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Khuzdul

Le khuzdul, ou nanien[1], est l'une des langues construites imaginées par le romancier et philologue John Ronald Reuel Tolkien dans le cadre de l'élaboration des récits de la Terre du Milieu. Il semble que sa création remonte aux années 1930, mais la majorité du corpus connu à ce jour (soit environ 60 à 80 termes) date des années 1950, pendant et aprÚs l'achÚvement de l'écriture du Seigneur des anneaux.

Khuzdul, nanien
Khuzdul
Auteur J. R. R. Tolkien
Date de création Années 1930
RĂ©gion Monde imaginaire de la Terre du Milieu
Typologie Flexionnelle
Catégorie Langue imaginaire
Classification par famille
Échantillon
Inscription de la tombe de Balin.
Inscription de la tombe de Balin.
BALIN
FUNDINUL
UZBADKHAZADDUMU
(Balin, fils de Fundin, seigneur de la Moria)[Note 1]

Au sein de son univers de fiction, le khuzdul est la langue propre au peuple des Nains, qui la reçurent de leur créateur Aulë. Ils la transcrivaient principalement par un systÚme d'écriture runique appelé cirth.

La structure du khuzdul, de type flexionnel, est inspirée de celles des langues sémitiques, telles que l'arabe ou l'hébreu : elle repose sur des racines consonantiques, à partir desquelles les mots sont bùtis par intercalation de voyelles et ajout d'affixes. Le vocabulaire est construit a priori, c'est-à-dire indépendamment de celui des langues naturelles, et conçu par Tolkien de sorte qu'il se distingue nettement de celui des autres langues de la Terre du Milieu[2] : le khuzdul devait sembler « pesant et désagréable » vis-à-vis des langues des Elfes[3].

DĂ©nominations

Tolkien a employé plusieurs dénominations différentes pour cette langue ; il utilise le plus souvent l'endonyme khuzdul (une fois orthographié khuzdûl[4]) ou l'exonyme nanien (Dwarvish en anglais)[Note 2]. On trouve également les termes nauglien (Nauglian)[5], khazadien (Khazadian)[6] et en quenya naukarin[7].

Histoire

En khuzdul comme pour les autres langues qu'inventa Tolkien, il faut distinguer deux axes chronologiques de développement :

  • l'un, externe, concerne l'Ă©volution des conceptions de la langue pendant la vie de leur auteur ;
  • l'autre, interne, concerne l'Ă©volution historique de la langue Ă  l'intĂ©rieur mĂȘme du monde imaginaire dans lequel elle se parle.

Histoire externe

La crĂ©ation du nanien semble dater du dĂ©but ou du milieu des annĂ©es 1930. Dans le rĂ©cit de la Quenta Silmarillion[8], on trouve les premiĂšres occurrences des mots KhazaddĂ»m[Note 3], Gabilgathol et KhuzĂ»d. Ce dernier dĂ©signait la race des Nains dans leur propre langue, avant d'ĂȘtre modifiĂ© en KhazĂąd. À partir de 1937, date du dĂ©but de la rĂ©daction du Seigneur des anneaux, Tolkien retravailla cette langue, notamment au niveau de sa structure. Dans ses propres termes, la langue khuzdule « a Ă©tĂ© esquissĂ©e avec quelques dĂ©tails dans sa structure, mais avec trĂšs peu de vocabulaire ». Et il semble effectivement qu'il existe une grammaire et une phonologie du khuzdul dans les manuscrits non publiĂ©s de Tolkien[9].

Pour crĂ©er le nanien, Tolkien s'inspira des langues sĂ©mitiques ; phonĂ©tiquement, la langue tend plus spĂ©cifiquement vers l'hĂ©breu, mais d'autres traits (comme les « pluriels brisĂ©s ») rappellent plutĂŽt l'arabe[10]. Tolkien disait des Nains qu'il les voyait « comme des Juifs », soulignant l'idĂ©e d'une similaritĂ© linguistique avec l'hĂ©breu[11]. Dans une interview diffusĂ©e en 1967 sur la BBC, Tolkien dit d'ailleurs que « tous [les] mots Ă©taient sĂ©mitiques, Ă©videmment ; construit pour ĂȘtre sĂ©mitiques[12] ». Il semble d'ailleurs que Tolkien possĂ©dait des bases d'hĂ©breu, car il participa Ă  la traduction anglaise de la Bible de JĂ©rusalem en 1966[13].

Histoire interne

Représentation d'un Nain.

Le Silmarillion nous indique que les Nains apprennent le khuzdul de la bouche mĂȘme du Vala AulĂ«, peu aprĂšs leur crĂ©ation[14]. Il fait donc partie des langues auliennes, du nom d'AulĂ«[15]. À ce titre, il est possible que le valarin, la langue des Valar, ait influencĂ© en partie la formation du khuzdul[16].

Au cours de l'histoire d'Arda, la langue Ă©volue trĂšs peu en comparaison avec les langues elfiques et humaines[17]. Les quelques diffĂ©rences qui apparaissent sont dues aux grandes distances sĂ©parant les demeures des diffĂ©rentes maisons des Nains, mais au TroisiĂšme Âge, deux nains issus de diffĂ©rentes maisons peuvent encore se comprendre malgrĂ© tout. Hors du cercle privĂ©, le khuzdul n'est que trĂšs peu usitĂ©, surtout en prĂ©sence d'autres peuples, et rares sont les Ă©trangers qui peuvent en apprendre quelques bribes. Les Nains ne l'enseignent que rarement d'eux-mĂȘmes, car leur langage est « un secret qu’ils ne rĂ©vĂ©laient pas volontiers, mĂȘme Ă  leurs amis[18] ». Quelques Elfes purent l'Ă©tudier : c'est notamment le cas de Curufin au Premier Âge, « ce fut grĂące Ă  lui que les maĂźtres du savoir obtinrent la connaissance limitĂ©e qu'ils acquirent du khuzdĂ»l »[19], ou bien de Pengolodh au Second Âge. Mais la plupart des Elfes n'avaient aucun intĂ©rĂȘt pour ce langage, « lourd et disgracieux Ă  leurs oreilles[20] ».

Il est un point sur lequel les Nains sont inflexibles : ils refusent toujours d'apprendre leurs noms vĂ©ritables Ă  tout Ă©tranger ou membre d'une maison diffĂ©rente, au point que mĂȘme leurs tombes ne portent pas leurs vĂ©ritables noms. Ainsi, les noms des Nains connus par les rĂ©cits proviennent en fait de la langue des hommes du Nord (c'est le cas pour Gimli, Balin, etc.), ou bien ne sont que des surnoms : par exemple, AzaghĂąl est le nom d'un seigneur nain, mais il pourrait s'agir d'un simple surnom signifiant « guerrier »[21].

MalgrĂ© son caractĂšre secret, le khuzdul influence certaines langues et notamment l'adĂ»naic, la langue des NĂșmenĂłrĂ©ens[22], ainsi que certains termes sindarins et quenyas. Ainsi, le quenya Kasar et le sindarin Hadhod, signifiant tous deux « Nain », dĂ©coulent directement du terme khuzdul Khazad de mĂȘme signification. De son cĂŽtĂ©, le nanien a Ă©galement empruntĂ© un certain nombre de termes elfiques, tels que kibil liĂ© au sindarin celeb.

Attestations

Les exemples de khuzdul sont rares ; une grande partie est de type onomastique et consiste en toponymes et en mots ou expressions majoritairement issus du Seigneur des Anneaux, de ses brouillons (Histoire de la Terre du Milieu, tomes 6 à 9 et 12) et de textes qui suivirent sa rédaction (Parma Eldalamberon no 17). Quelques termes sont attestés dans le Silmarillion. Il n'existe pas de grammaire publiée du khuzdul bien qu'il semble qu'il en existe une dans les brouillons de Tolkien[23].

Quelques exemples de :

  • mots simples : Baraz « rouge » ; Khuzd « Nain » ; ZĂąram « lac », etc. ;
  • mots dĂ©rivĂ©s : Khuzdul « langue naine » de Khuzd « Nain » ; Mazarbul « [salle] des archives » de mazarb « documents Ă©crits, archives », etc. ;
  • mots composĂ©s : Kheled-zĂąram « Lac de verre » ; NulukkhizdĂźn « Nargothrond Â» ; Sharbhund « Colline chauve » ; Sigin-tarĂąg « les Longues-Barbes » ; Zirakzigil « Pic d’argent », etc. ;
  • expressions : Balin Fundinul uzbad Khazad-dĂ»mu « Balin fils de Fundin, Seigneur de la Moria » ; Baruk KhazĂąd! KhazĂąd ai-mĂȘnu! « Les haches des Nains ! Les Nains sont sur vous ! ».

Phonétique

Voyelles

Le khuzdul possĂšde les cinq timbres vocaliques a, e, i, o et u, qui peuvent prendre la quantitĂ© brĂšve ou longue. Les voyelles longues sont marquĂ©es d'un accent circonflexe dans la transcription romanisĂ©e employĂ©e par Tolkien[24]. Il existe Ă©galement, Ă  l'image de l'hĂ©breu, des voyelles rĂ©duites de type schwa : Tolkien prĂ©cise que « les voyelles comme celles que l’on entend dans le mot anglais butter Ă©taient frĂ©quentes en nanien[1] », quoique le corpus attestĂ© n'en donne pas d'exemple Ă©vident. Le khuzdul comporte la semi-voyelle j, notĂ©e y en transcription[25]. Édouard Kloczko postule Ă©galement l'existence de la semi-voyelle w[24].

Consonnes

Sont attestées en khuzdul les consonnes suivantes, transcrites dans l'alphabet phonétique international (API) :

La transcription du khuzdul par Tolkien suit le plus souvent l'API, mais on peut noter cependant les points suivants :

  • les occlusives aspirĂ©es sont notĂ©es th et kh[1] ;
  • la fricative [ʃ] est notĂ©e sh ;
  • le coup de glotte [ʔ] n'est pas notĂ©, mais Tolkien indique que les mots commençant par une voyelle en transcription comportaient en fait ce son Ă  l'initiale (par exemple, le mot uzn « ombre, obscuritĂ© Â» devait se prononcer [ʔuzn]). Certaines analyses du khuzdul le font intervenir aussi en d'autres positions, et le notent au besoin par l'apostrophe ;
  • l'existence des sons [ÎČ] et [ÉŁ] est incertaine : ils correspondraient aux graphies bh et gh attestĂ©es dans les deux noms Sharbhund et AzaghĂąl[24]. Mais il pourrait aussi s'agir de simples combinaisons de b + h et g + h, respectivement[26].

Il existait deux prononciations possibles du r parmi les Nains : certains le roulaient, mais d'autres utilisaient un r uvulaire (comme le r le plus courant du français). L'usage de consonnes aspirées et du r uvulaire se démarque des langues elfiques et peut expliquer que le khuzdul ait été considéré comme cacophonique par les Elfes.

Le khuzdul n'admet pas de groupe de consonnes en début de mot[27].

Écriture

Les cirth.

Pour transcrire leur langue, les Nains employaient un systĂšme d'Ă©criture runique d'origine elfique, les cirth. Le Seigneur des anneaux en donne un exemple sur le tombeau de Balin dans la Moria[28], oĂč la phrase « Balin Fundinul uzbad Khazad-dĂ»mu » littĂ©ralement « Balin fils de Fundin, Seigneur de la Moria » est inscrite en cirth. Les cirth servaient Ă  l'origine Ă  graver de brĂšves inscriptions, mais les Nains en tirĂšrent des formes destinĂ©es Ă  la plume[1].

Structure grammaticale

Racines

Pour créer cette langue, Tolkien s'est inspiré de certaines structures linguistiques qui rappellent les langues sémitiques telles que l'hébreu. Par similitude avec ces langues, la morphologie du khuzdul se base sur des radicaux ou racines consonantiques, composés de deux consonnes (racines bilitÚres) comme D-Sh ou trois consonnes (racines trilitÚres) comme Kh-Z-D.

Ces racines, porteuses d'un sens gĂ©nĂ©ral de base, ne sont pas en elles-mĂȘmes des mots de la langue, mais servent Ă  les former en intercalant des voyelles entre les consonnes.

Exemple :

La racine Kh-Z-D donne les mots suivants : Khuzd « Nain »[29] ; Khazùd « Nains »[18] ; Khuzûd « Nains »[30]

Selon Édouard Kloczko, il existerait deux types de racines : des racines primaires, essentiellement bilitĂšres, et des racines dĂ©rivĂ©es, trilitĂšres. Ainsi une racine primaire *Z-R donnerait des mots comme *zar ou *zir, et par ajout d'un affixe, par exemple un suffixe k, cela formerait une racine trilitĂšre *Z-R-K. Kloczko suppose aussi que deux racines primaires puissent fusionner pour donner une racine trilitĂšre : *B-R + *Z-R > *B-Z-R[31].

Magnus Åberg, dans son Ă©tude du nanien[32], propose principalement des racines trilitĂšres, avec adjonction d'une occlusive glottale notĂ©e « ' » en dĂ©but de racine. Ainsi la racine apparemment bilitĂšre *Z-N est en fait une racine trilitĂšre '-Z-N[33].

Quelques exemples de racines :

  • B-R-Z « rouge », dĂ©rivĂ© baraz ;
  • K-B-L « argent », dĂ©rivĂ© kibil ;
  • Kh-Z-D « nain ou sept », dĂ©rivĂ© khazĂąd ;
  • N-B-R « corne, pointe », dĂ©rivĂ© inbar ;
  • N-R-G « noir », dĂ©rivĂ© narag ;
  • S-L-N « chuter », dĂ©rivĂ©s salĂŽn, sulĂ»n ;
  • Z-G-L « argentĂ© ou pic », dĂ©rivĂ© zigil ;
  • Z-R-B « Ă©crire, inscrire », dĂ©rivĂ© mazarbul.

Affixes

L'adjonction d'affixes aux mots permet d'en modifier la signification ou d'en préciser la fonction. Par exemple :

  • le prĂ©fixe ma- s'observe dans le mot mazarb « documents Ă©crits, archives » issu de la racine Z-R-B « Ă©crire, inscrire »[34]. Magnus Åberg considĂšre qu'il sert Ă  former des participes passĂ©s, par similitude avec le prĂ©fixe hĂ©breu mə- qui a ce rĂŽle (ex. məkhatev « Ă©crit »). Édouard Kloczko mentionne aussi ce prĂ©fixe (sous la forme m-) mais sans explication complĂ©mentaire[35] ;
  • le suffixe -ul est selon Tolkien une terminaison de gĂ©nitif ou d'adjectif[34] : il s'observe par exemple dans khuzdul « nanien », dĂ©rivĂ© de Khuzd « Nain ». Il forme un patronyme dans Fundinul « [fils] de Fundin ».

Préfixes et suffixes peuvent se combiner en parasynthÚse : par exemple, le nom Mazarbul « [salle] des archives » combine les deux affixes vus ci-dessus.

Noms

Le nom khuzdul est variable en nombre et distingue singulier et pluriel par des vocalisations diffĂ©rentes de la racine : Tolkien parle de « pluriels brisĂ©s Â» tels que l'on en retrouve en arabe. Ainsi le nom bark « hache Â» devient au pluriel baruk « haches Â» ; de mĂȘme, Khuzd « Nain » devient KhazĂąd « Nains »[10]. Il semble qu'il existe un second pluriel Ă  Khuzd, KhuzĂ»d « nains » que Kloczko dĂ©signe comme Ă©tant une variante dialectale de KhazĂąd[36].

La formation des noms diffĂšre selon le type de radical. Dans son Ă©tude du khuzdul, Magnus Åberg reconstruit ainsi au moins 5 dĂ©clinaisons, possĂ©dant chacune, comme en hĂ©breu, un Ă©tat absolu et un Ă©tat construit pour les deux nombres, singulier et pluriel[37]. L'Ă©tat construit sert Ă  indiquer la possession : le nom possĂ©dĂ© est modifiĂ© selon l’état construit, et est suivi par le nom possesseur Ă  l’état absolu. Il faut cependant noter que les Ă©crits actuellement publiĂ©s de Tolkien n'y font pas rĂ©fĂ©rence.

Le nom khuzdul se prĂȘte Ă  la formation de mots composĂ©s, dans lequel il apparaĂźt que l'Ă©lĂ©ment dĂ©terminant prĂ©cĂšde le dĂ©terminĂ©. Le premier Ă©lĂ©ment peut prendre une forme spĂ©ciale en composition : par exemple le Ăą de KhazĂąd « Nains Â» s'abrĂšge dans le toponyme Khazad-dĂ»m « Cavenain, Moria Â».

Selon Åberg, certains noms propres composĂ©s semblent comporter une mĂ©tathĂšse, c'est-Ă -dire que deux sons (gĂ©nĂ©ralement des consonnes) s'intervertissent afin de faciliter la prononciation[38].

Verbes

Il n'existe que trois verbes attestés dans les écrits de Tolkien, ainsi qu'une racine, qui ne permettent pas d'en tirer une rÚgle de formation sur les verbes :

  • felak, felek[39] : ces deux verbes dĂ©coulent de la mĂȘme racine supposĂ©e *F-L-K, felak signifiant « utiliser un outil de taille, un felak » et felek « tailler la roche » ;
  • gunud[39] « percer un tunnel » : verbe issu de la racine supposĂ©e *G-N-D, que l'on retrouve dans le nom usuel de Finrod, Felakgundu ou Felaggundu, que les Elfes ont rendu par Felagund ;
  • S-L-N : cette racine est attestĂ©e avec la signification « chuter rapidement »[27], mais les seuls mots connus formĂ©s avec cette racine sont des noms (salĂŽn et sulĂ»n).

Adjectifs

Åberg distingue deux types d'adjectifs : les adjectifs rĂ©ductibles qui peuvent perdre une voyelle lors d'opĂ©rations morphologiques, et les adjectifs stables qui ne sont pas modifiĂ©s. Vu la diversitĂ© formelle des adjectifs, il est actuellement impossible de dĂ©terminer des rĂšgles de formation de singuliers ou pluriels.

Exemple :

Adjectif rĂ©ductible : narag « noir », Ă  comparer Ă  NargĂ»n « Mordor Â»[40]

Exemple :

Adjectif stable : gabil « grand », Ă  comparer Ă  GabilĂąn « Gelion Â»[41]

Dans les mots composés, il semble que l'adjectif se place en premiÚre position. Ainsi c'est le cas de l'adjectif sigin « longues » dans le mot sigin-tarùg « longues-barbes »[42].

Lexique

Le khuzdul semble avoir peu empruntĂ© aux autres langues. Deux termes semblent toutefois ĂȘtre dĂ©rivĂ©s de l'elfique. Le premier est Rukhs, pl. RakhĂąs « orque(s)», dont Tolkien dit qu'il pourrait ĂȘtre issu d'une langue des Elfes Avari, l'elfique possĂ©dant la racine primitive * ruku[43]. Le second est le mot kibil « argent » qui semble directement liĂ© au terme sindarin celeb, quenya telpe « argent »[44].

Certaines langues ont directement emprunté des termes au nanien. C'est le cas notamment des langues humaines et particuliÚrement de l'adûnaic.

Influence sur les langues humaines

Les relations entre les Nains et les Hommes datent de bien avant la venue des Hommes en Beleriand au Premier Âge. À cette Ă©poque, les Hommes sont plus nombreux Ă  l'est des Montagnes Bleues et entretiennent des relations principalement commerciales avec les Nains de la lignĂ©e de Durin, habitant la forteresse de Khazad-dĂ»m[45]. Ces relations ont une influence sur leurs langues : les Hommes apprennent quelques rudiments de khuzdul, mais ils « [le] trouvaient difficile et Ă©taient lents Ă  apprendre plus que des mots isolĂ©s, dont ils en adaptĂšrent et en intĂ©grĂšrent beaucoup Ă  leur propre langue[46] ». La plupart de ces Hommes sont des Edain de la Maison de Hador, ancĂȘtres des NĂșmenĂłrĂ©ens. La langue de NĂșmenor, l'adĂ»naic, s'en trouve donc influencĂ©e : Tolkien indique que le khuzdul « ressemble phonĂ©tiquement Ă  l'adunaic, et lui ressemble aussi dans plusieurs points de vocabulaire et de structure[6] ». Plusieurs rapprochements entre le khuzdul et l'adĂ»naic ont Ă©tĂ© proposĂ©s par Kloczko dans son dictionnaire[47].

Influence sur les langues elfiques

Les langues elfiques ont également emprunté au khuzdul.

Les noms quenya et sindarin pour désigner les Nains découlent directement du terme khazad. C'est le cas du sindarin Hadhod « nain » et Hadhodrim « la race des Nains » ; et du quenya Kasar pl. Kasari et Kasalli « nain(s)» et Kasallie « la race des Nains »[48].

On note Ă©galement une influence khuzdule dans certains noms de lieux. Le lac Helevorn « verre noir » est composĂ© de la racine sindarine heledh issue du khuzdul kheled « verre »[49]. Selon Tolkien, le nom de la riviĂšre LhĂ»n en sindarin, pourrait ĂȘtre issu des racines *slƍn ou *slĆ«n, issues des mots khuzdul salĂŽn ou sulĂ»n, dont la formation dĂ©coulerait de la base S-L-N « tomber, descendre rapidement »[27]. Enfin, les noms Narog et Nargothrond seraient des emprunts directs au khuzdul, respectivement Ă  NarĂąg[33] et Nar(u)kuthĂ»n[34].

IglishmĂȘk

L'iglishmĂȘk, littĂ©ralement « langue des signes » en khuzdul, est un langage gestuel inventĂ© par les Nains pour communiquer entre eux silencieusement, et secrĂštement. Contrairement Ă  son analogue parlĂ©, l'iglishmĂȘk a fortement Ă©voluĂ© depuis son apparition. Chacune des sept maisons naines possĂšde son iglishmĂȘk particulier, qui est incomprĂ©hensible aux autres maisons, et bien sĂ»r aux Ă©trangers. Ce langage Ă©tait gĂ©nĂ©ralement utilisĂ© en accompagnement de l'oral, afin de prĂ©ciser ou modifier la signification des paroles, Ă  l'insu des interlocuteurs tiers.

Comme le khuzdul, le peu de renseignements connu sur l'iglishmĂȘk provient des quelques Elfes qui eurent la chance de se voir enseigner cette langue par les Nains[50]. Tolkien en donne deux exemples : lever lĂ©gĂšrement l'index de la main droite, puis celui de la main gauche, signifie « j'Ă©coute » ; mais lever les deux index en mĂȘme temps constitue un ordre : « Ă©coute ! »[51].

NĂ©o-khuzdul dans les adaptations de Peter Jackson

David Salo lors d'une conférence en 2005.

Dans les adaptations cinématographiques du Seigneur des anneaux par Peter Jackson, on trouve quelques exemples de néo-khuzdul créés par David Salo, dans les scÚnes de la Communauté de l'anneau se déroulant dans la Moria. L'apposition du terme néo- permet de distinguer le khuzdul de Tolkien du khuzdul inventé à l'occasion des films.

En 1999, David Salo est contactĂ© par la production afin de travailler sur les langues reconstruites et notamment sur les langues elfiques et le khuzdul ainsi que sur leur transcription. David Salo dit Ă  ce propos : « je travaillais avec John Howe et Grant Major sur ce sujet ; Grant Ă©crivait les textes qu'il voulait rendre en khuzdul (pour ĂȘtre prĂ©cis : en partie en khuzdul, et en partie mes propres inventions), et je lui faxais mes transcriptions en cirth. [...] la formulation est de Grant Major, les interprĂ©tations en nĂ©o-khuzdul sont miennes (ainsi que les transcriptions en cirth)[52] ». David Salo indique aussi que son « nĂ©o-khuzdul (ou pseudo-khuzdul) change dans la durĂ©e » : son travail sur les bandes originales des trois films lui a permis de perfectionner son nĂ©o-khuzdul, et notamment le systĂšme verbal.

Il existe onze inscriptions néo-khuzdules transcrites en runes répertoriées[53].

Annexes

Notes

  1. Inscription de la tombe de Balin : Le Seigneur des anneaux, Livre II, chapitre 4. Les trois premiĂšres lignes constituent le texte khuzdul, la derniĂšre est sa traduction en anglais.
  2. Le terme Dwarvish est parfois traduit par nanique comme sur Tolkiendil, mais jamais dans les traductions officielles.
  3. Ce mot désignait alors la cité naine de Nogrod, avant de devenir le nom de la Moria.

Références

  1. Le Seigneur des anneaux, Appendice E.
  2. « Structurellement et grammaticalement, [le khuzdul] différait largement de toutes les autres langues de l'Ouest. » (The Peoples of Middle-earth, p. 316, note 4).
  3. Kilby, p. 44 : « Compared with Elvish it was to sound 'cumbrous and unlovely'. »
  4. The Peoples of Middle-earth, p. 321.
  5. La Route perdue et autres textes p. 226.
  6. Sauron Defeated, p. 414.
  7. Parma Eldalamberon no 18, Tree of the Descent of Tongues, p. 28, 29 et 81.
  8. La Route Perdue, « Quenta Silmarillion ».
  9. (en) A List of Tolkien's Unpublished and Slightly Published Manuscripts, entrée §76.
  10. Parma Eldalamberon no 17, p. 85.
  11. Lettres, lettre no 176, p. 229.
  12. The History of the Hobbit, p. 80, note 9.
  13. Lettres, lettre no 294, p. 378.
  14. Le Silmarillion, « Sur Aulë et Yavanna ».
  15. La Route Perdue, p. 178-179.
  16. Kloczko, p. 31.
  17. The Peoples of Middle-earth, « Of Dwarves and Men ».
  18. Le Seigneur des Anneaux, Appendice F.
  19. The Peoples of Middle-earth, p. 358, note 22.
  20. Le Silmarillion, « Les Sindar ».
  21. Kloczko, p. 48.
  22. The Peoples of Middle-earth, p. 316-317, note 4.
  23. (en) A List of Tolkien's Unpublished and Slightly Published Manuscripts, entrée §76 ; Kloczko, p. 29, note 16.
  24. Kloczko, p. 41.
  25. (en) The Structure of Khuzdul, Helge Fauskanger.
  26. (en) Khuzdul - the secret tongue of the Dwarves, Helge Fauskanger ; cf. la liste des consonnes dans la section The Structure of Khuzdul et le mot Sharbhund dans la section Dwarvish Wordlist.
  27. Vinyar Tengwar no 48, p. 24.
  28. Le Seigneur des Anneaux, « Un voyage dans l'obscurité ».
  29. Hammond & Scull, p. 225.
  30. La Route perdue et autres textes, p. 274, 278.
  31. Kloczko, p. 38-40.
  32. (en) An analysis of Dwarvish, Åberg « Structure ».
  33. Parma Eldalamberon no 17, p. 37.
  34. Parma Eldalamberon n° 17 p. 47.
  35. Kloczko, p.42-43.
  36. Kloczko, p. 49.
  37. Åberg, « Names ».
  38. Åberg, « The Metathesis ».
  39. The Peoples of Middle-earth, p. 352.
  40. The Return of the Shadow, p. 466.
  41. The War of the Jewels, p. 336.
  42. Kloczko, p. 43.
  43. The War of the Jewels, p. 389-391.
  44. The Treason of Isengard, p. 174.
  45. The Peoples of Middle-earth, p. 301.
  46. The Peoples of Middle-earth, p. 303-304.
  47. Kloczko, p. 47.
  48. The War of the Jewels, p. 388-389.
  49. Le Silmarillion, Appendices ; The Return of the Shadow, p. 466.
  50. The War of the Jewels, p. 395.
  51. Vinyar Tengwar no 39, p. 10.
  52. (en) Liste de diffusion elfling, message no 19951.
  53. (en) Collection of Mazarbul Wall Inscriptions by David Salo, Ryszard Derdzinski.

Ouvrages de Tolkien

Périodiques spécialisés

  • (en) Parma Eldalamberon, Christopher Gilson (Ă©d.), Cupertino (Californie, USA), 1971-, parution irrĂ©guliĂšre.
    Fanzine publiant réguliÚrement des inédits de Tolkien.
  • (en) Vinyar Tengwar, Carl F. Hostetter (Ă©d.), Crofton (Maryland, USA), 1988-, parution irrĂ©guliĂšre.
    Fanzine publiant réguliÚrement des inédits de Tolkien.

Littérature secondaire

  • (fr) Édouard Kloczko, Dictionnaire des langues des Hobbits, des Nains, des Orques, Arda, , 179 p. (ISBN 2-911979-04-4)
    Ouvrage important, mais paru avant la publication de plusieurs inédits de Tolkien, notamment Parma Eldalamberon n°17 en 2007, qui ont apporté de nouvelles données et infirmé certaines hypothÚses antérieures.
  • (en) Magnus Åberg, « An Analysis of Dwarvish », Arda Philology no 1, The Arda Society, 2007, p. 42-65 [lire en ligne]
    Analyse complÚte du khuzdul. Ne prend pas en compte les derniÚres données parues en 2007 dans Parma Eldalamberon n°17.
  • (en) Wayne G. Hammond et Christina Scull, The Lord of the Rings: A Reader's Companion, HarperCollins, (ISBN 0-00-720907-X)
  • (en) Clyde Kilby, Tolkien & the Silmarillion, Lion Publishing : Herts, 1977, 89 p. (ISBN 0877888167)

Articles connexes

Liens externes

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