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Monument de la Liberté

Le Monument de la Liberté (letton : Brīvības Piemineklis), situé à Riga en Lettonie, est un mémorial érigé en l'honneur des soldats morts au combat durant la guerre d'indépendance lettone (1918-1920). Inauguré le lors du 17e anniversaire de l'indépendance du pays, ce monument est appelé affectueusement « Milda » par les habitants de la ville. Considéré comme un symbole important de la liberté, de l'indépendance et de la souveraineté de la Lettonie, il est souvent le lieu central de manifestations publiques et de cérémonies officielles. C'est également l'un des monuments les plus hauts d'Europe dans son genre avec une hauteur de 42 mÚtres[1].

Monument de la Liberté
Présentation
Type
Architecte
Kārlis Zāle
Matériau
Construction
Hauteur
42 m
Patrimonialité
Monument culturel national letton (d) ()
Localisation
Pays
Commune
Coordonnées
56° 57â€Č 05,6″ N, 24° 06â€Č 47,6″ E
Carte

Les nombreux bas-reliefs et sculptures du Monument de la Liberté dépeignent la culture et l'histoire de la Lettonie. L'idée du monument voit le jour au début des années 1920, lorsque le Premier ministre de Lettonie, Zigfrīds Anna Meierovics, lance différents concours en vue de la conception d'une colonne du mémorial. AprÚs plusieurs concours, le monument est finalement construit au début des années 1930, selon le projet vainqueur intitulé « Brille comme une étoile ! » du sculpteur letton Kārlis Zāle. Les travaux de construction sont financés par des dons privés.

Aujourd'hui, la base du monument est souvent fleurie de couronnes de fleurs habituellement rouges et blanches, les couleurs du drapeau national. Entre 1944 et 1991, il est interdit par les autoritĂ©s soviĂ©tiques occupantes d'y dĂ©poser des fleurs — crime dont les auteurs sont punis par une dĂ©portation en SibĂ©rie[2] — et il est mĂȘme envisagĂ© de dĂ©molir le monument sans qu'aucune dĂ©cision ne soit finalement prise. On attribue le sauvetage du monument Ă  la sculptrice soviĂ©tique Vera Moukhina, peut-ĂȘtre parce qu'elle considĂ©rait qu'il Ă©tait de la plus haute valeur artistique. Au lieu de dĂ©truire le monument parce qu'ils craignent des manifestations et une insurrection, les soviĂ©tiques Ă©rigent une statue de LĂ©nine. Ces deux monuments se sont tournĂ©s le dos jusqu'Ă  la restauration de l'indĂ©pendance : la statue de LĂ©nine orientĂ©e vers Moscou regarde l'est tandis que Milda regarde vers l'ouest[1].

La propagande soviĂ©tique tente de dĂ©tourner la signification symbolique du monument en adĂ©quation avec l'idĂ©ologie communiste mais il reste un symbole de l'indĂ©pendance nationale pour le grand public. Le , environ 5 000 personnes s'y rĂ©unissent pour commĂ©morer les victimes du rĂ©gime soviĂ©tique et y dĂ©posent des fleurs. Cette manifestation relance le mouvement d'indĂ©pendance nationale qui culmine trois ans plus tard avec le rĂ©tablissement de la souverainetĂ© de la Lettonie.

ÉlĂ©ments constitutifs

Localisation

Le monument se trouve au centre de RÄ«ga sur le BrÄ«vÄ«bas bulvāris (« Boulevard de la LibertĂ© »), prĂšs du vieux RÄ«ga[3]. En 1990, une partie de la rue autour du monument, sur environ 200 m de long entre les boulevards Rainis et Aspazija a Ă©tĂ© piĂ©tonnisĂ©e pour former une place. Une partie de celle-ci inclut un pont enjambant le canal de la ville qui faisait autrefois partie de ses remparts dĂ©truits au XIXe siĂšcle pour construire les boulevards[4]. Le canal fait 3,2 km de long et est bordĂ© de parcs sur la moitiĂ© de sa longueur[5]. La terre provenant de la dĂ©molition des fortifications fut rassemblĂ©e dans les parcs oĂč elle forme maintenant une colline artificielle avec une succession de chutes d'eau au nord du monument[6]. Le boulevard Ă  l'est du parc est le siĂšge de nombreuses ambassades et institutions, les plus proches du monument Ă©tant les ambassades françaises et allemandes, l'universitĂ© de Lettonie et le RÄ«gas Valsts 1. ÄŁimnāzija (Gymnasium officiel de RÄ«ga No 1)[7].

Plus au sud, situĂ© dans le parc prĂšs du monument, se trouve l'OpĂ©ra national de Lettonie avec un jardin de fleurs et une fontaine en face de celui-ci[8]. À l'opposĂ© de l'opĂ©ra, sur la partie occidentale de la place prĂšs du vieux RÄ«ga, se trouvent un petit cafĂ© et l'horloge Laima. L'horloge est Ă©rigĂ©e en 1924 et est dĂ©corĂ©e en 1936 par une publicitĂ© de la marque de confiserie « Laima » d'oĂč elle tire son nom ; c'est un lieu de rendez-vous populaire[9].

Initialement, il Ă©tait prĂ©vu de construire une place elliptique autour du monument, fermĂ©e par un mur de granit d'1,60 m de haut avec des bancs placĂ©s Ă  l'intĂ©rieur et entourĂ© de haies de thuya Ă  l'extĂ©rieur. Le projet ne s'est cependant pas concrĂ©tisĂ© dans les annĂ©es 1930. L'idĂ©e est reconsidĂ©rĂ©e dans les annĂ©es 1980 mais est Ă  nouveau mise en suspens[6].

Place du Monument de la Liberté.

Architecture

Plan du Monument de la Liberté (vu du dessus). Passez la souris pour voir le nom de chaque élément, cliquez sur le numéro pour en voir une image)

Les sculptures et bas-reliefs du Monument de la LibertĂ©, arrangĂ©s en 13 groupes, dĂ©peignent la culture et l'histoire lettones[5]. La base du monument se compose de diffĂ©rentes formes quadrangulaires empilĂ©es l'une sur l'autre et dont la taille diminue en s'Ă©levant. Une montĂ©e d'escalier en granit rouge et composĂ©e de 10 marches, d'1,80 m de haut, enlace la base du monument entre deux reliefs de travertin de 1,70 m de haut et de 4,50 m de large, « Tirailleurs lettons » (13 ; letton : Latvju strēlnieki) et « la nation lettone - les chanteurs » (14 ; letton : Latvju tauta - dziedātāja), qui dĂ©corent ses cĂŽtĂ©s Ă©pais de 3 m[6]. Deux marches supplĂ©mentaires forment une plateforme circulaire de 28 m de diamĂštre sur laquelle l'ensemble du monument repose. À l'avant du monument, la plateforme dessine un rectangle qui est utilisĂ© lors des cĂ©rĂ©monies. Également constituĂ© de granit rouge, le socle du monument est formĂ© par 2 blocs rectangulaires : celui du dessous est un bloc monolithique de 3,50 m de haut, 9,2 m de large et 11 m de long tandis que celui du dessus, plus petit, fait 3,50 m de haut, 8,50 m de large et 10 m de long et possĂšde des ouvertures circulaires Ă  ses coins qui contiennent chacune un ensemble sculptural de trois personnes. Ses cĂŽtĂ©s sont Ă©galement plaquĂ©s de travertin[10].

À l'avant du monument, entre les ensembles « Travail » (10 ; letton : Darbs) dĂ©peignant un pĂȘcheur et un artisan ainsi qu'un paysan qui se tient debout en tenant une faux dĂ©corĂ©e de feuilles de chĂȘne et de glands pour symboliser force et virilitĂ©) et « Gardiens de la Patrie » (9 ; letton : Tēvzemes sargi) dĂ©peignant un ancien guerrier letton debout entourĂ© de deux soldats modernes agenouillĂ©s, une dĂ©dicace de l'Ă©crivain letton Kārlis Skalbe est inscrite sur l'un des panneaux de travertin : Pour la Patrie et la LibertĂ© (6 ; letton : Tēvzemei un BrÄ«vÄ«bai)[6].

Sur les cĂŽtĂ©s, les panneaux de travertin portent deux bas-reliefs : « 1905 » (7 ; letton : 1905.gads) en rĂ©fĂ©rence Ă  la RĂ©volution russe de 1905, et « La bataille contre les Bermontiens sur le Pont de Fer » (8 ; letton : CīƆa pret bermontieĆĄiem uz Dzelzs tilta, en rĂ©fĂ©rence Ă  une bataille dĂ©cisive Ă  RÄ«ga durant la guerre d'indĂ©pendance lettone. Au dos du monument, l'on retrouve deux autres ensembles sculpturaux : « Famille » (12 ; letton : Äąimene) (une mĂšre se tenant entre ses deux enfants) et « Intellectuels » (11 ; letton : Gara darbinieki)[6]. Sur le socle de granit rouge, il y a encore un autre bloc rectangulaire de 6 m de haut et de large et de 7,50 m de long entourĂ© de quatre ensembles sculpturaux de granite gris de 5,50 m - 6 m de haut : « Lettonie » (2 ; letton : Latvija), « Lāčplēsis » (3 ; Tueur d'ours, hĂ©ros populaire d'une Ă©popĂ©e lettone), « Vaidelotis » (5 ; un prĂȘtre paĂŻen balte) et « les Briseurs de chaĂźnes » (4 ; letton : VaĆŸu rāvēji) (trois hommes enchaĂźnĂ©s essayant de se libĂ©rer de leurs entraves)[10].

Le bloc le plus haut sert aussi d’assise Ă  la colonne monolithique de travertin haute de 19 m et large de 2,50 m Ă  sa base, parcourue en son milieu par une ligne de verre, Ă  l'avant et Ă  l'arriĂšre[10]. La colonne est surmontĂ©e d'une allĂ©gorie en cuivre de la LibertĂ© (1), laquelle est haute de 9 m et a l'apparence d'une femme soulevant trois Ă©toiles dorĂ©es qui symbolisent les rĂ©gions culturelles de la Lettonie : Vidzeme, Latgale et Courlande[3] - [1].

Le monument est construit par-dessus une structure de bĂ©ton armĂ© et Ă©tait Ă  l'origine fixĂ© par des cĂąbles de plomb et de bronze et par du mortier de chaux[10]. Certains des matĂ©riaux d'origine ont cependant Ă©tĂ© remplacĂ©s par un enduit de polyurĂ©thane durant la restauration[11]. Il y a une piĂšce Ă  l'intĂ©rieur du monument, accessible par une porte Ă  l'arriĂšre de celui-ci, oĂč se trouve un escalier menant Ă  la partie supĂ©rieure du monument qui est utilisĂ© pour l'installation Ă©lectrique et donnant accĂšs au rĂ©seau d’égouts. Cette piĂšce n'est pas accessible au public et est principalement utilisĂ©e comme entrepĂŽt, mais il a Ă©tĂ© proposĂ© qu'elle puisse ĂȘtre transformĂ©e pour accueillir une petite exposition destinĂ©e Ă  prĂ©senter, aprĂšs la cĂ©rĂ©monie du dĂ©pĂŽt de fleurs, l'histoire du monument aux officiels Ă©trangers en visite en Lettonie[12].

Garde d'honneur

Garde d’honneur devant le monument.

De l'inauguration du monument en 1935 jusqu'en 1940, une garde d'honneur est prĂ©sente, avant d'ĂȘtre retirĂ©e peu aprĂšs l'occupation de la Lettonie[6]. Elle est rĂ©tablie le [6]. Les gardes sont des soldats de la compagnie de la garde d'honneur du bataillon des quartiers gĂ©nĂ©raux des Forces armĂ©es nationales (letton : Nacionālo BruƆoto spēku Ć tāba bataljona Goda sardzes rota)[13]. La garde n'est pas obligĂ©e d'ĂȘtre de service en cas de mauvaises conditions climatiques ou si les tempĂ©ratures sont en dessous de −10 °C ou au-dessus de 25 °C[14] - [15]. Le service de garde dure deux semaines d’affilĂ©e, avec trois ou quatre paires de gardes se relevant toutes les heures au cours d'une cĂ©rĂ©monie commandĂ©e par le chef de la garde[14] - [15]. En dehors des deux gardes, il y a Ă©galement durant chaque service deux soldats de faction qui veillent Ă  la sĂ©curitĂ© de la garde d'honneur[15].

Normalement, la garde change toutes les heures entre 9 h et 18 h. AprĂšs une heure de garde, les soldats ont deux heures de libre qu'ils passent dans leurs quartiers au MinistĂšre de la DĂ©fense[15]. Depuis , les gardes patrouillent Ă©galement chaque demi-heure durant leur service : ils marchent au pas depuis la base du monument en longeant chaque cĂŽtĂ© deux fois et retournent ensuite Ă  leurs postes[16]. Les gardes doivent avoir une taille minimale de 1,82 m et ĂȘtre en bonne santĂ©, puisqu'il faut rester debout sans bouger pendant une demi-heure[13] - [14].

Construction et restaurations

Construction

La statue de la Liberté au sommet du monument

L'idée de construire un mémorial pour honorer les soldats tombés au champ d'honneur durant la guerre d'indépendance lettone émerge pour la premiÚre fois au début des années 1920. Le , le Premier Ministre de Lettonie, Zigfrīds Anna Meierovics, ordonne la rédaction de rÚgles d'un concours pour l'architecture d'une « colonne du mémorial ». Le vainqueur de ce concours est un projet proposant une colonne de 27m de haut avec des hauts-reliefs des symboles officiels de la Lettonie et des bas-reliefs de Kriƥjānis Barons et Atis Kronvalds. Il fut ensuite rejeté aprÚs la protestation de 57 artistes[6]. En octobre 1923, un nouveau concours est annoncé, utilisant pour la premiÚre fois les termes « Monument de la Liberté ». Le concours se termine avec deux vainqueurs et un nouveau concours est annoncé en mars 1925, mais sans résultat à la suite d'un désaccord au sein du jury[6].

Finalement en octobre 1929, on annonce le dernier concours. Le vainqueur est le plan « Brille comme une Ă©toile ! » (letton : Mirdzi kā zvaigzne!) par le sculpteur Kārlis Zāle, qui Ă©tait Ă©galement victorieux dans les concours prĂ©cĂ©dents. AprĂšs quelques corrections mineures de l'auteur et de l'architecte superviseur Ernests Ć tālbergs, la construction commence le [6]. FinancĂ© par des dons privĂ©s, le monument est Ă©rigĂ© Ă  l'entrĂ©e de la vieille ville Ă  l'endroit oĂč se trouvait l'ancien monument central de RÄ«ga, une statue Ă©questre de bronze de l'empereur russe Pierre le Grand[17]. On a calculĂ© en 1935, l'annĂ©e oĂč le monument est dĂ©voilĂ©, qu'en quatre ans de construction 308 000 heures de travail ont Ă©tĂ© nĂ©cessaires rien que pour le travail de la pierre : il aurait fallu 130 ans Ă  une personne seule pour accomplir ce travail avec l'Ă©quipement le plus sophistiquĂ© de l'Ă©poque. Le poids total des matĂ©riaux utilisĂ©s est d'environ 2 500 tonnes : acheminĂ©e par rail, une telle quantitĂ© de matĂ©riaux aurait nĂ©cessitĂ© environ 200 wagons de marchandise[10].

Restaurations

Le monument est menacĂ© par le climat (qui cause des dĂ©gĂąts par le froid ou par les pluies acides) et par la pollution de l'air[18]. Bien que la zone autour du monument soit piĂ©tonne depuis 1990, il y a toujours trois voies de circulation automobile aux alentours[6]. De hautes concentrations de dioxyde d'azote et de dioxyde de soufre, enregistrĂ©es prĂšs du monument, engendrent en association avec de l'eau la corrosion du revĂȘtement du monument[18]. De plus, l'eau provoque des fissures du cƓur de bĂ©ton armĂ© ainsi que la rouille des renforcements et fixations mĂ©talliques, qui sont Ă©galement usĂ©es par les vibrations constantes causĂ©es par la circulation[11].

Le travertin poreux s'effrite progressivement et ses pores se remplissent de suie et de particules de sable, ce qui le noircit et offre un habitat pour des petits organismes tels que des mousses et des lichens[18]. Une maintenance irréguliÚre et des travaux de restauration de piÚtre qualité ont également contribué à l'érosion du monument. Pour prévenir une poursuite du délabrement, quelques fixations sont remplacées par un enduit de polyuréthane et un hydrofuge est appliqué lors de la restauration de 2001. Il fut aussi décidé que l'on procéderait à la maintenance tous les deux ans[11].

Le monument a été restauré à deux reprises sous l'occupation soviétique (1962 et 1980-81). Suivant la tradition, la maintenance et les restaurations ont été financées en partie par des dons privés depuis la restauration de l'indépendance de la Lettonie. Le monument a subi une restauration majeure en 1998-2001[6]. Durant cette restauration, la statue de la Liberté et ses étoiles ont été nettoyées, restaurées et dorées à nouveau[19]. Le monument a été officiellement rouvert le [20]. L'escalier, la colonne, la base et l'intérieur du monument ont été restaurés, et les parements en pierre ont été nettoyés et scellés à nouveau. Les supports du monument ont été fixés pour prévenir tout affaissement. Bien que les restaurateurs aient affirmé à l'époque que le monument pourrait tenir un siÚcle sans avoir besoin d'autre restauration majeure, il est apparu quelques années plus tard que la dorure des étoiles était abßmée à cause de la technique de restauration utilisée. Les étoiles furent à nouveau restaurées durant la maintenance et la restauration de 2006 ; cependant, cette restauration fut faite à la hùte et il n'y a pas de garantie de sa qualité[21].

Vie politique autour du monument

Ce monument fait une synthĂšse d'Ă©lĂ©ments symboliques forts qui se rattachent Ă  de cĂ©lĂšbres rĂ©cits, histoires et mythes nationaux. C'est aussi un monument dĂ©diĂ© Ă  la mĂ©moire de ceux qui ont donnĂ© leur vie pour la libertĂ© de leur peuple et pour l'indĂ©pendance de leur patrie : « Tēvzemei un BrÄ«vÄ«bai » (Pour la Patrie et la LibertĂ©). Bien que ce monument soit ĂągĂ© de moins d'un siĂšcle, il est un symbole important et certainement l'un des endroits les plus sacrĂ©s de la culture et de l'histoire lettones[22]. Le poĂšte LeonÄ«ds BreikĆĄs a Ă©crit dans un recueil de ballades sur ce monument :

« LĂšve les yeux. ArrĂȘte-toi et regarde : Saint est ce lieu, Saint est ce moment. »

Sous l'occupation soviétique

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, il a Ă©tĂ© prĂ©vu de dĂ©truire le monument mĂȘme si peu de preuves Ă©crites sont accessibles aux historiens et si la recherche se base essentiellement sur des tĂ©moignages oraux[17]. Le (bien que selon les tĂ©moignages oraux, la question soit soulevĂ©e dĂšs ), le Conseil des commissaires du peuple de la RĂ©publique socialiste soviĂ©tique de Lettonie propose la restauration de la statue de l'empereur russe Pierre le Grand.

Le Monument de la Liberté remplace une statue de l'empereur russe Pierre le Grand.

S'ils n'ont jamais appelĂ© expressĂ©ment Ă  la dĂ©molition du Monument de la LibertĂ©, la seule façon de restaurer la statue Ă  son emplacement d'origine Ă©tait de dĂ©truire le monument. Le rĂ©sultat du dĂ©bat n'est pas enregistrĂ© mais comme le monument est toujours debout, la proposition a probablement Ă©tĂ© rejetĂ©e[17]. On attribue parfois la sauvegarde du monument au sculpteur soviĂ©tique Vera Moukhina (1889–1953 ; crĂ©atrice de la sculpture monumentale L'Ouvrier et la Kolkhozienne), mĂȘme s'il n'existe aucune preuve Ă©crite qui appuie cette allĂ©gation puisque les raisons de la sauvegarde restent mystĂ©rieuses[23]. Selon son fils, elle a pris part Ă  une rĂ©union oĂč le sort du monument Ă©tait discutĂ© et oĂč son opinion, toujours selon son fils, Ă©tait que le monument avait une haute valeur artistique et que sa dĂ©molition pourrait blesser les sentiments sacrĂ©s du peuple letton[17].

Au lieu de détruire le monument parce qu'ils craignent des manifestations et une insurrection, les Soviétiques érigent une statue de Lénine. Ces deux monuments se sont tournés le dos jusqu'à la restauration de l'indépendance : la statue de Lénine orientée vers Moscou regarde l'est tandis que Milda regarde vers l'ouest[1].

Le Monument de la LibertĂ© survit mais sa symbolique est rĂ©interprĂ©tĂ©e. Les trois Ă©toiles sont alors censĂ©es reprĂ©senter les trois RĂ©publiques soviĂ©tiques baltes nouvellement crĂ©Ă©es — RSS d'Estonie, RSS de Lettonie, et RSS de Lituanie — tenues en l'air par la MĂšre Russie ; il est affirmĂ© que le monument fut Ă©rigĂ© aprĂšs la Seconde Guerre mondiale comme signe de gratitude populaire envers le leader soviĂ©tique Joseph Staline pour la libĂ©ration des Pays baltes[10] - [17]. Durant l'Ă©tĂ© 1963, lorsque la question de la dĂ©molition est Ă  nouveau soulevĂ©e, il est dĂ©cidĂ© que la destruction d'une structure d'une telle valeur artistique et historique, construite grĂące aux donations des rĂ©sidents de la Lettonie, ne causerait qu'une profonde indignation qui gĂ©nĂšrerait Ă  son tour des tensions dans la sociĂ©tĂ©[17]. Avec le temps, la mĂ©sinterprĂ©tation du symbolisme s'est adoucie et, en 1988, il est dit — avec un peu plus d'exactitude — que le monument avait Ă©tĂ© construit pour « cĂ©lĂ©brer la libĂ©ration des entraves de l'autocratie du tsar et des barons allemands », tout en omettant le fait que l'ArmĂ©e rouge bolchĂ©vique et les Tirailleurs rouges lettons Ă©taient Ă©galement des adversaires durant la guerre d'indĂ©pendance lettone[8] - [6].

Dans le cadre de la lutte pour l'indépendance

Le , malgrĂ© les efforts du gouvernement soviĂ©tique, environ 5 000 personnes se rassemblent pour commĂ©morer les victimes des dĂ©portations soviĂ©tiques vers les camps de travail en 1941[6] - [22]. Cet Ă©vĂšnement, organisĂ© par le groupe de dĂ©fense des droits de l'homme Helsinki-86, Ă©tait la premiĂšre cĂ©rĂ©monie du dĂ©pĂŽt de gerbes de fleurs ayant lieu depuis l'occupation soviĂ©tique, la pratique ayant Ă©tĂ© bannie par les autoritĂ©s soviĂ©tiques[6] - [24]. En rĂ©ponse, le gouvernement soviĂ©tique organise une course cycliste au moment oĂč la cĂ©rĂ©monie devait avoir lieu et l'agence de presse Latinform affirme que seulement une poignĂ©e de gens ont participĂ© Ă  la manifestation. Pour briser le mouvement, les trois leaders de Helsinki-86 ont aussi reçu l'ordre de suivre un entraĂźnement militaire durant tout le mois de juin et l'un d'eux, Linards GrantiƆơ, est envoyĂ© en prison pour six mois pour avoir refusĂ© d'y aller (pour raisons mĂ©dicales)[22]. Helsinki-86 organisa une autre cĂ©rĂ©monie le de la mĂȘme annĂ©e pour cĂ©lĂ©brer l'anniversaire du Pacte germano-soviĂ©tique, cĂ©rĂ©monie durant laquelle la foule fut dispersĂ©e par des canons Ă  eau[25]. NĂ©anmoins, le mouvement indĂ©pendantiste prit de l'ampleur, rĂ©unissant durant certains Ă©vĂšnements plus d'un demi-million de participants (Ă  peu prĂšs un quart de la population lettone) et trois ans plus tard, le , la restauration de l'indĂ©pendance lettone est dĂ©clarĂ©e[26].

L'existence du monument sous le régime soviétique est résumée par cette citation de Gunārs Priede[23] :

« Les foudres de la Seconde Guerre mondiale ont traversĂ© RÄ«ga Ă  deux reprises, en 1941 et en 1944, oĂč beaucoup de choses ont pĂ©ri, des quartiers entiers ont Ă©tĂ© balayĂ©s de la surface de la terre, alors que le monument de la LibertĂ©, apparemment si exposĂ© et indĂ©fendable Ă  cet endroit, est quant Ă  lui restĂ©. Pendant les annĂ©es du pouvoir soviĂ©tique, il fut sauvĂ© de la destruction commanditĂ©e par le fameux sculpteur russe Vera Muhina, nĂ©e Ă  RÄ«ga, qui voyait avant tout dans ce monument une Ɠuvre d'art. Plus tard, nous n'Ă©tions autorisĂ©s ni Ă  le mentionner, ni Ă  le prendre en photo, ni Ă  le filmer... Officiellement ignorĂ© et silencieusement supportĂ©, le monument de la LibertĂ©, avec sa symbolique indubitablement patriotique, a attendu la fin des annĂ©es quatre-vingt pour devenir le centre de notre renaissance en tant que symbole sacrĂ© du peuple letton. »

Depuis la restauration de l'indépendance

Une partie des évÚnements de la controversée « Journée du Légionnaire » a traditionnellement lieu au Monument de la Liberté

Depuis la restauration de l'indĂ©pendance, le monument est devenu le foyer d'Ă©vĂšnements variĂ©s. L'un de ces Ă©vĂšnements — le , journĂ©e de commĂ©moration des vĂ©tĂ©rans de la LĂ©gion lettone de la Waffen-SS qui ont combattu l'Union soviĂ©tique durant la Seconde Guerre mondiale — suscite des controverses[27]. La date est d'abord cĂ©lĂ©brĂ©e par des Lettons en exil avant d'ĂȘtre amenĂ©e en Lettonie en 1990 et elle est la journĂ©e officielle du souvenir durant une pĂ©riode assez courte (1998–2000)[27] - [28]. En 1998, l'Ă©vĂšnement attire l'attention des mĂ©dias Ă©trangers et, l'annĂ©e suivante, le gouvernement russe le condamne en tant que glorification du nazisme[27]. L'Ă©vĂšnement Ă©volue en un conflit politique entre la gauche et la droite, menaçant la sĂ©curitĂ© publique[19] - [29].

Le gouvernement letton prend un nombre de mesures afin de garder la situation sous contrÎle et, en 2006, non seulement les manifestations prévues par des organisations de droite ne sont pas approuvées mais le monument est protégé par une clÎture conformément à l'annonce de restauration du conseil communal de Rīga[19] - [30]. Le monument est en effet restauré en 2006 mais le communiqué fut par aprÚs contesté étant donné que des politiciens avançaient de nombreuses différentes raisons de changement de date, que la zone clÎturée couvrait une zone bien plus large que celle nécessaire à la restauration et que la météo n'était pas appropriée pour des travaux de restauration[31]. C'est pourquoi le gouvernement fut critiqué par la presse lettone pour avoir été incapable d'assurer la sécurité publique et la liberté d'expression. Les manifestations non approuvées eurent lieu malgré l'interdiction[30]. Le , la loi requérant l'approbation des autorités des rassemblements publics est déclarée anticonstitutionnelle[32]. Les années suivantes, le gouvernement mobilise des forces de police afin de garder le voisinage du monument, et les manifestations sont relativement calmes[33] - [34].

Symbolique

Milda

Milda sur une piĂšce de 5 lats de 1931

La statue au sommet du monument est surnommĂ©e Milda par les habitants de la ville et c'est Ă©galement ainsi que les Lettons appellent la jeune fille dont le profil orne certaines Ă©missions de sa monnaie. Milda est un prĂ©nom fĂ©minin letton qui fut extrĂȘmement courant durant la pĂ©riode de l'entre-deux-guerres[35]. C'est donc la figure allĂ©gorique nationale de la Lettonie comme l'est l'Oncle Sam pour les États-Unis ou Marianne pour la France.

Numismatique

La statue au sommet du Monument de la LibertĂ© devait orner la piĂšce lettone de deux euros au moment oĂč la Lettonie envisageait d'adopter comme monnaie officielle dĂšs le . La Lettonie a adoptĂ© l'euro au malgrĂ© la crise de la dette dans la zone euro.

Cependant, la proposition initiale de reprĂ©senter ce monument ne remplissait pas les critĂšres dĂ©finis par l'Europe : le symbole reprĂ©sentĂ© doit ĂȘtre entier et le monument n'Ă©tait plus reconnaissable car il devait ĂȘtre coupĂ©, la Lettonie a dĂ©cidĂ© d'utiliser le portrait de Milda pour les piĂšces de un et deux euros[36].

Annexes

Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

(en) Cet article est partiellement ou en totalitĂ© issu de l’article de WikipĂ©dia en anglais intitulĂ© « Freedom Monument » (voir la liste des auteurs).
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Notes et références

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