Galuchat
Le galuchat (1755 galucha, de Jean-Claude Galluchat, nom de l'inventeur, mort en 1774)[1] est un cuir de poisson cartilagineux (de raie ou de requin) utilisé depuis longtemps en ébénisterie, gainerie, et plus récemment en maroquinerie.
À mi-chemin entre le cuir et le minéral, le galuchat est recouvert de denticules cutanés d'origine dermo-épidermique, donc difficile à tanner. Il présente différents aspects : granuleux et brillant, ou bien poncé : dans ce cas, il est lisse et laisse apparaître une surface cloisonnée de petites cellules qui sont autant de petites rangées de perles scintillantes.
Histoire
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L'utilisation de peaux de poisson en gainerie est très ancienne. C'est en Extrême-Orient qu'on trouve les premiers objets gainés de peaux de poissons : dès le VIIIe siècle au Japon : inros (petites boîtes à médecine accrochées à la ceinture), plastrons, fourreaux (sayas) et poignées (tsukas recouvertes par le same) des sabres (katanas et wakisashis).
En Europe, les premières traces d'utilisation avérées remontent au XVIe siècle. Pierre Belon (1517-1564) affirme que l'on couvrait ainsi les poignées de dagues et des épées[2]. De même, lors d'un voyage aux Pays-Bas entre 1520 et 1521, le graveur allemand Albrecht Dürer (1471-1528) note dans ses comptes l'achat d'objets divers couverts de poissons venant des « Indes». Ces poissons se pêchaient dans la mer Rouge, l'Océan Indien et la mer de Chine ; c'est la raison pour laquelle le galuchat est quelquefois appelé requin de Chine[3].
À cette date, le terme de « galuchat » n'était pas encore apparu. D'après Jean Perfetini[4], il faut chercher à « chien de mer » pour obtenir quelques renseignements relatifs à l'utilisation de la peau de poisson. Cette « peau de chien (de mer) » était travaillée à Paris, au Faubourg Saint-Antoine, près de la Bastille, et ce serait elle qui serait évoquée dans la chanson d'Aristide Bruant, Nini peau d'chien.
L'origine du mot « galuchat » remonte, en fait, au XVIIIe siècle. C'est le nom du premier artisan qui, en Occident, a su travailler le cuir de roussette et de raie. Jean-Claude Galluchat (avec deux « l ») était un maître gainier du roi Louis XV... ou plutôt de la marquise de Pompadour « qui ne passait pas une semaine sans qu'elle n'achetât un petit objet qui était souvent du galuchat ». Cet artisan fit tellement référence à son époque en habillant de cette peau de poisson les objets les plus rares (coffres, malles, poignées d'épées, etc.) que le nom propre devint synonyme de la matière[4] - [5].
Le galuchat, longtemps oublié, revint à la mode dans les années 1930 (période art déco avec Paul Iribe et Clément Rousseau, Adolphe Chanaux, André Groult, Jacques-Emile Ruhlmann)[4], sombra à nouveau dans l'oubli puis revint en force depuis 1985 dans l'ameublement[6], mais aussi dans la maroquinerie et la gainerie[7].
Actuellement, le galuchat le plus réputé est en raie pastenague. Les grandes marques ainsi que des créateurs locaux l'utilisent en maroquinerie. Le galuchat est un cuir qui peut être patiné.
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Types de galuchat
Il existe deux types de galuchat : le galuchat à petits grains et le galuchat à gros grains.
- Le galuchat à petits grains peut provenir de la roussette, du chien de mer (vraisemblablement l'aiguillat) ou du requin du Groenland. Il existe deux variétés de roussettes : la petite roussette (Scyliorhinus canicula), parfois appelée « peau de chagrin » parce qu'elle se rétrécit beaucoup au séchage, et la grande roussette (Scyliorhinus stellaris). Les anglophones utilisent pour la petite roussette le mot français « chagrin » : shagreen.
- Le galuchat à gros grains provient de la raie Pastinachus sephen (pastenague plumetée).
Notes et références
- Dictionnaire Culturel en langue française sous la direction d'Alain Rey 2006
- BELON- Des poissons (Tome 1) La nature et diversités des poissons. Paris, Ch.Étienne, imprimeur ordinaire du roy, 1550.
- Grand Larousse Encyclopédique, 1960, Tome 5.
- Le Galuchat, Jean Perfettini, Éditions H.Vial, 70 pages, mars 2005, iconographie.
- Yann Perrin in Atelier du Bracelet Parisien
- Jérome Cordier, AISTHESIS
- Les principaux artisans qui utilisent le galuchat pour la gainerie et les bracelets de montres de grandes marques, neuves ou vintage sont (liste non exhaustive) : Gérard Bouveret, Camille Fournet, Jean-Claude et Yann Perrin in Atelier du Bracelet Parisien, Jean Rousseau, Atelier Bettenfeld-Rosenblum...