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Massacre de Tulle

Le massacre de Tulle est un ensemble de crimes commis dans la ville de Tulle par la 2e division SS « Das Reich » le , trois jours aprĂšs le dĂ©barquement en Normandie. AprĂšs une offensive des FTP, les et , au cours de laquelle les troupes allemandes perdent au moins 35 soldats et tuent dix-huit garde-voies, l'arrivĂ©e d'Ă©lĂ©ments de la « Das Reich » contraint les maquisards Ă  Ă©vacuer la ville. Le , aprĂšs avoir raflĂ© les hommes de 16 Ă  60 ans, les SS et des membres du Sipo-SD vouent 120 habitants de Tulle Ă  la pendaison, dont 99 sont effectivement suppliciĂ©s. Dans les jours qui suivent, 149 hommes sont dĂ©portĂ©s Ă  Dachau, oĂč 101 perdent la vie. Au total, les crimes de la Wehrmacht, de la Waffen-SS et du Sipo-SD font 218 victimes civiles Ă  Tulle.

Massacre de Tulle
Date
Lieu Tulle, Drapeau de la France France
Victimes Civils français
Morts 117
(18 tués par balles le ,
99 pendus le )
Déportés 149 (dont 101 morts à Dachau)
Auteurs Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Participants 2e division SS « Das Reich »
Guerre Seconde Guerre mondiale
CoordonnĂ©es 45° 16â€Č 02″ nord, 1° 45â€Č 56″ est
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Massacre de Tulle
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Massacre de Tulle
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Massacre de Tulle

Contexte historique

La division « Das Reich »

reproduction en noir et blanc de l'insigne de la 2e SS Panzerdivision Das Reich
Insigne de la 2e SS-Panzer-Division Das Reich.

Au dĂ©but de 1944, aprĂšs avoir subi de lourdes pertes sur le front de l'Est, la 2e division blindĂ©e SS « Das Reich », sous le commandement du GruppenfĂŒhrer Heinz Lammerding, est regroupĂ©e dans la rĂ©gion de Montauban, pour ĂȘtre reformĂ©e en prĂ©vision d'un dĂ©barquement alliĂ© quelque part sur le front Ouest. Elle est composĂ©e de 18 000 hommes appuyĂ©s de blindĂ©s lĂ©gers et de chars.

Cette division présente les quatre critÚres déterminants pour devenir les auteurs de massacres en France, tels que définis par l'historien Peter Lieb : ses membres sont imprégnés par l'idéologie nationale-socialiste, ils ont combattu sur le front de l'Est, se perçoivent comme une unité militaire d'élite et ont déjà participé à des opérations de lutte contre les partisans[1].

Au lendemain du dĂ©barquement de Normandie, elle reçoit l'ordre de se positionner dans la rĂ©gion entre Tulle et Limoges pour y rĂ©duire les maquis qui, depuis l'annonce du dĂ©barquement alliĂ©, ont intensifiĂ© les actions de sabotage et de harcĂšlement des garnisons allemandes. C'est le rĂ©giment « Der FĂŒhrer » qui est chargĂ© de prĂ©parer l'arrivĂ©e de la division.

Carte en couleurs du parcours de la 2e SS-Panzer-Division Das Reich en mai et juin 1944
Parcours de la 2e SS-Panzer-Division Das Reich en mai et .

La lutte contre les partisans est rĂ©gie par des ordres Ă©mis dĂ©but 1944, connus sous le nom d’ordonnance Sperrle, du nom du Generalfeldmarschall, adjoint au haut commandement de l'Ouest. Selon ces ordres, la troupe est tenue de riposter immĂ©diatement aux attaques terroristes en ouvrant le feu et si des civils innocents sont touchĂ©s, c'est regrettable, mais la responsabilitĂ© en incombe exclusivement aux terroristes ; les zones doivent ĂȘtre bouclĂ©es et tous les habitants, quels qu'ils soient, arrĂȘtĂ©s ; les maisons qui ont abritĂ© des partisans doivent ĂȘtre incendiĂ©es. L'ordonnance poursuit en prĂ©cisant qu'« il ne faut punir que le chef manquant de fermetĂ© et de rĂ©solution car il menace la sĂ©curitĂ© des troupes qui lui sont subordonnĂ©es et l'autoritĂ© de l'armĂ©e allemande. Face Ă  la situation actuelle, des mesures trop sĂ©vĂšres ne peuvent entraĂźner de punitions pour leurs auteurs[2] ». Les ordres particuliers du commandant de la division apportent des prĂ©cisions tactiques : « Les forces de la RĂ©sistance doivent ĂȘtre anĂ©anties par des manƓuvres d'encerclement[3]. » Le , le gĂ©nĂ©ral Lammerding fait approuver par sa hiĂ©rarchie un programme rĂ©pressif qui reprend les mesures mises en Ɠuvre en Europe de l’Est et Ă  l'arriĂšre du front dans la lutte contre les partisans Ă  partir de 1941[4]. Ce programme prĂ©voit notamment des actions de contre-propagande et de discrimination, « actions ayant pour but de monter la population contre les terroristes » ; il prĂ©voit aussi des arrestations massives et prĂ©ventives, l'occupation de localitĂ©s et le ratissage de zones, la rĂ©quisition de vĂ©hicules. Il prĂ©cise enfin l'annonce et l'exĂ©cution de la disposition que, pour chaque Allemand blessĂ© et pour chaque Allemand tombĂ©, dix terroristes seront pendus (et non fusillĂ©s). L'exĂ©cution par pendaison n'est pas usuelle dans la justice française. Par son application aux terroristes, ceux-ci seront discriminĂ©s et exclus de la communautĂ© du peuple français[4].

Entre le dĂ©but mai et le , la division, et particuliĂšrement le rĂ©giment « Der FĂŒhrer » effectue, sous les directives du service de renseignements, de nombreuses missions de recherche de bases et dĂ©pĂŽts de partisans ainsi que des opĂ©rations consĂ©cutives aux actes de la rĂ©sistance. Au cours de ces opĂ©rations, une soixantaine de maquisards est tuĂ©e et une vingtaine envoyĂ©e en dĂ©portation ; une centaine de civils est Ă©galement tuĂ©e en diverses circonstances et un millier dĂ©portĂ© en Allemagne. Plusieurs centaines de maisons sont incendiĂ©es[5].

La répression allemande en CorrÚze

Compte tenu de l'activitĂ© de la RĂ©sistance dans la rĂ©gion, la CorrĂšze et plus particuliĂšrement la ville de Tulle et ses alentours font l'objet de nombreuses interventions des services de sĂ©curitĂ© allemands. Le , un Kommando de douze membres du Sipo-SD dĂ©pendant du Kommandeur der Sicherheitspolizei und Siecherheitsdienst de Limoges, August Meier[alpha 1], arrive Ă  Tulle. DirigĂ©s par le HauptsturmfĂŒhrer[alpha 2] Friedrich Korten, ces hommes participent Ă  la rĂ©pression des maquis avec des Ă©lĂ©ments de la LĂ©gion nord-africaine sous le commandement de Henri Lafont[6]. Pour le prĂ©fet Pierre TrouillĂ©, « Tulle est en rĂ©volution : les loups de la Sicherheitspolizei et les charognards de la Gestapo française arrivent de concert[7]. »

Ils collaborent au ratissage systĂ©matique effectuĂ© au cours du mois d'avril par la « division Brehmer ». Celle-ci n'est pas une vĂ©ritable division mais un regroupement temporaire d'unitĂ©s composites, qui comporte notamment le 1er rĂ©giment de la 325e division de sĂ©curitĂ© et les GĂ©orgiens du 799e bataillon d'infanterie, recrutĂ©s parmi les prisonniers de guerre de l'ArmĂ©e rouge. Du 1er au , la division du gĂ©nĂ©ral Brehmer arrĂȘte 3 000 personnes ; dans le village du Lonzac, 17 habitants sont abattus et 24 maisons incendiĂ©es ; Ă  Brive, 300 personnes sont arrĂȘtĂ©es et envoyĂ©es dans des camps de travail en Allemagne[8]. Le bilan des opĂ©rations de rĂ©pression de la division Brehmer se solde par 1 500 arrestations maintenues, 55 fusillades, 128 crimes ou dĂ©lits dans 92 localitĂ©s et 200 Juifs assassinĂ©s, sans confrontation directe avec le maquis. La division Brehmer quitte la CorrĂšze en mai, aprĂšs avoir Ă©galement dĂ©vastĂ© la Dordogne et la Haute-Vienne[9]. Cette vague de rĂ©pression explique en partie l'attaque de la ville de Tulle par la RĂ©sistance qui espĂšre mettre fin aux souffrances de la population[8].

Bataille de Tulle

Libération

L'attaque de Tulle est planifiée par le commandant des maquis FTP de CorrÚze, Jacques Chapou, dit Kléber, mi-avril[alpha 3] ou début : « à l'origine, il semble bien que cette attaque ait été envisagée sans aucun lien avec le débarquement dont la date était encore imprévisible[11] ». Elle poursuit plusieurs objectifs : « désarmer, et si possible, anéantir la garnison allemande ; désarmer les Gardes Mobiles et s'approprier leurs armes et véhicules ; rendre inoffensifs la Milice et les collaborateurs connus[12] », mais aussi, « creuser des vides dans la garnison, inspirer une crainte salutaire à ses chefs et les amener à se retrancher dans Tulle sans en plus sortir, faisant ainsi cesser, au moins pour un temps, les expéditions contre les maquis[13]. » Contactés, les responsables de l'Armée secrÚte se montrent tout à fait opposés à une opération contre un centre urbain[14].

Selon J. Delarue, Tulle est dĂ©fendue par une garnison de sept cents hommes du 3e bataillon du 95e rĂ©giment de sĂ©curitĂ© de la Wehrmacht, auxquels il faut ajouter six ou sept cents hommes des Gardes Mobiles et de la Milice française ; B. Kartheuser estime quant Ă  lui les effectifs du 95e rĂ©giment de sĂ©curitĂ© Ă  289 hommes, issus des 8e, 13e compagnies et de l'Ă©tat-major, sur la base d'un relevĂ© dĂ©taillĂ© Ă©tabli le [15]. Face Ă  eux, les rĂ©sistants disposent de 1 350 combattants, dont 450 ne participent pas au dĂ©clenchement de l'opĂ©ration et de 1 350 hommes en soutien[16]. Pour Jean-Jacques FouchĂ© et Gilbert Beaubatie, les forces en prĂ©sence s'Ă©lĂšvent Ă  un peu plus de trois cents hommes du cĂŽtĂ© allemand, l'attaque Ă©tant lancĂ©e par quatre cents FTP, qui sont rejoints ensuite par cent-vingt combattants supplĂ©mentaires en milieu d'aprĂšs-midi le 7 et le 8 au matin[17].

L'offensive se dĂ©clenche le Ă  cinq heures du matin[18] et un coup de bazooka tirĂ© sur la caserne du Champ de Mars oĂč sont cantonnĂ©es les forces de maintien de l'ordre donne le signal de l'attaque[19]. DĂšs six heures, les Ă©difices dans lesquels se trouve la garnison allemande sont cernĂ©s ; la poste et la mairie, oĂč les FTP Ă©tablissent leur poste de commandement sont occupĂ©es vers sept heures[20]. À huit heures, la gare elle aussi est prise par les rĂ©sistants, qui y trouvent dix-huit gardes-voies et un employĂ© des chemins de fer, Abel Leblanc[21] : invitĂ©s Ă  rejoindre le maquis, ceux-ci prĂ©fĂšrent attendre la fin des combats dans la salle d'attente. À 11 h 30, les forces de la Milice et des GMR hissent le drapeau blanc sur la caserne du Champ de Mars : aprĂšs des nĂ©gociations, ils quittent la ville vers seize heures, en emportant tout leur matĂ©riel[19]. Pour Elie Dupuy, dont le groupe de combat FTP n'avait pas Ă©tĂ© touchĂ© par l'ordre de repli de Chapou, ce dĂ©part est un Ă©chec, l'un des buts de l'opĂ©ration Ă©tant de rĂ©cupĂ©rer le matĂ©riel de guerre et de transport des forces de l'ordre ; mais avec son seul bataillon de quatre-vingt-dix hommes, il n'a pas les moyens « de poursuivre l'attaque contre la garnison allemande et, en mĂȘme temps, d'imposer une reddition inconditionnelle aux policiers[22] ».

Pendant ce temps, vers 13 h 30, les Allemands profitent du retrait partiel des maquisards sur les hauteurs ordonnĂ© par Chapou[23] et reprennent briĂšvement le contrĂŽle de la gare, dans laquelle ils dĂ©couvrent Ă  leur tour les gardes-voies, porteurs d'un brassard blanc, signe distinctif de leur fonction, mais semblable Ă  celui des FTP. DĂšs que les gardes-voies sortent du bĂątiment, sans le moindre interrogatoire, sans mĂȘme ĂȘtre fouillĂ©s, ils sont pris sous le feu des troupes allemandes dans la cour de la gare ou le long des voies menant au garage du chemin de fer dĂ©partemental, fauchĂ©s « par des tirs croisĂ©s dont ceux d'une mitrailleuse leur tirant dans le dos », alors qu'ils s'adressent aux Allemands en leur criant « Camarades ! Camarades ! »[24]. Seul Abel Leblanc survit Ă  la fusillade. Pour B. Kartheuser, il s'agit d'un assassinat dĂ©libĂ©rĂ©, les Allemands Ă©tant au courant de la prĂ©sence des gardes-voies et connaissant leur tenue[25].

Dans la nuit du 7 au 8, alors que les maquisards, toujours privĂ©s des 450 hommes du groupe A, se sont retirĂ©s sur les hauteurs, la garnison allemande se regroupe en trois lieux : l'Ă©cole normale de jeunes filles au nord, la manufacture d'armes et l'Ă©cole de Souilhac au sud[19]. Les combats reprennent Ă  six heures trente du matin[26], la principale offensive Ă©tant dirigĂ©e contre l'Ă©cole normale, bastion principal des troupes allemandes. Face Ă  la rĂ©sistance des Allemands, les FTP boutent le feu Ă  l'Ă©difice vers quinze heures. Vers dix-sept heures, dans des circonstances qui restent peu claires et discutĂ©es, les Allemands tentent une sortie ou essaient de se rendre : si l'un d'entre eux agite un chiffon blanc[alpha 4], d'autres portent des grenades amorcĂ©es[19]. Dans la confusion la plus totale, les maquisards ouvrent le feu Ă  l'arme automatique : certains soldats sont fauchĂ©s Ă  bout portant, des grenades explosent, ce qui explique les blessures, terriblement mutilantes observĂ©es sur les cadavres. AprĂšs la reddition des troupes allemandes, neuf membres du SD sont identifiĂ©s, notamment avec l'aide d'une trentaine de maquisards libĂ©rĂ©s, emmenĂ©s au cimetiĂšre et fusillĂ©s sans jugement[28]. Les combats cessent dĂšs ce moment, les rĂ©sistants se contentant de maintenir l'encerclement de la manufacture d'armes et de l'Ă©cole de Souilhac, qu'ils comptent attaquer le lendemain. Alors que les blessĂ©s allemands et français sont emmenĂ©s Ă  l'hĂŽpital, KlĂ©ber se rend Ă  la prĂ©fecture et demande au prĂ©fet Pierre TrouillĂ© de continuer Ă  assurer la direction de l'administration. Pour la rĂ©sistance, Ă  l'exception des deux petits bastions Ă  prendre le lendemain, Tulle est libĂ©rĂ©e[19].

Les pertes allemandes sont estimĂ©es Ă  37 morts, 25 blessĂ©s et 35 disparus par Sarah Farmer[29]. Pour G. Penaud, elles s’élĂšvent Ă  une cinquantaine de morts, une soixantaine de disparus, sans doute faits prisonniers et de 23 Ă  37 blessĂ©s[30]. Selon un ancien membre des FTP nommĂ© Edmond RĂ©veil, 54 soldats de la Wehrmacht sont faits prisonniers : sept rejoignent les rangs des FTP-MOI et les 47 autres sont fusillĂ©s Ă  Meymac le 12 juin[31] - [32].

RĂ©occupation

Le , Ă  21 hp. 358-365_37-0">[33], les premiers chars de la 2e division blindĂ©e SS Das Reich arrivent Ă  Tulle par trois axes de pĂ©nĂ©tration, prenant les maquisards par surprise. Les postes de l'ArmĂ©e secrĂšte et des FTP Ă©tablis Ă  distance ayant Ă©tĂ© balayĂ©s par les blindĂ©s, aucune alerte n'a pu parvenir Ă  temps Ă  Tulle. Les maquisards quittent immĂ©diatement la ville vers les hauteurs, sans livrer de combats, face Ă  « une colonne de secours [
] [qui] ne comprenait que des Ă©lĂ©ments lourds et disposait d'une puissance de feu considĂ©rable » : si des tirs de bazookas depuis le plateau qui domine la ville auraient pu infliger des pertes aux Ă©lĂ©ments de la Das Reich, les rĂ©sistants y renoncent par crainte de causer de lourdes pertes parmi la population civile. Les SS installent leur premier poste de commandement dans le quartier de Souilhac, prĂšs de la manufacture d'armes, avant de s'installer, le lendemain en fin de matinĂ©e, Ă  l'hĂŽtel Moderne. À ce moment, l'officier le plus Ă©levĂ© en grade est le SS-SturmbannfĂŒhrer Kowatsch, officier de renseignement de l'Ă©tat-major de la division. Durant toute la nuit du 8 au , les SS patrouillent dans la ville et assurent l'encerclement de celle-ci.

Le , Ă  six heures du matin, les Allemands fouillent la prĂ©fecture et menacent d'exĂ©cuter le prĂ©fet Pierre TrouillĂ©, aprĂšs avoir dĂ©couvert des armes et munitions abandonnĂ©es par les Gardes Mobiles. Alors qu'il va ĂȘtre fusillĂ© par des SS commandĂ©s par un sous-officier, le prĂ©fet Ă©chappe Ă  l'exĂ©cution en indiquant qu'il a un rang Ă©quivalent Ă  celui d'un gĂ©nĂ©ral, et en exigeant de parler Ă  un officier supĂ©rieur avant d'ĂȘtre fusillĂ©. Il parvient Ă  convaincre l'officier qui se prĂ©sente de rendre visite aux blessĂ©s allemands soignĂ©s Ă  l'hĂŽpital. Durant la visite, un des blessĂ©s allemands confirme Ă  l'officier que le prĂ©fet a empĂȘchĂ© un maquisard de les fusiller : « cet homme nous a sauvĂ© la vie »[34] ».

Massacre

Rafle

« Habitants de Tulle, vous avez suivi mes instructions et conservé pendant les dures journées que vient de traverser votre cité un calme exemplaire. Je vous en remercie. Cette attitude et la sauvegarde des militaires allemands blessés ont été les deux éléments qui m'ont permis d'obtenir du commandement allemand l'assurance que la vie normale allait reprendre dans la journée. »

— Proclamation du prĂ©fet Pierre TrouillĂ© diffusĂ©e par haut-parleur, le , vers dix heures du matin[35].

Le , entre neuf et dix heures, le SS-SturmbannfĂŒhrer Aurel Kowatsch dĂ©clare au prĂ©fet TrouillĂ©, et au secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la prĂ©fecture, M. Roche : « votre geste [les soins apportĂ©s aux blessĂ©s allemands] ne sera pas nĂ©gligĂ© par le commandant allemand qui en tiendra compte Ă  la population dans la rĂ©pression inĂ©vitable du crime commis contre nos camarades de la garnison de Tulle » ; il leur annonce, alors que la rafle a dĂ©jĂ  commencĂ©, la mise en arrestation de tous les hommes de seize Ă  soixante ans et autorise « la libĂ©ration de tous les indispensables aprĂšs vĂ©rification de leur attitude[36] ».

Selon TrouillĂ© et Roche, Kowatsch prend ses ordres directement auprĂšs du gĂ©nĂ©ral Heinz Lammerding, vraisemblablement par radio. La rafle touche une population dĂ©semparĂ©e par les Ă©vĂ©nements : « par petits groupes, les SS ratissent les quartiers et les rues ; ils entrent dans les logements, examinent les hommes qu'ils font sortir ; aux femmes, ils affirment qu'il s'agit d'un contrĂŽle d'identitĂ©, que l'absence de leur Ă©poux, fils ou frĂšre ne sera pas longue et qu'il est inutile d'emporter des provisions[37]. » « EncadrĂ©s par les SS nous descendons le quai de Rigny. [
] Un groupe plus important s'amalgame au nĂŽtre. [
] Nous gagnons lentement Souilhac : des auto-chenilles, des tanks sont en bon ordre, rangĂ©s le long des trottoirs. [
] Notre groupe se joint Ă  d'autres ; d'autres groupes se joignent au nĂŽtre ; et comme l'inquiĂ©tude rapproche, les mains se serrent. [
] Nous marchons la tĂȘte haute, dissimulant au mieux notre angoisse[38]. » Les membres des chantiers de jeunesse, rassemblĂ©s dans la caserne des Enfants de troupe, sont Ă©galement emmenĂ©s vers la manufacture d'armes[39]. Au total, prĂšs de 5 000 hommes et jeunes gens sont regroupĂ©s devant la manufacture[40].

Tri

ConformĂ©ment Ă  l'accord passĂ© avec Kowatsch qui avait autorisĂ© la libĂ©ration des personnes indispensables Ă  la reprise d'une activitĂ© normale dans la ville, des responsables français se rendent Ă  la manufacture d'armes pour nĂ©gocier l'Ă©largissement d'une partie des personnes raflĂ©es. « On remarqua bientĂŽt le maire (le colonel Bouty) accompagnĂ© de plusieurs personnages, des chefs de service, le directeur de l'Ă©nergie industrielle, le chef de gare et d'autres employĂ©s avec leurs larges casquettes dorĂ©es, l'inspecteur d'acadĂ©mie - parmi nous - mais ces messieurs restĂšrent lĂ -haut, sur la chaussĂ©e, en compagnie des officiers allemands
 Cela sentait la collaboration[41]. » Les reprĂ©sentants des autoritĂ©s françaises obtiennent la libĂ©ration de 3 500 des 5 000 hommes et jeunes gens[42]. Parmi eux, les employĂ©s de l'État et de la prĂ©fecture, de la mairie, des PTT, du gaz, des services des eaux, financiers et des colonies de vacances, des chefs d'atelier et agents de maĂźtrise de l'usine de La Marque et de la manufacture d'armes, des Ă©lectriciens, des boulangers, des Ă©piciers, des maraĂźchers, les mĂ©decins, mais ni les dentistes, ni les enseignants[42]. « Cette premiĂšre partie de la sĂ©lection des otages avait Ă©tĂ© conçue par les SS pour compromettre les autoritĂ©s locales ; Lammerding s'en souviendra lorsqu'il sera interrogĂ© en 1962, il affirmera que le maire dĂ©signa les maquisards[42]. » Parmi les suppliciĂ©s certains sont effectivement des rĂ©sistants tel Pierre Souletie et son beau-frĂšre, Lucien Ganne.

L'insigne du SD : les lettres SD en blanc sur un losange noir
Symbole du SD cousu au bas de la manche gauche des uniformes SS.

AprÚs l'intervention des autorités françaises une seconde sélection est effectuée parmi les otages, sélection menée par les Allemands et eux seuls. Le principal responsable de ce deuxiÚme tri est l'interprÚte du Kommando du Sipo-SD, Walter Schmald, qui a survécu aux combats des deux jours précédents. Si Schmald n'a sans doute pas agi seul et s'il a vraisemblablement été assisté par d'autres membres du SD venus de Limoges[43], sa présence et son action ont frappé tous les témoins, pour lesquels Schmald incarne le processus de désignation des victimes. Aux cÎtés de Schmald, « le bossu » ou « le chacal[43] », Paula Geissler, interprÚte de la Wehrmacht attachée au directeur allemand de la manufacture d'armes, surnommée « la chienne », participe également au tri et fait libérer seize à dix-sept otages, des ingénieurs de la manufacture ou des hommes qu'elle connaissait, dont le fils d'un pharmacien[alpha 5].

L'abbĂ© Jean Espinasse, arrĂȘtĂ© chez lui vers neuf heures trente, dĂ©crit Schmald comme « un Allemand revĂȘtu d'une vieille capote dĂ©fraĂźchie, sans galon ni insigne d'aucune sorte, la tĂȘte dĂ©couverte, l'air fatiguĂ© et qui s'adresse Ă  lui dans un excellent français en lui dĂ©clarant : « Je suis un des quatre survivants du combat d'hier. [...] Nous Ă©tions presque tous des RhĂ©nans catholiques. Nous aurions bien voulu avoir un prĂȘtre pour nous assister[45]. » Pour Antoine Soulier, il a de longs cheveux blonds avec des reflets fauves et ramenĂ©s en arriĂšre, le visage rasĂ©, le teint mat, 30 ans environ, [les] yeux toujours demi-fermĂ©s pour mieux voir, et surtout la demi-lĂšvre supĂ©rieure droite toujours relevĂ©e, comme gonflĂ©e de venin[46].

Les otages sont rĂ©partis en trois groupes, de taille et de composition variable au fur et Ă  mesure de la sĂ©lection qui dĂ©bouche sur la constitution de deux groupes de soixante hommes, suspects, selon Schmald, de participation Ă  la RĂ©sistance en se fondant sur des Ă©lĂ©ments comme le fait qu'ils soient mal rasĂ©s ou que leurs chaussures ne soient pas cirĂ©es[47]. Pour J. Espinasse, si Schmald demande Ă  vĂ©rifier certaines cartes d'identitĂ©, [il] juge les gens sur la mine et, on ne sait pourquoi, les dĂ©signe pour faire part du petit groupe de gauche [les futures victimes][48]. Selon TrouillĂ©, « les trois groupes sont constamment modifiĂ©s, soit par le jeu des libĂ©rations, soit par le choix de quelques SS dont Walter, le tĂ©nĂ©breux Walter[49] ». Schmald veille Ă  maintenir le nombre de 120 hommes destinĂ©s Ă  l'exĂ©cution, qui n'est pas encore annoncĂ©e : lorsque diverses interventions aboutissent Ă  faire libĂ©rer l'un de ceux-ci, Schmald en sĂ©lectionne un autre dans le groupe principal : « sauver un ami, c'Ă©tait du mĂȘme coup condamner un autre homme, inconnu [...] avec pour rĂ©sultat de ne laisser aux mains des bourreaux que les plus vulnĂ©rables, les plus solitaires, les plus faibles ou les plus malchanceux, ceux qui avaient le plus besoin d'ĂȘtre dĂ©fendus[50]. » Ce processus dĂ©bouche sur la rĂ©flexion suivante de l'un des survivants, l'avocat Jacques-Louis Bourdelle : « Je m'Ă©tonne douloureusement d'apprendre que des Français ou des Allemands tirent vanitĂ© d'avoir fait libĂ©rer des otages, ils semblent les malheureux, ne pas se rendre compte qu'ils avouent ainsi avoir pris part aux exĂ©cutions. Je me rappelle en effet avec quelle terreur mes camarades et moi voyions, aprĂšs chaque libĂ©ration, le lieutenant Walter s'approcher de notre groupe et faire un nouveau choix pour complĂ©ter le peloton des futures victimes[51]. » ConformĂ©ment Ă  la note de Lammerding du et Ă  l'ordre donnĂ© par celui-ci arrivĂ© Ă  Tulle en fin de matinĂ©e du 9, ces cent-vingt hommes sont vouĂ©s Ă  la mort par pendaison.

Pendaisons

« Quarante soldats allemands ont été assassinés de la façon la plus abominable par les bandes communistes. [...] Pour les maquis et ceux qui les aident, il n'y a qu'une peine, le supplice de la pendaison. [...] Quarante soldats allemands ont été assassinés par le maquis, cent vingt maquis ou leurs complices seront pendus. Leurs corps seront jetés dans le fleuve. »

— Affiche signĂ©e par le gĂ©nĂ©ral commandant des troupes allemandes, placardĂ©e Ă  Tulle[52]

Vers quinze heures trente, Kowatsch en rĂ©ponse Ă  une derniĂšre intervention du prĂ©fet qui demande que les exĂ©cutions n'aient pas lieu par pendaison, lui rĂ©pond que « nous avons pris en Russie l'habitude de pendre, nous avons pendu plus de cent mille hommes Ă  Kharkov et Ă  Kiev, ce n'est rien pour nous[53]. » Il demande au colonel Bouty, prĂ©sident de la dĂ©lĂ©gation spĂ©ciale, d'annoncer au groupe principal de prisonniers qu'ils doivent assister aux exĂ©cutions. Avant que ceux-ci soient conduits sur la place de Souilhac, Bouty leur dĂ©clare : « J'ai une nouvelle bien pĂ©nible Ă  vous annoncer : vous allez assister Ă  une exĂ©cution. Je vous demande le plus grand calme. Ne faites pas un geste, ne dites pas une parole[54]. » À leur arrivĂ©e, les prisonniers dĂ©couvrent, sur plusieurs centaines de mĂštres, des cordes terminĂ©es par un nƓud coulant accrochĂ©es aux arbres, aux rĂ©verbĂšres et aux balcons. Les prĂ©paratifs ont Ă©tĂ© assurĂ©s, dĂšs la fin de la matinĂ©e, par le SS-HauptsturmfĂŒhrer Wulf, chef du bataillon de reconnaissance et par son adjoint, l'OberscharfĂŒhrer Hoff, chef de la section de pionniers, qui fait appel Ă  des volontaires pour effectuer les pendaisons[55].

Les victimes dĂ©signĂ©es pour la pendaison sont conduites sur les lieux de leur exĂ©cution par groupe de dix. « Chacun d'eux se trouva bientĂŽt au pied d'une Ă©chelle, entre les mains de deux des bourreaux. Deux SS se tenaient prĂšs de chaque corde ; l'un d'eux gravissait les degrĂ©s d'une seconde Ă©chelle ou d'un escabeau en mĂȘme temps que le condamnĂ©. DĂšs que celui-ci atteignait la hauteur voulue, il lui passait le nƓud coulant, le serrait, et le second SS enlevait brutalement l'Ă©chelle du suppliciĂ©[56]. » Dans certains cas, les bourreaux, tous volontaires, se suspendent aux jambes de leur victime, le frappent ou l'achĂšvent Ă  la mitraillette ou au pistolet. « Parfois, pour accĂ©lĂ©rer l'exĂ©cution, les barbares poussent leur victime Ă  coups de crosse et avec des cris terribles donnent des coups de pied Ă  l'Ă©chelle qui tombe[57]. » À la suite de l'intervention du colonel Bouty auprĂšs d'un officier allemand, l'abbĂ© Espinasse a Ă©tĂ© autorisĂ© Ă  offrir son ministĂšre Ă  ceux qui vont mourir. Il assiste aux premiĂšres exĂ©cutions. Lors de celle du premier groupe, « dans un cas [...], la victime, mal pendue sans doute, s'agite par spasmes ; alors, je vois le soldat qui venait d'ĂŽter l'Ă©chelle s'en servir pour frapper le suppliciĂ© jusqu'Ă  son immobilisation complĂšte » ; par la suite, il constate que « le peloton d'exĂ©cution presse la marche des condamnĂ©s, et non sans violence ; je vois encore le soldat brisant, d'un geste rageur, la crosse de sa mitraillette sur le dos d'une victime qui a un mouvement d'horreur et d'arrĂȘt Ă  la vue des pendus[58]. » « Pouvons-nous imaginer la scĂšne ? Des hommes immobiles sous la contrainte, des soldats en dessous des potences, des groupes d'otages conduits au supplice, et le silence[55]. » Pendant toute l'opĂ©ration, Paula Geissler et un groupe de SS, assistent aux pendaisons en vidant de bonnes bouteilles Ă  la terrasse du cafĂ© Tivoli, au son d'un phonographe[55].

99 victimes

« Pourquoi les exĂ©cutions ont-elles Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es Ă  99 victimes? [...] 99 est un chiffre incomprĂ©hensible qu'on ne peut raccorder Ă  rien. Par son absence de signification, le nombre des victimes restera un mystĂšre. »

— Jean-Jacques FouchĂ© et Gilbert Beaubatie[59].

Dans les versions successives de son tĂ©moignage, l'abbĂ© Espinasse s'attribue, et Ă  lui seul, le mĂ©rite d'avoir fait arrĂȘter les pendaisons. Selon lui, alors que neuf groupes, soit quatre-vingt-dix hommes, ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© pendus, et aprĂšs avoir Ă©tĂ© ramenĂ© dans la cour de la manufacture d'armes aprĂšs le meurtre de vingt ou trente Tullistes, il constate que le dixiĂšme groupe comporte treize hommes. Il intervient auprĂšs de Walter Schmald et obtient non seulement que quatre hommes soient extraits du groupe, mais aussi que celui-ci soit le dernier Ă  marcher vers la pendaison. Le nombre des victimes s'arrĂȘte donc Ă  quatre-vingt-dix-neuf[60] - [alpha 6].

Cette version, reprise par de nombreux auteurs, est radicalement remise en cause par Bruno Kartheuser, qui juge ce rĂ©cit incohĂ©rent et peu plausible. Kartheuser souligne tout d'abord que l'intervention dĂ©cisive que s'attribue l'abbĂ© Jean Espinasse n'est confirmĂ©e par aucun tĂ©moin, alors que plusieurs centaines de personnes sont rassemblĂ©es dans la cour de la manufacture ; cette intervention n'est pas mentionnĂ©e dans la dĂ©claration faite en 1948 par le prĂ©sident de la dĂ©lĂ©gation spĂ©ciale de Tulle, le colonel Bouty, qui attribue interventions et sauvetages au directeur des Établissements Brandt - Usine de la Marque, Henri Vogel, au directeur adjoint de la Manufacture d'armes de Tulle, Laborie et Ă  l'ingĂ©nieur en chef des Ponts et ChaussĂ©es, Lajugie[alpha 7]. TrouillĂ© n'attribue Ă  l'abbĂ© que la grĂące de trois hommes, « Vogel s'est magnifiquement dĂ©battu avec les officiers SS en vue de libĂ©rer quelques-uns de ses ouvriers condamnĂ©s au supplice [...]. De la sorte, il a obtenu quatre grĂąces et a permis au sous-directeur de la manufacture d'armes, Laborie, d'en rĂ©clamer et d'en enlever autant ; Lajugie, ingĂ©nieur en chef du service vicinal [...] est encore Ă©puisĂ© des efforts dĂ©ployĂ©s en vain pour sauver du supplice un ingĂ©nieur de son service[63]. » L'« intervention dĂ©cisive » d'Espinasse n'est Ă©galement pas reprise dans la citation lors de la remise Ă  l'abbĂ© de la MĂ©daille d'argent de la Croix-Rouge française, en 1945, qui n'Ă©voque que ses mĂ©rites sacerdotaux et l'assistance matĂ©rielle qu'il a apportĂ©e aux suppliciĂ©s. Enfin, pour Kartheuser, compte tenu du strict respect de la hiĂ©rarchie en vigueur dans la SS, il n'est pas possible que Schmald ait pris la dĂ©cision d'arrĂȘter les exĂ©cutions, alors que celles-ci avaient Ă©tĂ© ordonnĂ©es par le gĂ©nĂ©ral Lammerding (qui dĂ©clare aprĂšs guerre que c'est sur son ordre que les pendaisons ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es avant les 120 victimes prĂ©vues), que les pendaisons avaient Ă©tĂ© supervisĂ©es par Kowatsch et que l'un des supĂ©rieurs de Schmald au SD Ă©tait prĂ©sent sur les lieux[64].

Pour Fouché et Beaubatie, « le nombre de 99 victimes a été la conséquence d'une accumulation de données matérielles indépendantes les unes des autres [...] Mais plus encore que le nombre, la mise en scÚne des pendaisons devait renforcer la terreur de longue durée. L'efficacité n'était pas liée à un chiffre précis, mais bien plus encore, à la mise en spectacle de la violence destinée à humilier les hommes[65]. »

D'aprĂšs le documentaire d'Arte « Das Reich », une division SS en France[66] de MichaĂ«l Prazan, l'arrĂȘt des pendaisons serait dĂ» principalement Ă  une pĂ©nurie de cordage.

Les corps des suppliciés sont dépendus en début de soirée par des membres des chantiers de jeunesse, sous les ordres d'hommes de la 4e compagnie du bataillon d'éclaireurs ; malgré l'intervention des autorités locales, ils sont enterrés sur le site d'une décharge publique, à Cueille, sans aucune procédure d'identification, avec une brÚve cérémonie improvisée et écourtée par les Allemands, au cours de laquelle l'abbé Espinasse, en présence du préfet en uniforme et de son directeur de cabinet, bénit les corps[67].

DĂ©portations

Le , les otages restĂ©s Ă  la Manufacture des armes de Tulle sont traitĂ©s de la mĂȘme maniĂšre que lors de la sĂ©lection, la veille, des victimes des pendaisons : nĂ©gociations entre membres de la « Das Reich » et du SD, dont Walter Schmald, et les autoritĂ©s françaises, formation de groupes promis Ă  la dĂ©portation, libĂ©ration d'otages grĂące Ă  des interventions[alpha 8]. Trois cent onze hommes et six cent soixante jeunes membres des chantiers de jeunesse sont transfĂ©rĂ©s de Tulle Ă  Limoges. AprĂšs un nouveau tri, dans lequel des membres de la Milice jouent un rĂŽle essentiel, 162 hommes et tous les membres des chantiers de jeunesse sont libĂ©rĂ©s ; 149 prisonniers sont transfĂ©rĂ©s Ă  Poitiers, puis Ă  CompiĂšgne, d'oĂč ils partent vers le camp de concentration de Dachau le : 101 ne survivent pas au voyage ou Ă  la dĂ©portation[68].

Le 11 ou le , la division entame sa remontĂ©e vers le front de Normandie. Avec le massacre de Tulle et celui d'Oradour-sur-Glane, et de nombreuses autres tueries, elle a fait 4 000 victimes, dont de nombreux civils[1].

La rĂ©pression se poursuit Ă  Tulle pendant les semaines qui suivent les pendaisons. Du au , le laboratoire de la manufacture d'armes est utilisĂ© comme centre de torture, oĂč opĂšrent des miliciens en coopĂ©ration avec Walter Schmald. Le , le prĂ©fet TrouillĂ© y voit trois miliciens ĂągĂ©s au plus de vingt ans, verser de l'acide sur les plaies du visage d'un homme qu'ils venaient de frapper Ă  coups de nerf de bƓuf[69]. Tulle connaĂźt Ă©galement une nouvelle rafle, le , Ă  la suite de laquelle 80 hommes sont envoyĂ©s en travail forcĂ© en Autriche[70]. Les troupes allemandes en CorrĂšze se rendent le [71].

Au total, les crimes de la Wehrmacht, de la Waffen-SS et du Sipo-SD ont fait 218 victimes civiles à Tulle. « D'une certaine façon, le général SS a atteint son objectif : la discrimination des résistants et la terreur de la population[72]. »

Analyse

Analyse des historiens

Les proclamations publiques et les explications allemandes auprĂšs des autoritĂ©s françaises font systĂ©matiquement rĂ©fĂ©rence aux Ă©ventuels sĂ©vices et Ă  l'assassinat de soldats allemands dĂ©sarmĂ©s. Selon la thĂšse allemande, les reprĂ©sailles sont conformes au droit militaire international, au traitĂ© d'armistice et aux conventions de La Haye. À la suite des procĂšs menĂ©s en Belgique concernant l'exĂ©cution d'otages par les troupes allemandes et Ă  celui menĂ© en Italie pour le massacre des Fosses ardĂ©atines, on peut conclure que le massacre de Tulle a bien Ă©tĂ© effectuĂ© en violation du droit des conflits armĂ©s[73], notamment des articles 40, 41, 46 et 50 du rĂšglement annexe Ă  la 4e convention de La Haye de 1907 concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre[74] ainsi que la « clause Martens » du prĂ©ambule de cette convention[alpha 9] - [75]. Bruno Kartheuser conteste quant Ă  lui l'usage mĂȘme du terme « reprĂ©sailles » : « le meurtre et la dĂ©portation de quelques centaines d'habitants de Tulle les 9 et 10 juin relĂšvent trĂšs clairement du crime de guerre. Toute autre appellation, comme celle de reprĂ©sailles, d'Ă©puration ou de mesure expiatoire, appartient au jargon des auteurs de ces crimes et participe de leur logique Ă  eux[76] ».

Le massacre de Tulle avait pour but de punir une des capitales du maquis, pour terroriser d'autres rĂ©gions, conformĂ©ment aux pratiques mises en Ɠuvre par la Wehrmacht et la Waffen-SS sur le front de l'Est ; il rĂ©sulte « de l'action et de l'inaction de beaucoup de personnes », qu'il s'agisse de membres de la Wehrmacht, de la Waffen-SS ou du Sicherheitsdienst[77].

ThÚse révisionniste

Selon le rĂ©cit auto-publiĂ© du SS-SturmbannfĂŒhrer Otto Weidinger, plusieurs dizaines de soldats allemands auraient Ă©tĂ© abattus aprĂšs leur reddition et de nombreux cadavres auraient portĂ© des traces de mutilations[78]. Cette thĂšse est reprise et amplifiĂ©e par deux autres rĂ©visionnistes, Sadi Schneid[79], pseudonyme d'un ancien Waffen-SS Elimar Schneider[80], et Herbert Taege, ancien fonctionnaire des Jeunesses hitlĂ©riennes[80] - [81].

Pour les historiens, le récit de Weidinger n'a aucun crédit. Eberhard JÀckel « doute de la véracité de ces affirmations et se demande si les atrocités alléguées n'ont pas servi de justification au comportement des SS[29]. » Pour G. Penaud, « divers témoignages de militaires ou de civils allemands retrouvés par Bruno Kartheuser sont assez contradictoires sur la question des mutilations dont auraient été victimes, d'aprÚs la rumeur, les victimes allemandes ; à vrai dire, à la lecture des déclarations ultérieures de SS, il n'a pas trouvé une seule qui rapporte un témoignage direct de ces atrocités : tous ceux qui exprimÚrent ce reproche [...] colportÚrent indirectement les dires de témoins dont il semble difficile de soutenir la crédibilité[82]. »

Bruno Kartheuser a rĂ©futĂ© point par point ces thĂšses rĂ©visionnistes. Le seul fait contraire Ă  l’article 23c et 23d de l'annexe Ă  la convention de La Haye de 1907 concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre[74] qui stipule qu’« il est notamment interdit [...] de tuer ou de blesser un ennemi qui, ayant mis bas les armes ou n'ayant plus les moyens de se dĂ©fendre, s'est rendu Ă  discrĂ©tion [ainsi que] de dĂ©clarer qu'il ne sera pas fait de quartier », consiste en l'exĂ©cution sans jugement de neuf membres du SD et gestapistes en fin de l'aprĂšs-midi du [83]. Quant aux prĂ©tendues mutilations, il ne s'agit que des traces d'impact de mitrailleuse. Selon un tĂ©moin, Robert Lajugie, « dĂšs la reddition des assiĂ©gĂ©s, j'ai vu les corps des victimes. Certains, assurĂ©ment, Ă©taient abĂźmĂ©s et il est exact que des crĂąnes laissaient Ă©chapper leur cervelle, mais c'Ă©tait lĂ  le rĂ©sultat d'une concentration des tirs d'armes automatiques. [...] C'est dans cet Ă©tat que les Ă©lĂ©ments de la 2e SS-Panzer-Division « Das Reich » trouvĂšrent leurs compatriotes avec, en plus, cette aggravation que les camions venus enlever les cadavres furent pris par les arrivants, fous furieux, pour les instruments dont on se fĂ»t servi pour Ă©craser les corps ou les tĂȘtes[84]. » Ce rĂ©cit est confirmĂ© par Heinz Schmidt, mĂ©decin du 3e bataillon du 95e rĂ©giment de sĂ©curitĂ© : « Parce qu'on voulait avoir une justification prĂ©sentable d'une certaine maniĂšre au niveau international pour les mesures de reprĂ©sailles, je fus citĂ© en qualitĂ© de mĂ©decin de la place auprĂšs du mĂ©decin principal de la division « Das Reich ». Il me demanda si j'avais constatĂ© des mutilations sur les cadavres de nos soldats tombĂ©s la veille. Contrairement aux affirmations disant que cela avait Ă©tĂ© le cas, j'ai dĂ©clarĂ© Ă©nergiquement que je n'avais pas constatĂ© de mutilations sur les soixante morts que j'avais vus[85]. »

À propos du livre de Schneid, Kartheuser Ă©crit qu'il « formule, de la maniĂšre la plus grossiĂšre entre toutes les versions qui ont circulĂ©, les reproches de mutilations voulues opĂ©rĂ©es sur certains cadavres allemands. Schneider n'Ă©voque pas ce qu'il a vu. [...] Il ne fait que colporter une version qui fut rĂ©pandue dĂšs les premiers jours, entre autres par les milieux SS et nazis d'Ă©poque mais Ă©galement par la propagande officielle[86]. » Il remarque Ă©galement que Weidinger et Taege ne se basent, eux aussi, sur aucun tĂ©moin direct[86].

Suites du massacre

Walter Schmald, du SIPO-SD est capturĂ© par des maquisards Ă  Brive le , et exĂ©cutĂ© par ceux-ci le , sans avoir fait l’objet d’un procĂšs[87].

Otto Weidinger, dernier commandant du rĂ©giment « Der FĂŒhrer » est interrogĂ© au sujet du massacre pendant sa dĂ©tention de 1947 Ă  1951. Il ne fait l’objet de poursuites que pour son adhĂ©sion volontaire Ă  la Waffen-SS, jugĂ©e comme organisation criminelle lors du procĂšs de Nuremberg, et est acquittĂ©[88]. AprĂšs sa libĂ©ration, il Ă©crit de nombreux ouvrages sur la 2e SS-Panzer-Division « Das Reich », considĂ©rĂ©s en France comme rĂ©visionnistes.

La premiĂšre enquĂȘte, qui porte sur l'assassinat de dix-huit garde-voies est clĂŽturĂ©e , et fonde le procĂšs qui s'ouvre Ă  Bordeaux le , oĂč comparaissent dix membres du 95e rĂ©giment de sĂ©curitĂ©, responsable du meurtre de dix-huit gardes-voies, sous les ordres du capitaine Franz Reichmann, commandant du 3e bataillon. Les trois officiers inculpĂ©s sont condamnĂ©s Ă  quinze (Franz Reichmann, Willi Schlewski) ou dix (Jean Retzer) ans de travaux forcĂ©s ; 4 inculpĂ©s sont reconnus coupables mais libĂ©rĂ©s sous l'excuse absolutrice d'avoir agi sur ordre et trois sont acquittĂ©s. Schlewski et Retzer sont libĂ©rĂ©s le et Reichmann le [89].

L’information judiciaire ouverte le sur les pendaisons de Tulle dĂ©bouche notamment sur un rapport provisoire rĂ©digĂ© par le commissaire de police criminelle FĂ©lix Hugonnaud, qui conclut que les pendaisons furent apparemment commandĂ©es par le SS-GruppenfĂŒhrer Heinz Lammerding, Ă  l'encontre duquel trois mandats d’arrĂȘts successifs sont dĂ©cernĂ©s. Le procĂšs (affaire contre Kahn et autres. Pendaisons de Tulle) s'ouvre Ă  Bordeaux le et le verdict est prononcĂ© le lendemain. Seules cinq personnes y sont accusĂ©es : quatre officiers de la division « Das Reich » - Lammerding, Aurel Kowatsch, chef d'Ă©tat-major de la division, Heinrich Wulf, commandant de la section de reconnaissance, Otto Hoff, commandant de la section de pionniers qui a procĂ©dĂ© aux pendaisons, et une employĂ©e allemande de la Manufacture d'armes de Tulle, Paula Geissler. Cette derniĂšre n'est accusĂ©e que de n'avoir pas sauvĂ© un ingĂ©nieur de la MAT, ce qu'elle aurait pu faire sans courir de risque personnel. Curieusement, le tribunal omet de mettre en accusation la centaine d'acteurs, les membres du commando d'exĂ©cution qui auraient pu ĂȘtre dĂ©celĂ©s facilement.

Lammerding et Kowatsch, ce dernier tuĂ© en Ă  la frontiĂšre hongroise, sont condamnĂ©s Ă  mort par contumace ; Hoff et Wulf Ă©copent de dix ans de travaux forcĂ©s et Paula Geissler de trois ans de prison. AprĂšs un appel devant le tribunal de Marseille, la peine de Hoff est rĂ©duite, le Ă  cinq ans absorbĂ©s par la dĂ©tention dĂ©jĂ  effectuĂ©e. Hoff est donc libĂ©rĂ© au prononcĂ© du jugement d'appel, comme l'avait Ă©tĂ©, la semaine prĂ©cĂ©dente, Wulf, graciĂ© par le prĂ©sident de la rĂ©publique Vincent Auriol. AprĂšs sa condamnation Ă  mort, Lammerding fait l'objet d'une demande d'extradition du gouvernement français auprĂšs des troupes d'occupation britanniques fin et le Haut-Commissariat britannique dĂ©cerne Ă  son tour un mandat d’arrĂȘt Ă  son encontre le , conformĂ©ment Ă  la loi no 10 du Conseil de contrĂŽle alliĂ©. Il n'y a aucune suite Ă  ces demandes et Lammerding n'a jamais Ă©tĂ© inquiĂ©tĂ© par la justice[90].

Jusqu’à sa mort, Lammerding a niĂ© toute responsabilitĂ© dans le massacre de Tulle, en dĂ©clarant que l'initiative avait Ă©tĂ© prise par le SS-SturmbannfĂŒhrer Kowatsch : « connaissant la hiĂ©rarchie rigoureuse et la discipline terriblement rigide qui rĂ©gnaient dans le corps des SS, une telle affirmation ne mĂ©rite aucun crĂ©dit[91]. » AprĂšs avoir Ă©galement niĂ©, dans un premier temps, sa prĂ©sence Ă  Tulle, il a affirmĂ© qu'il n'y Ă©tait arrivĂ© que tard dans l'aprĂšs-midi, aprĂšs les pendaisons : or l'ordre du jour de la division pour le est rĂ©digĂ© par Lammerding Ă  Tulle et datĂ© du Ă  douze heures quinze ; cette mention « a Ă©tĂ© plus tard surchargĂ©e Ă  la main en vingt-trois heures quinze[91]. » La prĂ©sence de Lammerding Ă  Tulle aux environs de midi le est Ă©galement attestĂ©e par le mĂ©decin militaire de la garnison allemande, Schmidt[92].

Une procĂ©dure est ouverte Ă  l'encontre de Lammerding par le « Zentralstelle in Nordrhein-Westfalen » en , procĂ©dure au cours de laquelle Lammerding est interrogĂ© en ; le le directeur du « Zentralstelle des Landes NRW fĂŒr die Bearbeitung nazionalsozialistischer Massenverbrechen » signifie l'arrĂȘt des poursuites en se basant sur la seule version des Ă©vĂ©nements de Lammerding[93].

Ce n'est qu'au dĂ©tour d'une procĂ©dure au civil, intentĂ©e Ă  DĂŒsseldorf par Lammerding contre l'hebdomadaire communiste Die Tat, qui l'avait accusĂ© dans son Ă©dition du d'avoir Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  mort en France pour le meurtre de nombreux otages, que la justice allemande Ă©tablit, sans consĂ©quences concrĂštes toutefois, la responsabilitĂ© de Lammerding dans le massacre de Tulle. Les attendus du jugement qui dĂ©boute Lammerding sont particuliĂšrement clairs : « Un groupe de 120 hommes, la plupart jeunes, furent sĂ©lectionnĂ©s, leur groupe fut rĂ©duit sur l'intervention de plusieurs citoyens français de cette ville au chiffre de 99. Ces 99 furent tuĂ©s d'une maniĂšre cruelle, sans jugement et sans qu'on leur ait prouvĂ© leur participation Ă  l'attaque des partisans la veille. Son affirmation [celle de Lammerding] selon laquelle il se serait agi dans le chef des 99 tuĂ©s de partisans et non pas d'otages, est inexacte. Par ailleurs, il ne la maintient plus. [...] Ici, les suppliciĂ©s ont Ă©tĂ© tuĂ©s en vengeance pour des attaques de partisans dĂ©jĂ  commises et comme dissuasion pour des attaques de partisans futures. On peut Ă  juste titre appeler la mise Ă  mort de telles personnes civiles de meurtres d'otages, puisque ces mises Ă  mort sont encore plus abjectes que la mise Ă  mort de vĂ©ritables otages[93]. »

Une derniĂšre tentative pour traduire Lammerding devant la justice fait suite Ă  la publication de l'ouvrage de Jacques Delarue, Trafics et crimes sous l'occupation, en 1968. À la suite de cette parution, le dĂ©putĂ©-maire socialiste de Tulle, Montalat, demande le que le gouvernement français exige de la RĂ©publique fĂ©dĂ©rale allemande d'introduire une procĂ©dure en Allemagne contre Lammerding et estime cette procĂ©dure d'autant plus impĂ©rieuse que le premier volume d'une apologie de la division « Das Reich » vient de paraĂźtre (sous la plume d'Otto Weidinger) en Allemagne. Comme les prĂ©cĂ©dentes, cette tentative reste sans suite[93]. En 1971, Lammerding meurt d'un cancer gĂ©nĂ©ralisĂ© Ă  l'Ăąge de 66 ans.

En 2008, le Sénat a adopté un projet de loi portant adaptation du droit pénal français à celui de la Cour pénale internationale[94]. Cette adaptation, partielle, stipule entre autres la prescription des crimes de guerre par trente ans (article 462-10).

Mémoire et commémorations

« Construite sur des lacunes, des oublis, des valorisations excessives, des rancƓurs et des ressentiments, la mĂ©moire des « EvĂ©nements de Tulle » demeure partagĂ©e4e_de_couverture_104-0">[95] »

La premiĂšre cĂ©rĂ©monie Ă  la mĂ©moire des victimes est organisĂ©e le : elle se limite Ă  un dĂ©pĂŽt de gerbes au cimetiĂšre de Cueille puis au monument aux morts de la ville et aucun discours n'est prononcĂ© ; suivie par une foule nombreuse, elle se dĂ©roule en la prĂ©sence d'un bataillon de FFI, qui, « dans un ordre impeccable », rend les honneurs aux victimes[96]. Le , une messe cĂ©lĂ©brĂ©e par l'abbĂ© Espinasse en prĂ©sence de l'Ă©vĂȘque est cĂ©lĂ©brĂ©e devant les fosses communes de Cueille, avec la participation de deux compagnies de FFI[96].

Lors des discours prononcĂ©s le Ă  l'occasion de l'arrivĂ©e du nouveau prĂ©fet, si l'on rend hommage « aux hĂ©roĂŻques combattants qui ont Ă©tabli en France la rĂ©putation de la CorrĂšze », si l'on exprime une « immense reconnaissance Ă  nos glorieux FFI, membre des FTP et de l'AS », les combats des 7 et ne sont pas mentionnĂ©s et le massacre de Tulle est mis sur le mĂȘme pied que celui d'Oradour[97].

Lors de son voyage de deux jours dans le Limousin, le général de Gaulle, alors président du gouvernement provisoire, se rend, le , à Oradour-sur-Glane, « manifestant ainsi moins d'un an aprÚs le drame une véritable reconnaissance nationale envers les victimes d'Oradour », puis à Limoges, présentée par de Gaulle comme la capitale du maquis ; par contre, il ne se rend pas à Tulle[98]. Pour Fabrice Grenard, l'accent mis sur Oradour par de Gaulle « permettrait de façon implicite de réduire le fossé entre une minorité de résistants et une grande majorité de Français qui ne s'était pas engagée sous l'Occupation[98]. », le massacre d'Oradour étant totalement arbitraire puisqu'il n'y avait aucun maquis dans le secteur[99].

Une nouvelle cĂ©rĂ©monie est organisĂ©e le Ă  l'occasion de la fin des exhumations et de la remise des cercueils aux familles, puis le lendemain, jour de la Toussaint ; lors de son allocution, le prĂ©fet estime que la CorrĂšze avait Ă©tĂ© « le vĂ©ritable royaume du maquis », rend hommage aux rĂ©sistants tuĂ©s et ajoute :« Hier, ici Ă  Tulle, nous nous inclinions devant les 99 cercueils des martyrs du 9 juin, victimes innocentes des brutes de la division « Das Reich »[100] ». Pour FouchĂ© et Beubatie, « l'autoritĂ© de l'État Ă©tait engagĂ©e par son reprĂ©sentant : les victimes des pendaisons Ă©taient « innocentes »[100] ».

Évoquant les commĂ©morations d'aprĂšs-guerre, FouchĂ© et Beaubatie estiment que le silence Ă  Tulle « assure Ă  la fois une capacitĂ© de vivre ensemble dans le mĂȘme environnement et le maintien de la prĂ©sence des absents, [...] la forme nĂ©cessaire du respect de la mĂ©moire des morts et de la douleur de leurs familles, [...] un symptĂŽme du traumatisme et le symbole de la souffrance des familles dans une ville qui revenait Ă  des occupations habituelles[101] » : Ă  de rares exceptions prĂšs, aucun discours n'est prononcĂ© lors des cĂ©rĂ©monies. Les mĂȘmes auteurs soulignent l'ambiguĂŻtĂ© de ce silence, ou plutĂŽt de ces silences. Les familles des victimes ne peuvent s'exprimer sans accuser les responsables de la bataille des 7 et , « cette impossible accusation [qui] constitue l'Ă©lĂ©ment indicible de leur rĂ©cit[101]. » Pour les responsables de la rĂ©sistance, il est Ă©galement impossible d'Ă©voquer le massacre sans risquer de voir leur responsabilitĂ© mise en cause ; dans le chef du PCF, ce silence relĂšve « bel et bien d'une tentative d'amnĂ©sie ordonnĂ©e[101] ».

Un monument est inaugurĂ© le sur le site des deux fosses communes de Cueille, site choisi par les familles des victimes, les autoritĂ©s locales admettant une dĂ©cision qu'elles ne pouvaient pas contrarier[102]. ÉdifiĂ© grĂące Ă  une souscription publique puis remis, lors de l'inauguration par le prĂ©sident du comitĂ© des martyrs crĂ©Ă© immĂ©diatement aprĂšs la libĂ©ration de la ville[103], il permet « d'impliquer tous les acteurs honorant les martyrs : les failles pour les manifestations privĂ©es du deuil et les pouvoirs publics pour les cĂ©rĂ©monies collectives Ă  leur mĂ©moire[102] ». Une urne contenant des cendres provenant des camps de concentration oĂč pĂ©rirent les habitants de Tulle dĂ©portĂ©s permet d'associer toutes les victimes de la journĂ©e du en un seul lieu[102]. Dans son discours, Henri Queuille dĂ©clare : « le monument Ă©levĂ© en ce haut lieu symbolisera, pour les gĂ©nĂ©rations futures, le lourd tribut de sang et de larmes versĂ©es par les CorrĂ©ziens dans la lutte contre l'oppression[103]. » Les cĂ©rĂ©monies d'hommage, initialement limitĂ©es au se sont Ă©tendues sur trois jours : le , dĂ©pĂŽt de gerbes prĂšs de la gare oĂč furent assassinĂ©s les gardes-voies et au cimetiĂšre de Puy-Saint-Clair, oĂč sont enterrĂ©s les maquisards tombĂ©s lors de la tentative de libĂ©ration de la ville ; le 8, hommage aux membres du personnel de l'usine de la Marque victimes des Allemands ; enfin, le 9 une marche silencieuse qui relie le quartier de Souilhac au monument de Cueille[104].

Ces diffĂ©rentes manifestations« s'apparentent donc Ă  une fĂȘte des morts, sans aucune dimension patriotique [et] les discours sont trĂšs rares[104]. » Les cĂ©rĂ©monies organisĂ©es en 2005 font exception Ă  cette rĂšgle, le ministre de l'IntĂ©rieur, Dominique de Villepin et le dĂ©putĂ©-maire de Tulle, François Hollande y prenant la parole, ce dernier affirmant que « 60 ans aprĂšs, Tulle s'insurge devant l'impunitĂ© des responsables du massacre qui ne furent, pour la plupart, ni vraiment recherchĂ©s, ni finalement jugĂ©s [et que] pour nous, la rĂ©conciliation n'est pas l'oubli, en rappelant la nĂ©cessitĂ© d'ajouter au recueillement un travail de mĂ©moire et d'histoire[105] ».

Candidat à la présidence de la république, François Hollande confÚre lors de son premier grand discours de campagne au Bourget, un caractÚre national à la mémoire du massacre de Tulle[alpha 10] Une fois élu, il fait de sa participation aux commémorations « un événement incontournable de son agenda de chef de l'état[107] », mais sans y prendre la parole.

Un odonyme local (Rue du 9-Juin-1944[108]) rappelle aussi ces Ă©vĂšnements.

Historiographie

Les ouvrages consacrĂ©s, en totalitĂ© ou partiellement, au massacre de Tulle sont relativement peu nombreux, notamment si on les compare Ă  l’abondante bibliographie portant sur le massacre d'Oradour-sur-Glane.

Deux ouvrages ont Ă©tĂ© rĂ©digĂ©s par des otages qui ont Ă©chappĂ© au supplice, Jacques-Louis Bourdelle et Antoine Soulier. Le livre d’Antoine Soulier est « un des rĂ©cits les plus exacts et les plus poignants du drame. L’auteur, instituteur, dont le fils a Ă©tĂ© pendu, a Ă©tĂ© l’un des personnages les plus actifs pour reconstituer la trame de l’évĂ©nement et en retrouver les coupables[109]. »

Le rĂ©cit du chanoine Jean Espinasse ne peut ĂȘtre Ă©cartĂ© mais, « avec la distance grandissante au fur et Ă  mesure des Ă©ditions successives, Espinasse a accentuĂ© de plus en plus l’importance sacerdotale que l’évĂ©nement a prĂ©sentĂ© pour lui et ses souvenirs deviennent de plus en plus problĂ©matiques en tant que source historique. Les rĂ©cits et la personnalitĂ© d'Espinasse ont le plus contribuĂ© Ă  crĂ©er des mythes[109]. » Le rĂŽle que s'attribue l'abbĂ© Espinasse dĂšs 1946 a Ă©tĂ© remis en question de maniĂšre fondamentale par Bruno Kartheuser[64]. Si l'idĂ©e du martyr chrĂ©tien est dĂ©jĂ  prĂ©sent dans le rĂ©cit initial — « Ces hĂ©ros français sont morts munis des sacrements, c'est-Ă -dire avec la vie surnaturelle... celle que n'ĂŽte pas la mort et qui est plus que la survie des hĂ©ros Ă  laquelle cependant ils ont droit[110] » — dans la version de 1979, l'aspect religieux prend le pas sur les faits : « comme dans l'Évangile, les futurs condamnĂ©s Ă©taient orientĂ©s vers la gauche », « chez aucun condamnĂ© je n'ai trouvĂ© le refus de Dieu ou de JĂ©sus[111] ». Espinasse va jusqu'Ă  mentionner la conversion, avant sa pendaison, « d'un professeur de philosophie aux idĂ©es nettement marxistes, matĂ©rialistes et donc athĂ©es [...] qui aprĂšs un Notre-PĂšre, marche sans larmes vers les cordes qui le guettent... vers la vie ! » ou que le graciĂ© de la derniĂšre chance aurait, s'il n'avait pas Ă©tĂ© Ă©pargnĂ©, Ă©tĂ© le seul exĂ©cutĂ© porteur du chapelet[112] ».

Il est aussi Ă  mentionner le journal du prĂ©fet Pierre TrouillĂ©, « destinĂ© surtout Ă  la justification de son mandat [Ă©manant du gouvernement de Vichy] Ă  Tulle[109]. » Pour Bruno Kartheuser, « il est difficile de dĂ©cider dans quelle mesure ce livre peut ĂȘtre utilisĂ© comme une source historique fiable. Le document l'est certainement lĂ  oĂč la responsabilitĂ© du prĂ©fet est moins engagĂ©e ; lĂ  toutefois oĂč l'attitude du prĂ©fet pourrait ĂȘtre mise en cause, la relation des Ă©vĂ©nements sera plus subjective[113] ».

La plupart des ouvrages publiĂ©s des annĂ©es 1960 aux annĂ©es 1990 - colonel RĂ©my (1963), Georges Beau et LĂ©opold Gaubusseau (1969/1984), Henri Amouroux (1974), Marcel Meyssignac (1978) Max Hastings (1983), Henri Demay (1993), Jean Besse (1996) - « Ă©manent de personnes qui ont vĂ©cu les Ă©vĂ©nements de maniĂšre partielle ou qui fondent leur rĂ©cit sur des dĂ©clarations de tiers ; ils se caractĂ©risent par l’absence de connaissance Ă©prouvĂ©e ou mĂȘme minimale, des archives et documents allemands » et « souffrent de leur engagement patriotique[109]. » Largement romancĂ©, le livre du colonel RĂ©my, qui n'a pas Ă©tĂ© tĂ©moin des Ă©vĂ©nements, a connu une large diffusion et a Ă©tĂ© la principale source d'information sur les Ă©vĂ©nements de Tulle pour de trĂšs nombreux lecteurs : « la volontĂ© de l'auteur de fournir un rĂ©cit captivant est gĂȘnante et fait surgir des doutes sur la valeur du tĂ©moignage[114]. » L'ouvrage de Jacques Delarue, Trafics et crimes sous l'occupation (1968), comme celui consacrĂ© Ă  l’Histoire de la Gestapo (1962), se dĂ©gagent du lot : « ces deux livres constituent des ouvrages de rĂ©fĂ©rence pour plusieurs raisons : ils n’émanent pas d’un groupe local impliquĂ© dans les Ă©vĂ©nements ; ils mettent les faits investiguĂ©s au centre du rĂ©cit et ils parviennent Ă  une prĂ©sentation cohĂ©rente des Ă©vĂ©nements dans leur contexte[109] ».

En 1971 sort la premiĂšre Ă©dition de l'ouvrage Maquis de CorrĂšze, rĂ©digĂ© par un collectif d'anciens des maquis FTP. Cette premiĂšre Ă©dition n'Ă©voque ni l'assassinat des gares-voies, ni les pendaisons, sauf par une brĂšve allusion. Ces deux Ă©pisodes n'apparaissent que dans les quatriĂšme (1988) et cinquiĂšme (1995) Ă©ditions. Selon FouchĂ© et Beaubatie, cet ouvrage, mĂȘme s'il n'est pas dĂ©nuĂ© d'intĂ©rĂȘt, est avant tout destinĂ© Ă  justifier les dĂ©cisions des FTP et du Parti communiste[115].

La parution de Trafics et crimes sous l'occupation suscite une vive rĂ©action d'anciens membres de la Waffen-SS, orchestrĂ©e par Otto Weidinger, de concert avec Heinz Lammerding et Albert StĂŒckler. Notamment via des intermĂ©diaires allemands et français, Otto Weidinger influence fortement la rĂ©daction de l'ouvrage de LĂ©opold Gaubusseau. Ce dernier affirme dans une lettre Ă  Weidinger, datĂ©e du : « en France, le communisme est libre. Sa propagande est puissante et scientifique. [...] En 1945, la propagande communiste s'est servie de Tulle et d'Oradour Ă  son profit. Elle disait : « Das Reich », c'est le fascisme, la dĂ©vastation, la mort. » La servilitĂ© de Gaubusseau est mentionnĂ©e dans une lettre de Weidinger Ă  Lammerding : « pour le Dr Gaubusseau, il s'agit avant tout de rĂ©futer de maniĂšre Ă©vidente les affirmations nĂ©gatives et fausses de Delarue. [...] Il m'a demandĂ© de vous soumettre sa demande d'organiser une rencontre commune. [...] Le Dr Gaubusseau est convaincu que vous n'ĂȘtes pas responsable et voudrait absolument vous connaĂźtre. » Un des intermĂ©diaires allemands, Helmut GrĂŒtzmacher, partage cette opinion en Ă©crivant Ă  Weidinger : « il est touchant en quelque sorte de voir combien il s'efforce de prĂ©server la division « Das Reich » et l'Allemagne de ces Ă©vĂ©nements tragiques en rendant responsable Schmald et ainsi le Sicherheitsdienst[116] ».

Quant aux ouvrages allemands de Herbert Taege, Sadi Schneid et Otto Weidinger, il s’agit « de trois ouvrages nĂ©gationnistes », « qui se disqualifient par la continuation de la rhĂ©torique de justification coutumiĂšre dans les actions d’aprĂšs guerre de la part des accusĂ©s et de leurs avocats » et « se distinguent par leur maniĂšre sĂ©lective de traiter les faits et la vĂ©ritĂ©[109] ».

L’histoire du massacre de Tulle a Ă©tĂ© revisitĂ©e et approfondie par l’ouvrage en quatre volumes de Bruno Kartheuser, centrĂ© sur la personnalitĂ© de Walter Schmald. Kartheuser se base sur l'examen critique de toutes les sources françaises et allemandes (archives, publications, document judiciaires, tĂ©moignages oraux) en examinant les Ă©vĂ©nements dans leur contexte et sans prĂ©occupation patriotique[109]. La parution du quatriĂšme tome de l'ouvrage de Kartheuser, en 2008, coĂŻncide avec celle de l'ouvrage de FouchĂ© et Beaubatie, qui apporte un Ă©clairage nouveau sur les Ă©vĂ©nements, notamment en mettant en Ă©vidence le mauvais Ă©tat de la division « Das Reich », son rĂŽle dans la rĂ©pression, qui ne relĂšve pas du hasard, et l'imprĂ©paration de l'offensive des FTP sur Tulle[117].

D'aprĂšs FouchĂ© et Beaubatie[118], l'authenticitĂ© de l'unique image utilisĂ©e pour reprĂ©senter le massacre pose de sĂ©rieux doutes. Reproduite dans l'ouvrage Maquis de CorrĂšze[119] et chez Kartheuser[120], faisant la couverture de l'ouvrage de Fabrice Grenard1re_de_couverture_131-0">[121], prĂ©sente au musĂ©e de la RĂ©sistance et de la dĂ©portation de Tulle, reprise sur les sites de France 3[122] et France 5[123], il s'agit d'un dessin comportant une scĂšne de pendaison au premier plan, une vue en perspective d'une rue du quartier de Souilhac occupant l'essentiel de l'illustration. AprĂšs avoir analysĂ© les contradictions concernant l'original de cette illustration, qui n'a jamais Ă©tĂ© retrouvĂ©, les troublantes similitudes du cadre de l'image avec une photographie du site antĂ©rieure au massacre, procĂ©dĂ© Ă  une analyse critique, voire hyper-critique de l'illustration, ces auteurs estiment que « le dessin des pendaisons ne nous paraĂźt pas pouvoir ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un document rĂ©alisĂ© par un tĂ©moin de la scĂšne[118] », et vont jusqu'Ă  en attribuer la paternitĂ© Ă  l'un des collaborateurs des publications d'aprĂšs-guerre du mouvement de rĂ©sistance « Front national »[118]. Cette image est toutefois utilisĂ©e Ă  de nombreuses reprises dans le documentaire d'Emmanuel Amara, Le massacre de Tulle[123].

Notes et références

Notes

  1. Ancien commandant des Einsatzkommandos 5, puis 4b de l'Einsatzgruppe C.
  2. Grade Ă©quivalent en France Ă  celui de capitaine.
  3. Une premiÚre réunion a lieu le [10].
  4. Ce fait n'est pas mentionné par Pierre Trouillé selon lequel les Allemands tentent une sortie en force à coups de mitraillettes et de grenades[27].
  5. Elle lui rend visite en 1978 lors d'un séjour à Tulle « dans un but touristique », qui déclenche de vives protestations[44].
  6. Selon Élie Constans, PhilomĂšne Joutet, capurĂ©e par des Ă©lĂ©ments de la division SS « Das Reich » lors du massacre de Gabaudet Ă  Issendolus et dont le fils et la fille avait Ă©tĂ© massacrĂ©s la veille, eut la corde passĂ©e au cou mais ne fut pas pendue; elle fit partie des otages libĂ©rĂ©s[61].
  7. Un otage d'origine alsacienne a été libéré grùce à l'intervention d'un membre de la « Das Reich », Elimar (Sadi) Schneid[62].
  8. D'aprÚs B. Kartheuser, qui est le seul à mentionner cette hypothÚse, certains otages sont sauvés grùce à l'action du docteur Pouget et de l'infirmiÚre Arnal, qui leur font une piqûre provoquant une fiÚvre immédiate, puis les font évacuer sur un brancard en tant que malades.
  9. Les représailles ne sont explicitement interdites que par les quatre Conventions de GenÚve de 1949 sur la protection des victimes de la guerre.
  10. « J'ai Ă©tĂ© maire de Tulle, une ville petite par la taille, Ă  peine 17 000 habitants, mais grande par l'histoire. Tulle a Ă©tĂ© une citĂ© de la RĂ©sistance. Elle a souffert le martyre : 99 pendus, 200 dĂ©portĂ©s le , emportĂ©s par la barbarie nazie. Chaque annĂ©e, ce 9 juin, un cortĂšge s'Ă©branle dans les rues de ma ville pour rappeler la mĂ©moire des suppliciĂ©s. Une guirlande est accrochĂ©e au balcon, lĂ  oĂč un corps sans vie se balançait lentement. J'ai leur nom dans la tĂȘte. Ce sont mes hĂ©ros. Je ne les oublierai jamais. Ils me font avancer. Ils me rappellent Ă  chaque moment la belle leçon d'humanitĂ© de ceux qui ont sacrifiĂ© leur vie, leur vie pour notre libertĂ©. Ces rĂ©sistants n'ont pas eu de cĂ©lĂ©britĂ©, pas de rĂ©compense, pas de mĂ©daille. Ils ne cherchaient rien, ils ne demandaient pas des bonus ou des stock-options pour leurs actions. Ils Ă©taient des hommes, des femmes fiers. Ce n'Ă©tait pas l'ambition ou la cupiditĂ© qui les animaient. Ceux-lĂ  ont sauvĂ© notre honneur parce qu'ils croyaient d'abord dans les valeurs de la France[106]. »

Références

  1. Lieb, p. 181.
  2. Lieb, p. 176-177.
  3. Penaud, p. 65-68, 109-157 et 175-231.
  4. Fouché, p. 55-56.
  5. Penaud, p. 72-107 et 159-179, 109-157 et 175-231.
  6. Kartheuser 2004, p. 148-152.
  7. Kartheuser 2004, p. 33.
  8. Fouché, p. 64.
  9. Kartheuser 2004, p. 75-90.
  10. Fouché, Beaubatie, p. 40.
  11. Delarue, p. 346.
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  16. Delarue, p. 348-350.
  17. Fouché, Beaubatie, p. 59.
  18. Trouillé, p. 137.
  19. Delarue, p. 350-359.
  20. Trouillé, p. 193.
  21. Fouché, Beaubatie, p. 73.
  22. Fouché, Beaubatie, p. 79-80.
  23. Fouché, Beaubatie, p. 78.
  24. Fouché, Beaubatie, p. 77.
  25. Kartheuser 2004, p. 320.
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  27. Trouillé, p. 152.
  28. Kartheuser 2004, p. 342.
  29. Farmer, p. 59.
  30. Penaud, p. 198.
  31. Glenn Gillet, UN RÉSISTANT DE CORRÈZE RÉVÈLE L'EXÉCUTION DE 47 PRISONNIERS DE GUERRE ALLEMANDS EN 1944, BFM TV, 16 mai 2023.
  32. Franck Lagier, « On leur a fait creuser leur propre tombe » : les atroces rĂ©vĂ©lations d’un rĂ©sistant corrĂ©zien sur l’exĂ©cution de soldats allemands, Le Parisien, 15 mai 2023.
  33. p. 358-365-37" class="mw-reference-text">Delarue, Sauf mention contraire, cette section est Ă©crite sur la base des p. 358-365.
  34. Trouillé.
  35. Fouché, Beaubatie, p. 137.
  36. Trouillé, p. 168.
  37. Fouché, Beaubatie, p. 131.
  38. Bourdelle, p. 28.
  39. Fouché, Beaubatie, p. 133-136.
  40. Fouché, Beaubatie, p. 133.
  41. Soulier, p. 9-10.
  42. Fouché, Beaubatie, p. 151.
  43. Fouché, Beaubatie, p. 154.
  44. Fouché, Beaubatie, p. 158-159.
  45. Espinasse, p. 26.
  46. Soulier, p. 12.
  47. Fouché, Beaubatie, p. 155.
  48. Espinasse, p. 27.
  49. Trouillé, p. 172.
  50. Delarue, p. 381.
  51. Fouché, Beaubatie, p. 159.
  52. Delarue, p. 373-374 et 382-394.
  53. Pierre Trouillé, Journal d'un préfet pendant l'occupation (CorrÚze 1944), J'ai lu, , 320 p. (lire en ligne), p. 174.
  54. Espinasse, p. 29.
  55. Fouché, Beaubatie, p. 163-170.
  56. Delarue, p. 385.
  57. Trouillé, p. 176.
  58. Espinasse, p. 33-34.
  59. Fouché, Beaubatie, p. 171.
  60. Espinasse, p. 37.
  61. Élie Constans, La tragĂ©die de Gabaudet-Donnadieu, 1994, p. 52-53.
  62. Kartheuser 2004, p. 449.
  63. Trouillé, p. 176-183.
  64. Kartheuser 2008, p. 197-215.
  65. Fouché, Beaubatie, p. 174.
  66. Fouché, Beaubatie, p. 174-176.
  67. Kartheuser 2004, p. 454-457.
  68. Trouillé, p. 207-208.
  69. Kartheuser 2004, p. 498-506.
  70. Trouillé, p. 278-279.
  71. Fouché, p. 66.
  72. Courtoy.
  73. Voir le texte de la convention.
  74. Eric David, Principes de droit des conflits armés, Bruxelles, Bruylant, , 1117 p. (ISBN 978-2-802-72566-4, OCLC 800479726), p. 143.
  75. Kartheuser 2004, p. 15.
  76. Kartheuser 2001, p. 11.
  77. Weidinger.
  78. Schneid.
  79. Kartheuser 2004, p. 357.
  80. Taege.
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  91. Delarue, p. 377.
  92. Kartheuser 2008, p. 339-343.
  93. Voir le dossier du Sénat Projet de loi portant adaptation du droit pénal français à la CPI.
  94. 4e_de_couverture-104" class="mw-reference-text">Fouché, Beaubatie, p. 4e de couverture.
  95. Fouché, Beaubatie, p. 210-211.
  96. Fouché, Beaubatie, p. 212.
  97. Grenard, p. 275.
  98. Grenard, p. 276.
  99. Fouché, Beaubatie, p. 215.
  100. Fouché, Beaubatie, p. 213.
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  102. Grenard, p. 272.
  103. Grenard, p. 272-273.
  104. Fouché, Beaubatie, p. 259.
  105. Libération, 22 janvier 2012.
  106. La dĂ©pĂȘche.fr.
  107. Google Maps Rue du 9-Juin-1944, Tulle, CorrĂšze, Nouvelle-Aquitaine, France.
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  118. Maquis de CorrĂšze.
  119. Kartheuser 2004.
  120. 1re_de_couverture-131" class="mw-reference-text">Grenard, p. 1re de couverture.
  121. France 3 : Le martyre de Tulle.
  122. France 5 : Le massacre de Tulle.

Sources

Bibliographie

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Ouvrages

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  • Sarah Farmer, Oradour : arrĂȘt sur mĂ©moire, Paris, Calmann-LĂ©vy, coll. « Essai/Histoire », (ISBN 2702123163). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Jean-Jacques FouchĂ©, Oradour, Paris, Liana LĂ©vi, , 283 p. (ISBN 9782867466519). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Jean-Jacques FouchĂ© et Gilbert Beaubatie, Tulle. Nouveaux regards sur les pendaisons et les Ă©vĂ©nements de juin 1944, Lucien Souny, , 318 p. (ISBN 9782848861715). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Fabrice Grenard, Tulle. EnquĂȘte sur un massacre. 9 juin 1944, Paris, Tallandier, , 345 p. (ISBN 979-10-210-0478-8). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Bruno Kartheuser, Walter, SD Ă  Tulle : la tragĂ©die du 9 juin : Les annĂ©es 30 Ă  Eupen-Malmedy : regard sur le rĂ©seau de la subversion allemande, t. 1, Neundorf, Krautgarten, , 180 p. (ISBN 2873160071). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Bruno Kartheuser, Walter, SD Ă  Tulle : la tragĂ©die du 9 juin : La France occupĂ©e, 1940-1943, t. 2, Neundorf, Krautgarten, , 258 p. Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Bruno Kartheuser, Walter, SD Ă  Tulle : la tragĂ©die du 9 juin : Les pendaisons de Tulle, t. 3, Paris, Tallandier, , 345 p. (ISBN 979-10-210-0478-8). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Bruno Kartheuser, Walter, SD Ă  Tulle : la tragĂ©die du 9 juin : Crime sans chĂątiment, t. 4, Neundorf, Krautgarten, , 491 p. Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Peter Lieb, « RĂ©pression et massacres. L'occupant allemand face Ă  la rĂ©sistance française, 1943-1944 », dans GaĂ«l Eisman et Stefan Mertens (dir.), Occupation et rĂ©pression militaires allemandes, 1939-1945, Paris, Autrement, , 257 p. (ISBN 978-2-7467-0930-0), p. 169-200.Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • Paul Mons (trad. Jean-Jacques de Bresson), Afin que nul n'oublie : en France la « Das Reich » fit la guerre aux civils, Brive-la-Gaillarde, Écritures, , 339 (+ 16 p. de planches) (ISBN 978-2-913-50663-3, OCLC 55664768).
  • Guy Penaud, La « Das Reich », 2e SS-Panzer-Division, PĂ©rigueux, Éditions de La Lauze, (ISBN 2912032768). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Colonel RĂ©my (Gilbert Renault), Les Balcons de Tulle, Paris, Librairie acadĂ©mique Perrin, 1962 Document utilisĂ© pour la rĂ©daction de l’article
  • Antoine Soulier, Le drame de Tulle - 9 juin 1944, Naves, , 4e Ă©d. (1re Ă©d. 1946), 176 p. Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Pierre TrouillĂ©, Journal d’un prĂ©fet pendant l’occupation : CorrĂšze 1944, Paris, Editions j’ai lu, coll. « J'ai lu leur aventure » (no A186), (1re Ă©d. 1964), 318 p., poche. Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article

Articles

  • Gilbert Beaubatie, "Juin 1944 : Les Pendus de Tulle", in Arkheia, revue d'histoire, no 17-18, Montauban, 2007, p. 50-59.
  • Gilbert Beaubatie, "Le Drame de Tulle ou les protestations de la mĂ©moire", in Revue des Lettres, Sciences et Arts de la CorrĂšze, tome 99, 1996, p. 282-287.
  • Ibid., "Le Drame de Tulle et les silences de l'Histoire", in Revue des Lettres, Sciences et Arts de la CorrĂšze, tome 100, 1997, p. 258-266.
  • Ibid., "Le Drame de Tulle : des sources pour une Histoire", in Revue des Lettres, Sciences et Arts de la CorrĂšze, tome 102, 1999, p. 183-211.
  • Ibid., "Pour mieux comprendre le Drame de Tulle", in Un siĂšcle militant. Engagement(s), RĂ©sistance(s) et mĂ©moire(s) au XXe siĂšcle en Limousin, Limoges, Pulim, 2005.
  • Ibid., "La Division SS « Das Reich » sĂšme la terreur en Limousin", in Cahiers Robert Margerit, tome X, 2006.

Ouvrages révisionnistes

  • (de) Sadi Schneid, SS-Beutedeutscher. Weg und Wandlung eines ElsĂ€ssers, Lindhorst, Askania, .
  • (de) Herbert Taege, Wo ist Kain? EnthĂŒllungen und Dokumente zum Komplex Tulle+Oradour, Lindhorst, Askania, .
  • Otto Weidinger, Tulle et Oradour, une tragĂ©die franco-allemande, s.l., s.e., s.d. Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article

Filmographie

  • Jean Pradinas, La mĂ©moire des vivants, produit par Revfilms avec France 3 Limousin-Poitou-Charentes, 1994
  • Emmanuel Amara, Le massacre de Tulle, , produit par Sunset Presse avec France 5 et France, 2013
  • Caroline Reussner, Le martyre de Tulle, 9 juin 1944, produit pat Bonne Etoile Productions, 2014
  • Patrick SĂ©raudie, Le Silence et la douleur, produit par Pyramide Production, 2014.

Articles connexes

Liens externes

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