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Structure et agentivité

Dans les sciences sociales existe un dĂ©bat permanent sur la primautĂ© de la structure ou de l’agentivitĂ© (en anglais agency, terme qui est parfois utilisĂ© en français) dans le façonnement des comportements humains. Les structures sont des ensembles de dispositifs qui influencent ou limitent les choix et les opportunitĂ©s disponibles[1]. L’agentivitĂ© est la capacitĂ© des individus d’agir indĂ©pendamment des structures sociales et de faire librement leur propre choix[1]. Il s'agit donc de savoir si les actes individuels sont significativement dĂ©terminĂ©s par des structures ou si, au contraire, ils sont le rĂ©sultat de choix libres de la part des agents.  

Théoriciens majeurs

Georg Simmel

Georg Simmel (, 1858 – ) était l’un des sociologues compréhensifs allemands de la première génération. Ses études étaient pionnières concernant les concepts de structure et d'agentivité. Sa notion d'individuation rend compte de la coévolution entre structures et agentivité.

Norbert Elias

Norbert Elias ( – ) était un sociologue allemand dont le travail portait sur la relation entre le pouvoir, le comportement, les émotions et le savoir à travers le temps. Son concept de "configuration", soit un réseau d'interconnexions entre les individus qui habilitent et contraint l’action de chaque individu, se veut articuler la tension structure/agentivité : "Comme au jeu d'échecs, toute action accomplie dans une relative indépendance représente un coup sur l'échiquier social, qui déclenche infailliblement un contre-coup d'un autre individu (sur l'échiquier social, il s'agit en réalité de beaucoup de contrecoups exécutés par beaucoup d'individus) limitant la liberté d'action du premier joueur"[2].

Talcott Parsons

Talcott Parsons ( – ) Ă©tait un sociologue amĂ©ricain et le principal thĂ©oricien de la thĂ©orie de l’action (souvent nommĂ© structuro-fonctionnalisme) en sociologie Ă  partir des annĂ©es 1930 aux États-Unis. Son travail analyse les structures sociales en termes d’action volontaire et Ă  travers des modèles normatifs d’institutionnalisation par la codification dans un cadre thĂ©orique basĂ© sur l’idĂ©e de système vivant et de la hiĂ©rarchie cybernĂ©tique. Pour Parsons il n’y a pas de problème structure/agentivitĂ©. 

Pierre Bourdieu

Pierre Bourdieu ( – ) Ă©tait un thĂ©oricien français qui a prĂ©sentĂ© sa thĂ©orie de la pratique sur la comprĂ©hension dichotomique de l’agentivitĂ© et de la structure dans plusieurs de ses articles publiĂ©s. Son livre, La distinction. Critique sociale du jugement (1979) fut nommĂ© comme l’un des 10 livres les plus importants du XXe siècle par l'Association internationale de sociologie[3]. Le travail de Bourdieu tente de rĂ©concilier la structure et l'agentivitĂ©. Selon le sociologue, l’individu est façonnĂ© par l’intĂ©riorisation de structures extĂ©rieures alors que l’action est l’extĂ©riorisation d’élĂ©ment intĂ©rieur. La thĂ©orie de Bourdieu est alors une dialectique entre « extĂ©riorisations de l’intĂ©rieur Â» et l’internalisation de l’extĂ©rieur. 

Peter L. Berger et Thomas Luckmann

Peter L. Berger et Thomas Luckmann voient, dans leur livre La construction sociale de la rĂ©alitĂ© (1966) que la relation entre agentivitĂ© et structure est dialectique. La sociĂ©tĂ© forme des individus qui forment la sociĂ©tĂ© en retour[4]. Le monde social est construit par la typification de ce qui est extĂ©rieur aux individus, puis, une fois partagĂ©e, cette typification prend « sa vie propre Â», devenant une part du social qui nous façonne.

Anthony Giddens

Le sociologue contemporain Anthony Giddens a gĂ©nĂ©ralement visĂ© une rĂ©conciliation des concepts de structures et d’agentivitĂ©. Giddens dĂ©veloppe dans son livre La constitution de SociĂ©tĂ© (1984) la thĂ©orie de la structuration. Il prĂ©sente une tentative dĂ©veloppĂ©e qui veut dĂ©passer le dualisme de la structure et de l’agentivitĂ© et propose une « dualitĂ© de la structure Â» dans laquelle les structures sociales sont Ă  la fois les mĂ©diums et les rĂ©sultats de l’action sociale. Dans cette thĂ©orie, les agents et les structures sont des entitĂ©s mutuellement constitutives avec des « statuts ontologiquement Ă©gaux Â». Pour Giddens, l’interaction commune de l’agent avec la structure, comme un système de norme, est dĂ©crite comme la « structuration Â». Le terme « rĂ©flexivitĂ© Â» est utilisĂ© pour rĂ©fĂ©rer Ă  l’habilitĂ© d’un agent de consciemment altĂ©rer sa place dans la structure sociale; ainsi, la globalisation et l’émergence d’une sociĂ©tĂ© « post-traditionnelle Â» auraient pu permettre une plus grande « rĂ©flexivitĂ© sociale Â». Les sciences sociales et politiques sont alors importantes parce que le savoir social, une connaissance de soi, est potentiellement Ă©mancipant[5]

Interactionnisme structural

L'interactionnisme structural ne fait pas dans ces oppositions dichotomiques entre structure et agentivité, puisqu'en reprenant tous les auteurs ci-mentionnés (et de nombreux autres), Harrison White met en lumière ce qui a déjà été dit à ce sujet; il s'agit d'une coévolution entre d'une part les structures sociales (produites par l'activité sociale humaine) et le degré de liberté que les gens prennent, dans ces structures, qui les contraints dans un déterminisme faible, et qu'ils façonnent aussi.

Références

  1. (en) Barker, Chris, Cultural Studies : Theory and Practice, Londres, Sage, , 448 p. (ISBN 0-7619-4156-8)
  2. Norbert Élias in La Société de cour, p. 152-153.
  3. (en) « Books of the Century », sur http://www.isa-sociology.org (consulté le )
  4. (en) Jary & Jary, Collins Dictionary of Sociology, 664 p.
  5. (en) David Gauntlett, Media Gender and Identity, Routledge, (ISBN 0-415-18960-8, lire en ligne)
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