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TĂ©wodros II

TĂ©wodros II (en amharique : ዳግማዊ á‰Žá‹Žá‹”áˆźáˆ”, Degmawi TĂ©wodros ; Ă©galement appelĂ© ዓፄ á‰Žá‹Žá‹”áˆźáˆ”, AtsĂ© TĂ©wodros ), 1818 - , nĂ© Kassa Hailou (en ge'ez : áŠ«áˆł ሃይሉ), est un militaire et un homme d'État Ă©thiopien, roi des rois (negusse negest) du jusqu'Ă  sa mort. Il est Ă©galement connu sous son nom de cavalier Abba Tateq (en ge'ez : አባ ታጠቅ). En raison de ses exploits militaires, TĂ©wodros est aussi surnommĂ© Meysaw (en ge'ez : መይሳው, en français : « le courageux »).

Tewodros II
ዳግማዊ á‰Žá‹Žá‹”áˆźáˆ”
Illustration.
Titre
Roi des rois d'Éthiopie
–
(13 ans, 2 mois et 2 jours)
Prédécesseur Sahle Dengel
Successeur Tekle Giyorgis II
Biographie
Nom de naissance Kassa Hailou
Date de naissance
Lieu de naissance Charghe, Province du Qwara, Éthiopie
Date de décÚs
Lieu de décÚs Meqdela, Province du Wello, Empire éthiopien
PĂšre Hailou Welde Giyorgis
MĂšre Woyzero Attetegab
Conjoint Tewabech Ali
Terouwerq Woubé
Enfants Prince Alemayehou
Monarques d'Éthiopie

Téwodros naßt en 1818 à Charghe dans la province du Qwara, vers l'ouest de Gonder, alors capitale d'un Empire éthiopien divisé par les guerres des seigneurs du Zemene Mesafent. Son pÚre, Hailou Welde Giyorgis, est gouverneur de sa province natale et un militaire tout comme son oncle Kenfou Hailou. AprÚs une brÚve éducation dans un monastÚre, Téwodros intÚgre l'armée de Kenfou puis celle de Goshou Zewde du Godjam. Vers 1845, face à la fulgurante ascension de Téwodros, Menen lui offre le poste de gouverneur du Qwara et la main de sa petite-fille, Tewabetch Ali.

En 1852, Téwodros se lance dans une campagne pendant laquelle il bat les seigneurs du Nord les uns aprÚs les autres. Le , Kassa Hailou est couronné sous le nom de Téwodros II. Son couronnement marque la fin du Zemene Mesafent, le début de l'histoire moderne du pays et l'initialisation du processus de centralisation achevé sous Hailé Sélassié Ier. Ainsi, il ne se contente pas d'unifier le Nord du pays ; il lance deux campagnes, la premiÚre vers le Wello et la seconde vers le Shewa. En 1856, Téwodros rÚgne sur l'ensemble de l'Empire éthiopien véritablement unifié.

Durant son rÚgne, il introduit diverses réformes de modernisation. Il publie des édits contre l'esclavage, bùtit les premiÚres routes et organise un systÚme politique et fiscal centralisé. Il constitue une véritable armée nationale, remplaçant les diverses forces régionales. Cette vague de réformes inquiÚte les seigneurs locaux, habitués à un pouvoir impérial faible et, dÚs 1860, plusieurs chefs entrent en rébellion.

La mĂȘme annĂ©e, il perd le soutien de l'Église Ă©thiopienne orthodoxe, en ordonnant la redistribution de ses terres aux paysans. Au fur et Ă  mesure, le negusse negest voit son pouvoir dĂ©stabilisĂ©. Il rĂ©prime les mouvements de rĂ©volte, et il enferme des EuropĂ©ens Ă  la suite d'un diffĂ©rend diplomatique avec le Royaume-Uni.

En , le Royaume-Uni organise une expĂ©dition menĂ©e par Robert Napier, afin de libĂ©rer les captifs enfermĂ©s Ă  la forteresse de Meqdela. Le , l'ultime assaut est lancĂ© sur le quartier gĂ©nĂ©ral du negusse negest, qui a refusĂ© de se soumettre formellement au Royaume-Uni. TĂ©wodros saisit alors son revolver et se donne la mort. S'il n'a su appliquer la majoritĂ© des rĂ©formes engagĂ©es, TĂ©wodros reste pour les Éthiopiens un dirigeant remarquable et un grand militaire, dĂ©fenseur d'une patrie unifiĂ©e et moderne.

Vie privée et familiale

TĂ©wodros est le fils de Hailou Welde Giyorgis, gouverneur de la province du Qwara et militaire dĂ©cĂ©dĂ© lors d'une confrontation contre les Soudanais[1]. Sa mĂšre vend du kosso[Note 1]. AprĂšs le dĂ©part de son mari, elle entre dans les ordres et vit dans l'observance du vƓu de pauvretĂ©[1]. Son oncle, le dejazmatch Kenfon est Ă©galement un militaire rĂ©putĂ©. Tewodros est un parent du dejazmatch Marou du Dembiya, un des grands chefs du Zemene Mesafent dĂ©cĂ©dĂ© en 1827, lors de la bataille de Kossober[2].

TĂ©wodros se marie en 1847[3] avec Tewabech Ali, une « jeune princesse du Yedjou » qui « avait quinze ans et se faisait remarquer tant par sa beautĂ© que par ses qualitĂ©s du cƓur et d'esprit »[4]. Il devient ainsi amatch[Note 2] du plus puissant des ras du Zemene Mesafent : Ras Ali II[4]. Les jeunes Ă©poux s'aiment sincĂšrement, mais les relations avec la famille de Tewabetch sont mauvaises. Ainsi, lors de sa rĂ©volte contre Ali et Menen, grand-mĂšre de Tewabetch, TĂ©wodros est soutenu par son Ă©pouse.

Leul Alemayehou TĂ©wodros, fils de TĂ©wodros II.

En 1856, aprÚs sa campagne dans le Shewa, Téwodros est informé du mauvais état de santé de sa femme[5]. Il compte la voir, mais Tewabech décÚde, en 1858, alors qu'il est en route ; en son honneur, Téwodros compose cette complainte[6] :

Je vous en prie, demandez-moi, avant qu'elle ne s'Ă©loigne,
Si Etégé Tewabetch ne fut pas à la fois épouse et servante !
Celle qui Ă©tait dans le secret de bien des choses est morte hier ;
Elle qui me servait, comme un repas, le remÚde [à mes préoccupations].

En , Téwodros rencontre sa deuxiÚme épouse[7]. Alors qu'il se repose prÚs de l'église de Deresgé, un soldat croise une femme, dont il s'empresse de parler au negusse negest en ces termes : « Sire j'ai trouvé une femme dont le visage est aussi radieux que le soleil[8]. » La jeune fille, amenée au palais, est présentée à la cour. Il s'agit de Terounesh Woubé, la fille de Dejazmatch Woubé Hayle Mariyam[8]. Téwodros la contemple et déclare : « En vérité, cette personne-là est de l'or pur »[8]. Le mariage est également politique puisque Woubé, son beau-pÚre, est un ancien dirigeant du Tegré, région qui sort d'une rébellion[9].

TĂ©wodros a une fille, Alitash, et un fils, Alemayehou. Il marie sa fille avec Menelik, lorsque ce dernier est Ă©levĂ© Ă  Meqdela, entre 1856 et 1865[10]. Son fils est nĂ© en 1861, il grandit avec Menelik Ă  la cour impĂ©riale. Il l'Ă©lĂšve Ă  la dignitĂ© de dejazmatch[11] vers 1865. Il le couronne Leul le [12]. AprĂšs l'expĂ©dition de Napier, Alemayehou est emmenĂ© au Royaume-Uni, oĂč il meurt en 1879.

Jeunesse de TĂ©wodros II

Naissance et Ă©ducation

TĂ©wodros naĂźt en 1818[3] - [13], sous le nom de Kassa Hailou, Ă  Charghe[14], dans la province du Qwara, gouvernĂ©e par son pĂšre Hailou Welde Giyorgis[13]. Sa mĂšre se nomme woyzero Attetegeb[13]. Sa rĂ©gion natale se trouve dans le Nord-Ouest de l'Empire Ă©thiopien, Ă  la frontiĂšre avec le Soudan ; elle abrite de nombreux contrebandiers et subit les raids des Égyptiens et des Soudanais[15]. Son oncle est Kenfou Haylou, un militaire rĂ©putĂ© souvent aux prises avec les Égyptiens et les Soudanais[1] - [16]. Si ses origines familiales expliquent comment cet autodidacte[2] s'est procurĂ© une base territoriale - le Qwara - elles n'ont toutefois pas jouĂ© un rĂŽle essentiel lors de son ascension au pouvoir[13].

Vers 1820, Ă  la suite du dĂ©part de Hailou, Attetegeb se retrouve seule avec son fils qu'elle emmĂšne Ă  Gonder[15]. Elle vend du kosso - une profession qui fait l'objet de moqueries blessantes - et son revenu modeste ne lui permet pas d'Ă©lever son enfant correctement. Elle le confie Ă  Kenfou, oncle de TĂ©wodros, qui l'envoie Ă  l'Ă©cole du monastĂšre de Tekle Haymanot, entre Gonder et le Lac Tana[13]. À la suite d'un conflit entre factions locales, le monastĂšre est dĂ©truit et tous les Ă©lĂšves de l'Ă©cole meurent Ă©masculĂ©s Ă  l'exception de TĂ©wodros[1] qui retourne chez son oncle. Dans la cour du dejazmatch Kenfou, TĂ©wodros reçoit ses premiĂšres leçons d'administration, de stratĂ©gie et tactique militaire[15]. Il y poursuit son Ă©ducation et apprend Ă  lire et Ă  Ă©crire[13]. TĂ©wodros est un grand lecteur, intĂ©ressĂ© par la littĂ©rature Ă©thiopienne, l'histoire ancienne et contemporaine de l'Europe[15]. Il Ă©tudie l'Ɠuvre de William Shakespeare[13]. MarquĂ© par sa formation religieuse, il approfondit ses connaissances de la Bible[13]. Pour l'Ă©poque, TĂ©wodros possĂšde une trĂšs bonne Ă©ducation[13].

Sa vie de shefta

MalgrĂ© sa participation aux campagnes, les relations avec Kenfou sont difficiles. Son oncle, propriĂ©taire du fief du Dembiya, souhaite lĂ©guer ce territoire Ă  un de ses fils et non Ă  TĂ©wodros[16]. Vers 1839[15] - [16], Kenfou dĂ©cĂšde et ses deux fils sont dĂ©faits par le dejazmatch Goshou du Damot et du Godjam. TĂ©wodros dĂ©cide de quitter le Qwara pour rejoindre les rangs de ce dernier[13]. FrustrĂ© par l'absence de progression au sein des troupes de Goshou, il retourne dans sa province natale[15], la seule rĂ©gion oĂč il peut revendiquer un quelconque hĂ©ritage politique[17]. ArrivĂ© dans le Qwara, il apprend qu'Ă  la mort de Kenfou, Menen Liben AmadĂ©, dirigeante du BĂ©gemeder[3] et Ă©pouse de Yohannes III, souverain de l'Empire Ă©thiopien, s'est appropriĂ© le Dembiya[16]. Cette usurpation a Ă©tĂ© le fait de son fils, Ras Ali II du Yedjou[18], un des plus puissants seigneurs de guerre du Zemene Mesafent. La prĂ©sence de TĂ©wodros ayant inquiĂ©tĂ© le gouverneur du Qwara[17], les officiers de Menen font pression pour qu'il quitte la province[19]. Ils arrivent Ă  leur fin puisque TĂ©wodros, souhaitant faire valoir son droit de succession[Note 3] dĂ©cide d'entrer en rĂ©bellion ; il part vers les basses terres Ă  l'ouest et entame une vie de shefta[16] - [Note 4].

La dĂ©cision de TĂ©wodros d'entrer en rĂ©bellion est un moment capital de la vie du futur negusse negest. Cette pĂ©riode de shefta constitue la phase « la plus formatrice de sa vie »[16]. Durant celle-ci, il confirme certains de ses traits de caractĂšres notables, dont la gĂ©nĂ©rositĂ© ; en effet, il redistribue une partie des sommes amassĂ©es aux paysans afin qu'ils acquiĂšrent des charrues[16]. Le partage des gains lui assure l'Ă©tablissement d'une base politique qui ne cesse de s'Ă©largir[17]. Ces gestes annoncent, d'aprĂšs Bahru Zewde, la dĂ©cision d'exproprier les terres de l'Église en faveur des paysans[16]. Sa vie de shefta l'amĂšne Ă©galement Ă  affronter les Égyptiens ; ces conflits le marquent et sont Ă  l'origine de son « obsession » envers les « Turcs »[Note 5] et de sa volontĂ© de libĂ©rer JĂ©rusalem de l'emprise ottomane[16]. Ayant dĂ©butĂ© avec Ă  peine douze hommes, il parvient rapidement Ă  rassembler 300 hommes talentueux[17]. Ses premiĂšres expĂ©ditions militaires sont rĂ©ussies. TĂ©wodros utilise sa tactique habituelle : aprĂšs avoir annoncĂ© une incursion – jamais celle prĂ©vue en rĂ©alitĂ© – il part avec 5 Ă  600 cavaliers le soir, marche la nuit et arrive le matin par surprise sur l'ennemi[18]. Il prospĂšre au-delĂ  de ses propres attentes ; en 1837, il va jusqu'Ă  mener ses hommes vers la frontiĂšre soudanaise[20].

Entrée en politique

Téwodros II supervisant la traversée du Nil bleu.

Les attaques contre les caravanes affectant directement les impĂŽts perçus par Menen, celle-ci ne peut rester indiffĂ©rente[19]. Par ailleurs, les seigneurs yedjous s'inquiĂštent et font pression sur l'Ă©pouse de Yohannes III[16]. « Trop efficace pour ĂȘtre ignorĂ© et trop puissant pour ĂȘtre soumis »[21], TĂ©wodros est invitĂ© par Menen Ă  rejoindre l'armĂ©e de son fils, le ras Ali, en pleine confrontation avec les princes voisins[17]. Se trouvant en position de force, TĂ©wodros temporise et parvient Ă  obtenir le poste de gouverneur du Qwara, province sous son contrĂŽle militaire[16], ainsi que la main de la princesse Tewabetch, fille du Ras Ali[17], qu'il Ă©pouse en 1847[3]. D'aprĂšs Marcus, TĂ©wodros tire de cette entrĂ©e en politique une leçon importante qu'il n'oubliera jamais : la seule force militaire l'a hissĂ© Ă  un tel niveau[17].

Le nouveau gouverneur du Qwara demeure insatisfait : sa province reste amputĂ©e du Dembiya, principale ressource financiĂšre de la rĂ©gion[4]. Par ailleurs, bien qu'il soit devenu amatch de Ras Ali, la cour ne cesse de l'humilier en raison de ses origines modestes. Avec le soutien de Tewabetch, il se rebelle contre Menen et envahit le Dembiya[17]. À cette occasion, on le surnomme Abba Tateq[22] - [Note 6] qui devient plus tard son nom de cavalier. Menen, inconsciente de l'importance du mouvement menĂ© par Tewodros, envoie une force inadĂ©quate, sous le commandement du dejazmatch Wandyerad[23], qui subit deux dĂ©faites[17]. Trop occupĂ©es dans le Godjam, les forces de Menen et Ali ne peuvent venir en renfort[17]. Le front oriental subissant toujours plus d'offensives, elle dĂ©cide de marcher vers l'est avec ses troupes, laissant Gonder sans dĂ©fenses.

En , TĂ©wodros saisit l'occasion et occupe la ville[17]. Il y nomme ses propres administrateurs, demande et perçoit les impĂŽts revenant, en temps normal, Ă  Ali ; en outre, il pille l'entrepĂŽt royal et accapare la nourriture des terres voisines[19]. À son retour, Menen veut en finir mais le , au nord du lac Tana, elle perd une bataille au cours de laquelle elle est blessĂ©e Ă  la cuisse[22]. Elle est emprisonnĂ©e avec son Ă©poux Yohannes III[17]. L'accueil que Tewabetch rĂ©serve aux otages royaux touche Menen, prĂȘte Ă  racheter sa libĂ©ration. AprĂšs une nĂ©gociation avec Ali, les deux hommes parviennent Ă  un accord. TĂ©wodros obtient une rĂ©ponse positive Ă  toutes ses exigences : il est Ă©levĂ© Ă  la dignitĂ© de dejazmatch[24] et le Dembiya rĂ©intĂšgre le Qwara[4]. En Ă©change, il accepte de rejoindre l'armĂ©e d'Ali[19].

Pendant ces annĂ©es de dejazmatch, TĂ©wodros vit sa premiĂšre expĂ©rience militaire impliquant un armement moderne. En , Ă  Dabarki[25], alors qu'il tente de rĂ©cupĂ©rer des territoires Ă©thiopiens occupĂ©s par Muhammed Ali, vice-roi d'Égypte, il mĂšne ses 16 000 hommes Ă  l'assaut du camp fortifiĂ©[25]. ImpressionnĂ© par la discipline de la mousqueterie ennemie et l'efficacitĂ© de l'artillerie, son unique dĂ©faite[19] le marque et en tire « du point de vue militaire, d'excellentes leçons »[20]. Elle explique sa volontĂ© d'Ă©quiper l'armĂ©e Ă©thiopienne d'un tel armement et de former ses troupes aux tactiques de guerre modernes[25]. Plus tard, il s'entoure de conseillers Ă©gyptiens puis britanniques, dont John Bell[16].

Marche vers le trÎne impérial : batailles et couronnement

Rupture avec Ras Ali II

De retour du Soudan, Téwodros fait punir les hommes ayant profité du départ pour se révolter. En outre, il consolide son autorité sur tout le Qwara, se plaçant en position de force par rapport à ses rivaux régionaux[7]. En , les premiers signes d'une rupture entre Téwodros et le ras Ali II se font sentir lorsque le premier ne se présente pas à Debre Tabor aprÚs une convocation du second[25]. De 1850 à 1851, Téwodros passe briÚvement par l'Agewmeder[7] et retourne ensuite dans le Qwara. En 1852, l'affrontement avec Ali a lieu, un événement marquant le début de l'ascension vers le trÎne impérial.

À partir de 1852, TĂ©wodros va se lancer dans une sĂ©rie de batailles durant lesquelles il bat les grands seigneurs du Zemene Mesafent les uns aprĂšs les autres. À chaque affrontement, il fait preuve d'un « extraordinaire talent de chef militaire et stratĂšge »[23]. Tout commence au dĂ©but de l'annĂ©e 1852, TĂ©wodros met fin Ă  l'accord avec Ras Ali[Note 7] - [24] en refusant de se joindre Ă  une expĂ©dition vers le Godjam[25]. Il dĂ©cide de lancer une armĂ©e Ă  la poursuite de TĂ©wodros, retirĂ© dans le Qwara oĂč il prĂ©pare son armĂ©e[7]. Pendant plusieurs mois, les deux armĂ©es se rencontrent lors de brĂšves escarmouches[24]. En , le poste de gouverneur du Qwara est attribuĂ© Ă  Goshou par Ali[24], son nouvel alliĂ© qu'il envoie affronter TĂ©wodros.

Victoires sur les seigneurs du Zemene Mesafent

Localisation des principales batailles de 1853 Ă  1855 (frontiĂšres contemporaines).
Forteresses dans le Fasil Ghebi de Gonder.

Le , lors de la bataille de Gour Amba, Téwodros affronte son ancien supérieur, le dejazmatch Goshou Zewde, seigneur du Godjam. Le conflit dure un jour et Goshou perd la vie[23]. Outre la portée militaire de ce succÚs, la victoire est également symbolique. Gour Amba se trouvant à proximité de Gonder, capitale de l'Empire, on lit les intentions de Téwodros d'étendre son contrÎle sur le centre du pays[23]. « Stupéfait » par le succÚs de Téwodros, Ali évacue Gonder avec ses administrateurs malgré l'attitude conciliatrice du vainqueur qui pénÚtre plus tard dans la ville[24]. Il fuit vers Debre Tabor et appelle des troupes du Wello, du Tegré, du Yedjou et du Godjam[26].

En , TĂ©wodros apprend la constitution d'une alliance entre le ras Ali et le dejazmatch WoubĂ© ainsi que l'envoi prochain de deux importantes armĂ©es[24]. En mars, informĂ© du siĂšge prĂ©vu par ses ennemis, TĂ©wodros quitte Gonder et campe avec son armĂ©e Ă  trois heures de marche au sud de la ville[24]. Le , a lieu la bataille de GorgorabishĂ©n[7], entre l'armĂ©e de TĂ©wodros et les troupes sous commandements du dejazmatch Berou Aligaz du Yedjou[26]. Dans les armĂ©es du Ras Ali et WoubĂ©, on compte plusieurs dejazmatch. « Kassa, un homme, mĂšne une bataille contre le Zemene Mesafent »[26], un affrontement « capital » au cours duquel il tue lui-mĂȘme trois des cinq dejazmatch ennemis morts pendant l'affrontement[24]. AprĂšs ce deuxiĂšme succĂšs, Tewodros occupe Ă  nouveau Gonder et compte bien poursuivre les deux commandants, Ali et WoubĂ©.

En , TĂ©wodros entre Ă  Debre Tabor, capitale du Ras Ali et met la ville Ă  sac. Il poursuit ensuite son beau-pĂšre, parti se rĂ©fugier vers le Godjam[24]. Le , Ali est dĂ©fait par TĂ©wodros Ă  la bataille d'Ayshal, une des « plus sanglantes »[26] de l'Ă©poque. Les historiens considĂšrent cet affrontement comme la fin du Zemene Mesafent[27] - [24] ou du moins l'enclenchement du processus conduisant Ă  sa fin, un processus s'achevant dĂ©finitivement par le couronnement de TĂ©wodros en 1855. À la suite de cette bataille, « le Zemene Mesafent Ă©tait virtuelle terminĂ© : un homme dominait Ă  nouveau l'Éthiopie »[26]. AprĂšs la dĂ©faite, Ali fuit en territoire yedjou oĂč il meurt en 1856[26]. Ayshal marque Ă©galement fin de la suprĂ©matie d'Ali et des Yedjous au pouvoir Ă  Gonder depuis le milieu du siĂšcle prĂ©cĂ©dent[4]. En 1854, grĂące Ă  cette victoire, TĂ©wodros est devenu maĂźtre de tout le nord-ouest de l'Empire[28]. NĂ©anmoins, il ne s'arrĂȘte pas Ă  un « pareil exploit »[29], plusieurs grands princes du Nord sont toujours en libertĂ©. En , TĂ©wodros part vers le Godjam pour lutter contre Berou Goshou, ayant Ă©chappĂ© Ă  la dĂ©route de GorgorabishĂ©n, et lui inflige une dĂ©faite lors de la bataille d'Amba Jebeli. Berou, vaincu, dĂ©cide d'abord de fuir mais en il abdique et finit en prison oĂč il reste pendant quatorze ans[30]. Plus tard, TĂ©wodros Ă©crase Faris Ali du Lasta[24].

Accord avec l'Abouna Selama et bataille de Deresgé

La croix de TĂ©wodros II.

À la mĂȘme Ă©poque, TĂ©wodros tient Ă  prĂ©parer son couronnement ; il lui reste un seul seigneur Ă  combattre dans le Nord de l'Empire : dejazmatch WoubĂ©. AprĂšs Ayshal, ce dernier a cherchĂ© Ă  obtenir la rĂ©conciliation avec TĂ©wodros en lui envoyant des prĂ©sents. Ce dernier, alors en campagne vers le Lasta et le Godjam, doit protĂ©ger l'arriĂšre de l'armĂ©e et accepte l'offre de WoubĂ©[30]. Il le laisse repartir au TigrĂ© mais exige la venue de l'Abouna Selama[31] vers Gonder. Selama est venu d'Égypte Ă  la demande de WoubĂ©, qui souhaite se faire couronner. Or TĂ©wodros compte Ă©galement obtenir le consentement du plus puissant religieux d'Éthiopie avec lequel il veut prĂ©parer la reconstruction de l'Empire[30]. Les deux hommes s'accordent sur la nĂ©cessitĂ© d'une Église solidement unie. À l'Ă©poque, une dispute thĂ©ologie oppose les partisans de la doctrine tewahedo[Note 8] Ă  ceux favorables la doctrine sost lidet[Note 9].

Pour mettre fin à cette polémique, le concile d'Amba Chara est organisé en ; il est présidé par Téwodros en personne[30]. Aux opposants à la doctrine tewahedo, il demande : « Reconnaissez-vous l'Aboun comme votre chef réguliÚrement nommé ? ». Ceux-ci répondent par l'affirmatif et Téwodros ajoute alors : « En ce cas, mes enfants, ceux qui pensent autrement que l'Aboun sont des séditieux »[32]. Il les laisse ensuite pendant trois jours, sans eau ou nourriture, pour que finalement ils abjurent leurs erreurs[32]. L'accord imposé par Téwodros aboutit à la condamnation de la théorie sost lidet ; en outre la doctrine tewahedo devient l'unique acceptée dans l'Empire[33]. En appuyant ces réformes, Téwodros gagne le soutien de l'Abouna Selama, l'unique homme nécessaire pour le couronnement[33].

Vers la fin de l'année 1854, Téwodros est oint comme Negus par Selama[33]. Par ailleurs, Téwodros et Tewabetch formalisent leur mariage en recevant tous deux la communion[34].

Au nord de Gonder, un homme n'apprécie guÚre ces récents changements : dejazmatch Woubé. Celui-ci refuse de reconnaßtre le titre de negus attribué à Téwodros, qu'il décide de confronter[35]. Ce dernier envahit le Semien sans difficulté,s et marche en direction de Woubé qui vient de quitter le Tegré[35]. Le , Téwodros remporte la bataille de Deresgé, proche de la capitale du « dernier grand dejazmatch du Zemene Mesafent »[33]. Ce succÚs est décisif puisque deux jours plus tard, Téwodros devient officiellement negusse negest de l'Empire éthiopien.

Couronnement à Deresgé Maryam

Le [33], en l'absence d'un quelconque rival dans le Nord de l'Éthiopie[35], Kassa Hailou, gouverneur du Qwara est couronnĂ© par l'abouna Selama, negusse negest de l'Empire sous le nom de Tewodros II[27]. Assez ironiquement, la cĂ©rĂ©monie se dĂ©roule dans l'Ă©glise DeresgĂ© Maryam, que WoubĂ© a prĂ©vu pour son propre couronnement, en prĂ©sence de l'Abouna Selama qu'il a fait venir pour son intronisation[27]. Le couronnement de TĂ©wodros constitue un tournant capital de l'histoire Ă©thiopienne. Tout d'abord, d'un point de vue plutĂŽt symbolique, il met fin Ă  la continuitĂ© de la dynastie salomonide, qui a rĂ©gnĂ© sur l'Empire depuis 1270[36]. Initialement, il choisit de se dĂ©marquer de ce passĂ© ; le Zemene Mesafent a grandement affectĂ© l'image de cette dynastie[37]. Plus tard durant son rĂšgne, Tewodros prĂ©tendra avoir une ascendance salomonide plutĂŽt douteuse[37]. Cette question de lĂ©gitimitĂ© posera des problĂšmes Ă  Tewodros puisqu'elle attise la volontĂ© des seigneurs locaux de ne pas se soumettre Ă  un souverain «non-salomonide»[36]. Ensuite, cet Ă©vĂ©nement achĂšve le processus, dĂ©butĂ© Ă  Ayshal en 1853, mettant dĂ©finitivement un terme Ă  la pĂ©riode du Zemene Mesafent.

Les historiens considĂšrent le comme le dĂ©but de l'histoire moderne de l'Éthiopie[2]. Ainsi, Richard Pankhurst affirme que « la montĂ©e de Kassa Hailou a marquĂ© l'ouverture d'une nouvelle Ăšre cruciale de l'histoire Ă©thiopienne[3]. »

En choisissant le nom de Tewodros II, Kassa réalise une prophétie inscrite dans le Fekkere Eyessous, un traité religieux apocryphe. Elle fait référence au rÚgne de Téwodros I, un souverain du début du XVe siÚcle qui aurait distribué les terres aux paysans. Au cours des années 1830, elle ressurgit dans le monde rural dévasté par les guerres incessantes du Zemene Mesafent[33]. D'aprÚs la prophétie, Téwodros I se relÚverait un jour, afin d'instaurer un rÚgne juste et sans guerre durant lequel « chacun profitera pleinement du bonheur de l'abondance et de la paix. »[38]. Par ailleurs, ce dirigeant anéantirait l'Islam et s'emparerait de Jérusalem[39].

Il est probable que TĂ©wodros, un homme religieux, a lui-mĂȘme Ă©tĂ© convaincu d'ĂȘtre ce dirigeant prophĂ©tique qui devra « changer le cours de l'histoire de l'Éthiopie »[7]. Lors du couronnement, il annonce sa volontĂ© d'unifier et relancer le pays. Sven Rubenson, auteur d'une biographie sur TĂ©wodros, d'Ă©crit l'Ă©tat d'esprit du negusse negest lors de son arrivĂ©e sur le trĂŽne :

« TĂ©wodros avait senti comme aucun de ses prĂ©dĂ©cesseurs que l'anarchie politique, le laxisme moral et le retard technologique de son peuple menaçait la survie nationale. Les rĂ©formes qu'il annonça, la politique qu'il tenta de mettre en Ɠuvre, la tĂ©nacitĂ© avec laquelle il s'attaqua aux problĂšmes, montrent que son objectif Ă©tait rien moins qu'un renouveau national associĂ© Ă  la transformation de son pays en un Ă©tat moderne[40]. »

RÚgne de Téwodros : unité et modernité

Campagnes du Wello et du Shewa

Carte de l'Empire éthiopien dans les années 1850.
En 1856, aprÚs les deux derniÚres campagnes d'unification, Téwodros contrÎle le Tegré, le Bégemeder, le Wello, le Godjam et le Shewa.

À peine sorti de deux annĂ©es de conflits, le nouveau negusse negest compte poursuivre ses expĂ©ditions, son « premier et plus grand objectif »[9]. D'aprĂšs Bahru Zewde, le fait que TĂ©wodros n'ait point perçu sa victoire sur les chefs rĂ©gionaux du Nord comme l'accomplissement de ses objectifs prouve la « largeur de sa vision »[27]. Si la victoire de DeresgĂ© marque la fin dĂ©finitive du Zemene Mesafent, les campagnes vers le Wello et le Shewa amorcent un processus de dĂ©placement vers le sud du pouvoir politique Ă©thiopien achevĂ© par le couronnement de Menelik II en 1889[27] - [Note 10]. Les indĂ©pendances du Wello et du Shewa « menaçaient son rĂȘve d'une Éthiopie unie et centralisĂ©e »[41] et c'est donc « logiquement »[42] qu'il mĂšne ces expĂ©ditions.

En , en pleine pĂ©riode de jeĂ»ne, TĂ©wodros lance la conquĂȘte du Wello[27]. La campagne est particuliĂšrement dure, en raison de la coalition formĂ©e par les sept clans wellos, habituellement en conflit[41]. En outre, la confrontation se poursuit durant la saison des pluies[Note 11]. Finalement, l'armĂ©e de TĂ©wodros surmonte la forte rĂ©sistance et Ă  la suite de la prise de Meqdela le , l'expĂ©dition prend fin[27]. C'est sur ce point stratĂ©gique et symbolique dans la vie de TĂ©wodros II[Note 12] que le negusse negest fait construire une forteresse devenue plus tard, le centre du gouvernement[27]. Afin d'empĂȘcher une rĂ©bellion, TĂ©wodros capture plusieurs chefs wellos vaincus[43] et les enferme Ă  Meqdela, oĂč il les dĂ©tient comme otages[42].

La victoire dans le Wello permet Ă  TĂ©wodros de protĂ©ger l'arriĂšre de son armĂ©e qui part Ă  la conquĂȘte du « bijou de la couronne Ă©thiopienne » : le Shewa[43]. Traditionnellement Ă©cartĂ© des conflits du Zemene Mesafent en raison de sa distance gĂ©ographique[43], le Shewa, royaume prospĂšre et pacifique apparaĂźt comme une province, oĂč coulent « le lait et le miel » par rapport au nord de l'Éthiopie, dĂ©vastĂ© par les conflits incessants[44].

AprĂšs une marche « surprise » depuis le Wello, en pleine saison des pluies, l'armĂ©e de TĂ©wodros arrive Ă  la frontiĂšre du Shewa en [42]. DivisĂ©es, les forces shewannes cĂšdent face Ă  la rapide progression du negusse negest[42]. Vers la mi-octobre, TĂ©wodros remporte la bataille de Balla Warqa contre l'armĂ©e de Haile Melekot Sahle SelassiĂ©, nĂ©gus du Shewa. La campagne du Shewa dure environ cinq mois[27]. Elle diffĂšre de celle du Wello puisque plusieurs provinces cĂšdent sans rĂ©sistance, dont le Menz, le Gedem et l'Efrata, tandis que d'autres zones sont protĂ©gĂ©es par Seyfou Sahle Selassie, frĂšre de Haile Melekot[27]. En , les forces impĂ©riales menĂ©es par le ras Engeda sortent victorieuse de la bataille de Barakat[45]. Le [44], Haile Melekot dĂ©cĂšde et TĂ©wodros cherche Ă  capturer son fils, Menelik, devenu le point de rassemblement de la rĂ©sistance shewanne[46]. En , il entre Ă  Ankober, oĂč il est accueilli par le clergĂ© et les chefs locaux ayant acceptĂ© la soumission. Menelik, capturĂ©, est ramenĂ© Ă  Meqdela avec d'autres dignitaires shewans[46] ; il assure toutefois Ă  la population locale, touchĂ©e, qu'il le traitera comme un fils[44]. TĂ©wodros remplace l'administration au pouvoir[47]. Refusant d'attribuer le titre de negus au nouveau dirigeant du royaume, il « ressuscite » celui de meridazmatch et nomme Haile Mikael, gouverneur de la province nouvellement conquise[46].

Avec la conquĂȘte du Shewa, TĂ©wodros a reconstituĂ© en trois ans un empire divisĂ© pendant plus de deux siĂšcles[11]. Au dĂ©but de l'annĂ©e 1856, il contrĂŽle le Godjam, le Wello, le BĂ©gemeder, le TegrĂ© et le Shewa[48] ; en dominant la totalitĂ© de l'Empire, il devient « le dernier des princes du Zemene Mesafent et le premier Empereur du nouvel Ăąge »[47]. Il change de capitale, qu'il transfĂšre de Gonder Ă  Debre Tabor, Ă  95 km au sud-est[9]. Par ailleurs, il fait de la « forteresse naturelle » de Meqdela - 110 km Ă  l'est de Debre Tabor - son quartier gĂ©nĂ©ral[9].

PremiĂšres mesures du nouveau Negusse Negest

Un groupe d'esclaves
TĂ©wodros a Ă©tĂ© le premier Negusse Negest Ă  lutter contre l'esclavage en Éthiopie.

L'avĂšnement de TĂ©wodros constitue le point de dĂ©part de l'histoire de l'Éthiopie moderne, en raison des diverses rĂ©formes souhaitĂ©es par le negusse negest[46]. Pour comprendre cette volontĂ© modernisatrice, un Ă©lĂ©ment le diffĂ©renciant de ses prĂ©dĂ©cesseurs[49], il est nĂ©cessaire de rappeler la jeunesse du negusse negest. TĂ©wodros est nĂ© dans le Qwara, une province subissant des raids venant du Soudan et la population locale est « irritĂ©e par l'indiffĂ©rence » du pouvoir central[50]. Le clergĂ© est Ă©galement divisĂ© et « verse dans le rĂ©gionalisme doctrinal » menaçant la cohĂ©sion de l'Église Ă©thiopienne orthodoxe, une institution symbolisant l'unitĂ© nationale[50]. Enfin, les campagnes sont ravagĂ©es par les guerres entre seigneurs locaux[50]. Ainsi s'explique la dĂ©termination du jeune Kassa, aujourd'hui negusse negest de l'Empire, Ă  mettre fin au Zemene Mesafent[49]. D'aprĂšs Walter Plowden, TĂ©wodros est fermement rĂ©solu Ă  restaurer la gloire de l'Empire Ă©thiopien[39], une tĂąche Ă  laquelle il se croit vĂ©ritablement destinĂ©. Les premiĂšres annĂ©es de son rĂšgne sont caractĂ©risĂ©es par la compassion, la justice sociale et un engagement afin d'amĂ©liorer la vie des pauvres[33] - [51].

Téwodros est le premier constructeur de routes du pays[52]. Suivant une coutume éthiopienne, qui veut que le chef montre l'exemple, en commençant le travail, le negusse negest participe activement aux ouvrages[52]. Il travaille durement « de l'aube jusqu'à la nuit » et « de ses propres mains, il retire des pierres » et « nivÚle le terrain ». Les autres travailleurs n'osent pas se reposer ou manger, alors que Téwodros « montre l'exemple et partage les difficultés »[52]. Il est également le premier negusse negest s'attaquant au commerce d'esclaves, devenu « endémique »[53].

Ses divers Ă©dits contre la traite et le trafic en font « le prĂ©curseur de l'anti-esclavagisme en Éthiopie »[32]. Pendant une de ses campagnes dans le Godjam, il libĂšre tous les esclaves du marchĂ© de Basso. Dans le Wello, il interdit Ă  ses soldats de revendre les esclaves capturĂ©s[53]. NĂ©anmoins, les marchands d'esclaves opĂšrent en marge de la loi, par des routes secrĂštes, loin du centre de dĂ©cision[32].

D'un point de vue culturel, le rĂšgne de TĂ©wodros voit le dĂ©veloppement de la littĂ©rature amharique. Au plus haut niveau de l'État, Bahru Zewde souligne la qualitĂ© linguistique de la correspondance du negusse negest[53]. Il est le premier souverain Ă  faire Ă©crire des chroniques royales en amharique[54], langue qui devient dĂ©finitivement « la langue nationale »[55]. Il promeut l'usage de l'amharique Ă  la place du ge'ez, et encourage la traduction de la Bible[52]. Plus gĂ©nĂ©ralement, il souhaite assurer le respect de rĂšgles religieuses mais Ă©galement culturelles. Il demande aux membres de la cour de se vĂȘtir de maniĂšre plus Ă©lĂ©gante. En outre, TĂ©wodros, homme profondĂ©ment religieux, exige que ces partisans donnent plus de valeur Ă  l'institution du mariage[52].

Sa politique administrative marque le dĂ©but d'une pĂ©riode de centralisation achevĂ©e sous Haile Selassie I. Il crĂ©e un systĂšme fiscal et judiciaire centralisĂ©, dont les fonctionnaires sont payĂ©s en nature par le gouvernement, ĂŽtant ainsi une partie du pouvoir aux entitĂ©s locales[56]. Toutefois, TĂ©wodros n'a pas entiĂšrement renouvelĂ© la classe dirigeante, certaines dynasties prĂ©cĂ©demment installĂ©es ont su rester en place[46]. Dans le TegrĂ©, par exemple, TĂ©wodros nomme dejazmatch Kassa Mercha, descendant de Sabagadis et issu de la famille au pouvoir ; dans le Shewa, la nomination de Hayle MikaĂ©l s'inscrit dans la continuitĂ© de la dynastie de Sahle SelassiĂ©[46]. Ces choix marquent une volontĂ© de TĂ©wodros de ne pas froisser les divers seigneurs. Dans certaines provinces, il prĂ©fĂšre nĂ©anmoins dĂ©signer des proches, c'est le cas du ras Engeda placĂ© Ă  la tĂȘte du Godjam[57]. Initialement, le systĂšme semble fonctionner, puisque mĂȘme les dirigeants issus des dynasties au pouvoir durant le Zemene Mesafent se plient Ă  l'autoritĂ© royale. Dans le Shewa, Meredazmatch Hayle MikaĂ©l paie rĂ©guliĂšrement son tribut[57].

Quant Ă  la province du TegrĂ©, elle constitue la principale source de revenu du trĂ©sor impĂ©rial ; TĂ©wodros reçoit de cette rĂ©gion 200 000 thalers Marie ThĂ©rĂšse annuellement contre 50 000 du BĂ©gemeder[57]. En revanche, d'autres chefs locaux semblent ĂȘtre tentĂ©s par la rĂ©bellion, une crainte qui pousse TĂ©wodros, toujours guidĂ© par son objectif unitaire, Ă  rĂ©former l'armĂ©e impĂ©riale.

Modernisation de l'armée

Au milieu du XIXe siÚcle, l'armée éthiopienne nécessite un renouvellement de son armement.

En raison de son rĂŽle politique fondamental et particuliĂšrement dans le cas de TĂ©wodros, l'attention du negusse negest se porte sur l'armĂ©e. En effet, Ă  dĂ©faut de pouvoir revendiquer une ascendance salomonide, il a su se hisser au sommet de l'État par son seul talent militaire[57]. Afin de renforcer les troupes impĂ©riales et assurer l'objectif d'unification nationale, TĂ©wodros entreprend, ce que Walter Plowden surnomme, la « grande rĂ©forme »[9]. Elle concerne trois domaines : l'organisation, la discipline et l'armement[57]. Ces mesures « populaires » ainsi que les victoires de TĂ©wodros permettent accroissement de son autoritĂ©[56]. Les rĂ©formes permettent aux habitants du pays de vivre dans une « relative sĂ©curitĂ© »[9].

Au niveau de l'organisation, TĂ©wodros souhaite remplacer les diffĂ©rentes forces rĂ©gionales hĂ©ritĂ©es du Zemene Mesafent par une armĂ©e nationale unique[56]. Les soldats, venus des diverses provinces, se retrouvent dans un unique rĂ©giment au sein d'une hiĂ©rarchie, elle-mĂȘme modifiĂ©e par le negusse negest[58]. Plusieurs titres militaires, toujours utilisĂ©s par l'armĂ©e Ă©thiopienne, sont crĂ©Ă©s tels que yasser aleqa[Note 13] ou yamssa aleqa[Note 14] - [58].

En outre, Téwodros réduit le nombre de soldats de l'escorte impériale, un détachement causant souvent un retard et posant de nombreux problÚmes logistiques[58]. Enfin, Téwodros introduit un salaire pour les soldats, auxquels il interdit le pillage[58]. Les soldats des armées féodales ont pris l'habitude de réclamer des paysans locaux, un dßner et un lit[56]. Cette pratique, expliquée par l'absence de revenus réguliers, est sévÚrement réprimée par le negusse negest[58].

Soldats Ă©thiopiens (XIXe siĂšcle)
Avec la réforme de l'armée, Téwodros introduit une nouvelle organisation, un meilleur armement et une discipline plus stricte.

TĂ©wodros instaure une solde, le qallabe[Note 15] - [56]. Tout soldat abusant de l'hospitalitĂ© d'un paysan est puni[56]. Un jugement du negusse negest a eu un grand retentissement Ă  l'Ă©poque[56] : un soldat ayant ordonnĂ© Ă  une paysanne d'Ă©gorger une poule, elle se prĂ©sente devant le negusse negest avec douze poussins privĂ©s de leur mĂšre[56]. Le soldat a Ă©tĂ© condamnĂ©e Ă  les avaler[Note 16] - [56]. À la paysanne, une vache est offerte[56].

Téwodros souhaite instaurer une discipline de fer[58]. Ainsi, durant la campagne du Wello, les soldats entrant en combat sans ordres se voient amputés de certains membres[58]. Lors de l'expédition du Shewa, les mutins ont été fusillés[58]. D'aprÚs Bahru Zewde, de telles mesures n'ont guÚre prouvé leur efficacité, au contraire elles auraient renforcé une « spirale de violence »[58].

Concernant l'armement, l'arsenal de TĂ©wodros est principalement constituĂ© d'armes rĂ©cupĂ©rĂ©es sur le champ de bataille aprĂšs une victoire[58]. Il tente de crĂ©er des manufactures d'armes en important les nouvelles technologies d'Europe[58]. Aux missionnaires europĂ©ens, il ordonne de fabriquer des armes[53] et fonde en parallĂšle une Ă©cole Ă  Gafat, oĂč l'on forme les Ă©tudiants Ă  l'Ă©laboration de matĂ©riel militaire[53]. Par ailleurs, la vĂ©ritable premiĂšre documentation d'un arsenal, crĂ©Ă© Ă  Meqdela, date du rĂšgne de TĂ©wodros. On compte 15 canons, mortiers, 11 063 fusils, 875 pistolets et 481 baĂŻonnettes auxquels s'ajoutent les munitions[53].

Oppositions et diplomatie

Difficile rĂ©forme de l'Église Ă©thiopienne

Pour permettre la mise en Ɠuvre des rĂ©formes, TĂ©wodros veut s'assurer une base financiĂšre stable[59]. À cette Ă©poque, l'Église Ă©thiopienne orthodoxe est une des institutions les plus riches en capital[60]. Initialement, les relations entre l'Église Ă©thiopienne et TĂ©wodros sont bonnes ; en Ă©change de sa bĂ©nĂ©diction lors du couronnement, l'Abouna Selama a reçu le soutien du negusse negest en faveur de la doctrine tewahedo[Note 17] - [59]. En plein processus d'unification politique, TĂ©wodros souhaite voir une Église Ă©galement unie[59]. Bahru Zewde n'hĂ©site pas Ă  parler de « concordat »[61] pour dĂ©crire cet esprit de collaboration qui va toutefois se dĂ©grader[59].

Initialement bonnes, les relations entre TĂ©wodros et Abouna Selama, plus gĂ©nĂ©ralement l'ensemble du clergĂ© se dĂ©tĂ©riorent Ă  la suite de la rĂ©forme de l'Église.

Il y a tout d'abord une diffĂ©rence de caractĂšre et de comportement entre TĂ©wodros, perçu comme pieux, croyant et respectueux de la foi face Ă  un clergĂ© jugĂ© corrompu, malhonnĂȘte et en proie aux divisions doctrinales[59]. TĂ©wodros est un homme vĂ©ritablement religieux souhaitant restaurer la chrĂ©tientĂ© dans l'Empire, mettre fin Ă  la polygamie, le concubinage, tout en encourageant la conversion des non-chrĂ©tiens[62]. Il dĂ©clare un jour :

« Sans le Christ, je ne suis rien »[63].

Par ailleurs, certaines pratiques agacent le negusse negest qui ne comprend point, par exemple, le fait que les prĂȘtres retirent leur turban[Note 18] dans le Saint des Saints d'une Église et non face Ă  leur souverain[59]. C'est durant l'annonce d'une rĂ©forme sur la propriĂ©tĂ© des terres que le negusse negest entre en conflit avec l'Église Ă©thiopienne orthodoxe[59]. En 1856, il s'adresse en ces termes au clergĂ© :

« Que dois-je manger et avec quoi puis-je nourrir mes troupes ? Vous avez pris la moitié de la terre en tant que mesqel merét et l'autre moitié en tant que rim et gadam[Note 19] - [59]. »

En fait, TĂ©wodros souhaite rĂ©cupĂ©rer ces terres, afin de les redistribuer aux paysans payant des impĂŽts ; finalement, il espĂšre accroĂźtre les moyens financiers pour ces rĂ©formes. En 1860, la mesure est partiellement mise en application entre en vigueur[64] et TĂ©wodros exproprie une partie terres de l'Église[59]. La mĂȘme annĂ©e, il annonce une nouvelle rĂ©forme : la rĂ©duction du nombre de religieux par paroisse qui selon lui, ne doivent compter que deux prĂȘtres et trois diacres[60] - [65]. En outre, il menace de supprimer la classe des debtera, « Ă©lĂ©ment Ă©clairĂ© du clergĂ© »[65] auxquels ils rĂ©servent ces vers les moins flatteurs :

« Ces flùneurs,
ces useurs de nattes,
qui enturbannent leurs tĂȘtes,
et se contorsionnent la hanche. »[Note 20] - [65].

D'aprĂšs TĂ©wodros, certaines paroisses sont en sureffectif ; il ne s'en prend nullement Ă  la totalitĂ© du clergĂ© puisqu'une partie reste exemptĂ©e d'impĂŽts[66]. Son objectif est de viser, selon ses propres parles : « ceux qui rĂŽdent de village en village, traĂźnant une canne, et qui ne sont que des flĂąneurs. »[66]. Ce « mĂ©pris sarcastique » dĂ©voile en fait la profonde « amertume » de TĂ©wodros face au conservatisme du clergĂ©[65] qui dĂ©cide de s'engager dans une lutte contre le negusse negest. L'Église commence Ă  monter les paysans contre le souverain, qu'elle qualifie d'« illĂ©gitime arriviste »[60]. L'abouna Selama s'Ă©rige en « champion de la rĂ©sistance », un des motifs qui le conduit Ă  ĂȘtre emprisonnĂ© en 1864[65].

Rébellions régionales

Représentation de Téwodros II donnant audience.

Face aux mesures de centralisation, les chefs locaux des divers rĂ©gions reprennent les armes. Tadla Gwalou, dans le Godjam ; Tesso GobezĂ©, dans le Walqayt ; Seyfu Sahle Selassie et Bezabeh, dans le Shewa ; dejazmatch Liben AmadĂ© et l'opposant de longue date Amade Bashir, le Wello sont tous en rĂ©bellion[67]. Les forces du Lasta, menĂ©es par Wagshum GobezĂ©, rĂ©ussissent mĂȘme Ă  briĂšvement occuper Gonder[67] et bientĂŽt le Semien et le Wegera se rĂ©voltent Ă  leur tour[48]. Pendant le dĂ©but de rĂšgne, seul Kassa du TegrĂ© s'est montrĂ© fiable et respectueux envers le negusse negest[68].

Sa supériorité militaire lui permet de soumettre rapidement les mouvements de révolte mais à peine a-t-il terminé dans une province, qu'un nouveau mouvement se lÚve[69]. Aux rébellions, s'ajoute le mécontentement grandissant des paysans face la présence des soldats qu'ils doivent nourrir[60]. La série de campagnes a aggravé le processus de paupérisation et dépeuplement[60]. Il perd définitivement le soutien d'une partie des paysans lorsqu'il annonce la création d'un nouvel impÎt finançant le systÚme de garnison national[47]. Ces réactions ont désolé Téwodros, un « homme du peuple »[60] qui a souhaité assurer à son pays un bon niveau de vie et un rÚgne juste[60].

Au cours du dĂ©but des annĂ©es 1860, il rĂ©prime divers mouvements de rĂ©bellion surtout dans le TegrĂ© et le BĂ©gemeder. En , il bat et tue Agaw NegussĂ©, un dirigeant du Nord. Dans l'ensemble, il reste relativement impuissant face Ă  la perte de l'autoritĂ© impĂ©riale. En 1865, Menelik s'Ă©chappe de Meqdela oĂč il a Ă©tĂ© Ă©levĂ© Ă  la cour ; malgrĂ© son affection envers TĂ©wodros, il retourne dans le Shewa et dĂ©clare l'indĂ©pendance de son royaume[70]. GobezĂ©, fils de l'ancien dirigeant du Lasta a repris pouvoir dans cette province[70] ; quant au TegrĂ©, il est passĂ© sous le contrĂŽle de Kassa Mercha[70]. De 1866 Ă  1867, il lance sĂ©rie de campagnes de pacification Ă  Gonder contre Tesso GobezĂ© et dans le Godjam contre Tadla Gwalu. Ces expĂ©ditions conduisent de nombreux soldats Ă  dĂ©serter les rangs de TĂ©wodros[71]. En 1867, le BĂ©gemeder reste l'unique province sous son contrĂŽle[72]. En , TĂ©wodros quitte et brĂ»le Debre Tabor ; il part vers Meqdela, oĂč il s'installe jusqu'Ă  son dĂ©cĂšs[73].

L'État souhaitĂ© par TĂ©wodros ne fonctionne pas[74]. DĂ©sireux d'assurer un ordre politique et juridique, il constate que seule sa force militaire lui assure le respect, ce qu'il a toujours voulu Ă©viter Ă  son peuple[74].

ÉloignĂ© de la mer et donc des ports, il ne peut acquĂ©rir de nouvelles armes aussi rapidement que les chefs du TeigrĂ© ou du Shewa[39]. En outre, les soldats de l'armĂ©e impĂ©riale fuient et dĂ©sertent, en raison de la duretĂ© de la discipline instaurĂ©e[67]. En 1866, son armĂ©e qui a comptĂ© dans le passĂ© 100 000 hommes n'en comprend plus que 10 000[67].

En 1867, la mort de l'Abouna Selama en captivitĂ© provoque la colĂšre des chrĂ©tiens orthodoxes du pays[75]. Les mouvements de rĂ©volte gagnent tout le pays Ă  tel point que TĂ©wodros ne peut se dĂ©placer que sur la route Debre Tabor – Meqdela[67]. Vers la fin de l'annĂ©e 1867, cet unique axe de dĂ©placement devient trop risquĂ© et le negusse negest s'installe dĂ©finitivement Ă  Meqdela[67].

Lutte contre les religieux

Sceau de TĂ©wodros II

Si les relations entre TĂ©wodros et l'Église Ă©thiopienne orthodoxe sont mauvaises, celles avec les autres religions sont dĂ©sastreuses. À l'origine, les catholiques, les musulmans et les Falashas jouissent de libertĂ©s religieuses[64] ; mais Ă  la suite de la dĂ©tĂ©rioration de la situation interne, les missionnaires et religieux d'Éthiopie subissent Ă©galement la pression du negusse negest.

Les contacts avec les missionnaires protestants s'expliquent par l'intĂ©rĂȘt de TĂ©wodros pour l'artisanat et sa volontĂ© d'introduire en Éthiopie les technologies modernes[34]. Les rapports entre le negusse negest et les protestants semblent plutĂŽt bons[61]. Contrairement aux catholiques, ils paraissent favoriser la rĂ©forme interne de l'Église Ă©thiopienne orthodoxe[76] Ă  la conversion. En 1855, il accepte d'accueillir un groupe de jeunes artisans venus de l'Institut des Missionnaires de Chrischona, en Suisse[77]. Ils ont Ă©tĂ© bien reçus par TĂ©wodros auxquels ils apportent en prĂ©sent des livres religieux, la plupart en amharique[77] bien qu'il eĂ»t prĂ©fĂ©rĂ© du matĂ©riel militaire. Leurs activitĂ©s Ă©vangĂ©lique sont limitĂ©es par le souverain Ă  des populations non chrĂ©tiennes telles que les Falashas[76]. Par ailleurs, ils ne sont pas prĂ©parĂ©s Ă  rĂ©pondre aux ordres de TĂ©wodros lorsqu'il exige qu'ils manufacturent des armes[76].

Bien que les missionnaires ne soient pas formĂ©s pour cette tĂąche, ils se mettent au travail, suivant les requĂȘtes de TĂ©wodros[77]. Au dĂ©but des annĂ©es 1860, ils achĂšvent un petit mortier ; rapidement, TĂ©wodros leur demande de construire un canon bien plus puissant[78]. Toutefois, les protestants n'ont pas Ă©tĂ© Ă©pargnĂ©s par la vague de rĂ©pression contre les EuropĂ©ens[76]. C'est d'ailleurs un de ces missionnaires, Henry A. Stern, qui attise la « fureur anti-europĂ©enne » du negusse negest, en raison de remarques « indĂ©centes »[76]. Il a rĂ©digĂ© un livre Wandering among the Falashas dans lequel il Ă©crit que la mĂšre de TĂ©wodros Ă©tait « tellement pauvre qu'elle en fut rĂ©duite Ă  vendre du kosso »[79]. Plus tard, plusieurs missionnaires, dont Henry Stern, sont emprisonnĂ©s Ă  Meqdela[76].

Les rapports avec les catholiques ont toujours été mauvais, pour deux raisons principales :

  • l'influence qu'ils exercent dans le Nord de l'Éthiopie peut constituer une menace sur l'autoritĂ© de TĂ©wodros ;
  • ils s'identifient Ă  un pouvoir sĂ©culier : la France[61].

La dégradation des relations à la suite d'un conflit personnel entre Justin de Jacobis et l'Abouna Selama, débouche sur l'expulsion du premier en 1854 et la persécution de ses partisans éthiopiens[61]. Ces actions conduisent les catholiques, mais également les Français, à préparer le renversement de Téwodros[61]. Ils se réjouissent lorsque dans l'Agew, negus du Semien acceptent de collaborer avec Paris en échange de livraisons armes[76] - [34]. Negussé renforce le contrÎle sur le Tegré, discute avec la France et les catholiques[64]. Mais l'échec de sa rébellion et sa mort en 1860 retirent un allié de poids à Paris[76].

Les relations de TĂ©wodros avec l'islam sont particuliĂšres. Bien que les musulmans pratiquent librement leur religion, le negusse negest soutient leur conversion au christianisme orthodoxe. La mĂ©fiance de TĂ©wodros envers cette religion remonte Ă  sa jeunesse, son pĂšre fait partie des nombreux Éthiopiens qu'il a vu pĂ©rir lors des confrontations avec les Soudanais. En outre, la situation gĂ©opolitique d'un Empire ottoman prĂ©sent sur la cĂŽte la mer Rouge l'inquiĂšte.

En , Téwodros proscrit l'islam dans tout l'Empire éthiopien ; il s'en prend ainsi aux commerçants musulmans, participant à un vaste mouvement de protestation, et qui ont refusé de reprendre leur activité professionnelle. Par ailleurs, en tant que principaux marchands d'esclaves, ils n'ont pas permis la mise en application des édits d'abolition publiés par le negusse negest[75].

RĂȘve d'une coalition chrĂ©tienne

Installés sur la Mer Rouge, les Ottomans constituent la principale menace aux yeux de Téwodros.

De nombreux éléments expliquent la conduite des affaires diplomatiques par le negusse negest ; les trois principaux facteurs sont :

  • sa volontĂ© de constituer un bloc chrĂ©tien avec l'Europe afin de se dĂ©fendre de l'«encerclement musulman» ;
  • l'envoi par l'Europe de diplomates « mĂ©diocres » ;
  • d'« incroyables omissions et bĂ©vues » de la part des Britanniques[80].

Téwodros ne connaßt guÚre les enjeux diplomatiques de l'époque. Si personnellement, la religion joue un facteur déterminant dans ses choix politiques, il ne sait point qu'elle ne compte nullement pour les grandes puissances. Par ailleurs, il ignore l'existence du racisme dans les cours européennes, aux yeux desquelles un « monarque africain n'était rien de plus qu'un chef de tribus avec des titres pompeux. »[81].

Lorsqu'il invoque la « solidaritĂ© chrĂ©tienne contre l'Égypte musulmane »[82], on s'aperçoit de l'importance de la religion dans la rhĂ©torique diplomatique de TĂ©wodros mais Ă©galement de sa mĂ©fiance envers les États musulmans de la rĂ©gion[74].

Face aux rĂ©voltes internes, TĂ©wodros cherche Ă  utiliser la diplomatie, pour regagner un soutien national[74]. Il fait appel aux puissances europĂ©ennes, notamment au Royaume-Uni, afin d'obtenir une aide technique et militaire[74]. Les Français acceptent d'apporter une assistance, si TĂ©wodros autorise plus de missions catholiques en Éthiopie, une « non-rĂ©ponse Ă©quivalant Ă  un refus »[83]. La Russie, Ă©puisĂ©e par la guerre de CrimĂ©e, ne peut envoyer une quelconque aide. L'« amertume »[83] de TĂ©wodros, qui a appris le scĂ©nario de ce conflit[Note 21], l'a conduit Ă  nommer SĂ©bastopol[Note 22] un des mortiers construits par les missionnaires[83].

En parallĂšle, les rapports avec l'Égypte et, plus gĂ©nĂ©ralement, les États musulmans se dĂ©tĂ©riorent. En 1856, il dĂ©couvre que le Patriarche Qerilos, en visite depuis Alexandrie, et l'Abouna Selama ont demandĂ© une assistance militaire Ă  l'Égypte au nom du negusse negest. Le patriarche copte a acceptĂ© d'ĂȘtre ambassadeur de l'Égypte auprĂšs de TĂ©wodros[84] sans en informer ce dernier, qui ordonne l'emprisonnement des deux religieux Ă©gyptiens[82]. Le premier est relĂąchĂ© en [84] mais le deuxiĂšme meurt en dĂ©tention en 1867[75]. Par ailleurs, TĂ©wodros apporte son appui Ă  des rĂ©fugiĂ©s soudanais tel que Wad Nimr, fils de Makk Nimr, leader d'une rĂ©volte contre les Égyptiens afin de dĂ©stabiliser leur autoritĂ© dans la rĂ©gion[82]. Plus que la menace par l'ouest, c'est celle venant de la mer Rouge qui l'inquiĂšte et qui le pousse Ă  rechercher l'aide europĂ©enne[82].

À la suite du refus des autres puissances, c'est avec le Royaume-Uni que TĂ©wodros cherche Ă  Ă©tablir des contacts diplomatiques[82]. Sans doute, sa proximitĂ© avec John Bell, que TĂ©wodros a nommĂ© Liqe Mekwas, et Walter Plowden, le premier consul britannique en Éthiopie, justifient cette « affection »[82]. Ce sentiment « peut-ĂȘtre injustifiĂ© d'admiration et sympathie »[85] est loin d'ĂȘtre rĂ©ciproque. Finalement, le pays avec lequel TĂ©wodros aurait souhaitĂ© Ă©tablir des liens forts est devenu son pire ennemi, et mĂȘme le responsable de sa chute.

Détérioration des rapports avec le Royaume-Uni

Le , TĂ©wodros envoie deux lettres, relativement similaires, Ă  des dirigeants europĂ©ens ; l'une Ă  la Reine Victoria et l'autre Ă  NapolĂ©on III. Il annonce que les « Turcs » refusent de cĂ©der des territoires Ă©thiopiens et qu'il demande une aide pour les chasser[85]. Le negusse negest donne la lettre pour la souveraine anglaise au Capitaine Cameron, consul britannique nommĂ© en 1862. Il y rappelle les paroles de Plowden et John Bell, tous deux morts en 1860, assurant Ă  TĂ©wodros que Victoria est « une grande Reine » qui « aime les chrĂ©tiens »[85]. En se basant sur ces dires, il exprime lui-mĂȘme son « amour » pour le Royaume-Uni[85]. Il prĂ©cise Ă©galement que la prĂ©sence des « Turcs » l'empĂȘche de passer par la mer Rouge et d'envoyer un ambassadeur[86].

Caricature représentant le Royaume-Uni menaçant Téwodros II

Le , la lettre de TĂ©wodros arrive Ă  Londres[86] mais ne convainc nullement les Britanniques. Pour ceux-ci, les Ottomans reprĂ©sentent un alliĂ© de poids contre la menace russe sur leur empire colonial indien[86]. Le Foreign Office, sans avoir pris la peine de rĂ©diger une rĂ©ponse[86], transmet le message Ă  l'Indian Office, oĂč il est mis de cĂŽtĂ©[86]. Le , Cameron reçoit une lettre du secrĂ©taire aux affaires Ă©trangĂšres, Earl Russel, lui annonçant la rĂ©ponse nĂ©gative du Royaume-Uni, aux requĂȘtes de l'Éthiopie[86]. Par ailleurs, on lui ordonne de rester Ă  Metsewa, jusqu'Ă  nouvel ordre[86]. L'absence de rĂ©ponse renforce la conviction de TĂ©wodros que les Britanniques l'ignorent volontairement[79].

Cette crainte ne se base guĂšre sur de « folles hypothĂšses » ; d'aprĂšs Richard Pankhurst, la politique britannique est « pro-Ă©gyptienne »[87]. Dans les faits, on constate des prises de contacts entre le Royaume-Uni et l'Égypte et des intĂ©rĂȘts commerciaux communs.

En 1863, Cameron se rend au Soudan, en territoire occupĂ© par les Égyptiens, pour Ă©tudier un projet de plantation de coton[88]. TĂ©wodros voit en ces gestes la reconnaissance par Cameron de l'occupation des Égyptiens, ainsi qu'un parti pris Ă©vident[79]. En , Cameron reçoit une lettre du secrĂ©taire d'Earl Russell, James Murray, lui rappelant qu'il a Ă©tĂ© nommĂ© pour Metsewa et non pour l'Éthiopie[79]. Une remarque incorrecte, puisqu'il a Ă©tĂ© dĂ©signĂ© consul de Sa MajestĂ© en Éthiopie[79].

Des prisonniers européens à Meqdela : (debout) (en) Henry Aaron Stern, M. Rosenthal, (assis) Hormuzd Rassam, Mme Rosenthal et son bébé, Dr. Blanc, Capitaine Charles Cameron, (au sol) Kerans, lieutenant Prideaux, Pietro, 1895

Néanmoins, Téwodros a interprété cette décision comme un changement de la politique britannique en faveur de l'Empire ottoman, qui occupe alors Metsewa[79].

À JĂ©rusalem, ville symbolique pour TĂ©wodros, alors que le Royaume-Uni a l'habitude de protĂ©ger le couvent Ă©thiopien, le nouveau consul britannique, appuyĂ© par ses supĂ©rieurs, ne proteste pas lors de la saisie par les Ottomans de l'Ă©difice religieux[87]. Le choix par le Royaume-Uni de soutenir clairement l'Empire ottoman constitue le point de dĂ©part de la querelle avec le negusse negest[61]. AprĂšs plus d'un an d'attente, TĂ©wodros, « profondĂ©ment offensĂ© de l'absence de rĂ©ponse »[89], perd patience.

Le , il emprisonne Cameron et d'autres membres du personnel diplomatique dans la forteresse de Meqdela[87]. Ce geste, provoqué par le manque d'alternatives, exprime son mécontentement[89] ; il compte « réveiller »[80] les Britanniques, restés silencieux à ses appels. En effet, le Royaume-Uni réagit peu aprÚs ; la lettre de Téwodros est recherchée, puis retrouvée. Une réponse rédigée « à la hùte »[90] est remise à Hormuzd Rassam qui rencontre Téwodros le , prÚs du lac Tana[83]. Le Royaume-Uni demande la libération des otages, et promet une aide militaire en échange. Insatisfait par la réponse, Téwodros fait emprisonner Rassam à Meqdela, désormais surnommée l'« HÎtel des Ambassadeurs »[84].

En , Martin Flad, un missionnaire envoyĂ© par TĂ©wodros Ă  la cour d'Angleterre, reprĂ©sente le dernier espoir d'une pacification des relations[83]. En , le negusse negest reçoit une lettre indiquant que le Royaume-Uni accepte d'envoyer une aide militaire, si les otages sont libĂ©rĂ©s et amenĂ©s Ă  Metsewa[91]. NĂ©anmoins, la femme de Flad, alors en Éthiopie, informe son mari que les EuropĂ©ens sont Ă  nouveau emprisonnĂ©s[92].

Vers , les Britanniques exigent la libération des prisonniers et le transfert vers Metsewa[92]. Or Téwodros ne contrÎle plus la route vers cette ville[91] ; les campagnes incessantes et les révoltes continues ont trÚs fortement limité ses déplacements. Il ne répond pas à l'ultimatum britannique reçu le [91] et le Royaume-Uni décide d'envoyer une expédition punitive, afin de libérer les captifs.

Mort de TĂ©wodros

Expédition britannique

Les soldats Ă©thiopiens tirant le mortier SĂ©bastopol vers le haut de la forteresse, sous les yeux de TĂ©wodros II (Ă  l'arriĂšre-plan).

Les problĂšmes de communication avec TĂ©wodros et l'absence de rĂ©ponse Ă  leur ultimatum conduisent le Royaume-Uni Ă  envoyer, en , une expĂ©dition de 32 000 hommes sous le commandement de Sir Robert Napier[67]. Les Britanniques sont parfaitement au courant de la situation en Éthiopie et des rĂ©voltes en cours. En 1867, l'armĂ©e de TĂ©wodros, qui a auparavant comptĂ© 100 000 soldats, en comprend 5 000 Ă  10 000[75]. Le negusse negest, aprĂšs ses ultimes campagnes, arrive Ă  Meqdela en , deux semaines Ă  peine avant l'arrivĂ©e des 5 000 hommes de Napier, sa « force de frappe »[73], le 21.

Le corps expéditionnaire a progressé de Metsewa sans opposition, avec la coopération de Kassa Mercha[93], la sympathie de Gobezé et la passivité de Menelik[70]. Les forces britanniques sont surtout soutenues par Kassa Mercha du Tegré, qui leur assure des moyens de transports adéquats et des provisions[94].

Le , au pied de Meqdela[12], se déroule l'unique affrontement entre les troupes impériales et les Britanniques : la bataille d'Arogé[70] qui s'achÚve par une défaite et une retraite éthiopienne[12].

Le jour suivant, le , Napier Ă©crit Ă  TĂ©wodros, auquel il promet « un traitement honorable » s'il libĂšre les prisonniers europĂ©ens et s'il se « soumet Ă  la Reine d'Angleterre »[95]. Le negusse negest, « un homme extrĂȘmement fier », refuse d'accepter « une telle humiliation »[95]. C'est dans ces conditions que TĂ©wodros rĂ©dige une « lettre remarquable »[95], « un document tĂ©wodrossien par excellence, cristallisant »[94]. Formellement adressĂ©e au commandant de l'expĂ©dition, elle semble constituer un document Ă  visĂ©e plus vaste, une sorte de « dernier testament au peuple Ă©thiopien »[95] :

« Au nom du PĂšre, et du Fils, et du Saint-Esprit, un seul Dieu dans la TrinitĂ© et l'UnitĂ©, Kassa qui croit au Christ... [...] quand je disais Ă  mes compatriotes, « Acceptez l'impĂŽt et soyez disciplinĂ©s », ils refusaient et se brouillaient avec moi. Mais vous m'avez vaincu, grĂące Ă  des hommes soumis Ă  la discipline. Les gens qui m'aiment et me suivaient se sont enfuis, m'abandonnant, parce qu'ils avaient peur d'une simple balle. Lorsque vous les avez attaquĂ©s, je n'Ă©tais pas parmi les fuyards. HĂ©las, croyant ĂȘtre un grand personnage, j'ai poursuivi le combat, avec une artillerie sans valeur... Si Dieu me l'avait permis, je comptais commander Ă  tous : Si Dieu m'en empĂȘchait, [je prĂ©voyais] de mourir... Vous autres qui avez passĂ© la nuit derniĂšre Ă  vous rĂ©jouir, puisse Dieu ne pas vous rendre comme moi, et Ă  plus forte raison comme mes ennemis Ă©thiopiens. J'avais espĂ©rĂ© marcher sur JĂ©rusalem et en expulser les Turcs. Celui qui a soumis des hommes ne sera pas soumis Ă  son tour par d'autres hommes »[96].

AprÚs avoir dicté « ces mots héroïques »[95], Téwodros tente de mettre fin à ses jours, mais, au dernier moment, ses soldats lui enlÚvent le pistolet de la main[97]. Les négociations avec les Britanniques se poursuivent, le negusse negest veut résoudre pacifiquement ce conflit. Il envoie du bétail à Napier pour la célébration de Pùques[97]. AprÚs avoir été informé de l'arrivée du présent chez Napier, il libÚre des prisonniers[97]. Toutefois, le commandant de l'expédition britannique ne peut accepter le bétail, ceci le forcerait à négocier[98]. Informé de ce refus, Téwodros tente d'abord de fuir de Meqdela, mais, la forteresse étant encerclée, il retourne à l'intérieur[98].

Les soldats britanniques découvrent Téwodros aprÚs son suicide.

Il ordonne la libération des missionnaires et des prisonniers politiques de longue date[99].

À la vue des captifs, les observateurs Ă©trangers de France, de Russie, d'Arabie, de Hollande, d'Autriche, et d'Espagne sont surpris en les voyant en bonne santĂ© et en entendant l'un d'eux dĂ©clarer : « Nous Ă©tions fort bien nourris et logĂ©s ; ce que nous craignions, c'Ă©tait une saute d'humeur de l'empereur[100]. »

Le , à 15 h 00[96], les Britanniques lancent l'ultime assaut sur la forteresse. Comprenant l'inutilité de toute résistance, le negusse negest laisse partir ses derniers partisans en déclarant :

« C'en est fini ! PlutÎt que de tomber entre ses mains je préfÚre mettre fin à mes jours ! »[98]

TĂ©wodros saisit son revolver, offert par la Reine Victoria[96], le porte Ă  la bouche et se donne la mort[98].

En entrant dans la forteresse, les soldats anglais voient Ă  terre l'homme qu'ils ont cherchĂ© Ă  capturer et pour lequel ils ont prĂ©parĂ© une expĂ©dition ayant coĂ»tĂ© 9 millions de livres sterling[99]. Furieux, Napier ordonne le pillage de Meqdela[100]. Le , les Britanniques quittent un pays Ă  nouveau divisĂ© ; aprĂšs quelques mois, en , Wagshum GobezĂ© du Lasta, appuyĂ© par une forte armĂ©e de 60 000 soldats, se proclame empereur sous le nom Tekle Giyorgis II[101].

Héritage et mémoire

Selon Bahru Zewde, trois endroits rĂ©sument la vie de TĂ©wodros : le Qwara, Gafat et Meqdela. Le premier lui a servi de base politique et militaire ; le deuxiĂšme symbolise son zĂšle modernisateur ; le troisiĂšme devient son ultime refuge, lieu de son dĂ©cĂšs[67]. Dans l'ensemble, le bilan de TĂ©wodros est mitigĂ©, ses rĂ©formes ont manquĂ© de « consistance et mĂ©thode »[46] et ont constituĂ© une sĂ©rie de « tentatives avortĂ©es »[100]. De façon gĂ©nĂ©rale, les mesures impulsĂ©es n'ont pu ĂȘtre mises en Ɠuvre[60]. Divers facteurs expliquent cet Ă©chec. Tout d'abord la gĂ©ographie de l'Éthiopie empĂȘche une communication rapide et la mise en application efficace des rĂ©formes[68]. Ensuite, il a Ă©tĂ© incapable de traduire politiquement, une supĂ©rioritĂ© et une force militaire Ă©vidente[80]. Sa simple volontĂ© ne peut redresser un pays ayant vĂ©cu plus d'un siĂšcle, dĂ©chirĂ© entre seigneurs locaux[46]. Sa tentative de crĂ©er une nouvelle classe dirigeante s'est heurtĂ©e aux nominations politiques et non « idĂ©alistes » auxquelles il a procĂ©dĂ©[60] en maintenant d'anciennes dynasties au pouvoir. Paul Henze prĂ©cise nĂ©anmoins que « s'il avait disposĂ© d'un gouvernement organisĂ© raisonnablement et d'un corps modeste d'administrateurs capables, il aurait eu la chance de mettre en Ɠuvre une partie de son programme idĂ©aliste de rĂ©formes et de renouveau »[102]. Ses « objectifs progressistes » se heurtent Ă  des mĂ©thodes inadĂ©quates[47] et Ă  un manque de moyens[103] ; sa politique a provoquĂ© des controverses Ă  l'Ă©poque[103].

Les historiens retiennent bien plus ses projets et idéaux que ses accomplissements[60] bien que Shiferaw note que ceux-ci ont l'« habitude de remettre en cause la légitimité de Téwodros »[104].

À partir du milieu XXe, TĂ©wodros devient, aux yeux des Éthiopiens, « le plus populaire de tous les souverains »[105]. AprĂšs sa mort, des gĂ©nĂ©rations ont continuĂ© Ă  voir en lui un homme d'exception, « crĂ©ant ainsi un vĂ©ritable mythe autour de son souvenir »[106]. C'est d'abord pour les idĂ©aux qu'il a incarnĂ©s qu'il demeure populaire[105].

Les Éthiopiens voient en lui un prĂ©curseur du modernisme[105] et un partisan d'une « Éthiopie rĂ©-unifiĂ©e et forte »[103]. Il a souhaitĂ© rĂ©tablir l'unitĂ© politique et religieuse de l'Éthiopie ainsi que ses anciennes frontiĂšres « du Nil Ă  la Mer Rouge »[60]. Il a voulu moderniser son pays, un processus que peu ont compris Ă  l'Ă©poque[60]. Par ailleurs, TĂ©wodros est « le premier centralisateur moderne »[107]. D'aprĂšs Henze, « il mit fin Ă  un siĂšcle de dĂ©crĂ©pitude de l'État, proposa une vision d'unitĂ© et progrĂšs »[107]. Lors de son couronnement, il a lancĂ© le processus de rĂ©unification nationale[104]. « Il avait rĂ©veillĂ© suffisamment le pays »[107] pour que ses successeurs poursuivent son Ɠuvre. D'aprĂšs Marcus, « le rĂšgne de Menelik II [1889-1913] reprĂ©sente le triomphe de l'idĂ©e de centralisation renouvelĂ©e par TĂ©wodros et confirmĂ©e par Yohannes IV [1872-1889] »[108]. Enfin, l'imagination de toute une gĂ©nĂ©ration d'Éthiopiens a Ă©tĂ© marquĂ©e par ce « guerrier extraordinaire » et « ses brillantes victoires sur des armĂ©es plus importantes que les siennes »[106].

TĂ©wodros se donnant la mort. Ce geste est devenu une source d'inspiration pour les artistes Ă©thiopiens.

Au-delĂ  de ces idĂ©aux et projets, la mort de TĂ©wodros constitue le geste le plus mĂ©morable de ce « dirigeant remarquable »[39]. En se donnant la mort, il a mis « du baume dans le cƓur du peuple »[100] et une Ă©lĂ©gie s'est diffusĂ©e Ă  travers le pays. Ce poĂšme est encore connu de nos jours en Éthiopie[100] :

Le roi dont le pouvoir s'exerçait d'une frontiÚre à l'autre,
Était-il si glouton qu'il ne fit qu'une bouchĂ©e de son pistolet ?
LĂ -haut Ă  Meqdela, un cri a retenti,
Un homme viril est mort, et je ne sais combien de femmes.
Avez-vous vu la mort du lion,
Qui croit ignominieux de mourir de main d'homme.

Son suicide Ă  Meqdela a constituĂ© pour les artistes, de l'Ă©poque aux plus modernes, une source d'inspiration originale et un « motif populaire »[67]. Son dĂ©cĂšs a suscitĂ© la sympathie et l'admiration, non seulement en Éthiopie mais Ă©galement en Europe comme le mentionne le Bulletin de la SociĂ©tĂ© de gĂ©ographie en 1868[100] :

« Alors surgit un homme nommĂ© ThĂ©odros, qui du tout Ă  son courage, et parvint, en Ethiopie, aux honneurs suprĂȘmes. Pendant dix annĂ©es, cet homme Ă©tonna l'Europe par son audace, ses folies, sa sauvage grandeur et sa mort hĂ©roĂŻque. Devant ce noble trĂ©pas le monde civilisĂ© s'Ă©mut, et se demenda quel Ă©tait ce pays oĂč un homme, empereur vaincu et sans couronne, savait tomber comme un Romain des plus beaux temps de l'histoire, sans que la mort pĂ»t effacer sur son visage le sentiment d'exaltation sublime et de suprĂȘme dĂ©fi jetĂ© au destin qui enflamma son dernier regard. »

Arthur Rimbaud a, par exemple, Ă©tĂ© fascinĂ© par ThĂ©odore et lui a consacrĂ© des recherches Ă  la librairie du British Museum, selon le tĂ©moignage de sa sƓur et plusieurs biographes. Il devait, par la suite, vivre en Abyssinie[109].

TĂ©wodros s'est assurĂ©e une place de haute importance dans l'histoire Ă©thiopienne[98] ; par ce geste, « il a niĂ© aux Britanniques la satisfaction de capturer l'homme contre lequel ils avaient envoyĂ© une expĂ©dition aussi importante »[67]. De nombreux auteurs de romans et piĂšces de thĂ©Ăątre lui ont rendu hommage ; des intellectuels ont donnĂ© son nom Ă  leur fils[105]. Les chanteurs Ă©thiopiens, mĂȘme les plus modernes, font parfois rĂ©fĂ©rence Ă  TĂ©wodros. Pour Berhanou Abebe, TĂ©wodros reste gravĂ© dans la mĂ©moire collective Ă©thiopienne en raison des « circonstances de sa mort qui ont fait de lui un hĂ©ros pour avoir refusĂ© l'humiliation de la soumission »[100].

Une statue à l'effigie de Téwodros est inaugurée à Gondar en [110].

Annexes

Notes

  1. Le kosso est un médicament contre le ténia.
  2. « Gendre », en amharique.
  3. En tant que fils de Hailou Welde Giyorgis, ancien gouverneur du Qwara et neveu de Kenfou, propriétaire du fief du Dembiya, la légitimité de Téwodros semble acquise.
  4. Shefta est l'Ă©quivalent amharique de bandit, les historiens reprennent souvent le terme Ă©thiopien tel quel.
  5. À cette Ă©poque, les Éthiopiens dĂ©signent par le terme « Turcs » aussi bien les Égyptiens que les Ottomans.
  6. En amharique, tateq peut signifier « prépare tes armes » mais également « prépare-toi à partir ». Ce surnom fait suite à une discussion avec Tewabetch pendant laquelle la décision de partir (tateq) de la cour, pour se rebeller, est prise.
  7. Il s'agit de l'accord de 1847, lorsque Téwodros accepte de rejoindre l'armée de Ras Ali et par conséquent de se soumettre à ses ordres.
  8. Tewahedo, « unifiée » en ge'ez. Cette doctrine confesse l'unité des deux natures, divine et humaine de la personne du Christ, sans confusion ou séparation.
  9. Sost lidet, « trois naissances » en amharique. Elle est soutient que le Christ est né du PÚre, de l'opération du Saint-Esprit et aprÚs neuf mois de la Vierge Marie.
  10. L'État Ă©thiopien est nĂ© dans le Nord du pays et le premier grand royaume a eu comme capitale la ville d'Aksoum. En Ă©tablissant sa propre capitale Ă  Debre Tabor puis vers Meqdela, TĂ©wodros dĂ©place vers le sud le centre politique national. Sous Menelik II, ce processus se poursuit et s'achĂšve avec la fondation d'Addis-Abeba, actuelle capitale du pays.
  11. Suivant la tradition militaire Ă©thiopien, les conflits cessent durant la saison des pluies.
  12. À la fin de son rĂšgne, Meqdela constitue le dernier refuge de TĂ©wodros II.
  13. « Commandant de dix »
  14. « Commandant de cinquante »
  15. « Subsistance en nature »
  16. Chez les Éthiopiens, manger quelque chose n'ayant pas achevĂ© sa croissance provoque le dĂ©goĂ»t.
  17. Voir l'accord avec l'Abouna Selama.
  18. Les prĂȘtres Ă©thiopiens portent des sortes de turban
  19. TĂ©wodros fait rĂ©fĂ©rence aux trois diffĂ©rentes catĂ©gories de terres appartenant Ă  l'Église Ă©thiopienne orthodoxe
  20. TĂ©wodros fait rĂ©fĂ©rence aux turbans, et Ă  la danse des debtera qui battent la mesure en piquant de leurs bĂątons la natte de jonc recouvrant le chƓur.
  21. La France et le Royaume-Uni se sont alliĂ©s avec l'Empire ottoman, une puissance musulmane, pour lutter contre l'Empire russe, un État chrĂ©tien.
  22. En référence au siÚge de Sébastopol.

Références

  1. Berhanou Abebe, Histoire de l'Éthiopie d'Axoum Ă  la rĂ©volution, Édition Maisonneuve & Larose, 1998, p. 88
  2. Bahru Zewde, James Currey, A History of Modern Ethiopia, 1855-1991, Londres, 2002, p. 27
  3. Richard Pankhurst, Wiley-Blackwell, The Ethiopians : A History, 2001, p. 143
  4. Berhanou Abebe, Histoire de l'Éthiopie d'Axoum Ă  la rĂ©volution, Édition Maisonneuve & Larose, 1998, p. 90
  5. C. Mondon-Vidailhet, Chronique de ThĂ©odoros II, roi des rois d'Éthiopie, 1853-1868, d'aprĂšs un manuscrit de Welde Maryam, E. Guilmoto, Paris, 1904, p. 26
  6. C. Mondon-Vidailhet, Chronique de ThĂ©odoros II, roi des rois d'Éthiopie, 1853-1868, d'aprĂšs un manuscrit de Welde Maryam, E. Guilmoto, Paris, 1904, p. 27
  7. Paul B. Henze, Histoire de l'Éthiopie, Moulin du pont, 2004, p. 134
  8. C. Mondon-Vidailhet, Chronique de ThĂ©odoros II, roi des rois d'Éthiopie, 1853-1868, d'aprĂšs un manuscrit de Welde Maryam, E. Guilmoto, Paris, 1904, p. 30
  9. Richard Pankhurst, Wiley-Blackwell, The Ethiopians : A History, 2001, p. 147
  10. Paul B. Henze, Histoire de l'Éthiopie, Moulin du pont, 2004, p. 132
  11. Berhanou Abebe, Histoire de l'Éthiopie d'Axoum Ă  la rĂ©volution, Édition Maisonneuve & Larose, 1998, p. 93
  12. Harold G. Marcus, The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Lawrenceville, Red Sea Press, 1995, p. 31
  13. Harold G. Marcus, The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Lawrenceville, Red Sea Press, 1995, p. 13
  14. C. Mondon-Vidailhet, Chronique de ThĂ©odoros II, roi des rois d'Éthiopie, 1853-1868, d'aprĂšs un manuscrit de Welde Maryam, E. Guilmoto, Paris, 1904, p. 82
  15. Harold G. Marcus, A History of Ethiopia, University of California Press, 2002, p. 59
  16. Bahru Zewde, James Currey, A History of Modern Ethiopia, 1855-1991, Londres, 2002, p. 28
  17. Harold G. Marcus, The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Lawrenceville, Red Sea Press, 1995, p. 14
  18. Berhanou Abebe, Histoire de l'Éthiopie d'Axoum Ă  la rĂ©volution, Édition Maisonneuve & Larose, 1998, p. 89
  19. Harold G. Marcus, A History of Ethiopia, University of California Press, 2002, p. 60
  20. Jean Doresse, Histoire de l'Éthiopie, PUF, collection QSJ, 1970, p. 85
  21. Darrell Bates, The Abyssinian Difficulty, OUP, 1979, p. 13 ; citĂ© dans Paul B. Henze, Histoire de l'Éthiopie, Moulin du pont, 2004, p. 134
  22. C. Mondon-Vidailhet, op. cit., p. 3
  23. Bahru Zewde, James Currey, A History of Modern Ethiopia, 1855-1991, Londres, 2002, p. 29
  24. Harold G. Marcus, The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Lawrenceville, Red Sea Press, 1995, p. 15
  25. Harold G. Marcus, A History of Ethiopia, University of California Press, 2002, p. 61
  26. Harold G. Marcus, A History of Ethiopia, University of California Press, 2002, p. 62
  27. Bahru Zewde, James Currey, A History of Modern Ethiopia, 1855-1991, Londres, 2002, p. 30
  28. Richard Pankhurst, Wiley-Blackwell, The Ethiopians : A History, 2001, p. 114
  29. Berhanou Abebe, Histoire de l'Éthiopie d'Axoum Ă  la rĂ©volution, Édition Maisonneuve & Larose, 1998, p. 91
  30. Harold G. Marcus, A History of Ethiopia, University of California Press, 2002, p. 63
  31. Paul B. Henze, Histoire de l'Éthiopie, Moulin du pont, 2004, p. 1234
  32. Berhanou Abebe, Histoire de l'Éthiopie d'Axoum Ă  la rĂ©volution, Édition Maisonneuve & Larose, 1998, p. 95
  33. Harold G. Marcus, A History of Ethiopia, University of California Press, 2002, p. 64
  34. Paul B. Henze, Histoire de l'Éthiopie, Moulin du pont, 2004, p. 135
  35. Harold G. Marcus, The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Lawrenceville, Red Sea Press, 1995, p. 16
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  41. Harold G. Marcus, The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Lawrenceville, Red Sea Press, 1995, p. 17
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  53. Bahru Zewde, James Currey, A History of Modern Ethiopia, 1855-1991, Londres, 2002, p. 34
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  56. Berhanou Abebe, Histoire de l'Éthiopie d'Axoum Ă  la rĂ©volution, Édition Maisonneuve & Larose, 1998, p. 94
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  60. Harold G. Marcus, The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Lawrenceville, Red Sea Press, 1995, p. 20
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  63. Richard Pankhurst, Wiley-Blackwell, The Ethiopians : A History, 2001, p. 145
  64. Paul B. Henze, Histoire de l'Éthiopie, Moulin du pont, 2004, p. 136
  65. Berhanou Abebe, Histoire de l'Éthiopie d'Axoum Ă  la rĂ©volution, Édition Maisonneuve & Larose, 1998, p. 96
  66. C. Mondon-Vidailhet, Chronique de ThĂ©odoros II, roi des rois d'Éthiopie, 1853-1868, d'aprĂšs un manuscrit de Welde Maryam, E. Guilmoto, Paris, 1904, p. 35
  67. Bahru Zewde, James Currey, A History of Modern Ethiopia, 1855-1991, Londres, 2002, p. 40
  68. Harold G. Marcus, The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Lawrenceville, Red Sea Press, 1995, p. 21
  69. Bahru Zewde, James Currey, A History of Modern Ethiopia, 1855-1991, Londres, 2002, p. 39
  70. Richard Pankhurst, Wiley-Blackwell, The Ethiopians : A History, 2001, p. 157
  71. Harold G. Marcus, The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Lawrenceville, Red Sea Press, 1995, p. 25
  72. Harold G. Marcus, The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Lawrenceville, Red Sea Press, 1995, p. 28
  73. Harold G. Marcus, A History of Ethiopia, University of California Press, 2002, p. 71
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  75. Berhanou Abebe, Histoire de l'Éthiopie d'Axoum Ă  la rĂ©volution, Édition Maisonneuve & Larose, 1998, p. 97
  76. Bahru Zewde, James Currey, A History of Modern Ethiopia, 1855-1991, Londres, 2002, p. 38
  77. Richard Pankhurst, Wiley-Blackwell, The Ethiopians : A History, 2001, p. 148
  78. Richard Pankhurst, Wiley-Blackwell, The Ethiopians : A History, 2001, p. 149
  79. Richard Pankhurst, Wiley-Blackwell, The Ethiopians : A History, 2001, p. 153
  80. Harold G. Marcus, The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Lawrenceville, Red Sea Press, 1995, p. 22
  81. Shiferaw Bekele (sous la direction de GĂ©rard Prunier), L'Éthiopie contemporaine, Ă©dition Karthala, 2007, p. 95
  82. Bahru Zewde, James Currey, A History of Modern Ethiopia, 1855-1991, Londres, 2002, p. 36
  83. Berhanou Abebe, Histoire de l'Éthiopie d'Axoum Ă  la rĂ©volution, Édition Maisonneuve & Larose, 1998, p. 99
  84. Jean Doresse, Histoire de l'Éthiopie, PUF, collection QSJ, 1970, p. 87
  85. Richard Pankhurst, Wiley-Blackwell, The Ethiopians : A History, 2001, p. 151
  86. Richard Pankhurst, Wiley-Blackwell, The Ethiopians : A History, 2001, p. 152
  87. Richard Pankhurst, Wiley-Blackwell, The Ethiopians : A History, 2001, p. 154
  88. Berhanou Abebe, Histoire de l'Éthiopie d'Axoum Ă  la rĂ©volution, Édition Maisonneuve & Larose, 1998, p. 98
  89. Shiferaw Bekele (sous la direction de GĂ©rard Prunier), L'Éthiopie contemporaine, Ă©dition Karthala, 2007, p. 96
  90. Richard Pankhurst, Wiley-Blackwell, The Ethiopians : A History, 2001, p. 155
  91. Harold G. Marcus, A History of Ethiopia, University of California Press, 2002, p. 70
  92. Richard Pankhurst, Wiley-Blackwell, The Ethiopians : A History, 2001, p. 156
  93. Ethiopia, A short illustrated history, Ministry of Education and Fine Arts, Berhanena Selam Haile Selassie I printing press, Addis Abeba, 1969, p. 112
  94. Bahru Zewde, James Currey, A History of Modern Ethiopia, 1855-1991, Londres, 2002, p. 41
  95. Richard Pankhurst, Wiley-Blackwell, The Ethiopians : A History, 2001, p. 158
  96. Paul B. Henze, Histoire de l'Éthiopie, Moulin du pont, 2004, p. 141
  97. Richard Pankhurst, Wiley-Blackwell, The Ethiopians : A History, 2001, p. 159
  98. Richard Pankhurst, Wiley-Blackwell, The Ethiopians : A History, 2001, p. 160
  99. Harold G. Marcus, A History of Ethiopia, University of California Press, 2002, p. 72
  100. Berhanou Abebe, Histoire de l'Éthiopie d'Axoum Ă  la rĂ©volution, Édition Maisonneuve & Larose, 1998, p. 101
  101. Paul B. Henze, Histoire de l'Éthiopie, Moulin du pont, 2004, p. 146
  102. Paul B. Henze, Histoire de l'Éthiopie, Moulin du pont, 2004, p. 142
  103. Ethiopia, A short illustrated history, Ministry of Education and Fine Arts, Berhanena Selam Haile Selassie I printing press, Addis Abeba, 1969, p. 115
  104. Shiferaw Bekele (sous la direction de GĂ©rard Prunier), L'Éthiopie contemporaine, Ă©dition Karthala, 2007, p. 97
  105. Paul B. Henze, Histoire de l'Éthiopie, Moulin du pont, 2004, p. 133
  106. Shiferaw Bekele (sous la direction de GĂ©rard Prunier), L'Éthiopie contemporaine, Ă©dition Karthala, 2007, p. 92
  107. Paul B. Henze, Histoire de l'Éthiopie, Moulin du pont, 2004, p. 343
  108. Harold G. Marcus, The life and times of Menelik II: Ethiopia 1844-1913, Lawrenceville, Red Sea Press, 1995, p. 3
  109. M.-A. Ruff, Rimbaud, Connaissance des lettres/Hatier ; Enid Starkie, Rimbaud, 1938 (mis Ă  jour Ă  deux reprises) ; Jean-Jacques LefrĂšre, Arthur Rimbaud, Biographie, Robert Laffont/Bouquins, 2020.
  110. (en)Inauguration of Atse Tewodros Statue & Celebration of Timket in Gonder, January 2012 sur Ethiotube [lire en ligne]

Ouvrages généraux

  • (fr) Berhanou Abebe, Histoire de l'Éthiopie d'Axoum Ă  la rĂ©volution sur Google Livres, Paris, Maisonneuve & Larose, coll. « Monde africain », 1998 (ISBN 2-7068-1340-7) ; chap. VII (« L'essor de ThĂ©odros »), p. 87-104 Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • (fr) Jean Doresse, Histoire de l'Éthiopie, PUF, collection QSJ, 1970, p. 84-89 Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • (fr) Paul B. Henze, Histoire de l'Éthiopie. L'Ɠuvre du temps sur Google Livres, Paris, Moulin du Pont, trad. de l'anglais par Robert Wiren, 2004, p. 123-143 (ISBN 2-84586-537-6) Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • (en) Richard Pankhurst, The Ethiopians: A History (Peoples of Africa) sur Google Livres, Wiley-Blackwell ; New Ed edition, 2001 (ISBN 0631224939) ; chap. VIII (« The Early Nineteenth Century and the Advent of TĂ©wodros II »), p. 131-161 Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • (en) Harold G. Marcus, A History of Ethiopia, University of California Press, 2002, p. 48-73 (ISBN 0520224795) Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • (en) Ministry of Education and Fine Arts, Ethiopia, A short illustrated history, Berhanena Selam Haile Selassie I printing press, Addis Abeba, 1969 ; chap. XVII (« Tewodros 1855-1868 »), p. 103-115
  • (en) David Hamilton Shinn et Thomas P. Ofcansky, Historical Dictionary of Ethiopia, Scarecrow Press, 2004 ; Article « Tewodros II » p. 376-377 (ISBN 0810849100)

Ouvrages spécialisés

  • (fr) Shiferaw Bekele, L'Éthiopie contemporaine (sous la direction de GĂ©rard Prunier), Karthala, 2007, 440 p., (ISBN 978-2845867369) ; chap. III (« La restauration de l'État Ă©thiopien dans la seconde moitiĂ© du XIXe siĂšcle »), partie I (« L'ascension de Tewodros II et la restauration de la monarchie (1855-1868) »), p. 92-97 Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • (fr) David VĂŽ VĂąn, Le Voyage en Ethiopie au temps du NĂ©gus TĂ©wodros II, Le Marchand de Tyr, 2005, 782 p., (ISBN 2-916398-00-7)
  • (en) Bahru Zewde, A History of Modern Ethiopia, 1855-1991, Londres, James Currey, 2002, p. 64-111 (ISBN 0821414402) ; partie II (« Unification and Independence - 1855 - 1896 »), chap. I (« The first response : Kasa - Tewodros »), p. 27-42 Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • (en) Sven Rubenson, King of Kings: Tewodros of Ethiopia, Addis Ababa, Haile Selassie I University, 1966
  • (en) Sir Darrell Bates, The Abyssinian Difficulty: The Emperor Theodorus and the Magdala Campaign, 1867-68, Oxford Press, 1979

Documents historiques

  • Antoine d'Abbadie d'Arrast, L'Abyssinie et le roi ThĂ©odore, Ch. Douniol, Paris, 1868 [lire en ligne]
  • G. d'ArnĂ©ly, « ThĂ©odoros II, nĂ©gus d'Abyssinie (1818-1868) », Les Contemporains,‎ , p. 1-24 (lire en ligne sur Gallica).
  • Henry Blanc, Ma captivitĂ© en Abyssinie : avec des dĂ©tails sur l'empereur ThĂ©odore, traduit par Mw Arbousse-Bastide, SociĂ©tĂ© des traitĂ©s religieux, Paris, 1870 [lire en ligne]
  • Henry Blanc, Les captifs de ThĂ©odoros, d'aprĂšs la relation du Dr Blanc, traduit et abrĂ©gĂ© par Ferdinand de Lanoye, Hachette, Paris, 1869 [lire en ligne]
  • Charles Bussidon, Abyssinie et Angleterre (ThĂ©odoros) : perfidies et intrigues anglaises dĂ©voilĂ©es, souvenirs et preuves, A. Barbier, Paris, 1888 [lire en ligne]
  • (am) Lettre du Negussa Negest TĂ©wodros II Ă  un destinataire inconnu, sur le site des archives nationales d'Addis Abeba [lire en ligne]

Peintures

Théùtre

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