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Diptychophora galvani

Diptychophora galvani est une espÚce de papillons de nuit de la famille des Crambidae. Il mesure un peu plus d'un centimÚtre d'envergure, et se distingue aisément de toutes les espÚces proches par les motifs de coloration de ses ailes antérieures. Celles-ci sont orange en leur base et en leur bout, avec une grande plage intermédiaire grise, ce qui n'est retrouvé chez aucune autre espÚce de Diptychophora. La femelle a les ailes postérieures grisùtres, alors qu'elles sont entiÚrement blanches chez le mùle. Les organes génitaux, mùles comme femelles, sont aussi bien différents de ceux des autres membres de ce genre. La biologie de l'espÚce reste totalement inconnue, notamment la plante hÎte du stade larvaire, bien que certaines espÚces de la tribu des Diptychophorini soient connues pour se nourrir de mousses.

L'espĂšce n'est connue que du BrĂ©sil, oĂč elle a Ă©tĂ© collectĂ©e dans les Ă©tats du Mato Grosso et du Minas Gerais, Ă  700-800 mĂštres d'altitude. Elle y peuple l'Ă©corĂ©gion du Cerrado, constituĂ©e de forĂȘts galeries et de savanes, avec une saison sĂšche. Elle est rĂ©coltĂ©e pour la premiĂšre fois en 1982 par Vitor O. Becker, mais sa description par Bernard Landry et Becker paraĂźt en 2021. Son Ă©pithĂšte spĂ©cifique, galvani, rend hommage Ă  Ricardo GalvĂŁo, physicien brĂ©silien dirigeant l'Institut national de recherches spatiales du BrĂ©sil et dĂ©mis de ses fonctions deux ans auparavant pour s'ĂȘtre publiquement opposĂ© au prĂ©sident brĂ©silien Jair Bolsonaro, notoire nĂ©gateur du changement climatique. Ce dernier avait prĂ©tendu que les donnĂ©es produites par l'institut et dĂ©montrant la croissance substantielle de la dĂ©forestation du bassin amazonien Ă  la suite de son arrivĂ©e au pouvoir, notamment par des feux dĂ©vastateurs de 2019, Ă©taient fausses. Les descripteurs de l'espĂšce la dĂ©dient Ă  GalvĂŁo pour « son courage face Ă  l'adversitĂ© dans le cadre de son travail », mais aussi car la couleur des ailes du papillon rappelle celle des feux de forĂȘt. Cette pyrale est Ă©lue « espĂšce de l'annĂ©e 2022 de la SociĂ©tĂ© suisse de systĂ©matique ».

Description

Diptychophora galvani mesure entre 10 et 12 mm d'envergure, avec des ailes antĂ©rieures de 4,5 mm de long chez le mĂąle et de 5,0-5,5 mm chez la femelle. L'espĂšce se distingue facilement de toutes les autres espĂšces proches du genre Diptychophora par les motifs remarquables de ses ailes antĂ©rieures. Celles-ci comptent en effet deux grandes zones orangĂ©es, l'une distale (au bout de l'aile) et une autre proximale (Ă  la base de l'aile) bordĂ©e d'Ă©paisses lignes marron foncĂ©, ces deux plages orange Ă©tant sĂ©parĂ©es par une grande section mĂ©diane grise. Les ailes postĂ©rieures sont blanches chez le mĂąle, grisĂątres chez la femelle[1].

En ce qui concerne les piĂšces gĂ©nitales du mĂąle, l'uncus allongĂ© et fusionnĂ© avec le tegumen ne se retrouve chez aucune autre espĂšce du genre Diptychophora alors que chez la femelle, la prĂ©sence de deux Ă©lĂ©ments sclĂ©rifiĂ©s (les signa bursae) — l'un trĂšs grand en forme de croissant ou de boomerang et l'autre petit, allongĂ©-arrondi et formant un pli — sur la bourse copulatrice est un caractĂšre diagnostique unique[1].

  • Photographie d'une vue microscopique.
    Genitalia mĂąles de Diptychophora galvani.
  • Photographie d'une vue microscopique.
    Genitalia femelles de Diptychophora galvani.

Écologie

Les spécimens étudiés pour la description de l'espÚce en 2021 ont été collectés de nuit, attirés par une lampe à vapeur de mercure[1]. Diptychophora galvani n'étant connue qu'au stade imago, aucune plante hÎte pour les chenilles n'est rapportée, ainsi qu'il en est pour toutes les autres espÚces du genre Diptychophora[1]. Les seules informations disponibles sur l'alimentation des chenilles dans la tribu des Diptychophorini concernent trois espÚces de Nouvelle-Zélande du genre Glaucocharis, qui se nourrissent sur des mousses[2] - [3] - [4].

RĂ©partition et habitat

[[Fichier:Relief Map of Brazil.jpg|250px|{{#if:Carte du relief du centre de l'Amérique latine.|Carte du relief du centre de l'Amérique latine.|Diptychophora galvani est dans la page Brésil .]]
Chapada dos GuimarĂŁes
UnaĂ­
RĂ©gions oĂč les spĂ©cimens de la sĂ©rie type ont Ă©tĂ© collectĂ©s au BrĂ©sil.

Diptychophora galvani est dĂ©crite de la municipalitĂ© brĂ©silienne de Chapada dos GuimarĂŁes, dans le Mato Grosso, oĂč elle a Ă©tĂ© collectĂ©e Ă  800 m d'altitude, et la sĂ©rie type comprend Ă©galement des spĂ©cimens d'UnaĂ­, dans le Minas Gerais, trouvĂ©s Ă  700 m d'altitude. L'espĂšce y vit dans le Cerrado, une Ă©corĂ©gion terrestre majeure du BrĂ©sil situĂ©e entre la forĂȘt amazonienne et la forĂȘt atlantique. Cette rĂ©gion se caractĂ©rise par des sĂ©cheresses saisonniĂšres, et se compose de savanes plus ou moins boisĂ©es, de zones humides et de forĂȘts galeries, sur des sols pauvres et acides. Les spĂ©cimens Ă©tudiĂ©s au moment de la description en 2021 ont Ă©tĂ© collectĂ©s en lisiĂšre de forĂȘts galeries[1].

Taxinomie

Portrait Ă  mi-corps.
Le physicien brésilien Ricardo Galvão, dédicataire de l'espÚce, ici photographié en 2015.

Description originale

L'espĂšce Diptychophora galvani est dĂ©crite par Bernard Landry et Vitor O. Becker en 2021, d'aprĂšs des spĂ©cimens collectĂ©s par Becker en 1982, 1983 et 1996. La sĂ©rie type est constituĂ©e de deux femelles (dont l'holotype) et deux mĂąles. Les deux femelles et un mĂąle sont conservĂ©s dans la collection personnelle de Becker (numĂ©ros de collectes 106575, 49809 et 49079), et un mĂąle (MHNG-ENTO-84604) de la localitĂ© type est dĂ©posĂ© au MusĂ©um d'histoire naturelle de GenĂšve, en Suisse. Deux autres Diptychophora brĂ©siliens sont dĂ©crits Ă  la mĂȘme occasion, D. planaltina et D. ardalia[1].

Étymologie

Le nom du genre Diptychophora, qui vient du grec ancien ÎŽÎŻÏ€Ï„Ï…Ï‡ÎżÏ‚, dĂ­ptukhos, « pliĂ© en deux » – de ÎŽÎŻÏ‚, dis, « deux », Ï€Ï„Ï…Ï‡Îź et ptukhĂȘ , « pli » – et Ï†ÎżÏÏŒÏ‚, phorĂłs, « porteur », signifie « qui porte deux plis », possiblement en rĂ©fĂ©rence aux deux resserrements prĂ©sents sur le termen de l'aile antĂ©rieure, prĂšs de l'apex, un caractĂšre donnĂ© comme diagnostique dans la description originale du genre par l'entomologiste allemand Philipp Christoph Zeller[5]. L'Ă©pithĂšte spĂ©cifique de D. galvani fait rĂ©fĂ©rence Ă  Ricardo GalvĂŁo, physicien et ancien directeur de l'Institut national de recherches spatiales du BrĂ©sil (INPE). Celui-ci avait dĂ©cidĂ© d'affronter le prĂ©sident du BrĂ©sil Jair Bolsonaro quand lors d'une confĂ©rence de presse internationale, ce dernier a prĂ©tendu fausses les donnĂ©es de l'INPE dĂ©montrant la croissance substantielle de la dĂ©forestation de la forĂȘt amazonienne Ă  la suite de son arrivĂ©e au pouvoir. Certain de l'exactitude et de la qualitĂ© des donnĂ©es produites par son institut, GalvĂŁo a dĂ©fiĂ© Bolsonaro de prouver son affirmation dans une discussion avec lui, face Ă  face[6]. Ce dĂ©fi n'a pas Ă©tĂ© relevĂ© et GalvĂŁo a Ă©tĂ© dĂ©mis de son poste de directeur de l'INPE. Le physicien reçoit alors le soutien de la communautĂ© scientifique, le magazine Nature le classant parmi les dix meilleurs scientifiques de l'annĂ©e 2019 pour sa dĂ©fense de la science contre les attaques du gouvernement brĂ©silien, et l'association amĂ©ricaine pour l'avancement des sciences lui dĂ©cernant le prix de la « libertĂ© et de la responsabilitĂ© scientifiques » en 2021[7] - [8]. Les descripteurs de D. galvani dĂ©dient l'espĂšce Ă  GalvĂŁo pour « son courage face Ă  l'adversitĂ© dans le cadre de son travail », et parce que la couleur orange des ailes antĂ©rieures du papillon rappelle les feux dĂ©vastateurs en Amazonie dont l'augmentation a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©e par les donnĂ©es rendues publiques par l'INPE[1].

Dans la culture

En , Diptychophora galvani est nommĂ©e « espĂšce de l'annĂ©e 2022 de la SociĂ©tĂ© suisse de systĂ©matique », parmi 158 espĂšces dĂ©crites par des taxinomistes d'institutions suisses durant l'annĂ©e 2021[9] - [10].

Annexes

Bibliographie

Liens externes

Notes et références

  1. Landry & Becker (2021)
  2. (en) George Vernon Hudson (ill. George Vernon Hudson), The butterflies and moths of New Zealand, Wellington, , 386 p. (OCLC 25449322, LCCN 88133764, lire en ligne)
  3. (en) David Edward Gaskin, « A revision of New Zealand Diptychophorini (Lepidoptera; Pyralidae; Crambinae) », New Zealand Journal of Science, Wellington, vol. 14,‎ , p. 759-809 (ISSN 0028-8365, OCLC 1760283)
  4. (en) Bernard Landry, « A phylogenetic analysis of the major lineages of the Crambinae and of the genera of Crambini of North America (Lepidoptera: Pyralidae) », Memoirs on Entomology, International, Gainesville, vol. 1,‎ , p. 68 (ISSN 1083-6284, DOI 10.22215/ETD/1992-02134, lire en ligne)
  5. (de) Philipp Christoph Zeller, « Beschreibung einiger amerikanischen Wickler und Crambiden », Entomologische Zeitung, Szczecin, vol. 27,‎ , p. 137-157 (OCLC 8441524, lire en ligne)
  6. (fr) Sciences et Avenir avec AFP, « Le président Bolsonaro nie la réalité de la déforestation au Brésil et accuse les scientifiques de manipulation », sur Sciences et Avenir, (consulté le )
  7. (en) Adam D. Cohen, « Defense of Amazon Deforestation Data Earns 2021 AAAS Scientific Freedom and Responsibility Award », sur American Association for the Advancement of Science, (consulté le )
  8. (pt) Redação SindCT, « Cientista avesso à ribalta eternizado por nova espécie de borboleta », sur SindCT, (consulté le )
  9. (de) « Brasilianische Schmetterlingsart ist «neue Art des Jahres» », SĂŒdostschweiz, (consultĂ© le )
  10. (it) « Farfalla brasiliana specie dell'anno SSS, appello per biodiversità », Swissinfo, (consulté le )
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