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Cavalerie polonaise

Les origines de la cavalerie polonaise (polonais : jazda, kawaleria, konnica) peuvent être retracées depuis les chevaliers montés du Moyen Âge. La Pologne étant un pays constitué de plaines et de champs, la cavalerie peut facilement y évoluer. L'art de la guerre des cavaliers et de la cavalerie lourde ont fortement influencé l'art de la guerre occidental.

Le 15e régiment de uhlans de Poznań.

Les premiers temps

Hussard ailé polonais (peinture d'Aleksander Orłowski).

La première cavalerie polonaise est crĂ©Ă©e par le duc de Polanes, Mieszko I, qui unit les tribus slaves de l'Ouest sur le territoire de l'actuelle Pologne. Ceci est notĂ© dans le manuscrit d'Ibrahim ibn Ya'qub qui voyage en Europe centrale entre l'an 961 et l'an 962. Il Ă©crit que la suite (druĹĽyna) de Mieszko Ier s'Ă©lève Ă  3 000 hommes, qui sont payĂ©s par le duc. Cette troupe perçoit Ă©galement une part du butin militaire.

XVIe et XVIIe siècles

L'année 1503 voit la création d'une première unité de hussards polonais. Beaucoup plus maniables que les lanciers lourdement armés précédemment employés, les hussards jouent un rôle essentiel dans les victoires polonaises à Orcha (1514) et Obertyn (1531). Sous le règne du roi Stefan Batory, les hussards remplacent les lanciers et constituent dès lors la majeure partie de la cavalerie polono-lituanienne.

Au cours du XVIe siècle, les hussards adoptent un Ă©quipement lourd : ils abandonnent les boucliers en bois au profit de l'armure de mĂ©tal. Avec la bataille de LubieszĂłw en 1577 commence l'âge d'or des « hussards ailĂ©s Â». Jusqu'Ă  la bataille de Vienne en 1683, ils combattent dans de très nombreuses actions contre diffĂ©rents ennemis, et ne perdent que rarement une bataille[1]. Au cours des affrontements de Byczyna (1588), Kokenhausen (1601), Kluszyn (1610), Gniew (1626 ), Chocim (1673) et LwĂłw (1675), les hussards polonais se rĂ©vèlent ĂŞtre un facteur dĂ©cisif de la victoire souvent contre toute attente. Un des exemples les plus notables de ces exploits est la bataille de Kircholm en 1605, lors de laquelle 3 000 hussards commandĂ©s par Jan Karol Chodkiewicz rĂ©ussissent Ă  vaincre les 11 000 soldats de Charles IX de Suède au prix de pertes minimes.

Comme fort peu d'unités de l'armée régulière polonaise (la plupart des autres corps sont formés grâce à la levée en masse), les hussards sont très bien entraînés et équipés. Jusqu'au XVIIIe siècle, ils sont considérés comme l'une des meilleures unités de cavalerie d'Europe et du monde[1]. En raison de l'énorme coût de l'équipement (le hussard s'équipe à ses frais), de la gloire et du prestige qui entourent les hussards, les membres de ce corps sont issus de la noblesse[1]. Bien que leur importance diminue au XVIIIe siècle, ce déclin s'explique plus par l'effondrement du système militaire polonais que par l'introduction des armes à feu et de l'artillerie à tir rapide. Les tactiques et l'armement des hussards polonais restent pratiquement inchangés jusqu'à ce qu'ils soient fusionnés dans la cavalerie nationale en 1770. Leur souvenir reste très présent dans la culture militaire de la Pologne[1].

Le XVIIIe siècle et l'ère napoléonienne

Lanciers polonais du Duché et de la Vistule (peinture de Janvier Suchodolski).

Au XVIIIe siècle, la Pologne est partagée entre ses différents pays voisins. Cependant, l'armée polonaise n'est pas dissoute et est simplement incorporée dans les troupes des nations occupantes. Pour cela, les traditions de la cavalerie polonaise sont adoptées. Après la création du duché de Varsovie, de nombreux Polonais se portent volontaires pour combattre aux côtés de l'armée française pendant les guerres napoléoniennes sous la forme d'unités de cavalerie.

Les nouveaux rĂ©giments de uhlans s'avèrent non seulement efficaces, mais aussi très influents : au cours des guerres napolĂ©oniennes, les lanciers du duchĂ© de Varsovie sont parmi les meilleurs unitĂ©s de cavalerie de la Grande ArmĂ©e[2] et après la chute de NapolĂ©on Ier, la plupart des armĂ©es europĂ©ennes copient Ă  la fois leurs tactiques et leurs uniformes. La cavalerie polonaise participe Ă  de nombreuses batailles comme Ă  Smolensk, Fuengirola et Raszyn. En outre, les cavaliers polonais sont la première unitĂ© de l'armĂ©e napolĂ©onienne Ă  entrer dans Moscou lors de la campagne de Russie. Des dĂ©tachements sont Ă©galement prĂ©sents en HaĂŻti, oĂą ils aident l'administration française Ă  rĂ©primer les rĂ©voltes d'esclaves. Le succès le plus notable de la cavalerie polonaise lors de cette pĂ©riode est la bataille de Somosierra (au cours de la guerre d'indĂ©pendance espagnole). Au cours de son avance sur Madrid, NapolĂ©on est bloquĂ© le 30 novembre 1808 par 8 000 Ă  13 000 soldats espagnols du gĂ©nĂ©ral San Juan dans la vallĂ©e de Somosierra, dans la Sierra de Guadarrama[3]. En raison du terrain accidentĂ© peu propice Ă  une attaque, les forces espagnoles ne peuvent pas ĂŞtre facilement battues. Leurs positions sont bien fortifiĂ©es et gardĂ©es par quatre batteries d'artillerie. Impatient de se diriger sur Madrid, NapolĂ©on ordonne au 3e escadron de chevau-lĂ©gers polonais de la Garde impĂ©riale (de service ce jour-lĂ ) de charger et de s'emparer des canons[4]. Sous le commandement du chef d'escadron Kozietulski, les Polonais rĂ©ussissent Ă  forcer le passage et Ă  mettre en fuite les troupes adverses au prix de très lourdes pertes (sept officiers et cinquante sous-officiers et soldats tuĂ©s ou blessĂ©s[5]).

Seconde Guerre mondiale

Cavaliers polonais en démonstration (photographie prise en mai 1939).

Avant 1939, la cavalerie comprend 70 000 hommes rĂ©partis en onze brigades dont la brigade de cavalerie Grande Pologne est la plus importante, soit 10 % de la force totale de l'armĂ©e polonaise[6]. En contraste avec son rĂ´le traditionnel dans les conflits du passĂ© (y compris pendant la guerre soviĂ©to-polonaise), la cavalerie n'est plus considĂ©rĂ©e comme une unitĂ© capable de percer les lignes ennemies. Au lieu de cela, elle adopte et utilise essentiellement les tactiques de l'infanterie : les soldats mettent pied Ă  terre avant la bataille et se battent comme des fantassins en lieu et place de la charge Ă  cheval[7]. Après 1937, bien que les cavaliers conservent leurs sabres, la lance est abandonnĂ©e[7]. Les brigades de cavalerie sont Ă©quipĂ©s d'un armement moderne qui comprend notamment des canons de 75 mm, des canons anti-chars de 37 mm (particulièrement utiles contre les panzers lĂ©gers allemands), des mitrailleuses[8] et des chenillettes TKS. Les hommes sont en outre dotĂ©s du fusil antichar wz.35[7].

En campagne, les brigades sont réparties entre les armées polonaises et servent en tant que réserves. Dans ce rôle, la cavalerie polonaise s'avère efficace tant en avant-garde qu'en arrière-garde en couvrant le retrait des unités alliées. Les unités de cavalerie polonaises prennent part à plusieurs des batailles de 1939 et se révèlent être l'élite de l'armée polonaise. Après la guerre avec l'Allemagne, les corps polonais du front occidental perpétuent une tradition d'avant-guerre en donnant des noms de régiments de uhlans à leurs unités blindées, tandis que les troupes du front Est utilisent la cavalerie comme infanterie mobile jusqu'à la fin de la guerre contre l'Union soviétiques.

Charge de Krojanty

Le , durant la Seconde Guerre mondiale, le 18e lanciers (brigade de PomĂ©ranie) se dĂ©ploie près de Krojanty (en) et de Chojnice, oĂą se tient un large groupe d'infanterie allemand. Le colonel Kazimierz Mastalerz dĂ©cide de l'attaquer par surprise et ordonne une charge. L'offensive est un succès. Toutefois, les Polonais sont surpris par des tanks allemands Ă©mergeant d'un bois[9] et sont complètement exposĂ©s[10]. Mastalerz est tuĂ© et les pertes polonaises sont lourdes : sur 250 uhlans, 25 sont tuĂ©s, et 50 blessĂ©s[11] - [12]. Le lendemain, des correspondants de guerre italiens sont informĂ©s par des soldats allemands d'une charge polonaise contre des panzers, et la lĂ©gende voit le jour[13]. La propagande allemande s'empare de l'anecdote, utile au dĂ©nigrement des techniques militaires polonaises, dĂ©clarĂ©es dĂ©passĂ©es. Elle incorpore en 1941, dans un film de Hans Bertram, Kampfgeschwader LĂĽtzow, la soi-disant charge[11]. L'UFA montre des scènes similaires dans ses actualitĂ©s hebdomadaires[10].

Notes et références

  1. Guy 2012, p. 67
  2. Sokolov 2012
  3. Tranié et Carmigniani 1982, p. 34
  4. Tranié et Carmigniani 1982, p. 38
  5. Niegolewski 1854, p. 12, 23 et 24
  6. MacLasha 2012, p. 60
  7. MacLasha 2012, p. 61
  8. MacLasha 2012, p. 60 et 61
  9. (fr) Jonathan Fowler, La cavalerie polonaise contre des chars allemands, un mythe?, La Presse.ca. Publié le 30 août 2009 à 14h23. Mis à jour le 30 août 2009 à 14h33. Consulté le 12 août 2012.
  10. (en) Per Finsted, Polish Cavalry in World War 2 : Myths or Realities - A resume in English, Dansk Militærhistorisk Selskab - Chakoten. Consulté le 12 août 2012.
  11. (fr) Andrzej Nieuwazny, Lanciers contre Panzers ? À voir…, Revue historique des armées, 249 | 2007, mis en ligne le 29 août 2008. Consulté le 12 août 2012.
  12. (en) Gilbert J. Mros, The Mythical Polish Cavalry Charge, Polish American Journal, juillet 2008. Consulté le 12 août 2012.
  13. (en) Steven J. Zaloga, Polish Army, 1939-1945, Osprey Publishing, , 48 p. (ISBN 0-85045-417-4, lire en ligne), p. 9–10

Bibliographie

  • Jean TraniĂ© et Juan-Carlos Carmigniani, Les Polonais de NapolĂ©on, Copernic, , 179 p..
  • Andrzej Niegolewski, Les Polonais Ă  Somo-Sierra en 1808 en Espagne : RĂ©futations et rectifications relatives Ă  l’attaque de Somo-Sierra, dĂ©crite dans le IXe volume de l'« Histoire du Consulat et de l'Empire » par M. A.Thiers ; par le colonel Niegolewski, , 95 p..
  • Oleg Sokolov, Le Combat de deux Empires : La Russie d'Alexandre Ier contre la France de NapolĂ©on, 1805-1812, Fayard, , 528 p. (ISBN 978-2-213-67278-6, lire en ligne).
  • Pascal Guy, « Chevaliers ailĂ©s : foudroyants archanges de la Pologne », Guerres & Histoire, no 8,‎ , p. 66-67 (ISSN 2115-967X)
  • Yacha MacLasha, « Lanciers contre panzers : une lĂ©gende germano… polonaise ! », Guerres & Histoire, no 10,‎ , p. 58-61 (ISSN 2115-967X)

Voir aussi

Liens externes

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