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Mouvement Tuidang

Le mouvement Tuidang (退黚運拕/é€€ć…šèżćŠš; TuĂŹdǎng yĂčndĂČng) est un phĂ©nomĂšne de dissidence chinoise qui dĂ©buta fin 2004. Le mouvement, dont le nom se traduit littĂ©ralement par « dĂ©missionner du parti [communiste] », fait suite Ă  la publication des sĂ©ries Ă©ditoriales « Les Neuf Commentaires sur le Parti communiste » (Jiuping Gongchandang) dans le journal chinois Epoch Times basĂ© aux États-Unis (nom chinois : Dajiyuan). Les sĂ©ries sont un pamphlet historique sur le Parti communiste chinois, et se concentrent sur son passĂ© de rĂ©pression politique, ses mĂ©canismes de propagande et ses attaques contre la culture traditionnelle et les systĂšmes de valeurs. Peu de temps aprĂšs la publication des Neuf Commentaires, The Epoch Times commença Ă  publier des lettres de lecteurs souhaitant renier symboliquement leurs affiliations aux organisations du Parti communiste, dont la Ligue de la jeunesse communiste chinoise et les Jeunes Pionniers. Les participants au mouvement incluent des dissidents politiques, des avocats, des intellectuels, des diplomates, et d’anciens membres de la police ou de l’armĂ©e[1] - [2] - [3].

Le Centre de Service Tuidang, Ă  la sortie de la station Causeway Bay, Ă  Hong Kong

Origine

Le mouvement Tuidang, et la publication des Neuf Commentaires en particulier, peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©s en partie comme le prolongement de la rĂ©sistance Ă  la persĂ©cution brutale dont sont victimes les pratiquants de Falun Gong en Chine. Le Falun Gong est une pratique de qi gong ayant des racines communes aux philosophies bouddhiste et taoĂŻste ; celle-ci est devenue trĂšs populaire dans les annĂ©es 1990[4]. Depuis 1999 elle subit une sĂ©vĂšre persĂ©cution de la part du Parti communiste chinois (PCC)[5] - [6]. Dans le dĂ©but des annĂ©es 2000, des pratiquants basĂ©s aux États-Unis crĂ©Ăšrent de nouvelles organisations destinĂ©es Ă  contrer l’hĂ©gĂ©monie des mĂ©dias chinois contrĂŽlĂ©s par le Parti communiste, et se dĂ©cident Ă  fournir une voix d’opposition. Au travers de ces nouveaux mĂ©dias, notamment The Epoch Times et New Tang Dynasty Television, le Falun Gong en est venu Ă  Ă©tablir une « alliance de media de facto » avec les autres groupes dissidents chinois[7].

Dans sa lutte contre le PCC, The Epoch Times publia les Neuf Commentaires sur le Parti communiste en , et commença Ă  inviter les lecteurs Ă  renoncer au Parti. Hu Ping dĂ©crit cette incursion dans le monde politique comme une « progression logique » qui rĂ©sulte de l’incapacitĂ© du Falun Gong Ă  mettre fin Ă  la persĂ©cution par d’autres moyens, mais il souligne que la pratique en elle-mĂȘme est apolitique de nature : « À l’origine le Falun Gong concentrait ses critiques sur Jiang Zemin, mais aprĂšs qu’il eut quittĂ© son poste et que le rĂ©gime Hu Jintao refusa de rĂ©habiliter le Falun Gong et continua de persĂ©cuter ses pratiquants, le Falun Gong Ă©largit sa cible pour inclure le rĂ©gime tout entier et le Parti communiste
 Ce changement, mĂȘme s’il n’est pas complĂštement naturel, peut nĂ©anmoins ĂȘtre clairement considĂ©rĂ© comme raisonnable. Si certaines personnes insistent Ă  considĂ©rer le Falun Gong comme politique, cela ne peut ĂȘtre que dans le sens que Vaclav Havel dĂ©crit comme de la « politique antipolitique »[8].

Les Neuf Commentaires sur le Parti communiste

Les Neuf Commentaires sur le Parti communiste est un livre qui compile neuf Ă©ditoriaux, et qui prĂ©sente une historique critique de la rĂ©gence du Parti Communiste, en partant de la campagne de rectification de Yan’an jusqu’à nos jours. Il explique en dĂ©tail des Ă©vĂšnements tels que les campagnes des trois-anti et des cinq-anti, le Grand Bond en avant et la famine qui en rĂ©sulta, la rĂ©volution culturelle, la destruction et l’appropriation des religions, les manifestations de la place Tian'anmen en 1989, et la rĂ©pression du Falun Gong, parmi d’autres sujets censurĂ©s en Chine Continentale.

Contrairement Ă  d’autres mouvements dissidents chinois qui font appel aux concepts dĂ©mocratiques libĂ©raux, le mouvement Tuidang « emploie distinctement des termes propres Ă  la langue et Ă  la culture traditionnelle chinoise. Plus confucianiste qu’humaniste, [les Neuf Commentaires] s’expriment en faisant appel aux spiritualitĂ©s bouddhiste et taoĂŻste. Ainsi, dĂ©noncer le parti n’est pas seulement un acte d’activisme politique, cet acte assume une signification spirituelle en tant que processus de nettoyage de la conscience, et de reconnexion aux Ă©thiques et valeurs traditionnelles.»[2]

Le livre a lui-mĂȘme reçu des critiques partagĂ©es dans le monde occidental. L’historien David Ownby Ă©crit que « bien que les Commentaires contiennent indubitablement une part de vĂ©ritĂ©, ils manquent d’équilibre et de nuance, et ils s’apparentent Ă  la propagande anti-communiste Ă©crite Ă  Taiwan dans les annĂ©es 1950[9].

Diffusion en Chine

Des copies des Neuf Commentaires ont Ă©tĂ© envoyĂ©es en Chine Ă  partir de l’étranger par mail, fax ou par la poste. En , le magazine Forbes estima que plus de 172 millions de copies avaient Ă©tĂ© envoyĂ©es en Chine par ces moyens. Un documentaire des sĂ©ries est diffusĂ© en Chine continentale par satellite sur la chaine New Tang Dynasty Television[10]. Internet a Ă©galement jouĂ© un rĂŽle important Ă  la fois dans la diffusion des copies des Neuf Commentaires et dans les Ă©changes d’informations que suscita cette diffusion[11] - [12].

Les activistes en Chine adoptent leur propre mĂ©thode de diffusion, comme distribuer des copies au porte-Ă -porte, ou afficher des slogans dans des lieux publics[2]. Dans les zones rurales et dans les villes du Nord comme PĂ©kin, les partisans du Falun Gong impriment des slogans pro-Tuidang sur des billets de banque. Le Financial Times prĂ©senta un message typique tel que «Le Parti communiste chinois est vouĂ© Ă  ĂȘtre dĂ©truit par les cieux, les vies de ceux qui dĂ©missionnent du Parti communiste seront rapidement sauvĂ©es»[13].

Certains observateurs perçoivent le mouvement Tuidang comme une suite logique Ă  la dĂ©gradation du climat social en Chine. Les scandales sanitaires, l'infiltration des groupes et familles par des membres du Parti communiste, la brutalitĂ© policiĂšre, les expropriations forcĂ©es, la mauvaise gestion des catastrophes naturelles tel que le sĂ©isme de 2008 au Sichuan, le taux de pollution extrĂȘmement Ă©levĂ© des riviĂšres et de l'air, la politique de l'enfant unique, les arrestations et tortures systĂ©matiques de tout opposants politiques apparaissent comme des facteurs supplĂ©mentaires aggravant le sentiment chinois envers les dirigeants du Parti [14] - [15].

DĂ©missionner du Parti

AprĂšs la publication des Neuf Commentaires, le site internet d’Epoch Times commença Ă  publier des lettres de lecteurs dĂ©clarant leur volontĂ© de couper leurs affiliations au Parti communiste, Ă  la Ligue de la Jeunesse communiste et aux Jeunes Pionniers. Le journal crĂ©a un site internet dĂ©diĂ© Ă  cette cause, celui-ci prĂ©sente un formulaire de dĂ©claration en ligne. Pour des raisons de sĂ©curitĂ© personnelle, de nombreux participants signent en utilisant un alias.

Le processus d’émettre une dĂ©claration de dĂ©mission est rĂ©fĂ©rĂ© en chinois par TuĂŹdǎng (退慚), ce qui peut ĂȘtre traduit par « se retirer du parti », ou « quitter le parti ». Beaucoup de participants ressentent nĂ©anmoins que quitter le PCC est un acte moral, qui les distingue de l’historique du PCC entachĂ© de violence et de corruption. Cette situation est analogue Ă  celle d’un Allemand vivant sous le rĂ©gime nazi et dĂ©clarant qu’il ou elle ne soutient pas les actions du parti nazi, et ne fait pas partie du mouvement politique. D'aprĂšs l'universitaire Caylan Ford, le mouvement offre aux Chinois un chemin vers «la consolation, la rĂ©demption morale et la libertĂ© brisant leurs liens psychiques et symboliques avec le Parti communiste»[16].

Depuis , The Epoch Times a postĂ© plus de 150 millions de noms et alias de participants au mouvement Tuidang. Étant donnĂ© la nature anonyme des dĂ©clarations, ces nombres sont difficiles Ă  vĂ©rifier[2] - [11], voire impossibles[17]. NĂ©anmoins, dĂ©clare Ethan Gutmann « leur signification est bien rĂ©elle. [Les dĂ©clarations Tuidang] sont des gestes indubitables de rejets par des citoyens chinois de toutes origines et de toutes croyances. Et bien que les nombres soient aussi peu fiables que dans n’importe quel sondage internet, je pense que nous pouvons dire avec assurance qu’ils se situent dans les millions[12]. »

Participants notables

Un certain nombre de dissidents chinois connus comptent parmi les participants au mouvement Tuidang : Wei Jingsheng, chef du mouvement dĂ©mocratique Printemps de PĂ©kin de 1978, des avocats des droits de l’homme comme Gao Zhisheng, Guo Guoting[1] et Zheng Enchong; et les transfuges Chen Yonglin, Hao Fengjun et Li Fengzhi[3].

D’autres participants ont attirĂ© l’attention des mĂ©dias comme Masha Ma, une diplĂŽmĂ©e de l’universitĂ© de Toronto qui dĂ©missionna du Parti communiste aprĂšs avoir vu un documentaire sur le massacre de la place de Tiananmen et lu les Neuf Commentaires[1]. Il y eut aussi Ding Weikun, ĂągĂ© de 78 ans, vĂ©tĂ©ran du Parti communiste de la province de Zhejiang qui renonça Ă  son adhĂ©sion au parti aprĂšs avoir Ă©tĂ© emprisonnĂ© pour avoir protestĂ© contre une saisie de terre par le gouvernement local dans son village[2].

Des sites web ont indiqué que 50 "camarades" de haut niveau ont quitté le Parti, mais l'agence Phoenix Weekly a indiqué que ces 50 noms furent copiés d'une pétition d'il y a 10 ans et que certains d'entre eux sont décédés[18].

RĂ©ponses

Li Yi, un activiste à Hong Kong, a douté de la crédibilité du mouvement. Il juge qu'il est peu crédible que, dans dix ans, il y aura plus de personnes ayant quitté le Parti que de membres du Parti communiste[19].

David Ownby, un expert de Falun Gong, a douté de la crédibilité du mouvement en jugeant qu'il est difficile de croire qu'un média du Falun Gong pourrait avoir un tel impact sur la Chine[20].

Parti communiste

Les autoritĂ©s du Parti communiste et les agences de sĂ©curitĂ© publiques ont rĂ©pondu au mouvement Tuidang par de la censure et des mesures coercitives, telles que l’arrestation de douzaines de participants[2]. Une Ă©tude de 2005 conduite conjointement par des chercheurs des universitĂ©s d’Harvard, Cambridge et Toronto montra que les mots liĂ©s au mouvement Tuidang Ă©taient les plus intensivement censurĂ©s sur l’internet chinois[21].

Quand il fut prĂ©tendu qu'un secrĂ©taire de l'Association des Écrivains de Chine, Meng Weizai, a quittĂ© le Parti Communiste Chinois, l'agence Xinhua a publiĂ© une "dĂ©claration solennelle" autorisĂ©e par Meng Weizai, dans lequal Meng Weizai nie avoir quittĂ© le Parti[18].

Notes et références

Références

  1. (en)Kevin Steel, 'Revolution number nine', The Western Standard, 11 juillet 2005.
  2. (en)Caylan Ford, "An underground challenge to China's statu quo", The Christian Science Monitor, 21 Oct 2009.
  3. (en)Bill Gertz, 'Chinese spy who defects tells all', Washington Times, 19 mars 2009.
  4. (en)Renee Schoff, "Growing group poses a dilemma for China", Associated Press, 26 avril 1999.
  5. Amnesty International, « "China: The crackdown on Falun Gong and other so-called "heretical organizations" »(Archive.org ‱ Wikiwix ‱ Archive.is ‱ Google ‱ Que faire ?) (consultĂ© le ), 23 mars 2000
  6. (en) Congressional Executive Commission on China, Annual Report 2009, 10 octobre 2009
  7. (en)Zhao, Yuezhi (2003). Falun Gong, Identity, and the Struggle over Meaning Inside and Outside China. Rowman & Littlefield publishers, inc.. p. 209–223. (ISBN 978-0-7425-2385-2).
  8. (en)Hu Ping, The Falun Gong Phenomenon, in "Challenging China: Struggle and Hope in an Era of Change", Sharon Hom and Stacy Mosher ed. Human Rights in China, 2008. p. 228-230.
  9. (en)David Ownby, Falun Gong and the Future of China, (Oxford University Press 2008), p. 221.
  10. (en)Richard Morais, "Cracks in the Wall", Forbes, Feb 27 2006.
  11. (en)Patricia Thonrton, Manufacturing Dissent in Transnational China in "Popular Protest in China", Kevin O'Brien ed. Harvard University Press 2008.
  12. (en)Ethan Gutmann, The Chinese Internet: A dream deferred?, Testimony given at the National Endowment for Democracy panel discussion "Tiananmen 20 years on", 2 juin 2009.
  13. (en)Jamil Anderlini, Rmb:Falun Gong's new voice, Financial Times blog, 22 juillet 2011.
  14. David Icke, The Tuidang Movement: 100 Million Chinese Renounce Communist Party, mardi 16 août 2011.
  15. (en) Charles Lee, Testimony on the Movement of Quitting the CCP JOINT SUBCOMMITTEE HEARING COMMITTEE ON FOREIGN AFFAIRS U.S. HOUSE OF REPRESENTATIVES WASHINGTON, D.C. 20515-0128
  16. (en) Caylan Ford, Tradition and Dissent in China: The Tuidang Movement and its Challenge to the Communist Party ProQuest, THE GEORGE WASHINGTON UNIVERSITY, 2011 IBN 1502273
  17. (en) Caylan Ford, Tradition and Dissent in China: The Tuidang Movement and its Challenge to the Communist Party, George Washington University, (lire en ligne), p. 81
  18. Patricia M. Thornton, « “Manufacturing Dissent in Transnational China: Boomerang, Backfire or Spectacle?” », In Kevin J. O’Brien, ed., Popular Protest in China (Harvard University Press, 2008), Chapter 9, pp. 179-204,‎ (lire en ligne, consultĂ© le )
  19. « æŽæ€Ąć°ˆæŹ„ïŒšé‚„èŠă€ŒçœŸă€ć–„ă€ćżă€ć—ŽïŒŸ | è˜‹æžœæ—„ć ± | èŠèžæžŻèž | 20060309 », sur hk.apple.nextmedia.com,‎ (consultĂ© le )
  20. (en) David Ownby, Falun Gong and the Future of China, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-971637-1, lire en ligne)
  21. (en)Jonathan Zittrain et al, "Internet Filtering in China in 2004-2005: A Country Study" April 15, 2005.

Notes

Bibliographie

  • David Ownby, Falun Gong and the Future of China, (Oxford University Press 2008)
  • Patricia Thonrton, Manufacturing Dissent in Transnational China in "Popular Protest in China", Kevin O'Brien ed. Harvard University Press 2008
  • Ethan Gutmann, The Chinese Internet: A dream deferred?, Testimony given at the National Endowment for Democracy panel discussion "Tiananmen 20 years on", .

Voir aussi

Liens externes

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