c√®s de Yohannes IV, le , la voie √† la succession s'ouvre : le ras Mengesha Yohannes et Menelik sont les deux pr√©tendants au tr√īne imp√©rial.

Le , soutenu par la grande majorit√© de la noblesse √©thiopienne, Sahle Maryam est couronn√© Negusse negest d'√Čthiopie sous le nom de Menelik II avec les titres de roi des rois d'√Čthiopie, lion conqu√©rant de la tribu de Juda, √©lu de Dieu. Il fait face √† une querelle ancienne, mettant aux prises les branches du Shewa et de Gonder quant √† la l√©gitimit√© du pouvoir. Menelik justifie son couronnement en rappelant que sa propre branche descend de Salomon par la lign√©e masculine, alors que la branche de Gonder, celle de Yohannes IV, en descend par la lign√©e f√©minine. Les deux branches ont ainsi autant de droits √† r√©gner l'une que l'autre, bien que la lign√©e gonderienne e√Ľt √©t√© plus ancienne.

La poursuite de l'extension de l'Empire

Extension territoriale jusqu'au déclenchement de la guerre avec l'Italie.
Retour des armées du Ras Wolde Giyorgis après la conquête du Kaffa.

Arriv√© sur le tr√īne imp√©rial, Menelik lance une deuxi√®me p√©riode de conqu√™tes territoriales, interrompue en 1896 par le conflit avec l'Italie. Ces campagnes qui d√©butent en 1894 visent √† r√©pondre √† deux probl√®mes principaux : d'une part la grande famine Kifou Qen (¬ę √©poque terrible ¬Ľ)[79] ; de l'autre, le probl√®me des pr√™ts et de la dette.

Au d√©but de l'ann√©e 1887, une famine, caus√©e par l'√©pid√©mie de peste bovine de 1885, ravage le Nord du pays jusqu'en 1892[80]. Chass√©s par la famine, les survivants √©migrent vers le sud dans les territoires r√©cemment int√©gr√©s au Shewa ; parmi les √©migrants, de nombreux soldats tigr√©ens et gonderiens rejoignent l'arm√©e de Menelik. Au m√™me moment, le gouvernement italien demande le paiement d'une dette de 4 millions de lires contract√©e en 1890[80]. Pour r√©soudre la crise, Menelik d√©cide de repousser les limites du Sud : en 1889, la totalit√© du pays Gouragu√© est annex√© ; le Bal√©, le Sidamo (sans le Borana), l'Ogaden et le Welayta sont occup√©s √† partir de 1891 puis int√©gr√©s √† l'Empire. Le Ras Wolde Giyorgis Abboye conquiert le Konta et le Kulo ; en 1893, l'int√©gration du Kambata, occup√© depuis 1890, s'ach√®ve. En 1894, l'int√©gration des nouveaux territoires se poursuit : le Ras Gobena Dachi vers le sud-ouest, le Ras Mekonnen Wolde Mikael au Harer et dans l'Ogaden, le Ras Wolde Giyorgis Abboye au Kaffa, dans la province de Gofa ; la m√™me ann√©e, le Wollamo est conquis.

La guerre contre l'Italie

Menelik II à la bataille d'Adoua, par le peintre Paul Buffet.

La guerre avec l'Italie est l'unique conflit de Menelik II avec un pays europ√©en et un des seuls de l'Histoire √©thiopienne impliquant un pays hors de la r√©gion. Le point de d√©part de cette guerre est la d√©nonciation du trait√© de Wuchale ratifi√© en 1889 avec l'Italie. Le diff√©rend concerne l'article XVII, qui dans la version italienne place l'√Čthiopie sous protectorat alors que la version amharique ne parle que d'une possibilit√© pour Menelik d'utiliser Rome pour voie de communication avec les puissances europ√©ennes[81]. Le , le trait√© est d√©nonc√© par l'Empire √©thiopien et le lendemain, une lettre √©crite aux puissances europ√©ennes informe que l'√Čthiopie rejette toute forme de protectorat[82].

Deux premiers affrontements ont lieu en dans la province du Tigr√©, les Italiens sortent √† chaque fois victorieux des confrontations contre Mengesha Yohannes. Un appel √† la mobilisation g√©n√©rale contre les forces coloniales est lanc√© le . En l'espace de deux mois, une centaine de milliers de soldats sont rassembl√©s en des points strat√©giques du pays (Addis Ababa, Were Ilu, Ashenge, et Meqel√©)[83]. La situation se retourne puisqu'en et en , les √Čthiopiens, alors sous commandement du Ras Mekonnen Welde Mika√©l infligent deux d√©faites aux Italiens √† Amba Alagi et √† Meqel√©.

Enfin, les commandants des deux arm√©es, Menelik et Oreste Baratieri se rencontrent √† Adoua, le ; la bataille dure un jour entier √† la fin duquel les Italiens, battus par des soldats bien plus nombreux et ayant souffert pr√®s de 70 % de pertes dans leurs rangs, se retirent du territoire √©thiopien[84]. Le , l'√Čthiopie et le royaume d'Italie signent le trait√© d'Addis-Abeba assurant l'ind√©pendance de l'Empire de Menelik[85]. Cette victoire historique assure au negusse negest une reconnaissance internationale et consacre son prestige; elle permet, pendant quelque temps, de mettre son pays au centre de la sc√®ne mondiale[86]. Renforc√© par un succ√®s contre un √©tat √©tranger, il d√©cide de poursuivre les campagnes d'expansion territoriale.

La dernière phase d'extension

√Ä la suite de la victoire d'Adoua, Menelik lance une troisi√®me et derni√®re phase de conqu√™tes de 1896 √† 1900[80]. Le conflit avec l'Italie l'a confort√© dans l'imp√©ratif de cr√©er un glacis de protection face au colonialisme. En 1896-1897, des exp√©ditions sont lanc√©es dans le Borana (√† c√īt√© du Sidamo). Dans le m√™me temps Fitawrari Habte Giyorgis apr√®s avoir fait construire un fort √† Mega contr√īle le pays konso. La province du Kaffa r√©siste initialement et refuse de payer le tribut avant d'√™tre enti√®rement conquise. En 1898, le Beni Shangul et la fronti√®re avec le Soudan sont contr√īl√©s, le ras Wolde Giyorgis Abboye soumet le Goldea et le Maji, il atteint le lac Rudolf (aujourd'hui lac Turkana). Enfin, toujours la m√™me ann√©e, le Ras Tassama int√®gre le Massonge et le Gimirra. Plus tard, en 1899, le Dejazmach Leontieff, un Russe, m√®ne des exp√©ditions le long de la fronti√®re sud du lac Rudolf. Ainsi s'ach√®vent deux d√©cennies de campagnes militaires.

Une intégration difficile mais couronnée de succès

Extension territoriale suivant la guerre avec l'Italie et définition des frontières.

Globalement, l'int√©gration des nouveaux territoires est r√©ussie, bien que les paysans subissent de lourds imp√īts couvrant les d√©penses de la cour imp√©riale, du clerg√©, de l'arm√©e et des propri√©taires terriens[87]. Diverses r√©gions ont accept√© l'int√©gration volontaire : on peut citer le royaume de Jimma ainsi que certains zones du Wellega ; en contrepartie, les clans dominants locaux gardent un certain pouvoir. Ces derniers partagent l'administration avec les naftagna, des fusiliers s'installant dans les nouveaux territoires afin d'en assurer la d√©fense. L'ing√©rence des naftagna dans la gestion des affaires affaiblit l'influence des chefs traditionnels auxquels la population doit toujours all√©geance. Toutefois, l'uniformisation des imp√īts et l'√©tablissement d'une justice plus formelle assurent la stabilit√© : c'est la pax √¶thiopica[88].

En revanche, plusieurs territoires, dont le Welayta, le Kaffa et le Guimira, refusent la soumission volontaire ; dans ces cas, les anciens chefs perdent tout privil√®ge, leurs terres et parfois leur libert√©. L'arm√©e int√®gre ces provinces avec une violence militaire entra√ģnant de nombreuses victimes et la destruction de certaines cultures. Malgr√© la participation d'Oromos et de Gouragu√©s, la soumission d'autres peuples s'apparente √† une conqu√™te exclusivement amhara. En effet, l'Empire tente d'assimiler les populations conquises, la majorit√© des soldats parlent l'amharique et sont des chr√©tiens orthodoxes. Les campagnes ont marqu√© les m√©moires des nations conquises, 90 % des Oromos se retrouvent sous administration imp√©riale[42] devenant ainsi, d√©mographiquement, le premier peuple d'√Čthiopie. Les √©lites locales, influenc√©es par la diffusion de concepts d'√©galit√© des peuples, r√©sistent quelque temps, rendant les conqu√™tes plus longues et difficiles que pr√©vu.

L'importance des conquêtes menées par Menelik
  • Empire √©thiopien avant les conqu√™tes de Menelik II (1875)
  • Empire √©thiopien apr√®s les conqu√™tes

√Ä la suite des campagnes, Menelik II a chang√© en profondeur la structure politico-sociale d'un empire sur lequel il r√®gne, empire trois fois plus vaste que le domaine de la couronne du Shewa vers 1880 soit 1 000 000 km2, des hauts plateaux jusqu'aux basses terres les plus chaudes. L'administration, essentiellement militaire, de l'Empire se fonde en grande partie sur les ketemas, des villes garnisons qui, plus tard, donnent naissance √† des villes d'importance r√©gionale telles que Yirgalem dans le Sidamo ou Goba dans le Bal√©. Les ketemas sont toujours construites √† plus de 1 000 m d'altitude, afin d'y installer les naftagna, originaires des hauts plateaux, qui redoutent les pestilences (surtout la malaria) et le climat des basses terres.

L'√Čthiopie a r√©ussi l'exploit de cr√©er un vaste empire au moment pr√©cis o√Ļ les puissances europ√©ennes se partagent la Corne de l'Afrique. Le succ√®s de Menelik II s'explique par l'int√©gration des Oromos du Shewa et des Gouragu√©s dans son administration et dans les hauts postes militaires, lui permettant de lever une arm√©e beaucoup plus importante que s'il s'√©tait limit√© √† recruter des Amharas. Par ailleurs, √† la suite des d√©c√®s de Tewodros II et de Tekle Giyorgis II, de nombreux soldats d√©sŇďuvr√©s et d'anciens mercenaires viennent gonfler les rangs de l'arm√©e √©quip√©e des meilleurs fusils. Enfin, la personnalit√© m√™me de Menelik contribue au succ√®s des campagnes. Il s'implique personnellement et se rend lui-m√™me sur les champs de bataille, tout en s'entourant des g√©n√©raux les plus brillants dont le Ras Mekonnen Wolde Mikael ou encore le Ras Gobena Dachi.

Dès la fin du règne de Yohannes IV, la cour du Shewa devient un centre d'influence majeur éthiopien, aussi bien au niveau national qu'international. Des diplomates, des marchands, des aventuriers, beaucoup d'étrangers se rendent à la cour d'Entoto (notamment le jeune poète Arthur Rimbaud et le peintre Paul Buffet parmi les Français); parmi ceux-là, certains échangent leurs armes contre des produits naturels. La France et l'Italie, entre autres, font ainsi entrer de nombreuses armes modernes dans le royaume du Shewa, permettant aux troupes de Menelik de disposer d'une supériorité technique.

La modernisation de l'Empire

Gravure représentant Menelik II, accompagné de son entourage, inspectant le chemin de fer.

Menelik II, conscient de la port√©e de la victoire d'Adoua, sait que la seule force militaire ne peut prot√©ger son empire. Ainsi, sans l'√©laboration d'un v√©ritable plan global, l'√Čthiopie entre dans une phase de modernisation, un bouleversement s'expliquant entre autres par l'int√©r√™t du souverain pour les nouvelles technologies. Une partie de l'aristocratie imp√©riale, repr√©sent√©e par Taytu Betul, accueille avec vigilance voire r√©ticence l'arriv√©e massive des techniques occidentales. √Ä l'inverse, une autre fraction de la noblesse, dont le ras Mekonnen Wolde Mikael, marqu√© par ses voyages en Europe en 1896 et en 1902, se montre bien plus ouverte √† cette modernisation. Afin de ne point effrayer les conservateurs et par conviction personnelle, Menelik s'attelle √† maintenir la culture √©thiopienne et ses traditions.

Au niveau des transports et des communications, des routes (Addis-Abeba - Addis-Alem et Dire Dawa - Harer) ainsi que des ponts sont construits ; dans la capitale, les v√©los, import√©s par Bentley et C. Halle, font leur apparition en et les automobiles y sont introduites en par A. Holtz[89]. Le symbole par excellence reste le chemin de fer franco-√©thiopien (aujourd'hui djibouto-√©thiopien) dont la construction, d√©but√©e en 1897, se termine en 1917. Un syst√®me postal est fond√© en 1893[90] et des bureaux de postes ouvrent l'ann√©e suivante. Le bureau central, tenu par des Fran√ßais, d√©veloppe le service urbain ; deux ans plus tard, l'√Čthiopie adh√®re √† l'Union postale universelle[89]. Dans le domaine de l'√©ducation, on b√Ętit des √©coles publiques : la premi√®re en 1906[91], une seconde en 1908 (√©cole Menelik II d'Addis Abeba) enfin une troisi√®me √† Harer ; par ailleurs, en 1894, des √©tudiants partent √† l'√©tranger pour la premi√®re fois, certains vont jusqu'en Russie. Au niveau sanitaire, on lance une campagne de vaccination contre la variole en 1898 ; on construit divers h√īpitaux : celui de la Croix-Rouge russe (1897), l'h√īpital Ras Mekonnen √† Harer (1902) et l'h√īpital Menelik II (1910).

La modernisation touche √©galement le secteur √©conomique : en 1892, on r√©organise le r√©gime des imp√īts[92]. Le nouveau syst√®me de taxation (gebbar maderia)[Note 6], diff√®re qualitativement par les soldes aux arm√©es, l'administration des revenus et l'approvisionnement des troupes, avec le syst√®me existant sous les r√®gnes de ses pr√©d√©cesseurs. Celui-ci est bien plus fortement centralis√©, le taux de taxation est directement reli√© aux besoins militaires en se fondant sur une mesure des besoins d'un soldat ordinaire, et le soldat, devenu propri√©taire devient directement responsable de son propre ravitaillement. D√®s lors, les taxes fonci√®res passent sous l'administration directe des ras. Cette forme de taxation s√©curise les soldes des arm√©es et facilite une mobilisation accrue √† la fois de la paysannerie et des Ras locaux. Le syst√®me contr√īl√© directement par l'√Čtat se r√©v√®le en outre beaucoup plus flexible (facilitant le transfert des ressources d'une r√©gion √† l'autre), et permet une √©l√©vation consid√©rable des revenus de l'Empire √©thiopien. En 1894 est mise en place une forme de taxation universelle, la taxe Asrat[83], qui s'applique aussi bien aux nobles locaux qu'aux soldats et aux propri√©taires.

L'ancien syst√®me mon√©taire, li√© au thaler Marie-Th√©r√®se d'Autriche, est remplac√© par un nouveau, bas√© sur le thaler de Menelik, apparu en 1894 et frapp√© √† Paris puis √† Addis Abeba, √† partir de 1897, o√Ļ l'ing√©nieur autrichien Willy Henze y a install√© une fabrique un an auparavant. En 1903, un institut d'√©mission produisant la monnaie est cr√©√©. Deux ans plus tard, en mars, la Bank of Abyssinia voit le jour ; rapidement, les √Čthiopiens la surnomment y√© ingliz bank[90] (¬ę la banque anglaise ¬Ľ, en amharique), en r√©f√©rence aux capitaux anglais qui y op√®rent par l'entremise de l'√Čgypte. La banque contr√īle le syst√®me financier national et d√®s 1914, les premiers billets de banque sont imprim√©s.

En 1908, à la suite d'une réforme judiciaire, le pays est divisé en six districts, chacun maintenant un contact avec le Shewa et comprenant deux wember (juges) nommés par le negusse negest[93]. Lors d'un désaccord entre deux juges, l'affaire est portée devant l'Afe negus, un juge suprême. En outre, la réforme prévoit la nomination par le tribunal de deux fonctionnaires chargés de rédiger et garder les minutes des actes de procédure (l'équivalent du greffier).

Enfin, au niveau politique, un Cabinet des ministres est instaur√© le , son premier pr√©sident est le Fitawrari Habte Giyorgis[94]. Initialement symbolique, l'institution se trouve confront√©e √† un certain enracinement r√©gional de la royaut√©, on consid√®re toujours la cour d'Addis Abeba comme la cour du Shewa[95] et non la cour nationale. N√©anmoins, le Cabinet parvient √† progressivement acqu√©rir une vie propre. Plus g√©n√©ralement, d'autres √©l√©ments participent √† cette p√©riode de modernisation : une presse √©crite est fond√©e en 1911[92], des h√ītels et des restaurants apparaissent dans la capitale qui devient une ville cosmopolite : des commer√ßants, des marchands, des manufacturiers et des aventuriers viennent de toute part (Arm√©niens, Y√©m√©nites, Grecs, Indiens, Fran√ßais, etc.)

Succession et décès

Le mausol√©e o√Ļ reposent Menelik II, sa femme et sa fille.

En 1906, deux évènements importants annoncent la fin du règne de Menelik : une première attaque d'apoplexie et la mort de Ras Mekonnen, décrit par Berhanou Abebe comme l'artisan de la diplomatie du negusse negest[96]. Le décès de son cousin a grandement affecté Menelik qui a passé trois jours enfermé à pleurer cette perte[97]. Ainsi, la création en 1907 du Cabinet des ministres répond à l'inquiétude de laisser l'Empire, défendu par les armes et la diplomatie, sans une institution capable de le gérer[96]. Frappé à nouveau en , la dernière attaque en met fin aux activités de Menelik, qui se retrouve paralysé et à peine capable de parler.

Couronne de l'empereur Ménélik II, musée national d'Addis-Abeba.

La question de la succession est suivie de pr√®s par l'√©pouse du souverain, Taytou, qui souhaite faire basculer le pouvoir imp√©rial vers Gonder, sa r√©gion d'origine, et sa famille, celle des Yejjou. Le , lors de la proclamation du testament de Menelik, Iyassou est d√©sign√© h√©ritier pr√©somptif, un geste cens√© calmer les diverses factions s'affrontant[96]. Toutefois, au dernier instant, Taytou parvient √† faire modifier le testament pour que l'h√©ritier soit d√©sign√© par le mot ledj√© (¬ę mon enfant ¬Ľ, en amharique) de fa√ßon √† entretenir l'ambigu√Įt√© entre Iyassou, petit-fils de Menelik, et Zaouditou I, fille du souverain[96]. L'objectif de Taytou est d'√©carter Iyassou du pouvoir, en effet celui-ci est le fils de Ras Mika√©l, gouverneur du Wello, et elle craint que l'arriv√©e au pouvoir du jeune ledj ne renforce cette province au d√©triment du Nord de l'Empire. Zaoditou, quant √† elle, est l'√©pouse de Gougsa Wel√©, neveu de Taytou, elle esp√®re donc que le fils √©ventuel du nouveau couple imp√©rial puisse rapidement arriver au tr√īne afin de r√©tablir la dynastie des Yedjous[98].

Le , le Conseil des ministres fait proclamer le testament en y intégrant le nom de Iyassou et en désignant Ras Bitwoded Tessema Nadew comme régent[98]. Le pouvoir reste de facto entre les mains de Taytou, au chevet de Menelik ; pour se débarrasser de son influence, les vétérans de l'armée du negusse negest se réunissent le et décident de donner deux choix à l'épouse du souverain : la relégation dans l'enceinte de l'église d'Entoto ou le droit de rester auprès de Menelik sans s'occuper des affaires politiques[98]. Une semaine plus tard, elle accepte la deuxième solution. En , le pouvoir a officiellement quitté les mains de Menelik pour être exercé par Tessema Nadew jusqu'à son décès le [99].

Pendant ce temps, l'√©tat de sant√© de Menelik empire ; les hauts dignitaires se sont inqui√©t√©s le , lorsqu'il est rest√© pr√®s de quatre heures totalement inconscient[100]. La r√©gence ne se d√©roule pas comme pr√©vu et apr√®s le d√©c√®s de Tessema, Iyassou appara√ģt comme l'unique h√©ritier potentiel[101]. De 1910 √† 1913, la mort du souverain est annonc√©e √† plusieurs reprises, √† chaque fois √† tort ; c'est au cours de la nuit du 12 au que Menelik II d√©c√®de[102]. Il repose aujourd'hui dans un mausol√©e √† Addis-Abeba, au palais M√©n√©lik.

Culture populaire

Menelik II appara√ģt comme dirigeant de la nation √©thiopienne dans le pass New Frontier du jeu vid√©o Civilization VI.

Annexes

Notes

  1. À partir du 3 novembre 1889, Menelik II règne en tant que roi des rois de tout l'Empire éthiopien.
  2. Harold G. Marcus [1995], p. 7. C'est, du moins, la date √† laquelle √©tait c√©l√©br√© son anniversaire. Harold Marcus cite d'autres sources qui nous donnent des dates diff√©rentes : le 17 ao√Ľt 1844, selon la Chronique du R√®gne de M√©n√©lik II, Roi des Rois d'√Čthiopie (Paris, 1930) ; le 11 ao√Ľt 1836, selon Ya-galla Tarik d'Atme ; le 13 ao√Ľt 1843, dans la G√©n√©alogie de la dynastie salomonienne du Choa, Le semeur d'√Čthiopie (juin 1907).
  3. Menelik Ier est le fils de Salomon et de la Reine de Saba, fondateur de la dynastie salomonide ; en l'appelant Menelik, Sahle Selassie voit en son petit-fils un souverain qui doit marquer √©ternellement l'histoire d'√Čthiopie.
  4. Un accord est pr√©sent dans diverses sources √©crites amhariques et ge'ez mais se retrouve √©galement dans des sources orales dont un ancien proche de Menelik. Ya-galla Tarik, Atme, ii. 91 ; ¬ę parmi les sources orales, un homme ayant travaill√© comme serviteur dans la cour de Menelik dix ans apr√®s les n√©gociations et qui a entendu plusieurs membres de la cour parler du complot ayant √©chou√© ¬Ľ : cit√© dans Harold G. Marcus, [1995], p. 38.
  5. Traditionnellement, les chrétiens et les musulmans ne partagent pas la nourriture d'un même repas.
  6. Pour une compr√©hension plus approfondie des syst√®mes fonciers rist gult et gebbar maderia, s'en r√©f√©rer √† l'article d√©di√© : syst√®me de propri√©t√© fonci√®re en √Čthiopie.

Références

  1. S. Pierre Pétridès [1963], p. 293.
  2. S. Pierre Pétridès [1963], p. 294.
  3. Harold G. Marcus [1995] p. 72.
  4. S. Pierre Pétridès [1963], p. 28.
  5. S. Pierre Pétridès [1963], p. 297.
  6. Harold G. Marcus [1995], p. 16.
  7. Harold G. Marcus [1995], p. 17.
  8. Harold G. Marcus [1995], p. 19.
  9. Propos de l'Alaqa Walda Maryam repris dans : The History of King Theodors, Journal of the Royal African society, 6, 1906-1907, 15 ; cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 23.
  10. Guglielmo Massaia, I miei trentacinque anni di missione nell'alta Etiopia, Tivoli, 1928, IX, 28, cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 23.
  11. Harold G. Marcus, [1995], p. 23.
  12. Henry A. Stern, The Captive Missionary, Londres, n.d, 219, cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 23.
  13. Harold G. Marcus [1995], p. 23.
  14. Gebre Selassie, Chronique du r√®gne de M√©n√©lik II : roi des rois d'√Čthiopie, i. 97, cit√© dans Harold G. Marcus [1995], p. 24.
  15. Harold G. Marcus [1995], p. 24.
  16. Guglielmo Massaia, I miei trentacinque anni di missione nell’alta Etiopia, Tivoli, 1928, IX, 28, cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 24.
  17. Gebre Selassie, Chronique du r√®gne de M√©n√©lik II : roi des rois d'√Čthiopie, i. 102, cit√© dans Harold G. Marcus [1995], p. 24.
  18. Henry A. Stern, The Captive Missionary, Londres, n.d, 220-221, cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 24.
  19. Harold G. Marcus [1995], p. 25.
  20. Berhanou Abebe [1998], p. 97.
  21. Harold G. Marcus [1995], p. 26.
  22. Dabtara Assaggakhan, Letter, 14 janvier 1866, dans Fusella, Lettere, i. 82 ; cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 26.
  23. Antoni Cecchi, Da Zeila alle frontiere del Caffa, Rome, 1886, i. 263 ; cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 26.
  24. Gebre Selassie, Chronique du r√®gne de M√©n√©lik II : roi des rois d'√Čthiopie, i. 104, cit√© dans Harold G. Marcus [1995], p. 26.
  25. Guglielmo Massaia, I miei trentacinque anni di missione nell'alta Etiopia, Tivoli, 1928, IX, 74 ; cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 27.
  26. Harold G. Marcus [1995], p. 27.
  27. M. L. Louis-Lande, ¬ę Un Voyageur fran√ßais dans l'√Čthiopie m√©ridionale ¬Ľ, Revue des deux Mondes, 30, 1878, 886 ; cit√© dans Harold G. Marcus [1995], p. 27.
  28. Gebre Selassie, Chronique du r√®gne de M√©n√©lik II : roi des rois d'√Čthiopie, i. 106 ; cit√© dans Harold G. Marcus [1995], p. 27.
  29. Harold G. Marcus [1995], p. 28.
  30. Menelik to Massaia, septembre ou octobre 1867, Annales franciscaines ; cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 28.
  31. Menelik to Queen Victoria, and Menelik to the ruler of Aden, Blue Books, Correspondence Respecting Abyssinia (1846-1868), LXXII, Doc. 792, enclosures 1 and 2 ; cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 28.
  32. Hormuzd Rassam, Narrative of the British Mission to Theodore, King of Abyssinia, Londres, 1869, ii, 251, cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 29.
  33. Ya-galla Tarik, Atme, (unpubli. MS), ii. 82 ; cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 29.
  34. Massaia, Trentacinque anni, viii, 172 ; cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 29.
  35. Harold G. Marcus [1995], p. 29.
  36. Massaia, Trentacinque anni, viii, 173 ; cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 29.
  37. Massaia, Trentacinque anni, viii, 174 ; cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 29.
  38. Harold G. Marcus [1995], p. 30.
  39. Massaia, Trentacinque anni, ix, 28 ; cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 30.
  40. Harold G. Marcus [1995], p. 33.
  41. Massaia, I miei trentacinque anni di missione nell'alta Etiopia, ix 34 ; cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 33.
  42. L'√Čthiopie contemporaine, sous la direction de G√©rard Prunier, √©dition Karthala, 2007, p. 96.
  43. Harold G. Marcus [1995], p. 34.
  44. ¬ę Dejatch Kassa √† Napoleon III ¬Ľ, 10 mars 1870, Archives fran√ßaises, M√©moires, Addi Makwanti, 62, 3 ; cit√© dans Harold G. Marcus [1995], p. 34.
  45. Harold G. Marcus [1995], p. 35.
  46. Gebre Selassie, Chronique du r√®gne de M√©n√©lik II : roi des rois d'√Čthiopie, i. 121 ; cit√© dans Harold G. Marcus [1995], p. 35.
  47. Harold G. Marcus [1995], p. 36.
  48. Lettre de Mgr Taurin au R.P. L√©on des Avanchers [31 d√©cembre 1871], Le Semeur d'√Čthiopie, 5, 1909, 619 ; cit√© dans Harold G. Marcus [1995], p. 36.
  49. Antoni Cecchi, Da Zeila alle frontiere del Caffa, Rome, 1886, i. 268-9 ; cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 36.
  50. Harold G. Marcus [1995], p. 37.
  51. Massaia, I miei trentacinque anni di missione nell'alta Etiopia, ix. 106 ; cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 37.
  52. Massaia, I miei trentacinque anni di missione nell'alta Etiopia, ix. 135 ; cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 37.
  53. Massaia, Corrispondenza da Scioha, BGSI, 10, 1873, 33 ; cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 37.
  54. Eine deutsch-abessinische Compagnie, Das Ausland, 48, 1875, 684 ; cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 37.
  55. Harold G. Marcus [1995], p. 38.
  56. Pellegrino Matteucci, In Abissinia, viaggio di Pellegrino Matteucci, Milan, 1880, p. 185 ; cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 38.
  57. Père Trouvier au Cardinal Franchi de Propaganda fide, Keren, 6 juin 1876, Archives Apostoliques, Asmara, 3/1 ; cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 38.
  58. Massaia, I miei trentacinque anni di missione nell'alta Etiopia, ix. 169-70 ; cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 38.
  59. Harold G. Marcus [1995], p. 39.
  60. Harold G. Marcus [1995], p. 40.
  61. Antoni Cecchi, Da Zeila alle frontiere del Caffa, Rome, 1886, i. 269 ; cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 40.
  62. Gebre Selassie, Chronique du r√®gne de M√©n√©lik II : roi des rois d'√Čthiopie, i. 123 ; cit√© dans Harold G. Marcus [1995], p. 40.
  63. Massaia, I miei trentacinque anni di missione nell'alta Etiopia, ix. 174 ; cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 40.
  64. Harold G. Marcus [1995], p. 42.
  65. Harold G. Marcus, [1995], p. 48.
  66. Harold G. Marcus [1995], p. 49.
  67. Harold G. Marcus [1995], p. 50.
  68. Harold G. Marcus [1995], p. 51.
  69. Harold G. Marcus, op. cit., p. 52.
  70. Harold G. Marcus [1995], p. 53.
  71. Harold G. Marcus [1995], p. 54.
  72. Harold G. Marcus [1995], p. 55.
  73. Harold G. Marcus [1995], p. 56.
  74. Massaia, I miei trentacinque anni di missione nell'alta Etiopia, ix 10 ; cité dans Harold G. Marcus, The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Lawrenceville, Red Sea Press, 1995, p. 56.
  75. Massaia, I miei trentacinque anni di missione nell'alta Etiopia, ix 46 ; cité dans Harold G. Marcus [1995], p. 56.
  76. Berhanou Abebe [1998], p. 124.
  77. Berhanou Abebe [1998], p. 125.
  78. Ethiopia, A short illustrated history, Ministry of Education and Fine Arts, Berhanena Selam Haile Selassie I printing press, Addis Abeba, 1969, p. 131.
  79. Gérard Prunier, op. cit., p. 103.
  80. Berhanou Abebe [1998], p. 126.
  81. Richard Pankhurst, Historic images of Ethiopia, Shama books, Addis Abeba, 2005, p. 87.
  82. Richard Pankhurst, op. cit., p. 89.
  83. Tsegaye Tegenu, The Logistic Base and Military Strategy of the Ethiopian Army: the Campaign and Battle of Adwa, September 1895-February 1896.
  84. Harold G. Marcus, A History of Ethiopia, University of California Press, 2002, p. 99.
  85. Richard Pankhurst, Wiley-Blackwell, The Ethiopians : A History, 2001, p. 192.
  86. Bahru Zewde, James Currey, A History of Modern Ethiopia, 1855-1991, Londres, 2002, p. 81.
  87. Berhanou Abebe [1998], p. 128.
  88. Berhanou Abebe [1998], p. 127.
  89. Berhanou Abebe [1998], p. 139.
  90. Berhanou Abebe [1998], p. 138.
  91. Gérard Prunier, op. cit., p. 106.
  92. Ethiopia, A short illustrated history, Ministry of Education and Fine Arts, Berhanena Selam Haile Selassie I printing press, Addis Abeba, 1969, p. 128.
  93. Berhanou Abebe [1998], p. 136.
  94. Harold G. Marcus, op. cit., p. 227.
  95. Gérard Prunier, op. cit., p. 107.
  96. Berhanou Abebe [1998], p. 143.
  97. S. Pierre Pétridès [1963], p. 283.
  98. Berhanou Abebe [1998], p. 144.
  99. Berhanou Abebe [1998], p. 145.
  100. Harold G. Marcus, op. cit., p. 249.
  101. Harold G. Marcus, op. cit., p. 251.
  102. Harold G. Marcus, op. cit., p. 261.

Ouvrages généraux

Ouvrages spécialisés

  • Gebre Selassie, Tesfa Selassie et Maurice de Coppet, Chronique du r√®gne de M√©n√©lik II : roi des rois d'√Čthiopie, Maisonneuve fr√®res, 1930, 796 p.
  • (it) Guglielmo Massaia, I miei trentacinque anni di missione nell'alta Etiopia, Roma, Coop. tipografica Manuzio, 1921-1930.
  • Gebre-Heywet Baykedagne, L'Empereur M√©n√©lik et l'√Čthiopie (trad. Beletou Kebede et Jacques Bureau), Maison des √©tudes √©thiopiennes, Addis Abeba ; Institut national des langues et civilisations orientales, Paris, 1993, 55 p. (reproduction de l'√©dition amharique de 1912, suivie de la traduction fran√ßaise).
  • (en) Harold G. Marcus, The Life and Times of Menelik II: Ethiopia, 1844-1913, Red Sea Press, 1995 (1re √©d. Clarendon Press, Oxford, 1975, XII+298 p.), 306 p. (ISBN 978-1569020098). Document utilis√© pour la r√©daction de l‚Äôarticle
  • √Čtienne M√©rab, Impressions d'√Čthiopie : l'Abyssinie sous M√©n√©lik II, H. Libert, 1929.
  • Henry de Monfreid, M√©n√©lik tel qu'il fut, B. Grasset, Paris, 1954, 255 p.
  • (en) Mikael Muehlbauer, ‚ÄúThe Rhinoceros Horn Beakers of Menelik II of Ethiopia: Materiality, Ritual and Kingship, ‚ÄĚ West 86th: A Journal of Decorative Arts, Design History, and Material Culture 26. 1, 61-79.
  • S. Pierre P√©trid√®s, Le H√©ros d'Adoua. Ras Makonnen, prince d'√Čthiopie, Paris, Plon, 1963, 314 p.
  • Jean-Paul Besse, M√©n√©lik II, l'Unificateur : soleil de l'√Čthiopie, Versailles, Via Romana, 2021, 170 p. (ISBN 978-2372711814).

Articles

Documents historiques

  • (am) Lettre du negusse negest Menelik II au roi Nicholas II de Russie, dat√© du , sur le site des archives nationales d'Addis Abeba [lire en ligne]

Articles connexes

Liens externes

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